‹ Mémoires de l'Académie de StanislasChapitre 50 sur 180 · LANGUES MARITIMES · texte numérisé non relu

LANGUES MARITIMES

Lingua franca. — Lingoa-geral. — Malo.

Au premier aspect de cette carte philologique, nos regards sont attirés par ces langues maritimes qui, pareilles à des serpents immenses, s'enlacent autour des continents et des iles des deux mondes, et semblent couvrir de leurs anneaux le globe tout entier. C’est par l'étude de ces langues que plusieurs philosophes ont été conduits à rêver pour la terre l'unité du langage. La plus ancienne langue littorale était cette lingua franca, parlée sur toutes les côtes de la Méditerranée, mais que remplacent aujourd'hui l'italien et le français. Le doux idiome que les Castillans ont nommé le langage des fleurs, le portugais, est l'un des plus harmonieux et des plus féconds de la terre; uni aux langues sauvages de la Nigritie maritime, du Congo, du Zanguebar, il a produit la lingoa-geral, cette langue générale qui sert d'interprète à l'Europe sur

les côtes orientales et occidentales de l'Afrique. Sur le littoral de Ceylan et de l’Indoustan il a créé avec les filles de l'Indi le dialecte moors. Au Brésil, il a formé avec les idiomes guaranis une autre langue commune, le toupi dont l'utilité fut si grande aux travaux de l’apostolat, de la conquête et du négoce, et qui est encore aujourd'hui très-répandu parmi les Indiens et les Portugais de la province de Saint-Paul ; mais ces langues hybrides son restées à l’état d’idiome commercial, aucune d'elles n’a été transformée par un grand génie en langue stable et littéraire. Le malai est plus avancé, il possède un code rédigé depuis le XIIF siècle, de nombreux monuments historiques et des traductions des chefs-d'œuvre de la littérature orientale ; le domaine du malai s'étend depuis le cap de Bonne-Espérance, jusqu'à la nouvelle Guinée __inclusivement, c’est-à-dire, sur un espace de près de 3,000 lieues. Malgré les emprunts qu'il a faits au sanscrit, malgré les termes nombreux que lui a imposés l’arabe, le malai n'est pas un métis, c'est une langue conquérante. Suivant Crawfurd, sur 100 mots malais : 50 appartiennent au fond général océanien, 27 à la Malaisie, 16 au sanscrit, 5 à l'arabe, 2 enfin au télinga, au persan où aux langues européennes. D’après le savant navigateur Freycinet, le malai remplit dans l'Océanie le rôle que joue en Europe le français. Aux Philippines et à Java, où il règne sur les côtes et dans les ports, on trouve dans l’intérieur des langues qui ont avec lui un grand rapport de fraternité. . |

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