‹ Mémoires de l'Académie de StanislasChapitre 28 sur 180 · PAR M. LE DOCTEUR · texte numérisé non relu

PAR M. LE DOCTEUR

C, SAUCEROTTE.

Pinel s'inspirant de la philosophie du xvin* sièele, et de l'analyse, qui est sa formule la ‘plus générale, nous est un frappant exemple des rapports intimes qui lient la marche de chaque science à l'esprit philosophique d’une époque. Entre la logique de Condillac et la nosographie la filiation est évidente. Mème confiance dans l'infaillibilité des nomenclatures, et dans l'influence d’une langue bien faite sur les progrès de la seience : même engouement pour ces méthodes analytiques qui, à force de diviser, finissent quelquefois par désunir, et par perdre de vue les: rapports synthétiques, et les grandes lois des: faits.

(4) Voir dans le volume des Mémoires de l’Académie de Stanislas, pour 1852, l'Etude sur Bichat.

En expliquant par quels motifs les procédés analytiques avaient obtenu une faveur exclusive au commencement de ce siècle, je n'entends pas m'en faire le détracteur absolu ; en toute chose il y a l'usage et l’abus. D'ailleurs, pour croire avec Pinel, ou pour répéter sur la foi de ses apologistes que l'application de l'analyse à la médecine date de la fin du xvin siècle, il fallait avoir oublié qu’on ne peut. observer sans le secours de l'analyse, point de départ de toute méthode expérimentale : que c’est là un procédé aussi vieux que l'esprit humain, et dont on trouve l'application chez les grands observateurs de tous les temps, à commencer par Hippocrate, et à finir par les contemporains de Pinel lui-même (1). Mais enfin puisqu'à ce nom justement vénéré se rattachent la vogue dont jouirent à cette époque les méthodes analytiques, et les avantages qui purent en découler pour l’art de guérir, voyons cé que le célèbre professeur apporta dans cette direction d'idées neuves et de perfectionnements réels.

C'était alors le règne des nosologies, nées de la néces-

(1) Il n'est pas de méthode d’où l’analyse, il n’en est pas d'où la synthèse soit totalement proscrite ; seulement l'analyse doit constituer le point de départ et le procédé dominant dans les sciences d'observation. «Nous ne décomposons que pour recomposer. Si nous ne pouvions nous retracer toutes les choses ensemble, nous ne pourrions jamais juger des rapports où elles sont entre elles, et nous les connattrions mal. » Qui a dit cela? Condillac lui-même, Logiq. re part., chap. 2.

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sité de coordonner les nombreux matériaux dont se compose la pathologie, non moins que du discrédit des vieilles théories, et de l'impossibilité constatée d'y trouver un lien commun pour la systématisation de tous les faits. Séduits par l’exactitude des méthodes de classification qui avaient conquis dans les sciences naturelles une faveur méritée, les nosologistes avaient cru pouvoir appliquer à la distribution méthodique des maladies les principes de ces sciences. On. s’en était laissé imposer par une fausse analogie entre les caractères spécifiques inhérents aux êtres matériels, et les phénomènes transitoires qui résultent de cet acte anormal qu’on nomme la maladie. Sauvages qui croyait à la possibilité d'importer en pathologie les formules usitées dans les classifications botaniques, avait donné le premier l'exemple d'une nosologie fondée sur ces principes. C'était une erreur du grand Linné ; ce fut la grande préoccupation de la fin du xvin® siècle, et même du commencement du xx°. u n'y eut pas, dit Coutanceau, de si mince professeur qui ne crût marcher à l'immortalité en attachant son nom à une classification nosologique (1). Parce que Condillac avait dit, au rebours de la vérité, que la rigueur de la langue fait la rigueur de la science, on s’imagina connaitre beaucoup mieux les maladies auxquelles on avait donné

(1) Réveillé-Parise comptait en 1816 cinquante-quatre publi cations de ce genre à lui connues, et parues dans l'espace d’une quarantaine d'années. (Journ, de Sédillot.)

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