‹ Mémoires de l'Académie de StanislasChapitre 169 sur 180 · SUR LES DISTRIBUTIONS · texte numérisé non relu

SUR LES DISTRIBUTIONS

D'ALJMENTS CUITS,

PAR LE MÊME

Dans le travail relatif aux distributions d'aliments cuits successivement opérées chez les différents peuples du monde (a), il s'est glissé une erreur notable, — assez notable pour exiger rectification.

C'est dans le chapitre qui concerne la France au début du XIX° siècle. |

Appuyé pour tous renseignements sur des oui-dire, et dépourvu des documents positifs qui sont tombés depuis lors sous sa main et qu'il possède aujourd'hui (1), l'auteur avait fait une part beaucoup trop chétive à la réapparition des sportules peu après la Révolution. Il n'avait présenté cette réapparition ni comme aussi promple ni comme aussi considérable qu'elle le fut.

(a) Voir le volume de 1854 des Mémoires de l'Académie de Slanishas, pages 159-175.

Suivant lui, les distributions paternelles de pitances chaudes, depuis leur cessation à Saint-Lazare en 1790, ne s'étaient remontrées à Paris qu'à partir de l'érection de la marmite en plein- vent, dressée par l’homme au pelit manteau, et n'avaient recommencé en province que depuis l'hiver de 1830-1831 ; si ce n'est pourtant en 1811, mais passagèrement et par exception.

Or il n'en a pas été du tout ainsi. |

Dès les derniers temps de la première République, l'union philanthropique des Franes-Maçons, seule association charitable qui füt alors en pleine activité (2), avait, en plusieurs endroits de la France, rétabli l'œuvre, et cela par des essais toujours croissants, lesquels s'étaient bientôt développés sur une assez grande échelle.

On peut en juger par la Lorraine, où la chose, bien loin de n'avoir eu lieu qu'en 1811, était reconstituée depuis longtemps à une telle date, et fut au contraire suspendue pendant cette année exceptionnelle, durant laquelle le Gouvernement, inquiet du sort des populations à cause de la disette, crut devoir prendre tout en main et s'emparer du monopole de la bienfaisance.

En Lorraine, disons-nous, le système des pitances délivrées cuites fut monté dès le mois de janvier 1803; et sauf l'interruption forcée dont on vient de parler (laquelle ne dura qu’un été), il fonctionna régulièrement jusqu'au 1* septembre 1814, époque où la Loge de Nancy présenta des symptômes de décadence et commença à sc désorganiser. |

Or, pendant ces douze, ou plutôt ces onze années (puisqu'il faut déduire 1811), la Direction maçonnique fit délivrer, aux pauvres de cette seule villle, 385,345 sportules, dites soupes à la Rumfort, chacune de la valeur d'au moins dix centimes (a) ; c'est-à-dire 385,345 DOUBLES RATIONS Cuites, équivalant à 770,690 portions simples, selon la mesure d'aujourd'hui (3). Les charités dont il s’agit présentaient done, par an, une moyenne de .

+ 70,052 rations ordinaires, ou 5,837 par mois. —- Telles :

sont les abondantes largesses qui ne cessèrent qu'avec le. dernier jour du mois d'août 1814, et qui, reparues d’abord : passagèrement en 1830-31 sous l'impulsion d'un comité libre, ont été définitivement réssuscitées plus tard par la Société de saint Vincent de Paul, avec grand accroissement (4).

Nous ne pouvions sans injustice, dans notre petite revue historique des distributions alimentaires, laisser subsister l'omission d’une phase tellement notable ; phase plus que décennale dans sa durée, et qui, dès quarante ou cinquante ans avant l’époque présente, avait été remplie par des faits si consolants et déjà d’une telle éten-

due (5). |

(a) D’environ onze centimes; ce qui, d’après le taux des comestibles, représentait, sous le premier Empire, environ treize ou quatorze centimes, valeur marchande actuelle.

Page 1