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, Enfin, la liste des correspondants lorrains, dont le nombre est illimité, s'est accru par l'adjonction de MM. Cournault, de Barthelémy, Vuillaume et Chabert.
Après cette revue des acquisitions et des pertes de l’Académie, je dois répondre aux discours que vous venez d'entendre. Les précédents m'autorisent à le faire brièvement; d’ailleurs, votre attention, quelque soutenue qu'elle
soit, doit avoir des bornes.
À M. DE MEFZ.
Vous, Monsieur, qui venez de nous attendrir en nous racontant la triste mort du malheureux Säti, vous auriez également pu nous intéresser par la lecture d’un travail sur l’économie politique. C'est en effet, cette science que vous représentez dignement parmi nous. Vous avez craint, pour cette solennité, l’aridité du sujet. Cette appréhension était peut-être exagérée, car nous n'ignorons pas que vous savez racheter par la profondeur des considérations générales et l'élégance du style ce que le sujet peut avoir ‘d'abstrait. Nous aurions aimé à vous voir tracer à grands traits l’histoire de la science nouvelle et peu connue à l'étude de laquelle vous vous êtes consacré. Vous nous auriez fait voir que cette science est inséparable des bases
fondamentales de la Société et que les systèmes produits
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‘de nos jours par de prétendus réformateurs sont comme ces fruits trompeurs dont la couleur appétissante cache | une pulpe empoisonnée. Il y avait [à le sujet d'un beau travail devant lequel vous avez reculé, non par impuissance, mais par modestie. Au lieu de nous instruire, vous avez mieux aimé nous émouvoir. À ce point de vue, votre succès a été complet. Votre talent s’est révélé sous une forme nouvelle qui nous prouve que tous les genres de littérature vous sont familiers.
Malgré l’apparente légèreté de Ja forme, votre récit renferme un grand enseignement. Sans affaiblir l’intérèt .que vous avez su attirer sur votré héros, vous n'avez pas dissimulé qu’au milieu des écarts d’une jeunesse orageuse il avait renié son culte, et que cette première faute l'avait fatalement conduit à violer la loi barbare de son pays.
La peine qu’il a subie nous révolte à juste titre ; mais Dieu, sans doute, réservait au renégat cette expiation afin que sa mort le purifiâät de son apostasie. Espérons que ke retour de pareilles cruautés sera désormais impossible. Non, les fils de l'Eglise et leurs frères dissidents n'auront pas vainement fait alliance; ils n'auront pas prodigué Jeur sang'et leurs trésors pour assister, impassibles, à des scènes semblables à celle que vous venez de décrire. Nos armées ont conquis, dans les champs de la Tauride, le
droit de s'opposer à ce que le couteau musulman reste
suspendu sur la tête des malheureux qui, après avoir été assez insensés pour renier leur foi, auraient le courage de la confesser de nouveau. La liberté de conscience doit être le premier article du code des lois internationales. Le sang de Säti crie aussi haut que celui des victimes d'Elizabeth et de Philippe Il; et l'éternel honneur de notre siècle sera d'avoir mis fin à ces actes d’intolérance qui doivent être flétris, quels que soient l’époque et le pays auxquels ils appartiennent. Les musulmans finiront par comprendre un jour que, malgré la différence des cultes, tous les hommes sont frères. Puissent-ils comprendre aussi combien la religion qui pardonne est préférable à celle qui demande des expiations sanglantes.
À M. NICKLÈS.
Quant à vous, Monsieur, le choix de votre sujet est tout différent, mais non moins heureux. Sans sortir du cercle habituel de vos études, vous avez su nous intéresser vivement en nous parlänt du savant, modeste autant que laborieux, qui non content d’avoir été l’une des illustrations de notre cité a voulu en être le bienfaiteur. Vous n'avez pas vu M. Braconnot et cependant vous le connaissez mieux que nous. Les détails intimes que vous”
avez recueillis sur sa vie privée, la lecture de ses travaux
et l'appréciation de ses belles découvertes vous ont fait connaître à la fois l'homme et le savant. En nous communiquant le résultat de vos recherches, vous avez bien mérité de la ville de Nancy et de l'Académie de Stanislas.
Nous regrettons que Je temps ne vous ait pas permis de nous donner un aperçu plus étendu de cette étude considérable poursuivie par vous avec cette verve, cet entrain qui caractérisent tous vos travaux. Nous retrouverons, du moins, dans les Mémoires de l’Académie, le résultat complet de vos recherches, avec tous les développements scientifiques et anecdotiques que comporte le sujet. |
Vous avez, Monsieur, ce qu'on peut appeler la passion . de la science. Vous ne vous bornez pas à la faire rayonner autour de vous, vos publications répandent dans les deux hémisphères les découvertes nouvelles dont plusieurs vous appartiennent en propre. Heureux ceux qui sont animés de ce feu sacré et qui peuvent le communiquer en le faisant passer dans leurs paroles et dans leurs écrits: Au savant, comme au littérateur, il faut ce souffle divin sans lequel it ne se fait rien de grand ni de durable.
Dans la science à laquelle vous vous êtes livré tout entier, chaque pas fait en avant est une conquête. L'application pratique des découvertes nouvelles se fait quelquefois attendre longtemps ; mais, souvent aussi, l'étude
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et la persévérance des essais conduisent à des résultats: qui dépassent les espérances qu'on aurait pu concevoir. À ce point de vue, les progrès que vous avez déjà fait faire à la science font pressentir ceux qu'elle vous devra un jour.
À M. DE SAINT-MNAURIS.
Vous, Monsieur, quoique vous nous apparteniez depuis bien peu de temps, vous n'êtes pas pour nous un inconnu. Lorrain par la naissance et par le cœur, vous êtes venu chercher dans votre pays d'affection le repos dont vous dites avoir besoin. Ce repos n’a pas été pour vous l’oisiveté. Débarrassé du fardeau des fonctions publiques, vous avez mis la dernière main à un travail qui nous fait voir face à face, tel qu'il est, le plus grand poëte du moyen âge ; Dante a trouvé en vous un interprète digne. de lui et ceux qui n’ont pas le bonheur de pouvoir lire. ses rimes vous doivent du moins d'en connaitre le sens. -et le mouvement.
Dans le brillant tableau que vous venez de tracer de la -marche des sciences et des lettres, nous avons été sur— -tout frappés de la justesse de vos aperçus. L'analyse froide et décolorée, que nous en pourrions faire, ne serait qu'une.
redite. Nous aimons mieux vous féliciter du point de vue:
. CCXYH élevé sous lequel vous avez envisagé votre sujet. Nous: saluons en vous un nouveau et vaillant champion des: vrais principes littéraires. Le premier de tous, celui que vous mettez si bien en pratique, est de conserver la pu-
reté du langage ; c'est un soin trop dédaigné de nos jours. | Souvent même ce dédain est érigé er système par une certaine école littéraire dont les adeptes jettent sur le papier toutes les fantaisies de leur-esprit, faisant parade de leurs extravagances , et déguisant la stérilité des idées sous le clinquant du néologisme. Le ridicule et l'oubli ont fait justice d’une foule de productions de ce genre. Malheureusement quelques esprits éminents se sont mis à la tête de ce mouvement et les princes de cette littérature ont entrainé la foule sur une pente funeste. À force de colorer leur style, ils en ont rendu les tons durs et criards. Pour réveiller l'attention d’un public blasé ils ont intro— duit dans la langue des mots inconnus et des tournures nouvelles. C’est ce qu’on a appelé brillanter son style. Le mal n’était pas grand encore, mais le désordre des idées a suivi celui des mots. Bientôt on a vu les principes les plus dissolvants exaltés avec frénésie, les vérités que nous avions appris à respecter indignement outragées. Le paradoxe s’est embelli de tous les ornements du style nouveau et Je public avide de changement, s'est accou-
tumé à ce breuvage perfide en applaudissant à outrance
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ses empoisonneurs. Les enivrements de l’orgueil sont venus à la suite de cette débauche de l'intelligence, à tel point qu'on a vu des écrivains se tresser à eux-mêmes des couronnes destinées à remplacer celles que le publie désabusé laissait se flétrir sur leurs têtes.
Si, comme vous l'avez si bien démontré, la littérature proprement dite n'est pas en progrès, vous avez cependant reconnu qu'une branche des études littéraires a donné des fruits inconnus aux temps antérieurs. Au point de vue des recherches historiques, aucune époque n'est comparable à la nôtre. Les sociétés savantes ont pris une large part à ce mouvement qui est loin de se ralentir. Notre sage et clairvoyant fondateur, qui fut le trait d'union entre la Lorraine et la France, avait voulu que son Académie s'occupât de l'histoire d'une nationalité dont il ne reste plus que le souvenir. Cette œuvre collective souvent entreprise, puis abandonnée pour des causes diverses, pouvait difficilement aboutir. L'un d’entre vous s’est chargé, à lui seul, de la tâche commune et il vient de mener son œuvre à bonne fin. Les deux premiers volumes de l'histoire de Lorraine publiée par M. Digot ont
été placés, dès leur apparition, au nombre des meilleures productions historiques de notre époque. Ce début est
pour nous un gage certain que la tâche imposée par Stanislas sera dignement accomplie par un membre de la
société qui porte son nom.
En recueillant ainsi les souvenirs du passé, en rappelant que la Lorraine fut autrefois un état indépendant dont les souverains ne relevaient que de Dieu et de leur épée, on s’est souvent mépris sur la pensée des écrivains qui ont consacré leurs veilles à ces travaux. On a cru qu'en évoquant cette nationalité disparue on nourrissait en secret, l'espoir de la voir se reconstituer. Espoir insensé qui serait le rêve d'une imagination malade et contre lequel ont protesté plusieurs voix éloquentes qui ont déjà retenti dans cette enceinte. Plus d'un siècle s’est écoulé depuis que la Lorraine est unie à la France par des liens indissolubles. Dans les mauvais jours de la patrie, les Lorrains ont montré comment ils savaient défendre le sol sacré du pays et l'unité nationale. Ne sait-on pas d’ailleurs que la Lorraine était unie à la France par la langue et par les mœurs, bien ayant que cette union fût écrite dans les traités? Ne sait-on pas que les véritables besoins des populations étaient satisfaits par leur incorporation définitive à la grande famille française ? Ne sait-on pas qu’une des causés qui ont le plus retardé la réunion a été l'intérèt particulier des princes de Ja maison de Lorraine. Aujourd’hui tout est consommé. Le chef de celle maison est assis sur un des plus beaux trônes de l'Europe et les Lorrains sont Français par le cœur aussi bien que par le langage. Ils sont fiers, à bon droit, de leur