XX
Après une conversation dans laquelle M. d’Anglars me parla de ses élèves, des officiers surtout, en termes qui n'eussent pas fait espérer les gloires de Kars et de Silistrie, je déposai le chibouq pour lui serrer une dernière fois la main. Il voulut me reconduire jusqu’à mon bateau, qui m'attendait à l'échelle PRAGIPAE de la vénérable Chalcédoine.
À peine avions-nous fait quelques pas dans l'intérieur de la ville, ou plutôt du: village, que nous entendimes le chant nasillard du clergé grec, auquel répondaierit des cris et des sanglots. C'était un enterrement. Nous nous rangeèmes pour le laisser passer. Selon l'usage oriental, le cercueil était découvert. De la plate-forme d’une foineant sur laquelle je m'étais réfugié, je voyais très-bien le corps : c'était celui d’une femme encore jeune. Elle était couverte de riches vêtements, et son front était orné d'une couronne de roses blanches. Malgré sa maigreur et sa pâleur, malgré la contraction cadavérique de ses traits, on voyait qu’elle avait dû être belle.
M. d'Anglars me montra au milieu des pleureuses gagées qui agitaient leurs keffiés en signe de désespoir, et presque en tête des parents et amis qui formaient la queue du funèbre cortège, un homme à cheveux blancs, visiblement accablé de douleur.
— Voilà le kodja-bachi de Kadi-keuï, me dit-il. C'est le père de Coudriotis..…. Vous savez ce Grec qui a été décapité...
— Malheurcux ! m'écriai-je. Serait-ce sa fille ?
— Non, mais la fiancée de son fils, Lorsque Coudriotis renia sa foi, on crut qu'elle en mourrait. Depuis, elle a toujours été malade. La catastrophe de l’autre jour l’a achevée. L
La vive impression produite sur Säti par le nom seul de Kadi-Keuï s'expliquait parfaitement.
Nous reprimes le chemin du port.
— J'avais pourtant oui répéter plus d'une fois qu'on ne meurt jamais d'amour, dis-je à M. d'Angilars, de l'air le plus dégagé qu'il me fut possible.
— À Paris, me répondit-il. Mais en Turquie... !