RÉPONSE DU PRÉSIDENT
AtX «ÉCIPIENDAIBES.
Messieurs,
Interprête de rAcadémie de Stanislas que j'ai Thonneur de présider, je vous remercie du plaisir que vpus nous avez fai»%n fixant notre attention sur deux sujets qui, dans un ordre d'idées bien différent, ne se recommandent pas moins par leur nature intrinsèque que par ia forme à la fois élégante et digne dont vous avez su les revêtir. II est seulement à regretter qu'une voix plus compétente que la mienne n'ait pas été chargée de vous exprimer les impressions produites par vos intéressantes communications* Etranger aux études spéciales qui vous ont fourni l'éclatant spécimen par lequel vous avez si heureusement satisfait aux obligations de nos Ihilats, je n^essayerai pas de vous suivre à travers le^ifférentes époques que vous avez signalées , Tun dans l'histoire particulière d'un illustre citoyen, l'autre dans l'histoire générale de l'humanité. Je craindrais d'altérer nos souvenirs par une froide analyse; je craindrais surtout que l'on ne retournât contre moi la maxime d'Horace, dont vous venez de confirmer si bien la justesse : Cui lecta
patenter erit res, nec facundia de^eret hune, née luci* dus ordo*
Monsieur le Kecteur^ Iol*8qoe la Société de Slanislas vous a admis au nombre de ses membres titulaire», tout en appréciant rhonorabilité de votre caractère et la haute position que votre mérite vous a conquise, elle a eu principalement égard à la vaste érudition qui vous dis» tingue et aux travaux importants que vous avez publiés sur la branche de nos connaissances à renseignement de laquelle vous vous êtes longtemps livrée avec un éclat dont le souvenir ne s*est point eiGTacé. Elle se félicite aujourd'hui de ce que les fonctions administratives auxquelles vous a appelé la confiance du gouvernement n'ont en rien ralenti votre zèle pour les études de votre choix, et qu^'aprés avoir su descendre jadis dans led profondeurs du passé, vous sachiez actuelletnent, à ce point, monter à la hautBur du présent.
Auteur d'un précis historique justement apprécié, voUS ave2 voulu mettre renseignement de l'histoire en harmonie avec les progrès de la science et avec les découvertes de^poque moderne, découvertes qui, en jetant un jour inanbnda sur certaines parties de l'ancien monde, nous ont révélé toute une face de la civilisation universselle inconnue jusqu'à nos jours. Que de conquêtes l'archéologie n'a-t-elle point faites depuis un demi-siècle ! Ce fut d'abord l'Egypte qui, nous livrant le secret de ses hiéroglyphes, nous permit de reformer à peu prés toute la série de ses rois, tandis que ses temples, ses
pyramides, ses tombeaux nous traduisaient la vie civile et religieuse de ce peuple qui passait pour le plus sage de Pantiquîté. Non-seulement il nous est permis de suivre les progrés de la civilisation égyptienne, mais nous pouvons remonter jusqu^â son origine et suivre ses rapports aved la civilisation asiatique.
C'était là assurément un grand pas, et pourtant, qui aurait pu le croire, ces découyrtes d^une date si récente et d'an intérêt si puissant, pâlissent, en quelque sorte, en présence des découvertes, plus récentes encore, qui ae poursuivent aux bords du Tigre et^de TEuphrate et dans les pays qu^arrose Tlndus : Tantique Minive est sortie de ses ruines, et nous pouvons contempler, dans des monuments aussi nombreux que variés, ce luxe assyrien que nous ne connaissions guère que par les récits, toujours un peu suspects, des historiens grecs, et pat les malédictions des prophètes hébreux. D^un autre côté, la Perse commence à livrer aux investigations de la science les trésors de ses antiques annales: déjà. le grand règne de Darius P' nous apparaît sous un jour nouveau, et, grâce aux inscriptions récemment déchiffrées, il est permis, dites-vous, d^apprécier aujourd'hui jusqu'à quel point inattendu la civilisation grecque, importée en Asie à la suite des conquêtes d'Alexandre, parvint à y jeter de profondes racines.
Depuis quelques années la science historique, appli<quée à l'ancien Orient, n^arche donc de merveilles en merveillesj de découvertes en découvertes, et le moment
ixxu
approche sans doute où, en présence de ces reliques vénérables des temps primitifs, la science et la foi, long* temps rivales, pourront enfin se donner la main. — Puisse ce grand résultat ne pas trop tarder à s'accomplir, et puissiez-vous quelques jours, Monsieur, nous causer le double plaisir de nous en annoncer la nouvelle!
Monsieur le Premier Président, qui mieux que vous pouvait nous retracer la v[p d^un homme de bien, qui^ aux nobles qualités du cœur, joignait les plus brillantes fiicuUés de Tesprit ; du grand orateur qui, après avoir consacré une partie de sa carrière à la défense de la patrie, vint mettre la puissance de sa parole au service de TinDocent et de Topprimé; du magistrat modèle qui^ par sa simplicité antique, par son courage civique, non moins- que par les lumières de son expérience et raclive, sagacité de son esprit, semble être un de ces types dont la Providence nous gratifie à de rares intervalles, comme pour nous montrer jusqu'à quel point Thumaine natwe peut atteindre à la perfection !
En choisissant pour discours d'inauguration Téloge de M. Bresson, ce n'est pas seulement une dette particulière que vous avez acquittée à l'égard de la Société qui vous a accueilli au nombre de ses membres, c'est une dette commune et déjà ancienne^ mais dont l'Académie n'avait pas perdu le souvenir.
En efiet, s'il est d'usage, dans les Sociétés savantes, de retracer la vie de ceux de leurs membres qui les ont le plus honorées par leurs talents, cet usage, plus ou
moins facultatif, devient en quelque sorle une obligation, quand ceè Sociétés sont essentiellement instituées, comme TAcadëmie de Stanislas, dans le but d^écrire rhisloîre du pays, et que le membre éminent dont elles déplorent la perte appartient à cette histoire par le rôle quMl a joué dans les affaires publiques, tant par luimême que par sa descendance. Vous le savez aussi, c^est habituellement à son successeur plus ou moins immédiat qu^est imposé ce tribut posthume ; aussi nous plairons-nous désormais, Monsieur, à vous voir occuper parmi nous le fauteuil laissé vacant, il y a longtemps déjà, par celui dont votre discours vous constitue Théritier légitime ; — avec cette différence pourtant que, si Ton en croit la tradition^ les luttes incessantes du barreau permettaient rarement â Fillustre avocat de prendre une part active aux travaux de PAcadémie, tandis que vous. Monsieur, après avoir accompli une longue et honorable carrière dans la hante magistrature, rendu aux loisirs de la vie privée, à un âge où votre talent conserve toute la verve de la maturité, fidèle aux préceptes de l'orateur romain, vous chercherez dans la culture des lettres Toubli des affaires et dn noble délassement à vos fatigues passées* En accueillant vos productions, TAcadémie se félicitera d^avoir trouvé en vous, non-seulement un confrère dont le caractère Phonore, mais aussi un zélé collaborateur dont les travaux renricUssenl.
CANDIGNA ET CAPILA,
PAH M. P. G. BVMAST.
En reprenant la coutame de donner périodiquement au public une communication verbale de ses travaux, rAcadémie de Stanislas a voulu, pour se conformer à Tancien usage, faire^ entrer dans le programme de la première des séances de sa nouvelle série, un morceau de poésie quelconque ; puisque d^ordinaire, — et surtout lorsque des femmes veulent bien orner de leur présence les réunions savantes ou littéraires, — on couronne par une lecture de ce genre celle de travaux plus importants.
A défaut du concours des membres qui, ne nousajant pas donné de vers depuis longtemps, semblaient appelés, dans Toccasion présente, à venir payer leur dette, cVst sur Tun de ses vétérans que TAcadémie a rejeté la tâcbe qu^elle juge à propos de simposer. Celui-ci, dés lors, a dû se demandera quels jardins il fallait, pour bien faire, quil essayât d^emprunter le bouquet poétique exigé de son obéissance.
Ses doutes liront pas été bugs ; car le vrai chemin poar aller chercher les flears à vous offrir aujourd'hui, n^esMl pas indiqué, Messieurs, par le sujet même dont a &it choix Pun des récipiendaires que vous venez d^entendre P A la suite des aperçus si bien présentés par H. Cuillemin sur la nécessité d^élargir enfin le cadre de Fhistoire ancienne, — ce qui doit surtout éveiller vo(re curiosité, ce nous semble, ce sont quelques échantillons des trésors d'un passé... dont on avait oublié Tétonnanto richesse.
Combien, en effet, ne grandit-elle pas maintenant, dans nos respects, celte majestueuse Antiquité, notre véné{^ble aîenky sur laquelle, depuis tant de siècles, TEurope prononçait à la légère, du haut d'une supériorité doctorale..! laissant de c6té par ignorance (ou, qui pis est, par connaissance erronée) les magnifiques témoignages, <— non détruits en entier, cependant, — de l'état de l'esprit humain sous les civilisations primi* tives! Comme si l'on avait eu droit déjuger du monde antique par deux insuffisantes séries d'échantillons l à savoir, par la littérature de deux peuples seulement, et de deux peuples tardife et corrompus : les Grecs et les Romains !.
Des hommes plus instruits que moi. Messieurs, — ceux qui déchiffrent l'inconnu, — pourraient vous con« duire^ur le terrain des monuments et des costumes, et feraient passer devant vous en spectacle, pat \a puissance de leur docte baguette, les vieilles nations ressus-
dtées. IIi Toiu feraient voir, par Meiii[rie, BvaBt les ftgei où Aome sortit du berceau, TEtrarie florissante et policée, «TOC ses grsndei iostilnliODs, avec ta mariaa et ses beat]x4rls j avec ses tîUcs de cinq cent mille Ames, Bnies par le Jien fédéral. Ils tous montreraient en Orient, non point peal-Atre Bab^lone, — A canse do la décomposition putride qni s'empara d^elle de bonne heure, et qnl ne V* rendue que trop &meuse : — - capitale faon de ligne oependani, plus encore à raison de tat longnes oh^ servatioDS astronomiques, ou de la betleet savante agricolture de ses campagnes (1), que par ses prodigieux remparts, ses édifices à bnit étages, ses jardins snspee* dus, ses immenses mes alignées, et ses qnan A tn^ir* d'asphalte, que parcouraient des foules de promeneurs appuyés sur des cannes à pommes d'or ; — mais plat&t (comme chose moins connue), Ninive, avec ses palais à grandes cariatides symboliques, et avec ees équipages de luxe, dont les chevaux, aux riches harnais, élaienl conduits à longues guides, élégamment ornées de honp* pes des couleurs les plus rives, tandis que montaieDI, debout derrière leurs maîtres, des laquais tenant cd
(1) An cas ob Tiendrait k km imprimé, p» «emple, an mimge dont le foud remanie ceruùnemenl jasq»'i l'époque l»bj* Ionique (nous touIods dire VAgricuUure dtt Naba&èeitt, livre dont U. OniirciDbre pourrait et devrait bien entrepreodre b puilicaiion), — on relierait stupéfait de voir jusqa'oii s'élendaient, ions la aon;irchie des Nabucidoeiiar, les connaissances rurales.
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main des paradis. Ces savants poorraieni placer sous vos regard» oa la vieille Arménie, avec ses iascriptiona plus que royales, qui couvrent des pans entiers de mOn« tagoes; ou la Lydie d^avant Grésus, avec ses Iriplea splendeurs architecturales^ agricoles et industrielles ; ou bien Tyr, non moins opulente pour ses manufactures et par son commerce : Tyr, la fille de TArabie heureuse, et la principale héritière de ces faimeux peuples de Saba,: laboureurs, navigateurs et facteurs, qui, parcourant les mers de Tlnde aux époques les plus oubliées, en.rap^ portaient les marchandises, soit à nos contrées d^Occi** dent, par la Mer Rouge et les caravanes, de Tldumëe, soit à j^ plage abyssinienne et aux régions du Haut-Nil égyptien, portion du domaine des Pharaons.
Enfin, on pourrait mettre sous vos yeux TEgypte pri*i milive elle-môme, avec ses temples, ses palais, ses hypogées ; avec ses puits artésiens (I) ; avec son gigan^ tesque lac Mœris, le roi des bassins creusés de main d^homme ; avec les magnificences de tout genre qui déjà la distinguaient à des âges à peine réputés, historiques ; avec ses colossales pyranrides, merveilles prétendues frivoles, dans la construction desquelles beaucoup d^invesligateurs commencent à soupçonner d^autres desseins qu^un but de puérile vanité ; d^autant mieux que la vo* lonté qui poursuivit Texécution de cette idée, a duré
(4) La chose ne fait plus aucun doute. "Voir \^ dessus les dévaUs positifs fournis par VAlhenœum français.
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bien longtemps, ce semble, pour avoir pu n^étre c qu^ane
Caintaisie. >
Et la région qui s^étendaît depuis les fertiles contrées eA fut le royaume de Porus jusques à la Taprobane, combien de choses fes In^anistes n^auraient-ils pas â TOUS en dire ?
Pour nous, Messieurs, qui, dans Te vaste cbamp de Porientalisme, ne prétendons à Phonneur de rien découvrir, — nous pourrons bien, en votre compagnie, faire OD petit voyage intellectuel vers Tlnde brahmanique tf autrefois ; maïs dans ce cas, — modestement comme il nous sied, — nous n^appellerons votre attention que sur des points déjà constatés et connus : chapitres, â la vérité, non vulgarisés jusquMci, mais trés-susceptibles de rétre.
Du reste, si nous vous (ransportons un moment sur le théâtre de la civilisation indoue, ce ne sera point pour vous en expliquer les œuvres matérielles. Au lieu de vous placer en esprit devant les énormes travaux de Salsette et de Gharipour, — ou devant ces prodigieux temples d^Elbra dont le principal sanctuaire a exigée rien qu'^à lui seul, du ciseau qui en creusa la nef et en sculpta les piliers, Tenlévement de trois millions cinq cent mille pieds cubes de rocher, — nous irons tout droit aux écrits, étonnamment peu cités encore, que chacun pourtant est maître de feuilleter de sa main; et nous nous bornerons â vous laisser voir, dans son tintî» que manifestation littéraieb, quelque chose de fa pensée qui mit en mouvement tant de bras.
Tool bonnement donc, nous allons aojonrd^QÎ, Messieurs, tous donner en vers français deux ou trois pages de VHUopadésa'i ouvrage qui n^a plus rien d^étranger pour rOccident, ayant été plusieurs fois imprimé par des Européens, et même traduit dans nos langues.
Afin d^adapter le morceau aux exigences d^one lec« lure académique, il nous a bien fallu sans doute, modifier la forme du début ; force nous a été de placer en façon de récit direct, dans la bouche du poète indou lui-même, ce qu^il amenait de plus loin, ce qu^il faisait raconter au milieu d^un apologue par un être allégorique. L^entrée en matière est donc un peu francisée. Mais, une fois cette différence accordée, la reproduction devient à peu prés aussi fidèle que Tétait déjà la couleur.
Dés le moment où vous verrez Capila, par des argu* ments études comparaisons, exhorter son ami à la résignation, — s^ll se rencontre encore quelques additions, suppressions ou inversions, réclamées par le besoin de suivre les allures du style français, elles n^entralnent plus de chanffements proprement dits, et la chose ne dépasse point ce qu^on a coutume d^accorder de latitude aux traductions faites en verSf A partir de là, disonsnous, toutes les pensées un peu saillantes, — même celles qui ont Pair le plus européen, le plus moderne, — sont bien et duement indoues et antiques. Ainsi, Messieurs, toute surprenante que pourra vous paraître
telle 00 telle ressemblance avec nos mcBurs, qui semblera flaire disparaître la dislance des lieux et des tempS| -^ c'est bien un vieil auteur sanscrit que vous allez entendre parler en français.
CANDIGNA ET CAPILA.
Pauvres humains, combien est peu durable Votre bonbcur ! — Souvent en un seul jour, D*heureux et fier on devient misérable.
Pour Candigna (i) les murs de Brahmapour Etaient jadis un fortuné séjour :
11 y vivait en docteur vénér^le; Et dans un fils, qu'il n'avait qu'à bénir, Il caressait l'espoir de l'avenir.
Un court moment changea sa destinée.
Le doux jeune homme, hélas» sans rien prévoir, Cueillait des fleurs : soudain, d'un serpent noir La dent l'atteint, — morsure empoisonnée ; •—
(I) Prononcez à la française, et non point à la façon latine, le gn de Candigna, cette orthographe devant représenter le nom indou Kàndinya. ^
IXSXï
Et cet enfanl» uoiquemenl chëri»
Meurty desséché comme on lotus flétri.
Oh! qui peiodra le trop malheureux père! Il se désole, et tout le désespère ; Ses pleurs brûlants s'échappent à longs flots» Dans ses transports, mêlés d'âpres sanglots. L'infortuné se roule contre terre.
— Parents, amis, en vain sont accourus Pour le calmer par leur intérêt tendre : Soins impuissants ! Son dépit semble accru ; Rien ne le touche, il ne veut rien entendre.
A l'appaiser nul n'ayait réussi ; Sur la poussière il gisait ; — quand voici Que, survenant et se frayant passage.
Sans hésiter, Gapila, le vieux sage.
Lui parle en maître... et le gourmande ainsi :
c Lè^-toi, Candigna. Plus de lâche faiblesse ! Quoi ! des coups du malheur un brahme est abattu ! Sois honteux, et du trouble et des cris oè se laisse Ëntratnçr ta haute vertu.
» Quand le fer, le poison, ne viendrait pas dissoudre Les fragiles objets de nos embrassemeais.
Tool ne doîl-il donc pas, tombant un jour en pondre. Retourner à ses éléments (I)?
» Qtt'est-il, ce corps, à qui l'&me semble attachée^ Sur le tour du potier c'est le frêle yaisseau, Belle et trompeuse argile, au feu non desséchée, Que pénètre et fond le ruisseau (2)«
> Où sont allés, dis-moi, tant de superbes princes» Rois aux chars si puissants, aux guerriers si nombreux? Tout montre, jusqu'au sein de leurs vastes provinces, Que la mort a passé sur eux (3)»
» Sagara, ee héros qui mérita sa gloire. Fut admiré, fut grand : il avait tout vaincu. Son pouvoir a pris fin, pourtant ; et la mémoire M'en a pas même survécu (A).
1 Des torrents vers la mer le flot se précipite ; Il glisse, et rien ne peut en arrêter le cours. Non moins rapidement hélas, — sinon plus vite, — S'écoulent nos nuits et nos jours (5).
{iy Hitopadéta, chap. IV, sloka 74.
(2) HUop., ibid., slok. 69.
(3) Hitop., ibid., slok. 68.
(4) Hiiop., ihid., slok. 83.
(5) EUop., ibid., slok. 79.
UXXIII
> Beauiét jeitnefiseï éclat» or, ou plaisirs un orande»^ Sont là ; mais le temps marchOi et les miDe en secret. Le Sage en avait va la yaoltë profonde :
11 ne leur doit pas an regret (1).
-> Loi, dont l'œil est ouvert, dont la raison est droite, A ce qui vole et fuit il ne s'attache pas. £h! quel bien pent valoir qu'on le cherche et convoite Parmi les néants d'ici«-bas?
» Un seul pentrétre : un homme en qui l'&me s'épanche ; Un ami vertueux, — doux et fidèle appui. — Boohenr fragile encor.., qu'un matin la mort tranche, Laissant deuil et pleurs après lui (S).
«JTels que deux mâts flottant8,débris d'un même ensemble, Sur la plaine des mers dès longtemps ^arés S'accostent un moment, -^ voudraient s'unir, ce semble,— Puis sont à jamais séparés :
» Tels, ballottés, perdus, suf l'océan des ftges, Parfois, durant le cours des siècles infinis, Se sont heurtés et joints, se sont aimés deux sages..^ Pour être aussitôt désunis (3).
(i) Bitopadésa, chap. IV, slolta 71.
(2) Hitop., Ufid., slok. 76, 78.
(3) HUop., ibid., slok. 73.
UQOUV
« Ab ! loin de se complaire en des norads qo'an jour brise, Puisque chaque naissance esl un arrêt de mort (I), Mieux Taut s'envelopper..» pour oflBrir moins de prise Aux coups effroyables du Sort.
> Car, en disparaissant* chacun des biens nous crease Un gouffre de tristesse, un vide affreux et noir. L'amitié qui s'en va, c'est la nuit ténébrease
Après un beau soleil dn soir ;
> La tendresse — nous vaut plus de douleurs encore. Quand nous restons privés de nos enfants si chers.
Elle ajoute sa pointe au malheur qu'on déplore.
Comme un dard planté dans nos chairs ^2).
« Autant d'objets, ainsi, dont notre cœur avare S'éprend, par un amour tôt ou tard délaissé*.. Autant il en doit perdre ; autant il se prépaie D'aiguillons pour être percé (3). >
c — Tu parles vrai : tout bonheur est mensonge, > Tout feu s'éteint, toute chaîne se rompt, » Dit Gandigna, qui relevant son front.
(1) Hilopadte, clisp. IV, sIoka77.
(2) BiU^., ibid., slok. 75.
(3) Hiicp. Urid. id.
f LXXXY
Ouvre les yeux comme au sortir d'an songe. « Oui, de mes cris c'est trop remplir les airs ; » £li bien, je pars. La douleur qui me ronge » Se eontîent mal : il lui faut les déserts.
> Fuyant des nnrs où s'offre à ma pensée » Un temps meilleur, félicité passée,
> Je cours me perdre au fond des bois épais. » Là, je pourrai, sé?ère anacborëte,
> Trouver au moins, pour ma fureur secrète,
» L'ombre et l'oubli.., si je n'obtiens la paix. >
I -- Cède, iftfortuné père, à l'ardeur qui t'entratne, J'y consens ; suis tes vœux, i lui répond Capila. 1 Oui, cbercbant comme toi du remède à sa peine, Plus d'un afiQigé s'exila.
» Pars, et prends, si tu veux^ le bâton de l'ermite ; Suis des brabmatcharis la pieuse rigueur. — Mais du pouvoir des lieux connais bien la limite : Partout on emporte son cœur.
» Ce n'est point la forêt qui fait le solitaire (!)• Mortifiant ses goûts sous la loi de raison,
(1) mtopadéta, cbap. IV, sloka 87.
UDCXVI
Parfois Thomme de bien fait péDitence... austère... Saos avoir quitté sa maison (I).
1 Tout séjour peut suffire —à qui, fermant son Àme An cours des passions, aux attraits du péché» S'arme de force, et veut, tant le devoir Tenflammet Vivre obscur, vivre détaché (2).
i Le devoir.. ! Va, crois-moi : dans un sein ferme et digne Si les traits du malheur sont venus pénétrer.., Il remplit son devoir, celui qui se résigne, Qui les porte sans murmurer*
» Travailler à souffrir dans une paix profonde, Et des décrets d'en haut se maintenir content ; Quelque part que l'on soit, se déprendre du monde : C'est le secret, c'est l'important (5).
(1) Hiiopadésa, chap. IV, sioka 87^
(2) Hitop., ibid., id. 87.
(3) Hkop., ibid., id, 88.