$ IV. LE FRANÇAIS, L’ALLEMAND ET LE SLAVE
Trois langues, le français, l'allemand et le slave se disputent le continent européen. Propagée par les chefsd'œuvre de notre siècle littéraire et par les conquêtes de la République et de l'Empire, la langue française est devenue la langue des sciences, de la discussion, de la politique et de la diplomatie, elle a su faire oublier sa pauvreté, sa monotonie ; elle est fière de sa clarté ; et l’on va jusqu'à prétendre que la marche simple et régulière de sa construction est tellement conforme aux principes de la logique et de la raison, que rarement elle admet deux manières d'exprimer une idée, et que souvent il suffit ” d'énoncer en français une proposition qui paraissait juste dans une autre langue pour en faire voir immédiatement la fausseté. La langue française domine en Belgique, dans le duché de Luxembourg, l'archipel Anglo-Normand, dans les cantons suisses de Berne, de Neufchâtel,
ont pénétré souvent jusqu'au cœur de l'Asie ; les annales de l'Inde nous apprennent que les Aryas, les Pandawas, les visages pâles, sont venus du nord-ouest, tandis qu’on ne peut raisonnablement supposer que les pacifiques habitants des plaines du Gange et de l’Indus auraient abandonné la plus belle contrée du monde pour les forêts glacées de la Germanie (1). Quant aux Perses, l’histoire nous prouve qu'ils n'ont jamais fait en Europe d’au- ‘ tre expédition que celle de Darius contre les Scythes, et de Xerxès contre les Grecs. La plus heureuse conséquence des progrès de l'allemand classique est la destruction des idiomes particuliers, quand il adoucit les voyelles rudes et aspirées, quand il donne plus de grâce et plus d'énergie aux consonnes molles et trainantes, il prépare par là l'unité nationale; il n'y aura plus, un jour, ni Prussien, ni Souabe, ni Saxon, ni Autrichien, il n’y aura plus que des Allemands ; un empire de soixante et dix millions d'hommes. Alors, quel que soit le chiffre prodigieux de la population croissante de la Russie, quand même cette puissance devenue maitresse de l'Indoustan parviendrait à séduire les nomades belliqueux de l’Asie centrale, ces Mongols qui dans leurs sacrifices invoquent encore la grande âme de Timour ; T'ambition des ezars rencontrerait une barrière infran-
(1) Quis Asia aut Africa, aut Italia relicta, Germaniam peteret ? informen terris, asperam cœlo, tristem cultu, aspectuque, nisi si patria sit. Tacire, de moribus Germ.
— 41921 — chissable dans l'Allemagne, formant l'avant-garde de cette immense armée de la civilisation, qui aurait pour corps de bataille l'Angleterre, la France, l'Espagne, l'Italie, et pour réserve la grande Amérique du Nord.