‹ Mémoires de l'Académie de StanislasChapitre 152 sur 180 · AS · texte numérisé non relu

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machine dite. à piston, à l'aide de laquelle on simule avec une grande préeision les caractères propres aux clairvoyants. Mais le procédé :de :M. Foueaut que nous avons vu mettre en usage est encore très-compliqué. Ainsi pour former un M majuseule, il faut appliquer 42 points sur le papier, et donner 12 demi-tours à une manivelle. |

Enfin les aveugles, à l'aide d’un appareil simple, mais bien disposé, écrivent aujourd'hui rapidement les caractères imaginés psr M. Braille. Nous avons dieté à un trés-jeune élève, pris au hasard, une phrase qui a été exécutée promptement. Le professeur, M. Bourguignon, après l'avoir lue a fait remarquer à l'élève une faute d'orthographe ; le lettre e dans le mot content avait été remplacée par la lettre a. En quittant l'école et en entrant dans un atelier nous avons interrompu M.. Coquet, professeur d'enseignement mdustriel, qui faisait un ouvrage au tour, et il a lu très-vite sur le même papier que nous avions emporté avec nous. L'art métanique auquel se livre M. ae n'a paies chez is à anéanti la délicatesse du toucher. - | - Vous le voyez, Messieurs, l’écritare a marché d'abord parallèlement avec la lecture, quant aux moÿens em- .… ployés, puis l’éciiture est restée à l'emploi des caractères propres aux clairvoyants, tandis que la lecture est entrée | dans la voie des caractères spéciaux, et propres aux aveugles. M. Larivière qui est peu au courant des détails dont nous venons de vous entretenir, et qui ne s'est pas

avisé de faire de la synthèse, est parvenu à mettre l'écriture destinée aux rapports avec les clairvoyants, au niveau de la lecture, en dispensant les aveugles de l’apprentissage de notre alphabet. Il n'est pas arrivé, tout de suite, à l'appareil dont nous allons vous parler. Déjà l'institution de Nancy avait, en s’unissant à M. Larivière, obtenu de lui un appareil fort ingénieux, mais d'une application assez difficile. Un mot sur cet iii montrera la pensée de l'inventeur.

Ce premier appareïl, que M. Maxé nous a fait voir, est constitué .par un cadran mobile portant en rond les signes de lecture qui sont dus à M. Braille. L'aveugle amène devant un indicateur le point de la plaque portanla lettre cherchée. Là, par une combinaison de petits leviers. que nous ne pouvons mieux comparer qu'à ceux du diagraphe de M. Gavart, l’aveugle introduisant un poinçeon près de la lettre Braille, suit une fente ayant la forme de la lettre de notre alphabet qui répond à celle du système Braille, et un crayon reprodait sur le papier cette lettre réduite. __ Dans l'appareil que nous allons déerire la pensée de

M. Larivière est mieux dégagée, et les imperfections ont disparu. L'aveugle ne recherche plas que sa lettre à lui, et la traduetion du caractère Braille se fait en caractères ordinaires, tout à fait à l'insu de l'écrivain, avec une grande rapidité. C’est ici bien le cas de dire, que la simple vue donne plus vite la connaissance d'une chose que les plus longues descriptions, et je tire de cette réflexion, l'idée des difficukés qui entourent l’aveugle dans la pratique,

et celle de la reconnaissance que méritent tous ceux qui cherchent à lui étre utile.

DÉSERPTION DE L'APPAREIL,

Get appareil se compose de deux parties principales ; un fond en bois qui supporte le papier, et une partie métallique qui porte des caractères typographiques.

1° Fond en bois. — Une plancheue longue de 38 centimètres, large de 18, est matelassée en peau fine. Sur cette peau on placë une. feuille de papier à lettre, et on recouvre cette pige d'une feuille noircie ; un cadre mobile en.bois nsaintient les. bords de cette deraière feuille. On comprend déjà que toute pression faite sur le papier nairci va se transmettre à la page blanche.

‘2° La seconde partie de l'appareil est ee qu'on nomme, en termes techniques, un chariot pertent un disque n0bile et dont la rotatén horizontale peut avoir lieu de droñe à gauche et vice versa. Quatre. petites tringles de métal epcadrent et retiennent le disque sur le ebamp du papier. À l’aide de elefs fixées sur les tringles latérales, l'appareil descend et s'arrête à volonté sur des degrés qui marquent et déterminent les lignes de la future impression. Un.ressort permet de rapprocher, d'un seul coup, le disque du côté gauche du cadre en bois: puis une petite manivelle qui peut faire 80 tours, permet d'écarter, successivement, de ce bord le disque de l'épaisseur d’une lettre, et de placer 80 leures l'une près de l'autre. Ainsi :

— 4185 — | ignès graduées, écartement calculé pour les lettres, telles sont les avantages des deux penis mouvements du disque. |

Le disque que nous avons, déjà, plusieurs fois nommé, est la pièce principale de l'appareil ; il a 41 centimètres de diamètre, et une épaisseur de 2 centimètres. La face inférieure n’est séparée du papier que de quelques millimètres ; cette ‘face inférieure est percée de trous, pour laisser passer les lettres dont une des extrémités apparait sur Îa face supérieure au-dessus de ai elle fait une forte saillie.

Les caractères typographiques sont disposés en trois cercles concentriques dont l'extérieur touche, presque, à la circonférence du disque. Les lettres minuscules et les signes de la ponctuation forment le cercle le plus grand ; les lettres majuscules forment le second, et e troisième est constitué par les chiffres. Chaque caractère est maintenu dans l'épaisseur du disque, et un ressort relève cctte lettre sitôt que le doigt qui l’a enfoncée céntre le papier, comme un piston, cesse sa pression. Chacun des caractères qui doit marquer sur le papier une lettre de notre alphabet porte sur sa partie supérieure et saillante une petite plaque en cuivre, ponctuée d'après le procédé Braille. L'aveugle, sans compter le rang d’un caractère, le reconnait donc au toucher par cette extrémité ne rieure. ï

L’ originalité principale de l'invention se trouve dans la rotation du disque, qui permet d'amener chacune des

lettres, successivement désirées, devant un indicateur en regard duquel est une ouverture percée dans une plaque de cuivre et au travers de laquelle la lettre doit passer, pour atteindre le papier. Le reste se comprend sans peine : un tour de vis très-hien limité éloigne le disque de la place où la 1" lettre vient d'être imprimée, afin que la lettre qui suit soit marquée à côté de cette première, et ainsi de suite; deux tours de vis donnent l'écartement convenable entre deux mots. Les lettres majuscules se trouvant dans le cercle, il faut, en conséquence, monter d'une ligne l'appareil pour employer les caractères du 2° cercle ; on monte de 2 lignes pour employer les chiffres qui forment le 3° cercle; les clefs latérales que nous avons signalées le permettent facilement. Puis, en face et audessus de la fenêtre par laquelle chaque lettre vient passer, se trouve un ingénieux appareil portant les ac— cents grave et aigu et le tréma. Quand une voyelle doit être timbrée par un accent, une pression du doigt sur une partie du petit mécanisme donne tantôt l'accent grave, tantôt l'accent aigu, et la pression simultanée sur les deux accents donne l'accent circonflexe.

Je vous ai évité, Messieurs, les mots clefs-bascules, coulisses, cliquets, pas de vis, écrous; je vous fais grâce des charnières qui relient les diverses parties de l'appareil, et de tous les détails secondaires, dont la simple vue de la machine fai deviner l'emploi. Il nous faut cependant donner encore quelques explications sur le double V (W), sur le trait d'union et sur le guillemet. Le W

s'imprime en pressant sur le papier avec le V ordinaire qui, éloigné ensuite par un seul demi-tour de vis, vient imprimer une nouvelle empreinte qui tombe en partie sur la 1". Le trait d'union se fait en pressant le signe qui forme le point et en le faisant marcher, à l’aide de la vis, ce qui permet un trait que l’on prolonge à volonté. Quant au guillemet, il manque, mais il serait facile de le placer

sur le 3° cercle à côté des chiffres. | Après avoir décrit sommairement l'appareil, nous avons dù chercher à déterminer la part de M. Larivière dans sa composition. L'idée de l'imprimerie n'est pas nouvelle, car Haüy disait en 1786 : u Nous ne sommes “ pas les premiers qui ayons osé tenter de faire coucher aux “ aveugles leurs idées sur le papier à l’aide de lettres typo- “ graphiques. Nous avons entre les mains une lettre de " M'° Paradis, imprimée par elle en caractères cicero et “ en langue allemande. n Nous vous rappellerons aussi l'aveugle de Puiseaux, visité par Diderot, et qui eut l’idée d'apprendre à lire, à son fils avec des caractères en relief. Mais, la rotation des caractères d'imprimerie, telle que l'a imaginée M. Larivière, fait de son impression un procédé qui lui est propre, nous le croyons du moins. Puis son appareil se distingue par une simplicité réelle qui permet à un aveugle de ne pas. connaitre l'alphabet usuel et de pouvoir, à l’aide du seul alphabet Braille, communiquer

avec les clairvoyants. | .

La première objection qui se présente à l’esprit de l’observateur est celle-ci : les aveugles ne peuvent lire ce

, — 488 — qu'ils ont écrit. Cette objection est forte, et lorsque nous avons interrogé les aveugles, ils ne la diminuent pas par leurs réponses. Il y a, jusqu’à présent, une tradition à ce sujet, et elle est bien établie. C'est cette tradition qui a déterminé la fabrication de volumineuses machines qui, par un ingénieux mécanisme, donnent à l’aveugle une copie pour lui, en caractères spéciaux, de H feuille qu'il a écrite avec notre alphabet. Mais un des avantages de l'appareil de M. Larivière, est la simplicité et aussi la modicité de son prix, qui ne s'’élèverait pas au-dessus de 35 à 40 francs. On pourrait, sans doute, au moyen de caractères plus forts, de pressions plus énergiques, laisser, au verso du feuillet, un relief queliraient les aveugles qui ont la connaissance des deux alphabets, mais ce serait revenir à cette double connaissance qui, selon nous, peut étre évitée. IL nous semble qu'il peut en étre pour l'aveugle comme pour le voyant, qui ne relit guère lorsqu'il n’écrit que quelques lignes, etsi l'on se souvient de la prodigieuse mémoire qu'acquièrent les aveugles ; si l'on veut songer à la manière dont ils apprennent la musique, les craintes cesseront sur les erreurs qu'ils redoutent tant eux-mêmes. Vous avez, Messieurs, vu M. Blanchet au milieu de vous, pendant une lecture académique, et malgré des interruptions, Composer trèsrapidement l'impression de douzé vers que nous remettons sous vos yeux. Un fait analogue s'était produit, antérieurement, devant votre räpporteur et devant les élèves de l'Ecole de médecine, lorsque M. Blanchet

si

n'avait, encore, eu l'appareil entre lés mains que pendant upe heure. e | |

Une objection plus sérieuse nous a été faite ; si la personne à qui on écrit répond avec la plume, il faudra à l’aveugle un intermédiaire pour lire cette réponse, et autant vaudrait prier cet ami d'écrire aussi la lettre. Ici, nous combattons l'argument. D'abord, on n'attend pas toujours de réponse à une lettre, puis, cette réponse lue par un clairvoyant peut ne pas révéler le sens de la demande, s'il y a eu demande formulée. Mais un second progrès nous parait pouvoir tout concilier. Qui empêche: rait de fabriquer un appareil analogue à celui de M. Larivière, mais produisant un résultat inverse, c'est-à-dire, pendant que le clairvoyant mettrait le doigt sur un caractère d'imprimerie portant notre alphabet, ce caractère imprimerait en points l'alphabet de l'aveugle ; de telle sorte, qu'un enfant aveugle ne sachant que le procédé Braille écrirait à sa famille en caractères imprimés ordinaires, tandis que la famille ne sachant que l'alphabet usuel répondrait en caractères Braille, et notez qu'aujourd'hui les Allemands, dans l'impression, usent des caractères qui sont en usage en France, en Angleterre, en Espagne, en lialie, etc., et que, par eonséquent, le mème appareil pourrait servir chez la plupart des nations.

Nous avons signalé à M. Larivière un avantage auquel il n'avait pas songé pour son appareil. Nous avons interposé entre plusieurs doubles de papier noir, des feuilles de papier blanc, et nous avons obtenu simultanément plusieurs épreuves par une seule pression.

Nous avons entendu reprocher aux points saillants d'être trop petits. Chacun est disposé à penser que de même que l’on crie très-fort pour se faire entendre d'un sourd, il est nécessaire de présenter aux aveugles des objets de très-grande dimension ; c'est une erreur, car, dans ce cas, une opération intellectuelle leur est nécessaîre, et il faut l’éviter à l’aveugle, lorsqu'elle est inutile. H suffit de rappeler, ici, que le tact des aveugles devient très-délicat, et que Saunderson avait tellement perfectionné le sien, qu’en parcourant une suite de médailles, il distinguait, assuré-t-on, les vraies des fausses, ce que nous croyons difficilement.

En 1786, Haüy disait de son enseignement : u l'insti- » tution ne prétend pas mettre jamais le plus habile des “ aveugles en concurrence, dans aucun genre, avec le plus n médiocre des savants ou des artistes clairvoyants. n Mais déjà, le docteur Guillié, dans un chapitre consacré aux aveugles célèbres, avait donné une toute autre idée de la perfectibilité manuelle et intellectuelle des aveugles, et vous voyez, Messieurs, un nouveau progrès se faire devant vous, et vous ressentez cette douce joie qu'éprouve tout homme qui désire le bonheur de ses semblables.

Voulez-vous me permettre, Messieurs, avant de donner les conclusions de la Commission, une dernière citation sur de singuliers rapports des aveugles avec les sourdsmuets. |

Pendant un certain temps, les institutions des aveugles

et des sourds-muets furent réunies dans l'ancien couvent

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