MESSIEURS
* Les discours que vous venez d'entendre, témoignent combien l'Académie de Stanislas continue à se fortifier par l'adjonction de ses nouveaux membres. Le présent est digne du passé et l'avenir s'ouvre devant vous plus brillant que jamais. Toutefois nous ne devons pas oublier . que si chaque année, nous procure des forces nouvelles, elle nous apporte aussi son contingent de tristes souvenirs. Déjà, lors de votre dernière séance publique, et pendant que la voix éloquente de votre président vous rappelait ves pertes passées, vous pouviez én pressentir une nouvelle. Un de vos plus anciens collègues, et des plus vénérés, manquait à notre réunion; son absence était dès lors l'objet de tristes préoccupations ; bientôt tombait sur un cercueil la première expression de notre commune douleur : M: de Caumont n’était plus.
Sa vie laborieuse s’est écoulée au milieu de vous. Il vous appartenait depuis un demi-siècle. Voué de bonne heure à l'étude des sciences mathématiques, il était à même de les enseigner à un âge où l’on apprend encore. Les succès de ses nombreux élèves, admis aux écoles du gouvernement, avaient étendu sa réputation; chaque année voyait élargir le cercle de ses auditeurs. M. de Caumont possédait le don bien rare de faire aimer ce qu'il enseignait. L’aridité du sujet disparaissait sous l’élégance de la forme ; la clarté de l’exposition faisait pénétrer la lumière jusque dans les moindres détails ; de telle sorte que plus on avait appris avec lui, plus on avait le désir d'apprendre. Cette prééminence dans un art difficile, il la devait surtout à l'heureuse alliance qu'il avait su faire des connaissances les plus variées et dont la réunion est trop rare de nos jours. M. de Caumont n'était pas seulement un savant, c'était aussi un légiste et un littérateur. Peut-être même la disposition naturelle de son esprit l’entrainait-elle plus volontiers vers les études littéraires. Nous n’en voulons pour preuve que les trop rares morceaux de poésie dont il a enrichi le recueil de vos Mémoires. Mais il pensait que le commerce des ‘muses s'allie difficilement aux travaux de l’administration. Une fois placé à la tête de l'Académie universitaire de
Nancy, il se livra tout entier à ses fonctions en se bornant
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à suivre vos travaux sens y prendre une part active et. directe. |
Si vous avez été ainsi. privés d’un collaborateur dont on pouvait tant espérer, le confrère vous restait, du moins, avec toutes les qualités de son cœur et de son: esprit. Il suffisait de lavoir vu une seule fois pour reconnaitre qu'il était la bienveillance et l’amabilité personnifiées. Vous dirai-je qu'il possédait au suprême degré cet art si charmant de la conversation? La sienne était étincelante de gaité, d'esprit, de saillie. Mais vous l’avez tous connu, aimé, admiré ; insister sur ces souvenirs, ce serait renouveler vos regrets. Ces qualités éminentes, vous savez que M. de Caumont les conserva jusqu'aux derniers jours dé son existence. Chez lui le corps pouvait s'user, mais non l'esprit. Aussi, dans ses dernières années, aimait-il à arrêter sa pensée sur le prochain rétablissement des Facultés lorraines, prédisant déjà l'éclat de leurs suceës et devançant ainsi, par un pressentiment secret, l'expression de l'opinion publique. Avec quel intérêt il suivait les premiers travaux des jeunes professeurs ! Avec quel empressement, malgré sa santé chancelante, il assistait à leurs lecons! Cet homme si supérieur, qui savait tant et si bien, venait encore apprendre aux derniers jours de sa vie, ou du moins se souvenir. Son suffrage était un arrêt. Et vous, Messieurs, nos maitres dans une.
autre enceinte, aujourd’hui nos collaborateurs, vous qui avez distingué ses applaudissements au milieu de ceux de la foule et recueilli si souvent ses félicitations particu lières ; vous en avez été à bon droit heureux et fiers. Ce témoignage si flatteur vous a été trop promptement ravi. Gelai qui l'exprimait avec tant de charmes a été enlevé au milieu des plus douces joies de la famille. Il est parti pour le céleste conseil des âmes avec la sérénité que donne la conscience d'une vie si bien remplie.
M. de Caumont n'est pas mort tout entier, Messieurs,
il vous a laissé plus que son souvenir. Le nouveau confrère qui lui appartient par des liens si étroits nous rend, pour ainsi dire, l'objet de nos regrets et reproduit, rajeunies encore et ravivées, les rares et précieuses qualités que nous admirions en lui. Nous espérions qu'il nous serait donné d'entendre aujourd'hui même, la lecture d'un travail que prépare M. Mezières sur une célébrité militaire de notre Lorraine et dont le nom se rattache à l'affranchissement de la Grèce. Ce plaisir n’est que différé, et nous aimons à divulguer l'engagement pris par un membre de l’Académie de consacrer quelques pages à la mémoire du général Fabvier. Ainsi deux frères si différents par la destinée, si semblables par le cœur, auront été l’objet des travaux de l'Académie qui tient à honneur de transmettre à la postérité le souvenir des Lorrains:
dont le nom appartient à l'histoire
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Si c'est un des principaux devoirs des sociétés littéraires de conserver la religion des souvenirs, ce devoir est plus impérieux encore à l'égard des membres qui leur ont appartenu. Alors même que le flot des événements nous enlève un de nos confrères, nous le suivons ‘sur le nouveau rivage où il a transporté sa vie, nous l’accompagnons par la pensée, nous encourageons ses travaux dont nous recevons toujours les prémices avec bonheur. Ainsi, Messieurs, ceux d’entre vous qui ont connu M. l'abbé Rorbacher savent qu’il a été, pendant plusieurs années, l’un des membres les plus assidus de notre Académie. Il avait entrepris un travail immense. Il a pu nonseulement le mener à bonne fin, mais encore l'améliorer dans plusieurs éditions qui en constatent le succès. L'his- ‘toire générale de l'Eglise, traitée avec tous les détails qu'exige la critique moderne, devait tenter un esprit aussi laborieux. Il a su répandre un intérêt tout nouveau sur un sujet qu’on pouvait croire épuisé depuis la célèbre publication de l’abhé Fleury; il l’a rajeuni en lui donnant des développements.immenses. Aussi n'est-il pas aujourd’hui un ecclésiastique français qui n'ait consulté cette histoire avec fruit, et, à l'étranger elle a été traduite en plusieurs langues, même en dehors du continent européen. Cet ouvrage, semblable par l'étendue à ceux des
Bénédictins, ne comprend pas moins de 29 vol. in-8° et
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cependant son auteur, aussi infatigable que savañt, ne croyait pas avoir encore assez fait. Il avait conçu la pensée d'un vaste travail hagiographique que la mort seule l'a empèché de terminer.
. ‘Les travaux de notre confrère nous avaient privé de sa collaboration depuis quelques années. Appelé et fixé à. Paris par la nature de ses recherches et par la position nouvelle qui lui avait été faite dans l'enseignement ecclésiostique, 1l était passé dans la classe de nos correspondants. Ce titre n'était pas pour lui purement honorifique, et chaque année il nous envoyait de nouvelles productions. Il espérait reprendre un jour sa place au milieu de vous. Ce vœu qui nous est commun avec lui n’a pu être exaucé ; il ne nous reste plus que le souvenir d'un savant infatigable et d'un homme de bien.
La mortn'a pas épargné nos correspondants étrangers, L'un d'eux, M. le baron de Stassart, membre du sénat de Belgique, entretenait avec nous des relations suivies. Poëte, littérateur, historien, M. de Stassart avait consacré les dernières années de sa verte vieillesse à la publication de ses œuvres complètes, dont il venait de vous. faire hommage. On y retrouvera toujours avec plaisir ces fables charmantes dont plusieurs ont été insérées dans les recueils destinés à l'éducation.
-Nous avons aussi perdu M. Husson, jeune et savant
raturalisté, dévoré par le climat de l'Egypte, qui avait enrichi les collections zoologiques de Nancy par des envois intéressants à plus d'un titre.
La liste de nos associés lorrains se trouve également. diminuée par la mort récente du laborieux M. Noël et par l'élévation à l'épiscopat de M. l'abbé Delalle, vicaire. général du diocèse de Nancy. Notre ville conservera. longtemps le souvenir de l’imposante cérémonie dans Jaquelle notre confrère a été sacré évêque de Rodez. Nos. vœux l’accompagnent dans l'exercice des hautes fonctions qui lui ont été confiées, et nos regrets sont diminués par la pensée que le nouveau prélat reste toujours attaché à notre Société en qualité de membre correspondant.
Enfin, Messieurs, nous avons encore à regretter l’éloignement de plusieurs membres, tous jeunes, pleins d'avenir, et dont nous avions droit d'espérer une utile col- Jaboration. M. Seguin, dont les premières lecons, comme professeur de physique à la Faculté des Sciences, avaient été justement remarquées, a été appelé en la mème qualité à la Faculté de Grenoble au moment même où il allait siéger parmi vous, et nous n'avons pu l'inscrire que sur Ja liste de nos correspondants. Nous avons possédé pendant quelques mois seulement M, Lemoine, professeur de philosophie à la Faculté des Letires, qui va porter à Bordeaux cette parole à la fois simple et élégante, cette
ccx | lucidité d'exposition, cette logique serrée, qui attiraient à ses leçons un si grand concours d’auditeurs. Nous ne doutons pas des succès qui l’attendent dans ses nouvelles fonctions. À Bordeaux, comme à Nancy, il saura maintenir et développer le goût des études philosophiques.
Quant à M. Saudbreuil qu'un avancement si bien mérité vient d'appeler au poste de premer avocat général à la cour impériale d'Aix, il vous était connu par plus d’un genre de mérites. En l’accueillant, vous avez rendu hommage, non-seulement aux éminentes qualités du magistrât, mais aussi et surtout à celles du littérateur qui s'étaient révélées dans une occasion solennelle.
Les trois membres dont nous venons de parler n'ont pu prendre une part active à vos travaux. Vous y perdez une collaboration d'autant plus précieuse qu'elle vous promettait une plus grande variété; vous n'en conserverez pas moins un souvenir durable de relations, trop courtes sans doute, mais qui peuvent encore se rétablir.
C'est ici en effet que se reconnait la sagesse dé vos règlements. Âueun de ceux qui vous ont appartenu ne vous quitte sans esprit de retour. Le lien n'est jamais complétement brisé et la qualité de correspondants donne toujours aux anciens titulaires le droit de reprendre leur place et leur rang parmi vous lorsqu'ils reviennent habiter
votre ville. C’est ainsi qu'un de mes prédécesseurs dans
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la présidence, après avoir-exercé de hautes fonctions dans plusieurs départements, vous a été rendu à la fois comme confrère et comme doyen de la Faculté des Sciences. Espérons que cette application de vos règlements ne sera pas la dernière.
Les vides qui s'étaient formés dans vos rangs ont été comblés par l'adjonction de MM. Lemachois et de Saint- Mauris nommés membres titulaires. L'un d'eux vient de prendre part à cette solennité et vous êtes encore sous le charme de son élégante et judicieuse parole. Le temps. nécessairement restreint qui doit être consacré à la séance. publique ne vous a pas permis d'entendre M. Lemachois dont les travaux incessants sont connus et appréciés de chacun. Ce plaisir n’est que différé d'une année et il vous reste encore en perspective les discours de réception de MM. Mézières, Lacroix et Chautard qui se disposent, ainsi que M. Lemachois, à payer leur tribut académique.
Le nombre de vos correspondants français s’est complété par la nomination de MM. Nicklès, frère de notre collègue, Garcin de Tassy, membre de l'Institut, Commarmond, antiquaire à Lyon, et Bergmann, membre de la Faculté de Strasbourg.
M. Garcin de Tassy, si connu par ses beaux travaux sur les langues de l'Orient, a tenu à honneur de s’assoeier au corps savant qui, le premier, a exprimé le vœu que l’orientaisme fût rendu classique en France.