‹ Mémoires de l'Académie de StanislasChapitre 51 sur 180 · S IT. L’ANGLAIS · texte numérisé non relu

S IT. L’ANGLAIS

L'anglais est une langue maritime, en ce sens qu'on le retrouve en tous les lieux où des positions militaires ou de vastes colonies assurent à la nation anglaise l'empire de l'Océan. L’anglais est parlé dans les Etats-Unis d’Amérique, il est assez répandu dans le Hanovre, les iles loniennes, le groupe de Malte, le Portugal, ke Brésil et la République d'Haïti ; cette langue occupe done sur la carte philologique une place considérable, mais elle semble frappée de stérilité, elle n’a produit aucun de ces dialectes hybrides qui ont survécu à la puissance maritime du Portugal, elle ne parait pas non plus douée de cette force d'absorption que l'allemand, l'arabe et le persan possèdent à un si haut degré. Dans l'Inde elle n'a pu détruire les langues brahmaniques. Dans l'Amérique du nord elle est repoussée par les colons d'origine française. Sur le sol même des iles britanniques, elle n'a pas anéanti les débris du celte ; le gaëlique, l'irlandais, le gallois, l'erse, le caldonach et le mank, ces langues des races vaincues sont réduites à l'état d'idiome populaire ou de patois, mais elles vivront longtemps encore.

Cependant, cette langue anglaise est riche et flexible, elle est dans sa structure le plus simple et le plus logique de tous les idiomes de l'Europe, elle est comparable sous ce rapport au copte et au chinois. D'où vient donc sa stérilité, son impuissance relative, pourquoi l’anglais n’estil pas devenu l’idiome littoral du monde entier, puisque,

— A15 — chaque jour, les relations politiques et commerciales de la Grande-Bretagne, ainsi que ses nombreuses missions évangéliques vont le porter dans toutes les contrées du globe ?

La stérilité et l'impuissance relative de l'anglais doivent être attribuées à son orthographe incertaine, toujours en désaccord avec la prononciation ; plus encore à l'obscurité de ses voyelles, au sifflement de ses consonnes, au grand nombre des monosyllabes durs et saccadés du vieux saxon, à l’anéantissement des syllabes après celle qui est affectée de l'accent. Ces difficultés sont-elles insurmontables, doivent-elles subsister aussi longtemps que la nation? Je ne le pense pas, des langues plus saccadées et plus dures encore que l'anglais, se sont assouplies, et déjà, dit-on, aux Etats-Unis, aux Antilles et dans l’Inde anglaise, la prononciation est plus uniforme et plus douce que dans la mère patrie.

Enfin, les étrangers ne rencontreront plus dans l’étude de l'anglais des obstacles sérieux, dès qu’on aura adopté un moyen d'indiquer à la fois l'orthographe étymologique et la prononciation réelle. |

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