‹ Mémoires de l'Académie de StanislasChapitre 30 sur 180 · COMBINAISONS HOMOLOGUES · texte numérisé non relu

COMBINAISONS HOMOLOGUES

Lu à l’Académie des Sciences le 23 avril 1855,

PAR M. J. NICKLÉS.

Les divers membres d'une même série homologue offrent entre eux une si grande analogie de fonctions et de propriétés, qu'il était naturel de penser que cette analogie se reconnaitrait également dans les propriétés physiques, et notamment dans la forme cristalline de ces composés. J'ai eu occasion de constater, dès 1849 (1), qu'il en est ainsi quant aux dérivés de la série alcoolique C H°+° O°, c’est-à-dire, des acides :

formique, C° H° 0°, acétique, C‘H° O*, propionique, C‘ HS O*, etc., etc., unis à l'oxyde de cuivre; des éthers :

(4) V. Comptes rendus des séances de l'Académie des sciences, 1849, et comptes rendus des travaux de chimie, 1849.

| — D — C5 Az° 0°, C *H 50 (cyanurate de méthyle), CS Az°0*, C‘ H° O (cyanurate d’éthyle), et enfin des sels à bases d’alcaloïdes homologues, tels que Ja méthylammine C? H° Az, l'éthylammine CH” Az.

Ces dérivés, tous cristallisés, se prétaient assez bien aux mesures goniométriques ; les résultats furent conformes à mes prévisions, et en admettant avec Laurent, qu’un rhomboëdre voisin de 90° peut être isomorphe avec le cube (paramorphisme), que le prisme droit, rhomboïdal, peut, dans certains cas être isomorphe avec le prisme à base d’hexagone, il était impossible, en présence de mes résultats, de ne pas conclure à l’isomorphisme des combinaisons homologues examinées.

Ces conclusions ont prévalu. Après MM. Hofmann, Weltzien et Muller de Fribourg qui constatent l'isomorphisme du chloroplatinate de tétréthylammine avec le chloroplatinate d'ammoniaque, nous voyons venir MM, Titus Von Alth et Schabus qui, ayant obtenu avec Îa méthylammine et l’hétylammine des aluns octoëdriques; cristallographiquement indentiques à l'alun ordinaire, admettent, sans restriction, que ces alcaloïdes sont isomorphes entre eux, et que de plus, ils sont isomorphes avec la potasse, l’'ammoniaque et la quinine (1).

(1) Annales de chimie de MM. Liebig et Woebler, 1854, p. 272.

Ils ne pensent pas de même des acides correspondants; ils ont examiné des sels de cuivre monohydratés apparnant aux genres acétate, métacétate, busyrate, etc., dont l’homologie ne leur parut nullement reflétée par la forme cristalline, attendu que ces sels cristallisent dans des systèmes différents et affectent des formes polyédriques incompatibles.

On voit que ces chimistes se sont placés au point de vue de l'isomorphisme, tel qu’il a été formulé par son illustre fondateur. Tant que cette loi répondait aux faits principaux, et qu’elle embrassait si heureusement la généralité des cas offerts par la chimie minérale, il n'y avait point de motif d'y toucher; mais aujourd'hui que la chimie organique a enrichi la science de tant de combi naisons nouvelles et que l'expérience nous a fait connaitre des matières qui sont isomorphes chimiquement, sans qu'elles puissent l'être au point de vue de la loi de M. Mitscherlich, il devient nécessaire de donner plus d'extension à cette loi, afin de ne pas jeter dans l'hétéromorphisme, des substances déjà caractérisées par tant d'analogies, et dont les formes cristallines, bien qu’appartenant à des systèmes différents, n'ont d'autre caractère différentiel que celui qui peut exister entre les variétés dimorphes d'un même corps.

En témoignage de cette nécessité, je citerai un fait qui vient d'être constaté par MM. Weltzien et Schabus (1)

(1) Annales de Liebig et Woehler, février 1855.

et qui met la loi de l'isomorphisme en défaut; car il impose cette conclusion extraordinaire que les combinaisons homologues sont tantôt isomorphes et tantôt ne le sont -pas. | | En effet; d’après ces chimistes, le chloroplatinate d’éthylamrmine ne possède pas la forme cristalline de ses homologues ; au lieu de se présenter en cubes ou en cuboctaèdres, il cristallise dans le système rhomboëdrique.

L'observation est faite avec soin, les incidences sont dèterminées avec rigueur, et si les observateurs considèrent le résultat comme une anomalie, c’est qu'ils l'envisagent du point de vue de l’isomorphisme restreint; mais le paramorphisme qui admet l’isomorphisme des rhomboédres avec le cube, lorsque le rhomboèdre est voisin de 90 degrés, le paramorphisme fait rentrer cette anomalie dans la loi commune, car le rhomboèdre du ehloroplatinate éthylammonique est, tout simplement, une forme limite, très-voisine du cube, en effet :

Faces du rhomboèdre :

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