X[. DIFFICULTÉS DE L’ÉTUDE DU CHINOIS
Quand on peut apprendre sur les lieux, et par la pra— tique, le chinois vulgaire, cette étude n’est pas plus longue que celle d’un autre idiome. La Grammaire est d'une extrème facilité ; les mots sont peu nombreux.
u Quand on compare le chinois au sanscrit, dit un Indianiste distingué, M. Delâtre, et que l’on voit la simplicité des moyens avec laquelle la première de ces langues rend les idées que l’autre n’exprime qu’à l'aide de mots de plusieurs syllabes; on se demande si le chinois n'est pas la plus naturelle et la plus logique de toutes les langues. On se demande à quoi servent ces longues terminaisons que le sanscrit et les langues qui en dérivent ajou-
tent à la racine quand cette racine monosyllabe pourrait à elle toute seule dire exactement la mème chose, ainsi que le chinois le prouve. Cette observation parait surtout vraie, quand on l’applique au Latin, à l'Italien, au Français, où il arrive souvent que la terminaison n’a aucune valeur, et que le mot pourrait en être dépouillé sans perdre sa force. Ra-dius fait ray-on en Français, et ray en Anglais, rai en ancien Français ; assurément le mot Anglais est.aussi expressif que les deux autres, quoiqu’il manque de terminaison. n
Il est difficile de transcrire le chinois parlé.
Mais cette langue vulgaire à la Chine, cette langue parlée n’a jamais été réellement représentée par aucune espèce d'écriture.
Cette impossibilité dans laquelle se trouvent la plupart des peuples de la Chine, de prononcer certaines lettres de l'alphabet européen empéchera longtemps encore les Chinois de parler d’une manière intelligible les langues occidentales (1).
Le chinois présente à tout système de transcription des obstacles insurmontables, les onomatopées y sont
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(4) A Canton, ils ont essayé de former un langage hybride composé de mots anglais disposés selon les règles de la syntaxe chinoise, mais le seul changement de R en L produit bien des équivoques, ainsi les marchands de riz qui parcourent le quartier
Anglais, proposent leur marchandise en criant lice au lieu de rice.
plus nombreuses que dans tout autre idiome, les interjections y abondent, et leur signification, eemme partout ailleurs, varie selon des nuances d'intonation que l’écriture ne peut rendre.
Le fond de la langue chinoise est un véritable langage de cris et d’imitations naïves des bruits des voix de la nature. C’est un curieux monument de cette époque reculée où l'intelligence humaine commençait à méler à l'emploi spontané des cris et des gestes naturels, les premières conventions traditionnelles d’un langage articulé. |
Un idiome qui renferme un aussi grand nombre d'éléments primäifs, ne pouvait pas être transcrit par les syllabaires grossiers, qui se dégagent lentement des grands systèmes hiéroglyphiques. Le passage du caractère mixte au caractère purement phonétique, l'oubli du sens idéographique de l’hiéroglyphe transformé en lettre, la simplification arbitraire de sa figure première sont des faits généraux qui se retrouvent en Egypte, au Mexique, partout, dans l’histoire de l'écriture. Les Chinois ont depuis longtemps altéré la nature de leur système graphique ; ils ont écrit les idiomes provinciaux, ils ont représenté la prononciation des noms étrangers par des caractères figuraüfs qui ne représentent pour eux que des syllabes ; ils ont changé la forme de ces caractères, au point de réduire chacun d'eux à un seul coup de pinceau ; mais ils ne sont pas encore parvenus à transcrire d'une manière reconnaissable les mots étrangers. Ainsi Christus est de-
…— 116 — venu X1-li-ssè-tou; Spiritus Sanctus Se-pi-li-tou Sana-ko-tou ; français fa-lan-saï ou fo-lan-sai.
Il est difficile de représenter exactement par un mot les caractères chinois composés.
Quant à la représentation des caractères philosophiques par le langage parlé, elle est devenue impossible. Le nombre des syllabes radicales varie de 300 à 629, suivant les différents systèmes de transcription ; tandis que le nombre des caractères est fixé à 53,165 par le dictionnaire composé, en 1054, par Sse-ma-Kouang, et s'élève selon quelques auteurs jusqu’à 80,000, u ce qui ne serait pas trop, dit le P. de Mailla, si on avait égard à tous ceux qui ont été faits sans modèle et sans règle, n et surtout au nombre infini qui peut résulter de la combinaison régulière des clefs pour la représentation des idées nouvelles que produiront les rapports de la Chine et de l'Occident.