‹ Mémoires de l'Académie de Stanislas (volume 5)Chapitre 4 sur 57 · DISCOURS DE RÉCEPTION · texte numérisé non relu

DISCOURS DE RÉCEPTION

PAR M. GUILIAMIV.

Messieurs,

Cest ua yérilable honneur que d^appartenir à une Société dont le berceau fut entouré de tant d^éclat et qui, depuis un siècle, a compté dans son sein tant d^esprits distingués. En efiet, je rencontre parmi les premiers membres de TAcadémiede Stanislas quelquesuns des noms les plus éminents de la littérature Iran* çaise, Fontenelle, Montesquieu, le Président Hénaut, A ces noms illustres je pourrais en ajouter d^autres, oé« lébres aussi, qui appartiennent à la vieille Lorraine, et qui ont trouvé parmi vous de dignes continuateurs jus* qu^d nos jours. U y a peut-être quelque orgueil. Mes* sieurs, i rappeler ces glorieux commencements de votre

Société ; mais il peut être utile à un récipiendaire de s'^en souvenir quelquefois, ne fut-ce que ponr entretenir el fortifier dans son âme le culte des hautes pensées et le respect des nobles traditions.

Messieurs, en m'admettant parmi vous, vous avez bien voulu me tenir compte de quelques travaux histo* riques dont les uns se rattachent à Thistoire de la Maison • de Lorraine, et les autres ont pour objet diverses parties de rÇistoire ancienne. J^ai vu, dans le titre que votre bienveillance m^a conféré, un gracieux encouragement plutôt encore qu^une récompense méritée. Je vous en remercie sincèrement. Je tâcherai de rester digne de cette bienveillance en consacrant à ces études, que vous savez si bien apprécier, les loisirs de mon administration.

Messieurs, la Commission chargée d^examiner les mo* destes travaux qui devaient m^ouvrir vos rangs, a bien voulu constater que, dans un Précis d^Histoire ancientie récemment publié, j^avais été assez heureux pour don* ner à un sujet bien classique et bien vieux un certain attrait, un certain air de nouveauté. Son rapport même me fournit Foccasion d'insister ici sur la nécessité d^une révision complète de Thistoire de Tantiquité orientale. Je voudrais, laissant de côté Rome et la Grèce, montrer comment on pourrait rajeunir Taspect de cette vieille Asie, élargir le cadre de son histoire à Paide des découvertes modernes, faire revivre ces sociétés si peu connues, quoi qu^on en ait beaucoup parlé. J^ai besoin de vous demander grâce, Messieurs, pour ces nations dont

je viens vous enlrdenir pendant qoelqueg inslanls, ou plal6t je demande grâee pour le récipiendaire lui-même^ qae d^anciennes habitudes ont porté à vous parler an* jourd^hui de ces Assyriens, de ces Perses, de ces Egyptiens, dont on a tant de fois fatigué notre en&nce. Après tout, nous devons quelque chose à ces peuples, et cette civilisation moderne, dont nous sommes si fiers, est Vb^ ritiére de celle qu^on vit fleurir, il y a deux on trois raille ans, à Ninive, à Babylone, à Meraphis. Etudier celte civilisation, c^est donc remonter au berceau de la nôtre, c^est aspirer à connaître la tradition de Thumaaitii elle-même.

Il y a quelques années, nous ne connaissions guère de l'ancien monde que les Romains et les Grecs. Habitués dés notre enfance à voir dans ces peuples les glorieux dépositaires de la civilisation antique^ nous consentions sans peine à ignorer ce qui s^était passé en dehors de ces sociétés que les philosophes, les artistes, les poètes et^ historiens ont rendues immortelles* Il était à peu prés convenu qu^on n^enlrait dans le domaine de i'faistoire que quand on avait mis^le pied sur 1^ sol de la Grèce. Nous savions cependant, quo dans cette immense contrée, qui B^étend entre le Nil et llndus, il y avait eu de grands centres d^une civilisation primitive, des monarchies embrassant de vastes territoires et d^innombrables tribus, des capitales plus étendues que nos capitales d^Occident, des palais plus somptueux que ceux de no$ rois; el de vagues traditions nous disaient que leurs

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orgueilleos fondaleors y âTaieDl retracé la pompeuse hûloire de leurs actions. Nous savions égalemenl que ces vieux peuples de l'Asie avaient laissé des traces puissantes de leur passage sur la terre* Des d^ria amoncelés dans le désert et sur les rivages des fleuves, des temples, des pyramides, des monuments de toute sorte recouveris d^inscriptions présentant des caraclères étranges, inconnus ; tout ce que racontaient les voyageurs qui avaient visité ces contrées attestait un grand développement de culture sociale. Hais toute cette grao* deur nous apparaissait à travers des ruines ou dans les récits incomplets des historiens grecs et dans quelques passages de la Bible. Et comme dans ce monde primitif de rOrient, Thomme ^ donne à ses œuvres des proportions colossales, nous étions disposés à croire que la fiction occupait une grande place-dans les traditions de la Bible et dans les histoires d^Hérodote.

Mais voici que nous assistons à une véritable renaissance de rOrient ; voici que les vieilles capitales sora^nt de leurs sépulcres, que les monuments parlent et livrent A la science les secrets de cette civilisation enveloppée josqu^ici d^impénétrables ténèbres.

Avant de dire quelles précieuses lumières les décou* vertes modernes doivent répandre sur Tantiquité orien<taie, permettez-moi. Messieurs, de vous présenter en quelques mots Tétat de la science historique sur ce point, au commencement du xn!" siècle.

Il existait, à cette époque, un enseignement tradi^

un ^ionoel qui atait ea au xnif siècle soo représeDlant le plus populaire dans le pieux et savant RoiUo. V Histoire uncienne, où le yénérable chef de rUniversité de Paris « si barmonieasemcnt fondu les récits des écriTaios fprecs et romains, résumait pour les écoles et pour les gens du monde les connaissances qu'on possédait alors sur les peuples de TAsie occidentale» Mais il ne fallait demander à Rollini si sage, si judicieux d^ailleurs, ni une critique savante sur les points douteux, ni une coBDâissance approfondie des instifotions , des arts, des religions de Tantiquité. Il ne fallait pas non plus lui demander quels rapports existaient entre les civili* satioiis particulières des diflérents peuples, quelle in* flaence elles avaient exei^cée Tune sur P-autre, et dans quelle mesure elles avaient contribué à la formation et au développement de la civilisation européenne L^école de Royin racontait et discutait peu, elle traduisait agréablement les écrivains de la Judée, de la Grèce et de R^sme, plutùt qu-elle n^'nterrogeait TOrient lui*même sar -sa propre bistoire. La Bible était son guide pour les temps primitife, et elle faisait peu de cas de toutes les traditions qui s^écartaient des textes sacrés.

Mais à côté de cet enseignement qui reposait sur la Bible comme sur le fondement de toute certitude, la pbilosopbie du xvui* siècle avait élevé d^aventureux systèmes et reconstruit sur de nouvelles bases Thistolre primitive de rbumanité. Imbue de cette fausse idée que

Thomme avait débuté par Pétat sauvage, elle admellail

que pour aUeindre ce degré de culture où étaient par- «venus quelques peuples de P-ancien monde, des milliers de siècles avaient été nécessaires à Téducaticm de Tespéce humaine. Des notions vagues^ confiises, exagérées sur Tétat des sciences, sur Tàge des traditions et des monuments de TEgypte, de la Ghaldée, de Tlnde avaient bouleversé toutes les régies de la chronologie vulgaire^ et jeté les esprits en dehors de toutes les H^royances reçues. On attribuait à la civilisation de certaines contrées une durée de douse à quatorze mille ans ; on aimait mieux prolonger indéfiniment cette période mythique, par laquelle commence d^ordinaire Thistoire des sociétés, que de s^en tenir au récit si simple de la Genèse. Chose singulière ! c^était chez des peuples qui n^ont pas d^histoire qu^on allait chercher les preuves de Tantiquité de notre espèce, et raiitorité de Moïse était sacrifiée à celle des prêtres de TEgypte, des Chaldéens de Bahylone 6t des Brames de Flnde. La Bible était enveloppée dans ce mépris, dans cette haine qui s^attachait alors au christianisme, et on contestait à Themme la validité des titres les plus authentiques de son origine. * Cependant il était impossible que la rénovation qui s^opéra au commencement de notre siècle dans les études historiques, ne s^appliquÀt pas aussi à Tantiquité. S^il est vrai que les qualités essentielles de la critique contemporaine soient retendue e| Fimpartialité, les solutions-fournies par le xviu® siècle devaient être révisées, quelques-uns de ses jugements devaient être modifiés et

eassës. En effet, gn''^ce aux progrés de la lioguislique, de Fethnographie, de Tarchéologie, la valeur des tradt* lions partkaliéres de chaque peuple fut mieux appréciée, raulorité des textes mieux établie L^àge des monuments fut fixé) la parenté des peuples fut reconnue par celle des langues, et de la communauté des traditions considérées dans leurs éléments primitifs ressortit Tunité de la civilisation universelle.

C^est toutefois dans Thistoire des peuples pris isolément et dans Pétude des civilisations particulières, que la science moderne a recueilli la plus abondante moisson de faits nouveaux, et qu'acné a pu sur les points les plus essentiels rétablir la vérité. Il importait surtout de connaître la destinée des peuples qui entretinrent avec notre Europe les rapports les plus fréquents, et qui exercèrent sur cette civilisation romaine, môre de la n^tre, Tinfluence la plus directe. L^Egypte, TAssyrie, là Ghaldée, la Perse dorent tour à tour être livrées aux investigati^s de la science. Et c^est, en efTet, dans ce vieux dofnaine de l'histoire classique que Térudition moderne a concentré ses plus laborieux efforts et qu^elle a obtenu les plus remarquables résultats.

Cest par PEgypte que commença cette renaissance dont je viens de parler, et ce fut un Français, Champollion, qui en donna le signal. La lecture des inscriptions hiéroglyphiques fut le point de départ de ces recherches savantes, ingénieuses, auxquelles nous devons la restauration de Phistoire égyptienne. Dans toute Pétendue de

la vallée du Mil, les monanieiiU ont été îolerr<^;és et ils nous ont raconté les dictions des rois qui gouvernaient le paj« ^epoisles temps les plus reculés. Ajroiée ée son flambeau, la science a pénétré lians ces sombres néero* pôles où donnaient les Pharaons^ et elle y a retrouvé Tes nombreuses dynasties dont il ne restait de traces que dans les écrits mutilés du vieux Manéthon. Mous eounaissioDs à peine les noms de quelques souveraioB se-? parés les uns des autres par des siècles^ et ces noms ne nous rappelaient qu^un petit nombre d^événemetits altérés par la crédulité des voya^urs grecs ou amplifiés par la vanité nationale. Maintenant nous pouvons retrouver dans le Idvre des Rois de M, Lepsius toute la série des monarques qui régnèrent enligypte pendant 3000 ans»

Nous ne sommes plus rédoits à voir conceatrés dans une époque privilégiée^ sur la tète d^un ou deux hérosy les conquêtes^ les travaux de plusieurs générations, de plusieurs dynasties. Chaqiie prince, chaque siéele est rentré en possession de la part qui lui revient dans Tceuvre successive de la civilisation égyptienne. Des individualités réelles ont remplacé ces personnifications glorieuses auxquelles Timagination populaire attribuait toutes les grandes choses qui s^étaîeot accomplies durant les premiers âges ; et les fictions et les mythes qui voilaient à nos yeux les origines de la nation disparais-^ sent de jour en jour devant la vérité historique.

Nous pouvons apercevoir sous cette immobilité théo* cralique, caractère essentiel des monarchieis primilives,^

tVil

toutes les vicissUodes, toutes les révolutioBs de la société égypUeone* Les lattes des guerriers et des prêtres re« présentant ce que nous appelons dans les* temps modernes la lutte du pouvoir spirituel et du pouvoir tem* porel, les rivalités de Thébes et de Memphis redevenant tour à tour les capitales du pays, suivant que Ftnfluence sacerdotale ou la puissance des guerriers remporte, les longues .misères du pays lui-même subissant tous les maux de Tinvasion étrangère et combattant pendant des siècles pour reconquérir Tindépendance perdue, la restauration de la monarchie nationale suivie d^un magnifique développement de conquêtes extérieures sous les rois de la dix-neuvième dynastie, les magnificences de» arts et de la religion venant rehausser Téclat du tr6ne des Pharaons, la prépondérance politique et mililaire de ces rois élevée à son apogée, puis déclinant sous des rois fainéants et qu^oo prendrait pour les pâles descendants de Charlemagne, puis enfin la décadence arri^umt comme toujours à la suite des divisions intestines et des changements introduits dans les anciennes institutions, tel est Fintéressant spectacle que nous offre TEgypte dans ses modernes historiens.

L^art a été apprécié dans ses formes diverses, architecture, sculpture, peinture, et ta loi qui réglait les inspirations du génie égyptien a été reconnue. La religion a été étudiée dans son double élément sacerdotal et populaire, et il a été prouvé que, à c6té de ce symbolisme étrange et ridicule qui consacrait Tadoralion des ani-

maux et des ptantes, il y avait une théologie savante qui embrassait l^univers entier dans ses conceptions, et au fond de laquelle se retrouvait la grande idée de l^unitéde Dieu, vague tradition d^une révélation primitive^ Nous savons aussi à quoi nous en tenir sur Pétat des. sciences chez cette nation fameuse. Tout prouve que les Egyptiens ne connurent guère que les éléments de ht géométrie, et leurs découvertes astronomiques si van-< lées ne paraissent pas s'^étre élevées beaucoup au-dessusde Tannée solaire. Le célèbre tombeau d^symandias, avec son cercle d^or représentant les mouvements du ciel, a été relégué dans le domaine des fables inventées par. les prêtres égyptiens et adoptées par Fimaginatio& crédule des voyageurs grecs. Quant à ces zodiaques quf, disait-on, remontaient à une haute antiquité, personne n^ignore maintenant qu'ils sont contemporains des premiers Césars. Enfin la langue même de l'Egypte a cessé d'être un mystère pour TEurope savante. Nous savons que cette écriture si bizarre, et qu\)n croyait toute figurative, fut aussi alphabélique, au moins dans ses premiers éléments, et il est à peu près certain qu^elle se rattache au groupe des langues sémitiques.

Toiià donc, Messieurs, FEgypte qui a conquis sa place dans Thistoire positive. Nous pouvons étudier sa civilisation sous ses formes diverses, comme nous étudions celle d^une nation moderne.

Au moment où M. Lepsius, continuant Tœuvre de ses prédécesseurs, achevait son histoire des rois, unFran-

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çais, M. Boita, retrouvait sur les bords du Tigre toute une civilisation perdue. Minive sortait du milieu des sables où elle^ était ensevelie depuis le prophète Jonas. Ici kl malédiction de Dieu s^était aceomplie si littéralement, que les ruines même de cette grande cité avaient disparu. Les Ghaldéens et les Médes s^étaient ligués contre la ville maudite, et Minive était tombée sous leurs coups» 2471 ans avaient passé sur les ruines de la capitale des rois d^ Assyrie, sans qu^on put retrouver le lieu de sa sépulture. Il était réservé â notre siècle, à la France, de découvrir et d'exhumer ces restes fameux ^û revit pour BOUS une des périodes les plus célèbres dje Phistoire du monde.

Je ne veux pas raconter ici cette mémorable découdverte, qui est certainement un des événements importants de notre époque. Je me bornerai â en signaler les principaux résultats et à montrer Tinfluenoe qu^elle doit exercer sur les études historiques appliquées aux peuples de rOrient.

On sait quec^est sur remplacement d'un pauvre petit village Bommé Khorsabad qu^a été feite, par le consul de France, la première découverte d^un ancien palais de Ninive. Bientôt on en trouva d^autres \ et, au moment même où je parle, des recherches habilement poursuivies font chaque jour sortir déterre de nouveaux débris. Chaque jour aussi se répandent de nouvelles lumières sur Fétat social des Assyriens. Déjà nous pouvons contempler au musée du Louvre, dans ces colosses figurant

des lions^ des (aurealix ailés, ta représentation symbo-* liqoe de ces monarques qui réunissaient la force et lak majesté* Ils revivent soùs nos yeux ces rois superbes, qui emmenaient des nations entières en captiviié. Yoîlà cea figures qui nous apparaissent si terribles dans les récita emflammés des poètes bébreux. On les a retrouvées oe& portes par où, suivant Fexpression du propbéte Kafaum^ les peuples entraient comme des fleuves l Les voilà ces. chars qui, suivant le même prophète^ étiucelaient quand ila mardiaient au combat. Yoilà cesJdoIes d^un si.merveil-* leux travail, que leur vue seule corrompait lé peuple^ dlsraêl et lui iaisait oublier Jébovah ! Voilà reproduite en mille tableaux divers la vie sociale de ces briliantsi Assyriens; voilà leurs cérémonies religieuses, leur& usages domestiques, leurs meubles si précieux, leura vases si riches ; voilà enfin toute leur civi)isaii<Hi expri*^ mée dans des bas-relie6 d^une élégance et d^une per-. fection qui surpasse tout ce que ranliquité orientale a produit.

Quand on sait que tous ces monarques asiatiques se plaisaient à étaler leurs grandes actions sur les murs di» leurs palais, on ne peut douter que Tbistoire. des prin-^ ces de Minive ne soit renfermée dans, ces milliers dlnis^ criptions qui accompagnent les sculptures assyrien*' nés. Vienne un GhampolUon dont le génie pénétranl déchifiire ces inscriptions , et alors les obscut'ités de rhistoire d^Assyrie seront dissipées, et il nous sera permis de pénétrer }usqu^aux origines de cette monarchie

eonlei^porame des pFemiers àges.du mon^ej et donl Je siège fat placé prés du berçeaa ménie de rhumanitéé^ En attendant que Férudition moderoe rende la vie e| prête un sens à ces lettres mortes^ constatons que les deus^àges de la puissance ninivite ont été reconnus dans (es constructiws découvertes jusqu^i ce jour dans les palais de Khorsabad et de Ifimroud. Ajoutons que le major RawlinsoQ a lu sur, les monuments de Kbor^bad Vhistoire de la conquête de Samarie par Salman^sar, et celle de rinvasion de Sennachérib. dans le royaume d^Ezéchias. Dt^après le savant colonel quj nous a déjà rendu tonte une page perdue de Phistoire de la Perse,^ la concordance entre quelques-unes des inscriptions et le texte même de la Bible existerait jusque dans le nombre de talents d'or et d'argent payés en tribut par le roi de Juda. D^'un autre côté^ voilà les Français qui viennent de découvrir la statue d'im. roi auquel on ne pouvait assigner de place daps la série des rois du second en^* pire nioîvite, et que le prophète Isaie seul a mentionné* II s'agit de ce roi Sargoun, dont le général Thartan se signala par la prise d'Azot.

L'avenir confirmera sans doute les assertions du major RawUnson et nous dévoilera beaucoup d'autres fjaits inconnu^ jusqu'à ce jour; mais dès maintenant il ne nous est plus permis de dotuter de la richesse et de la grandeur de la civilisation assyrienne ^ et cette puissance ninivite> que nons jugions grande seulement par la guerre^ connut wm tontes les magnificences des arts de la paix. Il y

un

eat uit art assyrien qui PemporCa sar celui de VTndiSy souvent monstrueux et grotesque, qui fut aussi fini et plus savant que Part égyptien, et qui, à la beauté architecturale de ses monuments, ajouta les plus riche» ornements de sculpture et de peinture. De telle sorte que lea artistes ninivites se montrèrent les dignes pré^ curseur» des artistes grecs. Ajoutons que tous ces mo*numents, si remarquables sous le rapport de ^ar^, sont en outre la révélation la plus complète de la vie civile, militaire, religieuse des populations assyriennes, et quMIs viennent donner une éclatante confirmation à l'autorité de ta Bible et aux récits d'HérodotCè

II était impossible. Messieurs, que cette civilisationbrillante restât renfermée dans les limites de PAssyrie. En effet, HnAuence des arts et' de la civilisation assyrienne se propagea au loin avec les armes des monarques ninivites. A Torient et au nord, eHe s^étendit sur la^ Sfëdie et sur la Perse, oà en se combinant avec le génie si fin et si délicat des Perses sous les Acheménides, elle enfanta les merveilleuses créations de Tcheel Hinar. A Pouest, elle pénétra dans la Syrie, dans rAsie-Mineure> dans les Iles de la Méditerranée, et par les villes grec-* ques du littoral elle s^introduisit parmi les tribus helléniques. Déjà, en efifét, les découvertes de Ninive ont révélé le sens de certains monuments de la Grèce primitive qui jusqu^ici n^avaient pas été parfaitement appréciés. Il est également hors de doule que la vieille e% célèbre école d^Bgine a emprunté ses inspirations et ses:

unt procédés aux sources assyriennes. Die TAsie, celle tradîlion passa arec les Tyrrheniens en Italie, où elle serni au développement de ceUe civilisation étrusque, qui fournit â celle de Rome les éléments de sa primitivo grandeur ; c^esl ainsi que sVxpliquent ces monuments, ce luxe, ces richesses des villes étrusq«ies qui excitèrent si longtemps Pàpre convoitise des grossiers enfants de Romulos. Cest ainsi encore que disparaît cette autocb* tottie des populations italiennes et que le monde romain kii-méme, que nos études classiques nous présentent isolé et comme suspendu dans Tespace, se rattache par rStrurie encore au vieux monde de TOrient.

On n^a point borné. Messieurs, les explorations archéologiques â la vallée du Mil, au bassin du Tigre et de TEuphrate. Tous les anciens centres civilisés de PAsie ont été ou sont encore, en ce moment, le théAtre dVxpéditions scientifiques qui ne peuvent manquer d^éclairctr Thistoire des sociétés primitives. Babylone, tant de foia visitée, qui fut, elle aussi, le centre d'un grand empire, le foyer de la civilisation chaldéenne, devait appeler Pattention des érudits et exciter la sollicitude des gou« vernements de PEurope. Bient(yt, espérons*le, Pexpédi^ tion que dirige en ce moment M. Fresnel nous fournira son contingent de précieuses découvertes» Ecbatane, la capitale des Médes, la viHe aux sept enceintes peintes de sept couleurs différentes, se recommandait aussi aux investigations de la science contemporaine. La Perse, où le colonel Ravriinson a déchiffré plus de 4^000 in-

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scriplions Cttiiéiformès. dans les rochers de ffisonloaiiy oonliaue également à être étudiée. Déjà nous pouvons lire ailleurs que dans les livres d^Héroiote et deDiodore de Sicile les pages brillantes de Thistoire des Achemènides. Et qui sait ce que la lecture dés noihbreoses in-r scriptfons de Tcheel Miàar peut fournir de documenls à rhfstoire si intéressante et malheureusement si iticompléte de la Perse.

Ayec Tempire des Acheménides finit rfaistoire des grandes monardiies primitiTes. I^a bataille d\4rbelle marqua la «bute du yieux monde oriental et ouvrit une nouvelle ère àFAsie. Vous savez, Messieurs, quels furent les résultats de la conquête macédonienBe. Auparavant la-Gréce avait subi Tinfluence de TOrient, et elle lui avait emprunté les premiers éléments de la rel^ion, de Va science et des arts. L^Orient avait été la grande école où s^étaient inspirés ses philosophes, ses légidateurs, et^ ncHis Tavons vu, ses artistes aussi. Mais Fesprit grec plu& libre, plus hardi, plus varié, avait donné à ses œuvres ces formes tout à la fois harmonieuses et sévères que nous admirons encore aujourd'hui, Alexandre répandit cet esprit en Asie et y. ranima la vie qui partout s'éteignait. En même temps par le mélange des races, par Tétablissemenl d'une foule de colonies, par la fondation d'un grand nombre de villes-gi^ecques, il chercha à re* lier entre elles les diverses parties de son empire, et, suivailt l'expression de Plutarque^ â faire de toutes les nations qui lui étaient soumises une seule famille. Une

mort prématurée arréCa celte gigantesque entreprise $ mai3 Je h^ros macéda^ien o^eo prépara pas moins Tunion de rOrieqt et de rOçcident.

Franchissons, au surplus, l^espace qui s^élend entre les montagnes de ia Perse et les ri?es de Tlndus. Sut* vons ces ofl^ciers anglais que Tambitii^ de$ conquèles réunie & Tamour de la science et à Tardeur des HcoH'^ vertes pousse à travers les montagnes de TA^hanistan^ daas les variées de llnduk^au «t jusque dans les plaines du Turkestan. Les voilà qui retrouvent ensevelis sous le sol les débris de cette civilisation importée par Alexan-* dre eo Asie, et ajoutent ainsi un nouveau ebapitre A celte expédition qu^on ne connaissait autrefois que par les victoires du Granique, d^'Issus, d^Arbelles ou par les trop fameuses orgies de Suze et de Babylone ! Qu^étaieal devenus ces Grecs de la Bactriape, que Strabon noua représeote .comxne maîtres de TOrient et de Tlnde, cea mille villes du grand Eucratidas, ces soixante^dix colo^ lues fondées par Alexandre? Nul ne le savait* Trois oïl quatre pièces. de monnaie, trois ou quatre noms de princes conservés par les bistorieos anciens étaient lest seuls vestiges de cette pui^^nce qi», disait^on^ s^était étendue pl^us loin que ceU^ du roi de Macédoine.; Quand Plutarque, exaltant la fortune d'^Alexandte, nous inon4 tr^it TAsie devenue trii^i^iie des moeurs, des inçtitlitioni^ grjçcqiies, et la barbarie étrangère Qédafft partout à Theu?* reuse influencie du génie hellénique, on éta(it:ntenl d'attribuer à la vanité d'un Grec et & rentbouaiasme

d^un rhéteuF) ces merveilles de la civilisation grecque en Orient. Mais grâce à ces nombreux dépôts de médailles découverts par les Anglais, nous allons voir re^ parattre aussi cet empire graeco-bactrien presque effacé de Thistoire. Il sera possible de rétablir la suite de ces dynasties, filles de la conquête macédonienne, qui portèrent avec elles jusqu^aux rivages de la mer des Indes, jusque dans les montagnes du Thibet, les arts si brillants, ridiome si harmonieux de la Grèce. Oui, Messieurs^ il y eut un instant dans Thistoire où les drames d^Euripide et de Sophocle furent représentés dans le sauvage pays des Parthes et aux pieds de THymalaya. Et tel fut Tascendant de Tesprit grec, transplanté si loin de la métropole, qu^il subjugua les barbares du Nord eux-mêmes, et que ces rois indo scythes, ces précurseurs d^ Attila, qui s^établirent dans la Bactriane et dans l'Inde 150 ans avant Tére chrétienne, adoptèrent les arts et Tidiome des peuples vaincus par eux. A la fin pourtant, la barbarie remporta, et si vous le voulez, vous pourrez suivre dans les monnaies grseco-bactriennes la décadence crois* santé de la civilisation grecque dans ces contrées.

Toutefois, ce fut dans TAsie-Occidentale et dans la vallée du Nil que se conservèrent le plus longtemps les restes précieux de cette culture dont Alexandre avait semé le germe sur ses pas. G^est li que, à la faveur des nombreuses colonies fondées par Alexandre et ses successeurs, rhellénisme prit définitivement racine. Ses principaux foyers furent Alexandrie, Antioche, Séleucie.

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Là se maîntiureat les (radilionâ de^ sctences et des lettres. Le géaie de la Grèce, aussi bien que celui des yieilles races asiatiques, semblait à jamais épuisé, quand la littérature hellénique retrouva en Orient une nouvelle sève sous Finfluence du Christianisme.

Qui ne sait, en efiet, que ce fut au sein de cette Asie grecque que s^agitérent les longs débats à la suite des«quels le dogme chrétien fut fixé et FEglise elle-même constituée ? Qui ne sait que de cette alliance de Tesprit grec et de Timaginaiion asiatique sortit cette littérature du ly* siècle, qui marqua d^une manière si brillante le triomphe de Torthodoxie chrétienne ?

Ainsi s^accomplissait dans TOrient cette unité sociale que ni les Assyriens, ni les Perses n^avaient pu lui donner. U&Ilait un génie plus libre, plus sympathique que celui des peuples asiatiques pour triompher de la puissante oiganisation des castes et de cette profonde diversité d^orîgine, de langage et d^habitudes qui régnait chez ces peuples, pour y briser la vieille domination des prêtres chaldéens, mèdes, égyptiens, pour amalgamer toutes les races, jeter peu à peu toutes les nations dans lé même système de civilisation, et préparer cette unité plus haute et plus universelle que la religion chrétienne devait donner au monde.

Ce fut là. Messieurs, le résultat de la conquête grecque. Elle fut pour les peuples de TOrient ce que la conquête romaine devait être un jour pour le monde barbare de TOccident.

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Je m^arrètO) Messieurs, pour ne t^as JTaligUer Votre attention. QuUI me suffise de tous avoir fait entrevoir tout rintérét que pçut offrir à des esprits sérieux ce que j^appelais tout â Theure la renaissance de fantique t)rient. Aussi bien, Messieurs, c'est de là qu^est partie Inhumanité pour entreprendre cette marche laborieuse qu^elie continue à travers les âges. De là cet invincible attrait qn^éprouvent Phistorien, le voyageur en visitant quelques-unes des grandes étapes où elle s^est reposée un instant, et qu^on appelle Ninive, Babylone, Ecba(ane, Memphis, etc., etc.^ etc. De même que l^homme aime à se reporter vers les lieux où s^éveillérent son cœur et sa pensée, de même aussi les nations se plaisent à inlerrogèr et à raconter les souvenirs qui se rattachent d leur commun berceau.

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