‹ Mémoires de l'Académie de StanislasChapitre 7 sur 180 · ÉCOLE CENTRALE DU DÉPARTEMENT DU BAS-RHIN · texte numérisé non relu

ÉCOLE CENTRALE DU DÉPARTEMENT DU BAS-RHIN

Le i de i VAS d bl 4 4e :

Ê L RER + 11 ENS RONERRSS oevisé EN TROIS SRCRIONS:

4e section © les citoyens Guérin, professeur, et Heim | adjoint. — 130 élèves. un Ho

Ont He des prix à la fête de la jeunesse, les citoyens

Melin, , — - Thomas, — Heim, — Braconnot l'atré, ete. été: : D rate

Notre jeune lauréat profita sérieusement des leçons du citoyen Guérin; | il a laissé un carton plein d' ‘académies et de dessins faits par lui à cette époque, signés | H. Braconnot, pharmacien militaire, qui font honneur à élève autant qu'au maitre. |

A l’école centrale, l'histoire naturelle. était irbasle par le savant Hermann, que l'Académie des Sciences s’est associé depuis et qui, de l’aveu même de Romé de . l'Isle, a pris une grande part à l'édition de sa cristaHographie (1). La chimie et la physique étaient enseignées par

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(1) Romé de l'Isle, t Il, p. 587.

XXXHX Ehrmann qui fut un des premnicrs à accepter h théorie de Lavoisier. R avait aequis:de la réputation par: des ré: cherches sur les baHons #érostäliques, rècherehes pu: bliées en 1784, peu après les premiers essais de Moïitgokfier. Dés 4780, il apphiqua l'hydrogène : à l'éclairage dans salathpé à air'inffammable, et bientôt aussi, dans son Essai d'un art de fusioh à à l'âide dé l'air vital; étudia un problème que la moderne: stience aidée &é l'industrie n’a pas encore ‘entièreriient résolu, je veux parler de Fapplication de roreene à F nee nu à dé hautes températures. | Si le jeune Braconnot ne se sentait pas encore dé vocation décidée, s'il ne pouvait pas présumer .ce qu'à serait un jour, il savait fort bien ce qu ‘il ne serait jamais : les efforts du savant Arbogast, l'auteur du calcul des dérivations, échouaient complétement avec lui; Braconnot, et c'est une nuance qu "on remarque généralement chez les hommes qui ont un goût prononcé pour les sciences: naturelles, Braconnot redoutit les mathématiques et tout ‘ce qui Îes rappelle, et sm antipathie s'étendait à l arithmétique et à la géométrie. : La manière malheureuse dont on s'ÿ était pris pour fui inculquer, dans sa preiniére jeunesse, des notiüns dé latin n'était pas faite pour Jui donner le goût de cet langue ; si néanmoins il accordait quetqu’ attention aux leçons du maitre qui était Schweighæuser, déjà célébre alors, c’est que ses études en botanique lui avaient rendu le latin indispensable ; it en apprit donc juste ce qu'il

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fallait pour comprendre les descriptions phytographiques, descriptions assez peu compliquées d'ordinaire et pour l'intelligence desquelles il suffit d’un dictionnaire et de quelques notions de grammaire. | |

À l'école de santé il retrouva Hermann qui y professait la botanique et la matière médicale; là aussi il fut un élève assidu et ne tarda pas à faire connaissance avec quelques jeunes gens, assidus comme lui, et qui devaient tous faire leur chemin dans les sciences naturelles. Il y vit Nestler, le futur successeur d'Hermann, et le géologue Gaïllardot ; il y vit lé futur ami et continuateur de Cuvier, Duvernoy dont les sciences déplorent la perte récente ; enfin il y fit connaissance avec M. Mougeot, devenu à la fois médecin, géolague et botaniste, avec qui il conserva des relations scientifiques jusqu’à sa mort.

Braconnot n'a.jamais parlé qu'avec attendrissement des six années qu'il avait passées à Strasbourg, il les appelle les plus belles années de sa vie. Apprécié par ses maitres dont il devait, plus tard, devenir le collègue à l'Institut (Doc. Il}, encouragé par eux et pouvant librement disposer de leurs bibliothèques, de leurs laboratoires et de leurs collections, entouré de studieux condisciples, il fit récolte de souvenirs qui lui fournirent ample matière à conversation toutes les fois qu'on l’amenait sur ce sujet.

A côté du chimiste Ehrmann, dans le laboratoire duquel il fit ses premières analyses, du botaniste Her-— mann, dont il était avec MM. Nesder et Mougeot, le

XLE compagnon fidèle pendant les excursions, il y avaït dans ses souvenirs et dans son cœur, une large place pour le directeur de l’école de santé qui était en même temps médecin en chef des armées du Rhin; c'était un praticien renommé et un collaborateur de Van der Monde. Homme de cœur et esprit sagace, le docteur Lorentz avait apprâcié les goûts studieux du jeune pharmacien militaire ; persuadé qu'il avait affaire à un homme d’avenir, il le laissa se livrer à ses études et adoucit, autant qu'il put, les rigueurs du service. Malgré l’ordre formel du ministre de la guerre (Doc. IH), malgré les sanglantes batailles livrées sur le Rhin, Braconnot n'eut jamais à franchir la frontière ; tout son temps se passait à Strasbourg à la pharmacie militaire, dans les cours de chimie et d'histoire naturelle, ou dans sa modeste chambre de la rue du Jeu de Paulme, et il eût pu se dire au comble de ses vœux si son beau-père, M. Huvet, ne s'était chargé de lui rappeler, de temps à autre, qu’il r’est pas de bonheur parfait en ce monde. Car M. Huvet prétendant que Henry, qui ne voulait pas étudier ka médecine, ne serait jamais bon à rien, avait, en sa double qualité de médecin militaire et de tuteur légal, fait main basse sur les appointements du jeune homme, mis ainsi dans une position dont sa pauvre mère chercha, par des efforts surhumains, à adoucir les rigueurs. Henry devinant ces efforts et se reprochant d'en être la cause médiate, s'impose les plus rudes privations, il fuit la société de ses camarades. de peur d'être entrainé: à des

LIT dépenses, il se refuse mème d'acheter des livres, et s ’attache à rassurer sa mère en lui prouvant, par de vertueux mensonges, qu'il n’a besoin de rien. L contracta à ce régime, cette habitude d'économie et de sobriété qu'il a conservée dans des temps meilleurs et à une époque où il ne se serai refusé aucune douceur, s'il.en avait eu envie. | |

Le départ de M. Huvet pour Neuf-Brisach, où il fut appelé par ses fonctions de médecin militaire, lui amena quelques adoucissements, car désormais il pouvait au moins toucher ses modiques appointements ; il profita bien vite de. cette bonne fortune pour se procurer des livres, et pour s'exercer dans un art dont le goût lui avait élé inspiré par Ignace Pleyel dont la retraite, soigneusement cachée à tout le monde, lui avait été dévoilée par une circonstance fortuite. Braconnot prit donc des leçons le, musique, l'instrument était, non pas le piano qui elt coûté trop cher, mais la guitare, c'était toujours un instrument. à cordes. | .

--Jusque-là aussi il était resté petit el frèle, mais à Darlir de ee temps, sa taille se développa, it devint un beau jeune homme; la considération que les gens instruits ki accordaient attira sur lui l'attention de quelques bonnes familles, mais il n’ajma pas beaucoup le monde et les événements qui venaient de surgir Re d'en contracter le gout... . ne.

‘ L'Autriche aux abois Avait déposé. les armes à \ Ja sujte Fe victoires. de Hohenlinden et de Marengo, et signé la

paix à Lunéville la:9 des 1801. L'armée du, ni fut naturellement dissoute et les officiers de santé, devenus trop nombreux, furent en parue licenciés, H. Braconnot qui-ne figurait -pas parmi les. ietrépides :et qui n'avait jamais quitté les hôpitaux, fut licencié un des premiers: A la date du-7 mai 1801. L, ministre de la guerre | lui fail connaitre. .eelte disposition .ef l'invite à lui indiquer le liew où il compte fixer. sa résidence (Doe. IV). | Son parti fut-bientôt pris, ses: maitres vénérés, Hermann et Ehrmans, étaient morts à peu.de distance l'un de l’autre. Le docteur Lorentz, son protecteur aux hôpitaux, venait de succomber au typhus au quartier général devant Salzbourg, les hasards de la guerre avaient dispersé ses condisciples Moügeot, Nestler et Duvernoy, et M. Huvet avait été appelé à l'hôpital militaire de Nancy; le vide s'était fait autour du studieux jeune homme à Strasbourg, de mauvais procédés r attendaient dans sa famille à Nancy, et d’ailleurs il venait d’être atteint de la divine étincelle, sa vocation s'était déclarée, il l'a réconnie:.. A nine Bien déeidé à.$e vauer aux sciences Aa il devait continuer: $es études à Paris, Il désigna.cette. ville au ‘ministre. comme: s4 résidence. futute, fit. taire: lés reprocbes. ‘intéressés : de :M..: Huvet en :lui' promettant d'aceepter-rune: place dans une pharmacie, ; et se. mit ” gaiment en route avec la: résolution de.ne receurir au service -pharmaeeulique qu’à le. dernière extrémité. La perspective d'une vie. de privations: l'effrayait; peu,:n'€n

‘avait-il pas fait l'apprentissage à Strasbourg? Peu lui importait d’être sans place et peut-être sans pain, ses besoins étaient d’un autre ordre; avide de s’instruire, il ne rêvait plus que Paris, depuis qu'il était devenu libre; lui-même nous l’apprend dans son naïf langage : ‘u Le séjour de presque tous les hommes célèbres, le foyer de toutes les lumières, Paris attira mes regards, je sentais qu'il était nécessaire à mon existence de voir de près et les sciences et les savants, de respirer pour ainsi dire, le même air qu'eux... (Doc. V.) n

Braconnot à Paris. — Ses succès. — Ecole de médecine de Nancy. — Premier mémoire. — Retour à Nancy.

Braconnot quitta Strasbourg vers la fin de mai 4801 ; il mit pied à terre à Nancy pour embrasser sa mère qui habitait, depuis quelque temps déjà, l’ancienne capitale de la Lorraine. Plus que jamais, M. Huvet l’appela M, Bonà-Rien, et le fait du licenciement dont le jeune sousaide venait d'être l’objet, n’était pas de nature à lui faire changer d'opinion. Fatigué des raïlleries de son beaupère, sentant bien qu'elles étaient peu fondées, notre chaniste hâte son départ; il arrive à Paris vers la fin

ZLY de 1801 ; il y trouve son frère, licencié comme lui et qui avait pris les devants.

Nous avons de lui une lettre du 27 pluviose an Il as février 1802), qui bien que n'étant pas la première qu'il ait daté de Paris, nous donne néanmoins une idée de l'impression que l'aspect de la capitale lui a causée, cette lettre est adressée à sa mère :

u Je jouis, dit-il, de l'espérance que vous m'avez donnée de venir voir Paris; hâtez-vous done de voir cette source inépuisable de beautés qui ont fait ma plus grande admiration... Ce qui m'a mis em extase c'est lorsque je suis entré dans le salon superbement décoré qui renferme les statues dont les formes et les contours surpassent la nature en élégance et en perfections. Je n'ai pas moins été surpris d’admiration à la vue de ces tableaux ravissants où on a si bien imité la nature, qu'ils paraissent animés et remplis de vie. J'ai admiré le cabinet d'histoire naturelle qui représente, dans son immensité, l'abrégé de la nature. Ce qui m'a encore frappé de . surprise est le cabinet minéralogique de l'Ecole des Mines où je suis le cours de minéralogie.

n On ne peut rien voir de plus admirable : les marbres précieux, les grandes colonnes, l'or, les peintures fines, la plus élégante architecture, tout le précieux est employé avec profusion pour orner cette magnifique salle, autour de laquelle tous les minéraux du globe sont rangés par ordre, en brillante tapisserie.

n Le Palais royal est beau, le Louvre aussi, mais je

XLYI croyais voir quelque chose de plus magnifique encore. n

Or, pendant que Braconnot ne trouve pas dans le Louvre réel le Louvre de ses rêves, il ne songe pas que par son extravagante description de l'Ecole des Mines, il prépare à sa mère une déception analogue. Mais, en ce moment, il s'agissait de décider la bonne dame à venir à Paris, füt-ce au prix d'une déception. Il en fut pour ses frais d'exagération; ce voyage tant désiré de part et d'autre ne devait pas encore se réaliser, M. Huvet ayant déclaré qu'il préférait que M. Bon-à-Rien vienne passer quelques jours à Nancy.

Le jeune homme s’en garda bien ; il avait des comptes à rendre et aima mieux s'en acquitter à distance; en partant de Nancy, il avait promis soit d'entrer dans une pharmacie de Paris, soit de prendre des inscriptions de médecine, et le voilà, depuis près de six mois, dans la capitale sans s'être acquitté de sa promesse. u Je fréquente, dit-il, les cours qui sont relatifs à mon état, en attendant qu'une occasion favorable se présente pour que j'entre dans une pharmacie. Je ne serais même pas fâché que cela tardât un peu, parce que je regarderais comme perte de quitter aussi promptement les leçons des grands maitres que nous suivons avec activité. Si j'ai balancé quelque temps avant d'adopter la pharmacie pour mon état, j'ai changé d'avis; je préfère m'y adonner afin d'approfondir la chimie que j'ai toujours aimée avec passion, peut-être qu'en suivant celte marche je ne serai. pas confondu dans la foule des médiocrités.

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On voit que la vocation s’est fait jour et que le chimiste se dessine ; une belle et noble ambition l’anime, celle de ne pas se confondre dans la foule des médiocrités et de n’arriver à s'en distinguer que par des voies honorables. Désormais, le jeune homme est sauvé ; il a son fil conducteur, et on ne lui fera pas embrasser une carrière qui ne cadre pas avec ses gouts.

Il ne veut pas devenir médecin, c’est convenu ; mais il a été tant tourmenté à ce sujet par son beau-père qu'il veut se faire u une idée générale là-dessus. n

Dans une lettre du mois de novembre 1809, il dit : w Les cours de l'Ecole de santé sont recommencés, les autres vont incessamment s'ouvrir. Je vais depuis quelques jours à la clinique, c'est-à-dire que j'assiste aux leçons du plus grand médecin de Paris ; il explique les maladies graves de certains malades ; quoique je ne veuille pas être médecin, je suis bien aise d’avoir des idées générales là-dessus. Je me convaincs de plus en plus, qu'entre les mains du plus grand médecin, la médecine est un art extrêmement obscur, incertain; que ce n'est que par à peu près que le médecin porte des jugements et quil est parfaitement ignorant de ce qui se passe dans nos corps malades; cette ignorance, qui fera toujours de la médecine une scienee imparfaite et remplie d'erreurs, m'éloigne du désir de pénétrer dans ses labyrinthes tortueux et je ne regrette pas de ne pas l'avoir prise pour mon état. n a |

L'opinion qu'il manifeste en 1802 sur la médecine,

nous la lui verrons reproduire, sous une autre forme,

52 ans après, alors qu'il avait déjà un pied dans la tombe.

Tout en suivant les cours et les cliniques, il vécut modestement sur la petite somme qu'il avait retirée de la liquidation de l’arriéré de sa solde à l’armée du Rhin; "il n’eut pas le temps de voir la fin de ce pécule et de se poser cet intéressant problème souvent abordé par d’autres : Etant donnés une bonne santé, une vocation décidée et pas de revenus, trouver le moyen d'entretenir l'une et l’autre et d'arriver au but sans quitter la ligne droite.

Braconnot était de force à accepter cette bataille de la vie et à en sortir victorieux. Détaché de tout ce qui ne constitue pas un besoin essentiel, il savait se contenter d’eau et de pain sec. Avec ce régime, il pouvait faire durer longtemps la solde de son arriéré, ainsi que la modique somme que sa mère lui avait glissée dans la main lors de son départ de Nancy; d’ailleurs, son ancien état de pharmacien lui assurait une ressource, dont il n'aurait usé qu'à la dernière extrémité. Grâce au concours de sa mère, il n'eut pas à subir cette épreuve.

: Le changement survenu dans la position officielle de M. Huvet en amena d’autres dans son intérieur ; ils mirent M"° Huvet dans une situation un peu plus prospère, et, par conséquent, en état d'assister ses enfants.

C'est que M. Huvet, qui était pauvre à l'époque de son mariage avec M"° Braconnot, était revenu d'Alsace possesseur d'une fortune assez considérable ; grâce à des spéculations sur les assignats et sur les biens nationaux,

XLTX il s’y acquit des propriétés et les vendit avec bénéfice à son arrivée à Nancy. De fréquents accès de goutte le retenant chez lui, il fut forcé d'abandonner une partie de la direction de ses affaires à sa femme qui, toujours préoccupée de ses enfants, profita de l'occasion pour prélever une diîme sur les transactions commerciales auxquelles elle prenait part, dime à laquelle elle ne manqua pas de faire participer ses fils.

Mais il était encore assez difficile de leur envoyer de l'argent sans éveiller les soupcons de M. Huvet. Aussi s'ingénie-t-elle pour tromper son argus ; u vos louis sont dans la boite des montres et l'argent blanc dans les chapeaux » leur dit-elle à la dérobée, dans une lettre dans laquelle elle’ leur annonce l'envoi de quelques objets d'habillement ; dans sa tendre sollicitude elle se mêle de

leurs plus petites affaires et connait au juste l’état de leur caisse et de leur toilette : elle fera des économies, dit-

elle, pour donner à chacun un habit; elle conseille à Henry de s'acheter un chapeau avec les 12 francs qui lui restent; elle veut absolument que ses enfants aient le nécessaire et ne négligera rien pour arriver à ce résultat. Cette lettre est du 15 février 1802 ; M°° Huvet y exprime de nouveau le désir de passer quelques jours à Paris, près de ses enfants; ce désir se reproduit dans chacune de ses lettres ; il devait rester, longtemps encore, à l’état de projet. De cruelles épreuves étaient réservées à la pauvre mère : son fils cadet, André, était parti pour la Guadeloupe en qualité d’officier de santé attaché au corps

expéditionnaire : des bruits sinistres couraient sur le sort de cette expédition ; on savait que la fièvre jaune exerçait ses ravages, que les officiers de santé en étaient les premiers atteints et André n'avait pas donné de nouvelles depuis plus d'un an ; balancée entre de mortelles inquiétudes et des espérances devenues vaines, la pauvre mère ne se lasse pas de faire des démarches pour être édifiée sur le sort de son fils ; elle ne le fut que trop tôt, André avait succombé, depuis près de dix-huit mois, aux atteintes de la fièvre jaune. | |

Désormais, M"° Huvet n'aura plus qu’une seule préoceupation : se rapprocher de l'unique enfant qui lui reste ou l’attirer près d'elle. L'occasion semble favoriser ce dernier projet; elle sait que Boulay de la Meurthe et le futur duc de Massa, alors ministre de la justice, s'occu— pent de faire réorganiser l'Ecole de Médecine de Nancy, qui avait été supprimée sous la révolution; dans cette réorganisation, elle entrevoit une position pour son fils ; u le moyen d'y arriver, dit-elle dans sa lettre, c’est de prendre des grades en médecine, n ce dont le fils, pour la première fois rebelle à la voix de sa mère, ne veut pas entendre parler, car, ne croyant pas à la médécine, il comprend qu'il ne doit pas accepter une position dans l'enseignement médical.

Le projet de réorganisation de l'Ecole de Médecine avait des chances de succès ; c’est que, dans letraité qui ‘annexa la Lorraine à la France, le maintien de l'Université lorraine avait été formellement garanti, Fondé à Pont-

LE à-Mousson, sous la direction de l'illustre Charles Le Pois : et fréquenté par un grand nombre d'élèves accourus de toutes les parties de l'Europe, le collége de médecine fut, au bout d’un siècle et demi d'existence, transféré à Nancy où il prit un nouvel éclat ; la Révolution française le supprima de fait, mais elle ne put empècher deux citoyens dévoués d'en continuer les traditions. MM. Simonin et de Haldat, deux des derniers élèves de cette Université, ouvrirent des conférences et trouvèrent, en se mulüpliant, le moyen d'être encore utiles à la société en formant de jeunes chirurgiens dont-beaucoup se distinguèrent aux urmées.

Récompensés par un succès constant, ces deux hono- | rables savants cherchèrent à donner plus de consistance à leur œuvre ; ils s’adjoignirent plusieurs autres médecins et fondèrent ainsi une Ecole que des services incessamment rendus avec tant de désintéressement, protégèrent contre l'envie, bien qu'elle n’eût. alors aucune existence légale.

De pareils titres justifièrent Fespérance qu'on avait conçue de voir cette institution sanctionnée par le Gouvernement, d'autant plus. qu’elle avait pour elle deux défenseurs Influents. Néanmoins, la justice fut lente à se faire ; bien des années de dévouement étaient encore nécessaires avant que l'Ecole de Médecine püt se voir officiellement reconnue (1); et Braconnot eut attendu

LI1 longtemps encore s'il n'avait espéré son salut que de cette réorganisation, mais en 1804 on ne se croyait pas si loin du but, et comme on admet volontiers ce qu’on désire, les habitants de Nancy et M"° Huvet, plus que personne, considéraient cette réorganisation comme imminente. Cette illusion, si intéressante pour Phistoire locale et qui s’est si souvent reproduite, est consignée

dans le passage suivant de la lettre de M"° Huvet, lettre datée du 24 pluviôse an XII (13 février 1804) et adressée au citoyen Henry Braconnot, étudiant, rue Saint-Jacques, n° 42, maison de Nantes, faubourg Saint-Germain, à Paris. u Dépéche-toi, bien vite, mon cher fils, de terminer tes études ; ne devant pas être pharmacien, il est à regretter que tu n’aies pas suivi les cours de médecine comme nous en étions convenus et je te conseille bien sincèrement de les suivre sans perte de temps, ce serait toujours une avance dans le cas où tu voudrais, dans la suite, te faire recevoir. On regarde comme certain une école spéciale à Nancy ; Régnier et Boulay sont plus en faveur que jamais et travaillent à donner à leur ville le plus grand lustre. Cela donnera des places que tu seras à même de remplir et, pour cela, on prend des grades en médecine qu'il n’est pas si difficile d'obtenir. n Cependant, notre étudiant poursuivit paisiblement sa voie : attablé dans une mansarde qu'il nous décrira tout à l'heure, il revoit ses notes et se prépare à entrer en lice à l'occasion d’un concours dans lequel il parvient à se faire femarquer ; il a laissé dans ses papiers des certificats

“Em d'assiduité attestant qu’il a suivi, dans l'an XI, les cours de Fourcroy, de Desfontaines, de Faujas de Saint-Fond, de Lamarck, de Geoffroy-Saint-Hilaire. Se rendant enfin aux désirs de sa mère, il s’est également fait inscrire sur les registres de l'Ecole de Médecine pendant les deux semestres de l'an X et le premier semestre de l’an XI.

La lettre suivante renseigne trop bien sur tous ces faits pour ne pas la reproduire, elle est datée de Paris le … vendémiaire an XI (octobre 1804) : Ma chère maman, je vous annonce, avec une certaine satisfaction, que, conformément à l'usage établi ici relativement à la distribution des prix qui a lieu à la fin de l’année après les cours, je me suis présenté au collége de pharmacie, que, par parenthèse, je n'avais pas suivi avec une grande exactitude, parce que j'étais déjà familiarisé avec ce qu'on y professait, et que les professeurs ne m'inspiraient pas une grande estime; cependant je suis entré en lice et j'ai mérité les suffrages des examinateuts ; je l'ai emporté victorièeusement sur les autres concurrents, ce qui me vaudra un prix consistant en une médaille et un accessit. Si on n'y eüt point mis de partialité, si quelques-uns des membres du collège n'avaient point eu leurs acolytes, leurs protégés, sans flatter mon amourpropre je méritais mieux, et c'est une justice que me rendent les auditeurs impartiaux.

n C'est le Mmistre de l'Intérieur qui nous donnera les prix en public et probablement à l’époque où l’on distribuera ceux de l'École de Médecine, et nous irons le même

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jour diner chez le Ministre, qui protége beaucoup la pharmacie parce qu'elle tient de près aux arts qu'il cultive ct à la chimie qui fait sa passion.

.n J'ai changé de logement avec regret, mais les punaises qui y abondaient, me faisaient horriblement souffrir ; elles m'ont pour ainsi dire chassé, car j'étais chez des gens extrémement honnètes et complaisants, que je vais voir encore quelquefois.

n La chambre que j'ai maintenant est moins belle que la précédente ; elle coûte moins cher, est très-petite et ne ressemble pas trop mal à un colombier. Cependant, elle me suffit, je la trouve même plus commode que celle que j'avais; car elle me rapprochera considérablement des cours, ce qui m'a en partie décidé à la prendre. D'ailleurs, je ne tiens pas aux défauts que d’autres peuvent y trouver ; elle me convient, cela suffit. »

Ce ministre, qui faisait de la chimie sa passion, était le ministre Chaptal. |

La lettre dans laquelle Braconnot parle de la distribution des prix nous manque ; cependant, il y en a un petit écho dans une lettre postérieure ; à l'occasion de cette solennité, il a été embrassé par le Ministre, ce qui lui a causé une profonde impression.

u Îl y a, dit-il, déjà assez de temps que j'ai eu l'honneur d'embrasser le Ministre de l'Intérieur, qui m'a remis la médaille sur laquelle mon nom est gravé. Pour couronnér l'honneur d'avoir eu des prix, nous sommes allés diner chez le Ministre; nous y avons trouvé plusieurs

savants célèbres de l'Europe, des membres de l’Institut, au nombre desquels Fourcroy. Nous avons diné avec toute la pompe que l’on trouve chez un Ministre. n

Braconnot resta à Paris jusque vers l’année 1802 ; il y vit souvent son ancien camarade Marjolin, dont la vocation avait également parlé «et qui préludait à sa future carrière par des leçons particulières fort suivies des étudiants en médecine. Le jeune docteur suffisait ainsi à ses besoins et engageait vivement sen camarade à ouvrir des leçons de chimie ; mais ce fut en vain ; Braconnot n’était pas assez stimulé par la nécessité pour chercher à vaincre une timidité qui grandissait à mesure que ses connaissances gagnaient en étendue, il perdit ainsi l'occasion de s'essayer dans des conditions où un échec était sans conséquence et où un succès pouvait être un immense encouragement. Au contraire, il se renferma, de plus en plus, dans sa mansarde, au milieu du petit laboratoire qu'il s'était improvisé au moyen de quelques verres cassés, de quelques tuyaux de pipes en terre et de quelquès réàctifs indispensables ; car il s'était adonné à un sujet de recherches qui le préoccupait depuis longtemps et auquel il avait déjà travaillé, à Strasbourg, au laboratoire d'Ehrmann. |

Ce sujet était l'analyse d’une corne fossile trouvée dans un caveau antique. Commencé en 1798, ce travail était à peu près terminé vers la fin de 1799 ; l'analyse de ce fossile avait été faite et refaite; mais, timide comme il l'était, Braconnot devait éprouver beaucoup d’hésitation

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à la livrer à la publicité. Dans la crainte d’avoir mal opéré ou de s'être trompé, il résolut d'ajourner toute publication jusqu’au moment où il aurait pu se familiariser, à Paris, avec les nouveaux procédés. Donc, après avoir suivi les cours des principaux chimistes de la capitale, il se mit à l'œuvre, refit sés analyses et procéda à la rédaction définitive, non sans avoir fait un laborieux brouillon. |

Mais ce n’était pas toæt d'avoir travaillé consciencieusement et d’avoir rédigé avec soin; il fallait trouver un organe de publicité ; cette préoccupation le domina pendant plusieurs mois et ce ne fut qu'à la veille de son départ pour Nancy qu'il osa tenter la démarche définitive: Muni de sa corne fossile et de son manuscrit, il se rendit chez de La Métherie, qui dirigeait alors le Journal de Chimie et de Physique; il fut bien accueilli et reçut la promesse d’une prochaine insertion.

Le numéro du Journal de Physique du mois d'août 1806 mit le comble à sa satisfaction; enfin, il put se voir imprimé dans un recueil sérieux et recherché, lui qui désirait tant de u n'être pas confondu dans la foule n. Pièce en main, il alla trouver sa mère qui triomphait de bonheur, et M. Huvet qui lui demandait ce que cela rapporte. Cette question, la plus désagréable qu'on puisse adresser à un homme de science, eùt pu affecter tout autre que H. Braconnot, mais ce n’est pas de M. Huvet qu'il pouvait espérer un témoignage d'’intérèt. Heureux d'être apprécié de sa mère, il songeait à de nouveaux travaux.

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D'autres encouragements, non moins précieux, lui arrivaient du dehors. Il y avait alors à Nancy quelques savants qui, pendant que la trombe révolutionnaire emportait tout, hommes, institutions et vieux préjugés, | avaient conservé avec soin, le feu sacré de la science; ils avaient applaudi à l'espèce de renaissance qui signala les derniers jours de la Convention Nationale, et pendant qu’à Paris on s’occupait d'organiser l'école polytechnique, l’école normale, l'institut, le conservatoire des arts et métiers, les savants de Nancy fondèrent l’école centrale de la Meurthe et songèrent déjà à rouvrir la Société des sciences, lettres et arts, créée un demi-sièele auparavant par le derniér duc de Lorraine. Fondée dans un but plus spécialement littéraire, cette Académie ne s'est pas moins préoccupée, de temps à autre, d’intéressants sujets de science, et dès son origine nous la voyons agiter la question: d'appliquer la vapeur à la navigation (Doc. V). Un pareil passé imposait. des obligations que Jes membres survivants comprirent ; et peu après la fondation de l’école centrale ils se mirent à l'œuvre. Parmi ces gens de bien il y en avait deux, dont l'amour pour la science égalait le dévouement aux intérêts publics, et qui ont d'ailleurs marqué leur trace dans l’histoire de la science et dans les souvenirs de leurs concitoyens : MM. Willemet et de Haldat, déjà connus de nous et qui, à l'époque où nous sommes arrivés avec notre récit, professaient l’un l'histoire naturelle, l'autre la physique et la chimie. |

L'Académie de Stanislas ou, pour parler plus exactement, la Société royale des sciences, lettres et arts, fondée par Stanislas, fut rétablie le mercredi, 1°" nivôse an XI (2 août 1802), sous l'influence de ces deux savants et surtout par les soins du plus jeune d’entre eux, M. de Haldat, qui était alors dans la force de l’âge. Les hommes les plus éminents de l'époque concoururent à cette œuvre réparatrice. Le premier Consul s'en déclara le protecteur ; l’astronome Delalande, le littérateur Palissot, Francois de Neufchâteau, M. de Lacretelle et le chevalier de Boufflers, qui avaient appartenu à l'ancienne société, adhérèrent avec empressement à sa réorganisation ; bien d'autres hommes distingués s’y associèrent ; parmi eux nous trouvons Foureroy, Bosc, Cadet de Vaux, d'Anse de Villoison, l'abbé Grégoire, Ventenat, Villars, Sédillot, Oberlin, Schweighæuser, la Porte du Theil, de La Méthcrie, et bientôt après, Lacépède, Picard, Isabey, Par mentier, Brisseau de Mirbel, Biot, etc.

La Société royale des sciences, lettres et arts, devenue Société libre des sciences, lettres et arts, était donc dans toute sa splendeur quand le jeune chimiste Braconnot revint à Nancy : c'était une grande satisfaction pour lui

‘être présenté à celte société par son ancien maitre M. Willemet, et d'être admis à lire son mémoire sur une corne fossile; c'en était une plus grande encore quand 1l fut appelé, quelque temps après (12 février 1807), à remplir une des trente places que le décès de l'un des titulaires avait rendue vacante.

La corne fossile qui a fait l'objet de ce premier travail était d'ailleurs intéressante par ses grandes dimensions, elle provenait d’un auroch (auerochs des Germains) et se trouvait dans un état de parfaite conservation. Cette corne existe encore, Braconnot l'ayant déposée au musée géologique de l'Académie de Naney. A côté d’une forte proportion de phosphate de chaux et d’autres substances minérales, l'auteur y reconnut la présence d’une matière bitumineuse accompagnée de près de 5 p. 100 de gélatine qu'on savait préexister dans les os et dans les cornes à l’état naturel, mais dont on n'aurait, certes, pas soupçonné la présence dans une corne pétrifiée qui avait par conséquent des milliers de siècles d'existence. Bien que Fourcroy eut constaté la présence de la gélatine dans des ossements humains âgés de 300 ans, cette observation était neuve et de bonne augure, elle fit d'autant plus d'honneur à notre chimiste, que d’autres avait posiivement nié la présence de la gélatine dans les ossements fossiles bien qu'ils l'y eussent cherchée. Aujourd’hui le fait n’est plus contesté et c’est même sur lui que Cuvier a fondé son bouillon antédiluvien.

On peut se demander qu'est-ce qui a déterminé le choix de Braconnot; pourquoi a-t-il mis tant de persévérance dans l'analyse de cette corne antédiluvienne, et pourquoi n'a-til pas, pour son début, choisi un sujet plus facile?.... La réponse se trouve dans son mémoire ; le digne oncle Prenelle qui l'avait baptisé et lui avait servi de père, devait encore être le parrain de sa pre-

mière publication. Voici en effet comment le mémoire commence : 4 Un habitant de Saint-Martin, petit village situé à une lieue de Commercy, voulant faire des excavations dans son jardin, fut arrêté par un caveau, après avoir creusé à quelques pieds de profondeur. En pénétrant dans ce caveau on trouva quatre grandes cornes bien conservées, dont deux étaient plus grandes que les deux autres, avec quelques portions de crâne dégradées par le temps. n +

n Une de ces cornes fut : remise à M. Prenelle, mon oncle, curé de Commercy, amateur zélé des productions de la nature et de la vénérable antiquité. Il regarda ce caveau comme un sanctuaire où les premiers hommes faisaient des sacrifices aux dieux (1). n

Nous avons vu Braconnot enfant, s'intéresser déjà aux plantes ; nul doute que cette corne ancienne, que l'oncle Prenelle conservait avec un soin religieux, ne fixât également son attention et quand, plus tard, il eut su qu'il existait une science qui apprend à connaitre la composition de la matière, ses premières tentatives devaient être faites aux dépens de f'objet qui avait de si bonne heure éveillé sa curiosité. Maintenant il lui doit ses succès, et comme on persiste volontiers dans une voie qui a conduit à des résultats, nous verrons notre chimiste, porter de préférence ses investigations sur des

(1) Journal de Physique 1806.

Lx!

| travaux analytiques; malheureusement sans se restreindre joujours aux résultats donnés par l'expérience. Dès soh second mémoine s'en écarte considérablement; et bien que ce travail eùût alors produit une grande sensation, il eût pu faire, dans la suite, beaucoup:de tort à son auteur s’il. ne s'était amplement racheté par des découvertes remarquables. Mais ce premier péehé -est moins de son fait que. du fait des 'eireonstances; ‘il est arrivé au jeune Braconnot ce qui arrive à tout débutant dont un léger süceès est eomblé d'éloges exagérés. En présence d'un résultat qui rendait M°° Huvet justemént fière, et qui lui attirait des louanges trop unanimes,: et surtout trop enthousiastes, notre jeune honime perdit sa modestie; il eut une confiance extrèmé dans son esprit d'investigation et se crut un-instant assez maitre de: la science pour la régentet ; jetoux de le prouver, ils’attaqüe à une œuvre admirable qui venait d'être mise au jour par Th. de Saussure, dans ses Recherches, de Physio+ logie végétale, et tend à établir, .contrairement : à: ce maitre illustre, que les terres, le soufre, le phosphore, le carbone, l'azote des végétaux, sont formés de toutes pièees par la force assimilatrice aux . de la lumière solaire et de l'eau, | Du Cette proposition, renouvelée de ur: Lulle, ‘qu aujourd'hui :ne ,sérait pas même prise au. sérieux, fut accueillie autrement.en 1807. L'auteur n’A pas rencontré bemcoup de contradicteurs ot quand, l'année suivante, la elasse des sciences physiques et naturelles de l'Institut

eùt publié le rapport qu'elle verait-de faire sur-les pro: grès que les: sciences :avaient -accomplis depuis 1789; Braconnot ne vit pas sans trep.de déplaisir le passage suivant qui, s’il n’adopte passes conclusions, ne'les rejette pas non plus d'une manière absolue : ‘x M: Braconnot assure avoir fait croitre des plantes sans leur avoir fourni la moindre parcelle: d'acide carbonique, d'où il conclut que les plantes composent le'carbone de toutes ptèces, ce qui serait une des découvertes les ‘plus importantes que l’on püt ajouter à la théorie chimique, mais ‘on est loin de trouver encore les expériences de ce PAR assez concluantes. n. De

C'est que le genré de rigueur qu'on exige — hui en matière scientifique était peu usité à cette époque dé rénovation. L'académie des-scienices de Berlin n'avaitelle pas accordé un prix à Schrœder pour des recherches entreprises dans la même direction et conduisant à à. à des conclusions analogues ? | C2 |

On était encore trop près des découvertes de Lavoisier pour ne pas s'attendre à la décomposition de nouveaux corps réputés simples ; ce grand chimiste avait d’ailleurs considéré les terres et les alcalis comme étant des corps composés. La crainte de se laisser enchainer par une idée fausie en: fit adopter ‘une autre à notre novice, la citalion:suivante, empruntée à son mémoire sur la force assimilotrice, le prouvé shrabondammient : "© +"

w Pourquoi, par exémpile, la. it ; de l'eau et de l'air. n'est-elle qu'une découverte de nos jours?

EXIII C'est qu’on n'a cessé de répéter que l'air et l'eau étaient des substances simples. Il fallait pour nous apprendre le contraire qué la nature ‘envoyät un ange surterre pour annomeer aux hommes son plus grand secret; On eohviendra. done que daiis les sciences, comme dans: la morale, il est difficile de vainerc les préjugés dont on a été originairement imbu, et de suivre une autre route que celle dans laquelle on est accoutumé de marcher (4). n ..

Ge. mémoire sur la force snilarie est riche de faits intéressants, il est riche d'idées et de conjectures ; en voici un exemple, c "est Braconnot qui parle : u Je n'en doute pas, nous ne sommes pas très-éloignés d'une belle. époque. où : ‘Ja. chimie, indépendante et fière, se débarrassera de la plupart de ces prétendus éléments qui n’ont. pù qu'entraver sa marche assurée el qui sont désavoués par la naturè, sa plus fidèle compagne. » Or, pendant. que ce passage s’imprimait,. Davy décomposait, de l’autre côté. du détroit, la. dia la soude, la chaux, la barÿte et la strontiane: . - .: . Ne se bornant pas aux conclusions qu'il a cru pouvoir tirer de ses recherches et qu'il résumé dans eee proposition (2): u:Les végétaux trouvent: dans l'eau: pure touf- ce :qui..est. nécessaire. ‘à leur : assimilation ; »:et p'admettaht pas même la formätion AOC ou moyen

(1) Annales dé Chimic et de Phi P- 216.

. (2}.bidp. 245. "1 : | ie

LXIŸ de l’acide carbonique de l'air, Braconnot construit une théorie eosmogonique , facile à retenir mais difficile à comprendre, ä la résume dans la proposition suivante : # L'oxygène, l'hydrogène et le feu paraissent être les seules subtances élémentaires qui aient servi à la constitution de l'univers. «

M. Braconnot est nommé directeur du jardin botanique. — Il s’associe avec Mathieu de Dombasle. — Invasion des alliés. — Il est : -aommé, pharmacien en chef de l’hôpital militaire de Bosserville. — Ses recherches sur les corps gras. — Bougies de stéarine. — Recherches sur l’extractif, — Recherches sur la noix de galle. L

Si kes théories de notre confrère ne valent pas les faits qu'il a observés, et si ce n'est pas à elles qu’il a dù sa réputation, elles avaient du moins pour kxi le mérite de le détacher, de:temps à autres, des misères de ce:basmonde, carla réalité était triste. M. Huvet lui avait défendu sa porte, et avait défendu aussi à.M"* Huvet de voir son fils. Braconnot qui venait enfin d'entrer en possession de son modeste patrimoine, se retira dans une mansarde de la rue du Mürier, où il continua ses recherches :de chimie, partageant ainsi son temps entre ses travaux et son cours. S'il quittait un instant ces oceupations, "c'était pour essayer de tromper la vigilance de M. Huvet, dans le but de voir sa mère. Toutes sortes de ruses sont in ventées de part et d'autre afin de se voir et d'échanger une parole d'affection. L'historique de ces ruses ferait le

EXV-

thème d'un véritable roman, dont le commencement remonte à l'époque du seeond mariage dela mère et dont le dénouement nè paraissait pas encore bien prothe.

Cependant, une grande joie était réservée à la peuvremère e+ M. Huvet a failli croire que décidément M. Bon-— à-Rien était bon à quelque chose; c'est que le pauvre auristé. venait d'être nommé directeur du jardin. batanique de Nancy; mais quand ke beau+père eut appris. que cette place était plus honorifique que lucrative, il reprit sa mauvaise humeur et persista, plus que jamais, dans la fècheuse opinion qu'il s'était faite de Braconnot, et le lui témoigna yerbalement et par éerit (1).

(4) En voïei nn échantilion : Au bas du mémoire. sur là force. assimilatrice qui a paru dans les Annales de Chimie et. dans le volume de la collection Braconnot, appartenant aujourd'hui à la bibliothèque de l’Académie, on peut lire comme faisant suite à la dernière conclusion, ces mots tracés à la plume : « Frès-bien avec dix mille livres de rente ou un:état: à Monsieur. Bon-à-Rien. »

Cette leçon est suivie de la réponse. suivante, de la. main de Braconuot : .

« Apostille d’un sot fort intéressé, mais nullement. intéressant. » | È

La première écriture est de M. Huvet, eMe était peu lisible et il est évident qu’on avait cherché à la faire disparaître; cependant Braconnot n'avait pas assez lavé pour enlever tout l'oxyde de fer; il fut donc aisé de restaurer suffisamment l'écriture pour pouvoir lire ce qui précède et trouver ainsi une preuve certaine du drame intime qui se jouait alors entre le père et le ls et que. la mort seule a pu interrompre.

Le jardin botanique de Nancy, qui avait. été pendarit longtemps négligé, avait été réorganisé et pour’ainsi dire : fondé à nouveau par le savant botaniste Willernet âui le | dirigeait en’ dernier lieu ; à'la:mort de:cet homme ‘de bien, Braeonnot fut appelé à lai succéder, par arrêté du 30 octabre 1807. Cette nomination avait dû être précédée d'une démarche; le candidat avait dù nécessairemerit faire sa demande au Maire: j'ai été assez heureux de trouver dans ses papicrs un duplicata de ‘cette demande curieuse, signée de sa main, duplieata qui était-d’abord l'original et qui lui est resté par suite d'une correction qu'il a dû y apporter après que la signature fut apposée; la pièce d’ailleurs en fait foi, nous en donnons plus loin la copie. (Doc. V.)

. Cependant, il eut à peine pris possession de ces fonctions qu'il fut assailli de graves inquiétudes ; on organis: ait en ce moment l'Université, et Braconnot craignait pour sa posiiion; nous savons ce détail par une lettre de. Foureroy- (Doc. VI) adressée au docteur Le Preux, médecin à l'Hôtel-Dieu, celui-là même dont Braëonnot avait suivi la clinique; dans cette lettre Foureroÿ rassure son correspondant au sujet de la chaire que, dit-il, M. Braconnot remplit avec avantage, et ne pense pas que l'organisation de l’Université puisse lui nuire en rien. Braconnot, en effet, n’a été nullement dérangé par celle organisation qui devait amener la chute de Foureroy, .ct peut-être sa mort. | | ,

Rassuré. désormais sur son avenir; il ne s’occupera

plus que :de ses travaux. et de son tours do:botanique ; le jardin des plantes, dont il est.le directeur, lui en:fournira les matériaux; il entreprend des recherches sur les acides qui saturent la potasse et la chaux dans les plantes ; H epère sur un grand nombre d'espèces végétales, indigènes.et exotiques, telles que Faconitum lycoctonuin, la: sauge, la rhue, le tabac, le jalap, la capucine, le ricin,' ” Ja gaude, le'hlas, etc., etc., et troùve dans ‘presque toutes. de l'acide. malique et de l'acide phosphorique, souvent aussi de l'acide nitrique et de l'acide oxalique. -‘ H s'adresse ensuite ‘aux diverses variétés de champignons dans lesquels il croit reconnaitre deux acides nouveaux, l'acide fongique et lacide- bolétique, ainsi qu'un principe partieulier qu'il appelle fungine.. De re cents travaux exécutés par M. Dessaignes, avec toute la rigueur de la science moderne, ent renversé une partie: de ces résultats ; d'après lui, l'acide fungique-n'est qu'un; mélange d'acide citrique, d'acide malique et d'acide phosphorique, de sorte qu'il faut rayer cet acide du catalogue des composés sui generis. L'acide bolétique au contraire est un acide autonome; il est identique avee l'acide qu'on extrait de la fumeterre, et que Braconnot a obtenu par voie artificielle en soumettant l'acide malique à la distillation sèche ; mais se bornant, selon l'usage d'alors, à une observation superfeielle, il ne reconnut à cet acide aucune analogie avec ses devanciers ; il l'appela simplemént liquide aeide et laissa. à M..Lassaigne, en 1819, le soin de le caractériser ; ce chimiste le: nomma:

LXVUI acide pyromakique. M. Pelouze le décrivit tard sous le nom d'acide maléique. |

L'identité des acides. de ou. de bolétique ou fumarique, n'est plus douteuse depuis que M. Dessaignes a pu convertir le bi-bolétate d'ammoninque et le bi-maléate ne en acide aspartique. | ‘Il n'en est.pas de 7 des acides ous et équisétique qui offrent bien la composition centésimale des précédents et qui, ainsi que l’a fait voir M. Chautard, sont comme eux sans action sur la lumière polarisée; mais qui en diffèrent par la constitution, car sous l'influence de là chaleur leurs sels ammoniacaux acides se sont comportés autrement que le bi-maléate d'ammoniaque. : Ce fait tend à établir entre ces acides, des-différenees par isomérie : si par leur composition centésimale ils.

peuvent être représentés à l’aide de la formule

| | C H? O0‘ [ par leur constitution moléculaire ils se divisent en deux groupes : le groupe monobasique

G* H M O0‘ et le groupe bibasique

Cette sde formule a été attribuée aux maléates par M. Buchner qui a fait, de ces combinaisons, l’objet d’une étude spéciale.

Quand Braconnot eut reconnu (1818) l'identité de l'acide sorhique, découvert par. Bonovan, avee l'acidé malique, isolé en 1785. par Scheele, il proposa de rejeter désormais le nom d'acide sorbique et de ne plus se servir que de celui d'acide malique u parce qu'il est le plus ancien » cette proposition a été adoptée et aujourd’hui on ne parle plus d'acide sorbique. ni

-H serait done aisé de mettre fin à la confusion qui - règne dans, ces acides en appliquant cette même règle aux deux groupes en question : |

En conséquence, on. dirait acide bolétique, toutes. leg fois qu'on. voudrait parler d'acide fumarique ou. d'acide maléique, ‘toutefois, en supposant l'identité généralement admise,

Et on dirait acide aconitique, toutes les. fois qu’ on aurait à parler de l'acide équisétique ; le. premier, découvert en 1820, par Peschier, étant plus ancien que ke second. | | | nn

La confusion qui règne dans ces acides n’est comparable qu'à celle qui a longtemps régné au sujet d'un autre acide du même ordre, et qui, véritable Protée, s'est montré sous bien des formes et dans les circonstances les plus variées, nous voulons parler de l'acide lactique. Découvert en 1780 par Scheele, dans lé lait aigri, il fut considéré par Fourcroy, Vauquelin et Bouillon-Lagrange, comme le résultat de la combinaison de l'acide acétique avec une matière animale. Mais pendant que Berzélius s'occupait de réhabiliter cet acide qu'il

venait d'extraire du liquide musculaire (1808), Braconnot lé redécouvrit en 1819; uidans les substances acescentes,: c'est-à-dire, celles qui s'aigrissent immédiatement ‘lorsqu’on les expose, délayées dans l’eau, à une douce température (D)'n et n'ayant pu trouver. dé dénomination propre à rappeler sans équivoque, ses propriétés les plus marquées, Braconnot proposa de le nommer acide nan céique, du nom'de la ville où il l'a découvert. Cette proposition était digne d'un meilleur sort; cependant on ne peut pas reprocher à son auteur de s'être mépris, car: à Pépôque où il.s’occupait de cet acide,-on ne croyait plus h l'existence de l'acide lactique, Berzélius s'étant, dans l'intervalle, rangé de l'avis de Fourcroy et Vauquelin ; de sorte que pendant près de 20 ans, l'acide nancéique à joui de tous les privilèges d’un acide particulier. Aujourd’hui, les rôles sont intervertis, les travaux dé MM: Gay-Lussac, Engelhardt, Pelouze, Boutron et Frémy, ont réhabilité l'acide lactique, établi son identité avec l'acide nancëique, et fait disparaïtre ce dernier de la liste des acides organiques.

- : Cet acide que Braconnot avait dédié à sa patrie adoptive a donc eu le sort de ce genre de trilicum qu'un savant botaniste (Doc. : VI), avait. dédié depuis à Braconnot sous le nom euphonique de Braconnotia ; mais l'auteur ayant bientôt reconnu que les caractères sur lesquels

| (1) Mémoires de l'.Icadémie de Stanislus, 1811 et 1812.

LAXE il avait: basé:le genre: Rraconnotia savaient pas assez de valeur, il:a dû réintégrer. la plante:dans soti ancienne dépominalion, et’ attendre, sans doute, :ure ocesion mel lcure pour témoigner son estime à son cenfrére. Ces travaux exécutés. à un: point de: vue purement scientifique n’empéchèrent pàs: Braconnot de s'occuper; pendant. quelque temps, de recherches. sur:le: suere de betterave et de s'attacher comme chimiste à'la’ grande exploitation industrielle que Mathieu-de Dombasle, profitant du blocus continental, avait établie -au Montet; il y resta jusqu'à l'époque, à jamais déplorable, où la France était pour la première fois envahie par l'étranger ; l’éntreprise de Mathieu de Dombasle fut arrêtée dans son essor et son auteur, ruiné pour longtemps, chercha par d'autres moyens, à être utile à la question du suere indigène à laquelle REA agronome a rendu de: sT Rue services. DE Braconnot n'eut pas le temps d'assister à la chute dé-

finitive de cet établissement ; en sa qualité d’ancien phar- | macien militaire, il fut requis, dès. le 14 janvier 4814, à prêter son concours à l'Etat et envoyé, comme pharma-—: cien major, à l'hôpital militaire qu'on venait de créer à: Bosserville. Il resta en cette qualité jusqu’à k chute de l'empire et au rétablissement de la paix. Il accomplit bravement son devoir au milieu du typhus qui avait envahi l'hôpital à la. suite des blessés ; cependant il quitta dès qu'il le put et se hûta de reprendre ses habitudes ; il sut les conserver mème pendant la ‘seconde invasion, non

LAXIU sans avoir fait quelques concessions aux malheurs des temps. La peur de l'ennemi et la crainte d’être dérangé lui fit prendre le parti de choisir une retraite dans un endroit où les epsaques ne devaient pas s'aviser de chercher une habitation ; il s'installa dans le petit pavillon du jardin botanique avec es livres, ses réactifs, sa verroterie, et se consolait des douleurs de la patrie par d’aeti vés investigations sur les corps gras.

Les résultats de ces nouvelles expériences tout importants qu’ils fussent ont, néanmoïms, été distancés par les travaux que M. Chevreul exécuta à ka mème PTS sur cette importante question. .

Dès 1815, Braconnot avait entre ses mains lacide stéarique, qui ne fut réellement découvert qu’en 1820 par M. Chevreul ; Braconnot avait cependant reconnu que ce corps pouvait s’obtenir en traitant les corps gras soit pér l'acide sulfurique, soit par les alcdlis; il avait remarqué qu'il s’unissait facilement avec les acides et qu'il était très-soluble dans l’alcool ; cependant il nie sut pas reconnaitre sa nature et se borna à le considérer comme une espèce de eire. Un pas de plus et il constatait le véritable caractère de ée.composé, qui a donné le jour à une grande et belle industrie, celle de la bougie stéarique. :

Toutefois, il songeait à ce mode d'éclairage plus com-: mode et moins insalubre, et un chimiste de ses amis, pharmacien à Naney, M. F. Simonin avait pris l'initiative de la fabrication en grand. Dès 1818 (Doc. VID) il fabriqua de la bougie avec de la'stéarinc et en livra une assez

grande quantité au commerce, mais ce n'était pas encore de l'acide stéarique, ou si l'on veut e’était, comme l’a fait voir M. Cbevreul, cet acide plus de la glycérine moins de l'eau; les bougies de stéarine avaient donc encore une grande partie des inconvénients de. la chandelle; elles ne se mouchaient pas toutes seules, car les mèches tressées et imprégnées d'acide borique n'étaient pas inventées ; les temps, comme on le voit, n'étaiént pas encore venus, la question n'était pas encore müré ; aussi, pour l’'amener à maturité n'a-t-il fallu rien moins qu’une vingtaine d'années de travaux accomplis dans les divers centres civilisés. | oo”

La bougie stéarique actuelle a donc eu sa transition, elle ne proeëdé pas immédiatement de la chandelle comme on l’a cru; entre.le suif et l’acide stéarique il y a un échelon, la stéarine, qui devait d'abord être franchi; natura.non facit sæltum a dit Linnée, eela:est vrai même des phénomènes de l’ordre moral; les idées à priori n'existent pas plus que les inventions à priori, les unes et les autres ont une cause occasionnelle et ce n’est:jamais que par gradation qu'elles arrivent à maturité.

Cet épisode de l'histoire de la bougie stéarique mérite d'autant plus d’être rapporté, qu'it est: complétement ‘ignoré des chimistes et qu'il n’est consigné que dans le Répentaire des. brevets d'invention, immense arsenal où fouilleront. nôs neveux lorsqu'ils voudront trouver des armes perfides contre les inventeurs contemporains.

Le fan le plus saillant de ce travail, c'est l'explication

LXUY

que Braconnot donne de la consistanve si variable des divers -corps gras; explication conforme à l'observation et basée sur. l'expérience ; savoir que les’ divers. corps gras sont compôsés d’une graisse solide, qu'il appelle swf absolu et d'une. matière huileuse qu'il appelle huile absolue ; la consistance du produit est subordonnée aut proportions de cés deux principes, de sorte qu’un corps gras sera d'autant plus'fluidé qu’il contiendra plus d'huile, et qu'au contraire il sera’ d'autant plus consistant qu'il sera plus riche en. principe solide.

Braconnot a séparé ces deux principes par des agents ou des forces purement mécaniques tels que limbibition, Ja pression-ou le froid. :

, 1 a égalément fait entrevoir l’identité dés produits de la saponification par les alcalis avec ceux provenant du traitement de ces mêmes corps gras par les acides (1). De plus, il constate que ves produits sont'solubles dans l'alcool et il pense, avecraison, qu'ils se développent, eux ou des açides analogues, lorsque les cdrps gras devient nent rances. | LE

Il est probable qu'il eüt poussé plus loin ses recherches sur.les corps gras, mais il savait :qué M. Chevrew#’en occupait activement, et comme les sujets rie lui man: quaient pas, il mit la dernière main à un grand travail provaqué: par ‘une question posée, en 1814, par Parmentier : un: prix fondé à cetté occasion devait être dé-

me nt LS

+. (1) Mémoires de l'Académie de Stanislas. 1815, p. 32.

:LXXV “cerné à celui qui résoudrait par l'expérience, la question, fort débattue alors, de l'Extractif que Foureroy avait surtout mis en bonneur. D'après ce savant, il existe: dans les végétaux une substance sui generis, un principe immédiat, qui constitue la base de ce ‘qu'on appelle les extraits, c'est-à-dire, des sues de plantes réduits, par évaporation, à une certaine consistance.

Cette-opinion était partagée par beauconp.de nie: et notamment par Davy et Berzélius. Il y avait. du mérite à s’en occuper avec indépendance. Braconnot conclut eontre l’extractif qui n'est pour lui qu'un être de raison ; il critique Berzélius qui pousse l'amour de l'extractif au point de considérer comme tel la gelée qu'on obtient en traitant la sapopaire piar l'eau ; u il ne coneoit pas comment le célèbre chimiste suédois'a pu donner le nom d’extractif à une substance si différente de toutes celles auxquelles la même dénomination a:été imposée ; et pense qu'on lui. a fait jouer en chimie le même rôle qu'ont joué le nectaire en botanique, et le schorl en minéralogie ; tant il est. vrai, ajoute-t-il, que l'esprit humain, comme le dit Bacon, est semblable à un miroir “inégal qui chàange l’image des objets par la propré irrégularité de sa forme (4). n st

Loin de voir des principes immédiats dans: les extraits, H prouve que ce sont des mélanges de plusteurs principes animälisés, que l'un des prineipesimimédidts qu'on rencon-

menant

ame - ee re

. (1) Mémoires de l'Acidémie de Stanislas, 1815, p.37,

LXXYI tre le plus fréquemment dans les végétaux, offre. une saveur plus ou moins prononcée, et parait posséder la vertu médicamenteuse dominante du’ végétal qui la fourni, qu'il est précipité par le tannin, ‘etc., qu’on trouve ces: deux principes associés dans l'extrait de cochléaria, dep de pan de noix Rene ete., etc.

u Qu'un petit nombre des extraits eontient.un principe amer non azoté, qui n’est affecté par’ aucun réactif excepté par le chlore qui le précipite; que te‘principe, trouvé d'abord par Thomson dans le quassia, se rencontre aussi dans la gentiane, la petite centaurée, où il est associé à une matière gommeuse qui es Lu sieurs dissolutions métalliques.

- n Qu'il paraît exister dâns un grand nombre de plantes herbacées un acide végétal, qui n'est pas toujours par: faitement identique, mais qu'on peut considérer, dans scs différences légères, comme une variété de l'acide dès Pose | AN D |

Fee on . tes ni formulées en 1815; on ne peut se défendre d'une certaine’ émotion; ici commé dans le travail sur les corps gras, on voudrait dire à l'auteur d'aller plus avant et de ne pas se eonteriter de vagues dénominations. Qu'est-ce que ce principe adoté que vous trouvez dans la noix vomique:et dans: l’opiue ? Qu'est-ce que le principe 'narcatique; cristaHin de l'opium, analogue au principerésiniforme du quinquina”? Ah! si Braconnot s'était posé cette question, il aurait pu décou-

vrir la morphine, la codéine, la narcotine, la strychnine, la brucine et la quinine; ces bases organiques qui furent isolées quelques années après, 1/ les avait dans la main.

Le résultat le plus net de ce grand travail est done la destruction d’une erreur profondément accréditée dans la science; c’est beau sans doute, mais qu'est-ce en pré. sence de ce que cela aurait pu ètre si l'auteur avait été en. 1815, ce qu ‘il était en 1895.

Ce mémoire dans lequel on donne en outre une classification des extraits, ne fut pas couronné. Une lettre de Cadet-Gassicourt, portant la date du 1° février 1816, nous apprend que la Société de Pharmacie a dû se contenter de donner un éloge aux efforts de son estimable auteur ; 1] l'engage à persévérer et lui envoie copie du rapport de la commission. Ce rapport, fait de main de maitre, critique vertement le mémoire ét engage son auteur à mettre plus de précision dans ses termes. Braconnot n'y donna pas suite, il publia son travail dans les Mémoires de l'Acadèmie de Stanislas de l’année 1817, non sans avoir pris en sérieuse considération les observations faites dans le rapport. Le manuscrit luimême est sous nos yeux, il est écrit de la plus belle main de Braconnot, et porte pour épigraphe une pensée empruntée à Helvétius, un de ses auteurs favoris.

Dans l'intervalle de ces travaux, il fait l'analyse d'une plante exotique, le Datisca cannabina, dont il extrait une couleur jaune qu'il propose d'appliquer à la teinture. Mathieu de Dombasle, qui ne reculait jamais

LXXYIIT quand il entrevoyait un progrès à réaliser, entreprit aussitôt la culture en grand de ce végétal, malheureusement il ne put y donner suite.

Notre chimiste y trouva un principe immédiat qui parut avoir de l’analogie avec l'inuline, bien qu'il füt cristallisable; après avoir constaté que cette substance différait de tous les principes immédiats alors connus, il chercha un nom qui püt rappeler ses propriétés. Ampère, qui venait d'arriver à Nancy comme inspecteur général des études, le tira d'embarras en lui suggérant le nom de Datiscine, d'après la plante qui l’a fournie.

Les recherches sur l'acide sorbique, etc., dont nous avons parlé plus haut, furent exécutées vers 1818; en lisant les deux mémoires qu’il a publiés à ce sujet, on sent que leur auteur a fait des progrès et que son coup d'œil s’est perfectionné ; ce fait ressort surtout de son mémoire sur la préparation de l'acide gallique; le magma noir qui contient cet acide renferme encore autre chose, que quelques années auparavant, Braconnot se fût contenté de désigner sous un nom quelconque, celui de substance tannante par exemple; mais en 1818, il | commence à ne plus se payer de mots; secouant les habitudes de la vieille école, il se demande résolument cette fois, ce qu'est cette matière noire; il l'attaque par les alcalis caustiques et il en extrait un acide parfaitement insoluble dans l’eau, et qui n’a pas encore aujourd'hui son pareil ; la peine qu’il avait d'isoler cet acide et de le caractériser était assurément moins grande que

celle de lui donner un nom; la manière dont il s’y prit, qu’elle lui füt propre ou qu'elle lui fût suggérée, dénote - également un changement ; il fit l'anagramme de l'acide gallique et en tira le mot ellagique, qu'il appliqua au nouvel acide. |

Conversion du ligneux en sucre. — Ulmine. — Acide végéto-sulfurique. — Sucre de gélatine. — Leucine, etc. — Recherches sur la cristallisation.

Le 4 novembre 1819, l’Académie de Stanislas reçut communication d’une découverte, faite par l’un de ses membres, de la transformation du bois en sucre. Ce fait, aussi nouveau qu'inattendu, était d'autant plus remarquable qu’il se réalisait par des moyens extrêmement simples. Prenez de la sciure de ‘bois, ou mieux encore, de vieux chiffons de chanvre ou de coton, traitez-les par de l'acide sulfurique, puis ajoutez de l’eau, faites bouillir et neutralisez par de la craie, le liquide surnageant est de l’eau sucrée... voilà tout le secret de la transmutation trouvé, à la confusion des alchimistes, par un chimiste moderne. | |

La nouvelle franchit rapidement l’étroite enceinte où se tiennent les séances académiques, elle grossissait à mesure qu’elle s'en éloignait, si bien que plus d’un chimiste sérieux dut l’accueillir en souriant; mais quand enfin, le mémoire de Braconnot eut paru dans les Annales

de chimie et de physique, et que la découverte eut pris sa véritable proportion, toute hésitation cessa et plus d’un devait se dire, ce qui se dit d'ordinaire en présence d’un grand fait constaté par des moyens simples : u N'est-ce que cela ?n

Comme s’il était facile de faire accepter à l'humanité un grand fait qu'elle ignore. C'est l'histoire de l'œuf de Colomb qu’un savant contemporain résume spirituellement par ce mot : u dans les sciences il n’y a rien de si simple que ce qui a été trouvé hier et rien de si difficile que ce qui sera trouvé demain. »

Les assertions de l’auteur furent bientôt vérifiées et confirmées ; dans tous les laboratoires on voulut les contrôler ; les journaux du temps en font foi; cette expérience avait le retentissement qui revient de droit à tout fait considérable qui touche aux intérêts matériels, en même temps qu'il ouvre une voie à la science.

La sciure de bois transformée en sucre et partant, en alcool, en vinaigre, en éther, voilà en effet une merveille

que chacun peut apprécier sans être chimiste ; mais la manière dont cette transformation s'opère était, pour

l'époque, une autre merveille, qui n’était accessible qu'aux seuls initiés. Par l’action que l'acide sulfurique exerce sur le ligneux on remarqua, pour la première fois, un de ces phénomènes de contact dont on a trouvé tant d'exemples depuis; car en devenant sucre, la substance ligneuse ne perd rien, mais elle gagne... de l'eau. Avec du bois et de l’eau on fait donc du suere de même qu'on

peut faire de l'alcool avec de l'eau et du gaz de l'éclairage. Ce n'est pas un faible mérite d’avoir reconnu, de suite, ce rôle de l’eau. L'analyse élémentaire organique n'était pas encore inventée, bien que plusieurs tentatives eussent été faites ; on savait bien que le ligneux et le sucre peuvent être représentés par du charbon plus les éléments de l’eau, mais de là à reconnaitre que la transformation de l’un dans l'autre ne tient qu’à la fixation de deux molécules d'eau, il y avait loin. Cette opinion à laquelle nos modernes procédés conduisent forcément, Braconnot y arriva à l’aide de la balance; en appliquant à propos cet instrument de précision, il constate qu'il obtient plus de sucre qu'il n’a employé de sciure de bois, et il en conclut que cette augmentation porte sur une certaine quantité d'hydrogène et d'oxygène qui se sont fixés sur le ligneux dans les proportions pour former de l'eau.

L'auteur sent bien que cette opinion ne sera pas de suite acceptée de tous, aussi il y prépare les ji de peu disposés à admettre les nouveautés.

u La conversion du bois en sucre, dit-il, paraîtra, sans doute, remarquable et quand on dira, ainsi qu’il m'est arrivé, à des personnes peu familiarisées avec les spéculations chimiques, qu'une livre de chiffons de linge peut être transformée en plus d’unelivre de sucre, elles regarderont cette proposition comme dérisoire et s en amuseront, mais le résultat n'en sera pas moins réel.n (1)

(1) Annales de Chimie et de Physique. t. XM. p. 183.

EXXXN .. Braconnot ne s'est pas préoccupé du côté industriel de sa découverte ; elle avait peu d'intérêt sous ce rapport, et pour que cette question füt sérieusement examinée, il a fallu attendre qu'elle fût posée par la nécessité. La cherté des spiritueux, devenus rares par suite dela maladie de la vigne, avait, depuis, rappelé l'attention sur cette découverte, et un instant on pouvait espérer que le procédé serait rendu pratique; les ressources que le génie inventif, stimulé par le besoin, avait su créer ailleurs rendirent ces tentatives moins pressantes et, pour le moment du moins, les essais entrepris paraissent abandonnés. . On s’est demandé à tort si Braconnot a été conduit à cette découverte par une idée synthétique, car on devait comprendre qu'en 1819 rien n’autorisait à la pressentir ; les corps isomères n'étaient pas connus, on ne connaissait pas davantage la composition exacte des substances ligneuses, féculacées ou sucrées et on croyait avec Fourcroy et Vauquelin que l'acide sulfurique agissait sur ellesen leur enlevant l'hydrogène et l'oxygène, dans le rapport pour former de l’eau et en mettant le charbon en liberté. | Si cette interprétation est fondée tant qu’il s'agit d'acide sulfurique concentré, elle perd toute valeur lorsqu'on opère avec de l'acide étendu qui se borne à ronger les substances ligneuses, à les rendre friables sans les colorer. La connaissance de ce fait est aussi- ancienne que l'est celle de l'acide sulfurique lui-même. Depuis le plus grand chimiste jusqu'au plus petit, il n’en est pas un qui

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n’ait brûlé ou troué son Imge par des éclaboussures d’acide sulfurique affaibli, sans songer à approfondir le phénomène ; il a fallu attendre jusqu'en 1819, et attendre qu'un semblable accident arrivât à Braconnot, pour qu'on fit cette réflexion fort simple : si l'acide sulfurique n’agit sur le ligneux qu’à la manière de la chaleur, comment se fait-il que ma serviette soit trouée par l'acide sulfurique étendu sans cependant avoir de taches de charbon ? On sait le reste; notre chimiste prit du ligneux, c’est-à-dire, un chiffon de toile, qu'il broya avec de l'acide sulfurique; il obtint une matière gommeuse, soluble dans l’eau; il satura par la craie, soumit à l’évaporation et obtint une gomme analogue à la gemme arabique.

24 grammes de chiffons sees ont fourni 26 grammes de cette gomme exempte d'acide sulfurique.

u Si au lieu de saturer par la craie la dissolution mucilagineuse de bois, de paille ou de linge dans l'acide sulfurique, on l’étend de plusieurs foisson poids d’eau et qu'on la fasse bouillir pendant environ 10 heures où jusqu'à ce qu'une portion de la liqueur saturée par le carbonate de chaux ne précipite plus par l’acétate de plomb, alors on peut être assuré que toute la matière gommeuse est convertie en sucre, qu'il ne s’agit plus que de séparer de l'acide, en neutralisant celui-ci par de la craie. La liqueur filtrée et évaporée en consistance de sirop donne, 24 heures après, des indices de cristaux et, au bout de quelques jours, le tout se solidifie en une seule masse de sucre cristallisé. Il est passablement pur lorsqu après

EXXXIV l'avoir pressé fortement dans du linge usé, on Île fait cristalliser une seconde fois ; mais il devient d’un blanc éclatant après qu'il a été traité par le charbon animal « (4).

u .…. De 20, 4 grammes de linge traité par l'acide sulfurique on a obtenu 23, 3 grammes de sucre desséché jusqu’au point qu'il commençait à répandre une odeur de caramel: néanmoins il y a eu quelque perte. Cette augmentation remarquable est encore due à la fixation des éléments de l’eau qui se sont combinés à la matière ligneuse dans les proportions nécessaires pour donner naissance à du sucre. n

On le voit, la conviction est aussi profonde que motivée : dans cette transformation, il y a fixation des éléments de l’eau: avoir su démèler ce fait est un trait de sagacité tout à fait extraordinaire pour l’époque où il s'est produit.

Mais là ne se borne pas ce travail remarquable; au chimiste succède maintenant le botaniste qui, des faits observés au laboratoire, tire des conclusions du plus haut intérêt physiologique. u Puisque, dit-il, l’observation semble nous indiquer que le bois est de la gomme, moins de l'oxygène et de l'hydrogène dans les proportions nécessaires pour former de l'eau, nous pouvons, en remontant à l’origine de la formation de la matière ligneuse, apprécier les moyens que la nature met en œuvre pour la créer. Si nous l’examinons un peu avant la naissance,

(1} Mémoires de l'Académie de Stanislas. 1819-1823. p. 70.

nous voyons qu'elle se présente sous la forme d'un mucilage dans lequel on observe de petits grains blanes qui paraissent être une première ébauche du bois; eette matière, en raison du rôle important qu'elle joue dans la végétation a reçu, comme on le sait, lenom de subsiance organisatrice ou Cambium. Aidée de l'influence vitale, elle parait abandonner peu à peu une partie des éléments de l'eau, pour constituer d’abord le liber, les couches corticales, l'aubier, le parenchyme, et enfin le bois proprement dit qui doit être excessivement variable dans la proportion de ses principes, suivant qu'il est de nouvelle ou d’ancienne formation; cette manière d'envisager la transformation du cambium en bois paraîtra assez probable, si l'on considère qu’on peut faire rétrogräder ce dernier à son état primitif de mucilage. Nous n'avons pas besoin de rappeler que le bois se concrète souvent en grande abondance dans le sein même de la matière muqueuse et sucrée, comme cela se voit dans les fruits à noyaux, dans les concrétions ligneuses des poires, etc. Observons en outre que la mort du végétal ne met pas un terme à cette soustraction d'oxygène et d'hydrogène ; elle continue d’avoir lieu et fait passer la matière ligneuse dans différents états jusqu'à ce qu'elle soit entièrement détruite. n (4)

lei encore notre chimiste va imiter la nature : 1 fat subir à la fibre ligneuse les altérations qu'elle éprouve

me ——

[1) Annales de Chimie et de Physique. T. XI, 184.

parfois dans le végétal malade. En traitant le bois par la potasse, Braconnot parvint à le transformer en une substance brune, ayant la plus grande analogie avec un produit pathologique que Vauquelin avait rencontré dans l'ulcère d'un orme. En conséquence Braconnot donna le nom d'Ulmine à cette matière; il ne tarda pas à la: retrouver dans d’autres produits végétaux résultant de l'érémacausie et notamment dans cette partie du sol arable ou de la terre de bruyère qu'on appelle humus.

Aux faits nouveaux si remarquables et si riches d'avenir, contenus dans le mémoire dontnous parlons, il fautencore ajouter la production de l'acide végéto-sulfurique, obtenu par l'action de l'acide sulfurique sur la fibre ligneuse ; cet acide ne précipite pas les sels de baryte; il parut à Braconnot être formé d'acide hyposulfurique uni avec une malière végétale (1). Atjourd'hui nous connaissons ua grand nombre d'acides de ce genre ; prenez une malière organique quelconque, traitez-la par de l’acide sulfurique et vous avez toutes les chances possibles d'obtenir un acide contenant les éléments de deux équivalents d'acide sulfurique, moins un équivalent d'oxygène, unis avec la matière organique moins un équivalent d'hydrogène, c'est-à-dire, de l'acide hyposulfurique uni avec une matière végétale, comme l'a si bien reconnu Braconnot alors que ces combinaisons n'étaient pas encore con-

(1) Mémoires de l’Académie de Stanislas. 1819 — 1823, p. 72.

EXXXVIT nues. (4). Depuis on s’est souvenu qu’en 1801, Dabit avait constaté dans les résidus de la préparation de l’éther, la présence d’un acide non précipitable par la baryte; mais ce chimiste considérait cette matière comme un acide du soufre et ignorait complétement la présence d'un corps organique dans sa molécule. Ce n'est que peu après la publication du mémoire de Braconnot que Serturner devina la nature de l'acide des résidus d'éther et lui donna le nom de Weinschwefelsaeure dont l'équivalent français est acide sulfo-vinique. Cet acide tomba ensuite dans l'oubli, d'où-il fut tiré par M. Blondeau de Carolles qui le caractérisa définitivement et di aus les premiers sulfovinates cristallisés.

Les nouveaux résultats que Braconnot fit bientôt connaître, après ceux que nous venons de mentionner, furent obtenus sous l’influence des mêmes idées ou, pour parler plus exactement, sous l’influence des mêmes réactifs. En effet, les agents de décomposition restèrent les mêmes, il n’y eut que la matière première de changée; la fibre ligneuse céda sa place à la gélatine et aux substances albuminoïdes ; avec la première il obtint le sucre de gélatine que l'Américain Horsford a depuis baptisé du nom de glycocoll; avec la fibre musculaire, il prépara la leucine que nous savons fabriquer avec de l’alcool et de l’'ammoniaque. Il n'en détermine pas la composition élémentaire, les

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(1) Mémoires de l'Académie de Stanislas de 1819-1825, p. 73.

LXXXVNI

moyens analytiques faisant défaut à cette époque ; mais il examine leur attitude à l’égard des réactifs et reconnait que la gélatine et la leucine se combinent avec les acides, sans oser en conclure qu'il a entre les mains des bases organiques et qui plus est, des bases organiques artifcielles. Celui qui devait, le premier, prononcer ce mot languissait alors dans une obscure pharmacie de Heppenheim, près de Darmstadt, et faisait le désespoir de son patron par son goût prononcé pour les opérations chimiques. Sans doute il se doutait peu de sa grandeur future, bien qu'il fût parfaitement décidé à ne pas mourir pharmacien. Mais de 1819 à 1834, date de la découverte de la mélamine et de l'ammeline, supposées être les premières bases organiques artificielles, M. Liebig avait passé par l'université d'Erlangen, puis par le : laboratoire particulier de Gay-Lussac à Paris, et était luimême devenu professeur de chimie à l’université de Giessen.

Il existe entre la composition élémentaire du sucre de gélatine et celle de la leucine une relation intéressante qu'on a reconnue dans beaucoup de substances organiques congénères à la manière de ces deux bases; elles sont homologues ; c’est-à-dire, elles ont des fonctions et des propriétés semblables et ne diffèrent entre elles que par une quantité déterminée de carbone et d'hydrogène, l'azote et l'oxygène restant invariables.

Le sucre de gélatine étant représenté par C‘ H5 Az O:, c'est-à dire, C‘ H° + H + Az O*, la leucine sera C'° H'°

Az O*, c'est-a-dire, (3 C‘ H*)+ H-+ Az O*. Entre ces deux termes il y aura place pour trois autres substances azotées de nature alcaline comme celles-ci, et provenant comme elles de matières animales. L'une de ces trois substances est déjà connue, c'est la sarkosine C‘ H7 Az O‘; elle a été découverte par M. Liebig dans le liquide musculaire des animaux. L'avenir se chargera de découvrir les deux autres, sinon même de les préparer artificiellement, ce qui sera peut-être plus facile, M. Limpricht et M. Goessmann ayant déjà réussi, chacun de son côté, à préparer la leucine. |

Cette substance est d'ailleurs un produit de décomposition de bien des matières animales et il est certain maintenant que ce que Proust a décrit en 1818, sous le nom d'oxyde caséique et qu'il a observé parmi les produits de la putréfaction du fromage, était de la leucine. Tout récemment, M. Muller l’ä trouvée parmi les résidus de la décomposition putride de la mère de vinaigre, MM: Leyer et Koller l'ont préparée avec des cheveux, des cornes, des plumes d'oie, des épines de hérisson, ete., etc. ; mais la matière première qui donne les meilleurs résultats est toujours la substance musculaire, ainsi qu'il a été reconnu par Braconnot et confirmé depuis par M. Zollikofer.

Le sucre de gélatine, dont la source principale est toujours la gélatine, a été obtenu par M. Dessaignes en décomposant l'acide hippurique par l'acide chlorhydrique. Il se passe une réaction très-élégante qui a pour

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ettet le dédoublement de l'acide hippurique en sucre de gélatine et en acide benzoïque (1).

Bien des faits intéressants jailliront encore de l'étude de ces combinaisons lorsqu'elles seront devenues un peu plus accessibles; elles ont été peu examinées au point de vue de leurs propriétés physiques, et le seul travail qui ait été publié sur les formes cristallines de quelques-uns des composés du sucre de gélatine a conduit son auteur à ce fait remarquable, que la forme cristalline du glycocoll persiste dans les combinaisons de cette base avec les acides, et que les sels de glycocoll de divers genres sont hémimorphes entre eux et avec leurs bases (2).

Mais si l’on considère que les combinaisons homologues sont isomorphes, on arrive à cette conclusion forcée que la leucine et la sarkosine, congénères du sucre de gélatine et homologues avec lui, forment des sels isomorphes dans le sens le plusétendu (paramorphisme) (3). Leurs formes cristallines pourront appartenir à des systèmes différents, mais leurs formes primitives, prisme ou octaèdre, auront sensiblement les mêmes incidences. Tous ces faits nouveaux qui sont de découverte récente

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(1) C'8 H° Az O5 +2 I O — C‘ H5 Az Of + C't Hô O+. TS DE te. RE Sr

ac. hippurique. glycocoll. ac. benzoïque.

(2). Annuaire de chimie, 1850 p., 291 ; Revue scientifique. t. XXXIV, p. 547. Méthode de chimie, par Laurent, p. 166. (5) Mémoires de l’Académie de Sianislus, 1855, p. 54; et Comptes rendus de l'Académie des Sciences, 1. XL, p. 980.

ne pouvaient pas même étre entrevus en 1819 ; la théorie de l'isomorphisme venait à peine d'être formulée, M. Mitscherlich avait pour adversaires les cristallographes les plus éminents, et le chimiste qui devait définitivement introduire la cristallographie dans le laboratoire et faire du goniomètre un réactif, Laurent, en un mot, était sur les bancs de l’école primaire. Aux formes cristallines des corps qu'il découvrait, M. Braconnot ne donna donc d'autre importance que celle qu’on leur donnait à son époque ; il les considère comme choses secondaires et ne les décrit qu’en passant et en se servant du langage vague alors usité. Une seule fois cependant, nous le voyons accorder son intérêt à la cristallisation, et c'était pour attaquer avec succès une opinion qui avait alors force de loi en cristallographie; aux savants, et c'était l'universalité, aux savants qui admettaient que la matière ne cristallise qu'autant que ses molécules peuvent se mouvoir librement dans le sein d'une masse fluide, il oppose le sucre d'orge, qui transparent d'abord et élastique devient, au bout de quelques jours, opaque et cassant. Ce fait était connu, mais ce qu'on ignorait, et ce que Braconnot le premier a constaté, c'est que ce changement subi par le suerc d'orge est dù à la cristallisation ; car en examinant attentivement un morceau de sucre ainsi modifié, il y reconnut des groupes formés d’aiguilles qui n'auraient certainement pas pu se produire si les molécules de la matière ne pouvaient se mouvoir lorsqu'elles font partie d’une substance solide.

” Cette explication des changements moléculaires éprouvés par le sucre d'orge a prévalu; elle a même été généralisée, car, on n'a pas tardé à trouver d'autres substances, susceptibles d'éprouver des modifications analogues au sucre d'orge et, par conséquent, de changer de structure sans cause apparente.

À ces travaux théoriques accomplis et publiés de 1819 à 1825 par Braconnot, il faut en ajouter une dizaine d’autres, d'une portée plus spécialement pratique et parmi lesquels il y en a un, qui a permis d'enlever à l'Allemagne le monopole d'une couleur fort recherchée bien que vénéneuse. La fabrication du vert de Schweinfurth était alors un secret; Braconnot soumit cette couleur à l'analyse, et après en avoir reconnu la composition, il la reproduisit et, comme il n'entrait pas dans ses principes de prendre brevet, il mit le procédé à la disposition du public en le faisant connaitre par la voie de la presse et mit ainsi fin à un petit monopole qui rendait, sous ce rapport, l'industrie française tributaire de l'Allemagne.

En présence de si beaux résultats obtenus dans un laps de temps assez restreint, on nous pardonnera de nous être un peu étendu. Des travaux tels que l'action de l'acide sulfurique sur le ligneux et les substances animales sont trop peu fréquents pour qu'on n'ait pas plaisir à en parler. Tout y est net, théorie et observation, et là où les procédés analytiques lui font défaut, notre chimiste y supplée à force de sagacité; et cependant, avec quels fatbles moyens n’a-t-il pas exécuté ses recherches? Scheele

Xciit est le seul chimiste qui pourrait voir sans étonnement le laboratoire de Braconnot.

Entre les mémoires sur la force assimilatrice, sur l’extractif, sur les corps gras, etc., et les travaux qu’il a publiés durant la période de 1819 — 1823, il y a doné une différence énorme. Plus d'expression vague, plus d’hésita: tion, hotre chimiste va droit devant lui avec des faits et des raisonnements auxquels le temps n’a rien changé. Une ère nouvelle s’est ouverte pour lui et décidément, |

Braconnot n'est plus le même hommé.

= Un changement si radical doit avoir sa cause, et les personnnes qui aiment à rechercher les rapports qui lient les causes aux effets trouveraient ample satisfaction dans l'étude de la vie privée de notre héros. C'est que, son bonheur est maintenant complet ; le rêve qu'il poursuivait depuis près de trente ans, es réalisé ; il demeure avec sà mère. Plus d’obstacle désormais, car M. Huvet n’est plus. Le laboratoire estinstallé près de la chambre d'habitation, et l’on travaille sous les yeux de sa mère; et le soir pour ménager la vue de son pauvre enfant, la bonne mère lui lit soit des mémoires de science, soit des œuvres littéraires ; elle connait les projets de Henry, et sait au juste où il en est avec ses études; dans ces moments d’abattement et de déception fort eonnus des chercheurs, elle sait le ranimer et le convier à de nouveaux travaux. Libre dèsoimais de posséder son fils, elle ne le quittera plus des yeux ; élle aura les prémices de toutes ses découvertes ; ellé sera la première à lire ses publicationss heureuse enfin, mais

heureuse d'un bonheur chèrement acheté, elle pourra, avec quelque raison, répéter ce vers que l'historien Grotius avait gravé, le jour de sa fuite, sur les murs de sa prison :

u J'ai assez souffert pour avoir le droit de ne jamais dire : je suis trop heureux. n

Chimie des principes immédiats ou chimie végétale. — Chimie qualitative. — Chimie quantitative. — Scheele. — Fourcroy. — Vauquelin. — Berthollet — Gay-Lussac. — Braconnot est nommé

“correspondant de l'Institut. — Légumine. — Acide équisétique. — Populine. — Acide pyrogallique. — Pectine. — Xyloïdine.

Le fondateur de la chimie des principes immédiats est, sans contredit, Scheele qui fit pour les acides organiques ce que Priestley a fait pour les gaz. Avant le phlogisucien anglais on confondait avec l'air tous les gaz alors connus, et, si l'on excepte Black et Cavendish, les chimistes lés plus distingués de l’époque n’admettaient pas qu il y ait une grande différence entre l'air atmosphérique et l'air inflammable que nous appelons hydrogène, entre T'air atmosphérique et l'air fixe que nous appelons aujourd’hui acide carbonique. Pour eux, ces gaz étaient de l'air modifié par une substance étrangère (1); si bien qu'en 1795, Beaumé engage les chimistes non à s’éclairer

(1} Kopp. Geschichie der Chemie, t. 1H, p. 184.

sur la nature de ces gaz, mais à reconnaitre la matière, étrangère qui est mêlée à l'air atmosphérique et lui com-. munique les propriétés diverses qu'on avait constatées,

Une opinion analogue régnait au sujet des acides végétaux ; tous étaient de l'acide acétique, sauf à expliquer. les différences qu'on avait remarquées entre eux, en faisant intervenir à propos une matière organique inconnue qui masquait, pensait-on, les propriétés de l'acide acétique. Bien que cette théorie eût été renversée par les immortelles découvertes de Scheele, elle a laissé un long écho dans nos traités. Fourcroy et Vauquelin l’appliquèrent. encore, au commencement de ce siècle, à la constitution de l'acide formique, de l'acide maléique, et de l'acide lac-. tique; nous avons vu que celte interprétation a persisté jusque dans ces derniers temps, puisqu’en 1830 la cons-. titution spéciale de l’acide lactique était encore un sujet: de controverse.

En 1769, Scheele adresse à l'Académie deu sciences de. Stockholm un mémoire dans lequel il étudie l'acide tar-. trique et le fait connaître comme acide particulier, distinct , de l’acétique. Découragé un instant par des procédés dont la recette n’est malheureusement pas perdue (Doc. VIE), il suspend ses publications ; mais en 1775, il les reprend, pour ne plus les interrompre. À côté des. découvertes telles que l'acide cyanhydrique, le chlore, le manganèse . et la baryte dont nous n'avons pas à nous occuper ici, il fait connaitre l'acide benzoïque, et découvre l'acide lac tique dans le lait aigri, l’acide citrique dans le jus de

citron, l'acide mälique dans les pommes ; il isole la glycérine et la transforme en acide oxalique que déjà il avait : obtenu en traitant le sucre par l'acide nitrique.

Sous le rapport des principes immédiats, Scheele eut en Allemagne des continuateurs qui le suivirent de loin. n’en eut pas d'abord en France où les chimistes étaient fascinés par le génie et les découvertes de Lavoisier. Les travaux que Scheele avait exécutés dans le domaine de la chimie minérale y étaient mieux appréciés; car l’humble apothicaire de Kæping avait de son côté isolé et reconnu l'oxygène et l'azote. Ce n'est que vers la fin du dix-huitième siècte que l’on voit des chimistes français occupés de recherches de chimie organique. A leur tête brille Fourcroy, en collaboration de son ancien garcon de laboratoire qui fut Vauquelin. Une seule chose est restée de cette collaboration ; une école distincte de celle de Lavoisier: faisant peu de cas de la balance, elle émettait des opinions et construisait des théories sans trop les vérifier. Elle était représentée par des travailleurs infatigables, empruntant au hasard leurs sujets d'étude, toujours pressés de conclure et se laissant dominer par des opinions préconçues sans avoir l’excuse d’obéir à une idéc directrice ou à un système. Q

Cette école, quelque peu empyrique, avait pour chef l'éloquent Foureroy et pour tribune l'Ecole de Médecine et le collège de Pharmacie. L'école rivale avait des moyens

d'action plus restreints, mais ‘lle avait pour elle un fil conducteur et le génie de Lavoisier. Les lois de Wenzel

et de Richter qu’elle allait bientôt adopter la confirmaient de plus en plus dans cette tendance vers les sciences exactes, tendance en si bonne harmonie avec l'établissement où elle avait son temple : l'Ecole polytechnique. Aussi Berthollet trouva-t-il de l'écho dans cette institution où déjà il avait remarqué le jeune Gay-Lussac.

Ainsi, d'une part on faisait de la chimie sans critique, sans critérium et sans le concours de la balance, tandis que de l’autre on procédait systématiquement, balance en main, persuadé que dans la nature rien ne se crée, rien ne se perd. |

On peut donc dire qu'à son arrivée à Paris, le jeune Braconnot trouva deux chimies distinctes, bien que toutes les deux dérivassent de la chimie de Lavoisier, l’une quantitative, l'autre qualitative. Nous avons vu dès son second mémoire qu'il était partisan de celle-ci, mais comme Vauquelin et d'autres bons esprits, il ne lui resta pas toujours fidèle.

Le moment qu'il choisit pour s’essayer dans une autre voie coïncidait précisément avec celui où la chimie des principes immédiats était à son apogée, 1819 .— 18920, dates de la découverte de la strychnine et de la brucine, de la vératrine, de la quinine, de la cinchonine, ete.

Bien que notre chimiste n’eùt aucune part directe à la découverte de ces alcaloïdes, il n'était pas moins le représentant le plus éminent de tous ceux qui s’occupaient de recherches de chimie végétale. De 1806 à 1819 nul ne publia plus de travaux dans la manière de Fourcroy,

XCVAI et aucun chimiste n'avait fait, dans cette voie, autant de découvertes intéressantes. Aussi quand on fut parvenu à isoler le principe actif de la noix vomique, de l’opium et du quinquina, l'attention générale était acquise à ce genre de travaux plus accessibles que les découvertes faites par les partisans de la chimie quantitative. Cependanit les titres que cette école avait, pendant la même période, acquis à la reconnaissance de la postérité n’en étaient pas amoindris ; elle venait de doter la scieñce d’un puissant levier : les notations chimiques; elle venait de découvrir et d'isoler l’iode et ses combinaisons les plus importantes; elle venait d'isoler le cyanogène, premier radical composé, et de consigner ses résultats dans deux mémoires qui resteront d'inimitables modèles, et pendant que d’une part elle reconnait l'une des lois qui rattachent la forme des minéraux à leur composition, elle formule d'autre part les rapports qui existent entre le volume et le poids des atomes et elle laisse déjà entrevoir le lien qui unit ces rapports avec la composition chimique. :

Ainsi, pendant que la chimie qualitative découvre des substances organiques qui ont été élaborées dans le sein des végétaux et des animaux, pendant qu elle isole le principe actif des médicaments les plus héroïques et qu'elle ouvre de nouveaux horizons À la thérapeutique, les chimistes de l'Ecole quantitative préludent à la transformation que la science allait bientôt subir, en préparant la voie par des idées synthétiques d’une grande hardiesse et par des lois d’une vaste portée philosophique.

Enveloppé dans ce grand mouvement dont il était, sans s'en douter, l’un des moteurs, l’humble chimiste lorrain était assez en évidence pour que Îles sociétés savantes tinssent à honneur de se l’associer. Deux fois déjà, il avait été proposé comme candidat à une place de cerrespondant de l'Insütut, deux fois à échoua. Mais quand, en 1823, une nouvelle place fut devenue vacänte par la mort de Wollaston, toute dissidence cessa et Braconnot fut nommé par 39 voix sur #1 votants ; c'était le 45 septembre 1823. | Comment répondit-il à ce vote et de quelle manière paya-t-il la bienvenue, la question peut au moins ètre posée, car avec son caractère à la fois timide et original, le récipiendaire pouvait la résoudre autrement qu'on ne le fait d'habitude. Si vous êtes curieux de le savoir ouvrez les Annales de chimie de 189253, t. XXVII et à la page 173, vous trouverez de lui, une note intitulée : 4 Noir pour la chaussure. n Cette note nous met bien loin du beau travail sur le sucre de ligneux et sur la leucine ; heureusement le goût des principes immédiats ne tarda pas à reprendre le dessus, et à côté de quelques résultats secondaires qu'il publia peu après, l'auteur ne tarda pas à découvrir l'acide pectique dans les parties charnues des plantes, à F'isoler et à le caractériser de manière à mettre tous les chimistes en état de vérifier dé suite ses expériences ; ensuite il reconnut la présence de l’oxalate de chaux dans un grand nombre de plantes cryptogames et notâmment les lichens

e dont quelques-uns, tels que la variolaire commune que l'on trouve sur les vieux hêtres, en contiennent près de la moitié de leur poids. À cette -oecasion, il fit voir que ce sel calcaire est à ces végétaux, ce que le carbonate de chaux est aux lithophytes ou le PE de chaux à la charpente osseuse des animaux. | Le procédé d'extraction qu'il employa pour don. ser cet oxalate, si parfaitement insoluble dans l'eau et décomposable au feu, est devenu classique: il consiste à le faire bouillir avec une dissolution de carbonate de soude ; l'acide oxalique passe alors à l’état d’oxalate de soude que l'on peut décomposer par les procédés connus. Des eryptogames, notre chimiste, directeur du jardin botanique de Nancy, passe aux légumineuses et découvre dans les semences de cette famille un principe immédiat du plus haut intérêt: il lappela légumine et le plaça, sous le rapport de ses propriétés, à côté de l’albumine. Il constata en même temps que c'est la légumine qui fait durcir les légumes quand on les fait cuire dans les eaux séléniteuses et ne manqua pas d'y remédier au moyen d'un carbonate alcalin.

Des légumineuses, notre. infatigable chercheur passe aux équisétacées. qui, dit-il, ont toujours fait le désespoir des botanistes en raison de leur erganisation qui les sépare complétement de tous les végétaux connus. Cette considération lui fit penser que leur composition ne présenterait peut-être pas moins de singularité que leur structure ee qui le décida à les soumettre à un examen chimique;

e il reconnut que leur aspérité était due à une grande quantité de silice incrustant l’épiderre de la plante et jouant à l'égard de la substance végétale le rôle que l'oxalate de chaux joue à l'égard des lichens crustacés. C’est dans cette famille des prêles qu'il découvrit l’acide dont il a été déjà question et qu'il appela équisitique. Après avoir examiné et analysé chimiquement les différents genres de plantes qui étaient à sa portée en quantité suffisante, Braconnot s'adressa à un autre. ordre de produits ; il analyse le noir de fumée dans lequél il trouve diverses substances minérales ainsi qu’une matière brune, charbonneuse, mal définie, qu'il appelle Asboline. Puis il examine le fromage, prépare le prétendu acide caséique de Proust qu'il décompose en neuf substances différentes, parmi lesquelles il en trouve une qu'il croit particulière et qu'il appelle Aposépédine u parce qu’elle paraît être le résultat de la putréfaction des matières animales. n Cette aposépédine a été depuis reconnue comme identique avec la leucine. | | : Dans un second mémoire sur le même sujet, il s'oc— cupe de la question au point de vue économique ; en traitant le fromage par le carbonate de soude, il parvint à le rendre soluble et susceptible de se conserver indéfiniment. Il constate ses propriétés adhésives et le propose pour raccommoder les vases en verre et en porcelaine ; il l’'emploie en substitution de la colle de poisson pour donner du lustre et de la consistance aux étoffes de soie, pour préparer le taffetas d'Angleterre, les fleurs arüficielles, pour clarifier les liqueurs, cte.

cit

Les conserves de lait l'occupèrent ensuite ; puis il examina la bile qui déjà avait été l’objet des recherches de Fourcroy, de Berzélius et de M. Thénard. Ce dernier ayant considéré la bite. comme formée essentiellement d'un principe particulier, qu’il appela Picromel, Braconnot, toujours susceptible à l'endroit des principes immédiats, ne tarda pas à prouver que le picromelest une matière trèscomplexe contenant au moins sept substances différentes, parmi lesquelles de l’aeide margarique, de l'acide oléique et une résine acide qui a depuis été appelée acide choloidique. | |

Ces travaux le captivèrent jusqu’en 1899 ; à cette époque it eut occasion de donner un démenti à ses convictions: anti-thérapeutiques et à son scepticisme en matière de médecine. Le hasard l'ayant conduit dans un village des environs de Nancy où régnaient des fièvres de différents caractères, il songea aux moyens de soulager économiquement les malades presque tous sans ressources. Se rappelant que l’ecorce du populus tremuloïdes est employée avec beaucoup de succès aux Etats-Unis pour combattre la fièvre, il songca à essayer de ce remède, mais cette espèce de peuplier, très-rare en France, n'est point à Ja portée de pauvres villageois ; heureusement notre chimiste botaniste se souvint que ce végétal res semble beaucoup au populus tremula ou tremble ordinaire que l'on rencontre dans toutes les forêts de France. Raisonnant par analogie, il fit administrer la décoction de cette écorce à plusieurs malades et la fièvre ne tarda pas

La à se dissiper promptement. Le succès de cette expérience in animd vili, l'enhardit; le quinquina est un amer, l’écorce du tremble est un amer, essayons, se dit-il, un autre amer qui l'emporte sur ceux-ci en amertume, l’acide picrique et administrons-le aux fiévreux ; il préparé donc une dissolution aqueuse de picrate de potasse et l’administra à trois individus attaqués défièvres intermittentes. u À ma grande surprise, dit-il, ils furent guéris aussi promptement qu’ils auraient pu l’être avec le sulfate de quinine (4) (Doc. IX). n H se disposait à poursuivre ces essais quand à reçut la nouvelle de la découverte d’un suceédané de la quinine, découverte qui faisait alors grand bruit. | | | Ce succédané était la salicine ; il a êté isolé de l'écorce de saule par un pharmacien de Vitry-le-Français, M. Leroux. Ses propriétés fébrifuges avaient étê constatées par les médecins et entre autres par une commission de l'Académie des sciences. Ces faits engagèrent Braconnot à soumettre l'écorce de tremble à un examen attentif; 1 y trouva de la salicine en abondance, il y trouva une substance qui lui parut analogue à la matière colorante extraite du quinquina et que Reuss avait appelée rouge cinchonique; de plus, il isola une matière encore mak définie qu'il appela Corticine et un principe immédiat nouveau la Populine.

(1) Annales de chimie et de physique, 1. XLIV, p. 297 (1830).

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Il rencontra bien aussi de l’acide benzoïque dans les eaux-mères, mais il douta sagement de la préexistence de cet acide et pensa que l'écorce de tremble contenait simplement les éléments propres à le former. Cette conjecture s'est vérifiée ; l'acide benzoïque est un produit de décomposition de la populine ; ainsi que Fa fait voir M. Piria, ce principe immédiat est de la saicine, plus de l'acide henzoïque, c'est de la benzosalicine et en faisant “bouillir une dissolution de populine avec de l'eau de chaux, on dédouble cette substance en salicine et en acide benzoïque (1); cette expérience est la même que celle qui, en 1830, avait donné de l'acide benzoïque à Braconnot, et la salicine qui l’'accompagna était précisé— ment dérivée de la populine ; du reste ce chimiste avait obtenu de l’acide benzoïque en soumettant la populine à la distillation sèche.

Du moment qu'il étudiait l'attitude de la salicine et de la populine à l'égard des réactifs, Braconnot devait évidemment soumettre ces substances à l’action de l'acide sulfurique et de l'acide azotique, ses agents de prédileetion. Avec celui-ci il les transforma en acide picrique et laissa à M. Piria le soin de découvrir, quinze ans après, l'hélicine et l’hélicoïdine, dérivées de la salicine, et la benzohélicine dérivée de la populine. Avec l'acide sulfurique et la salicine il prépara un autre corps nouveau qu'il appela Rutiline

(4) C!°H?20'6+2H0—=C'tH6 O0! + C6 H'$ O*.

Re.

populine. ac. benzoïque. salicine.

que d'autres appelèrent depuis, Olivine ou Salirétine. Cette rutiline se produit aussi avec la populine traitée à l’ébullition par des acides étendus, mais en même temps on voit apparaître du glucose et de l'acide benzoïque.

Braconnot ne s’est pas aperçu de la présence de ces matières, je dis plus, il ne devait pas s'en apercevoir, d’abord parce qu'il était placé à un point de vue spécial et ensuite parcequ'en 1830, on n'avait pas encore appris à faire grand cas des métamorphoses éprouvées par la matière, sous l'influence des réactifs; cette voie était toute nouvelle et nous avons vu que Braconnot est un de ceux qui l'ont frayée. |

Les circonstances l'obligeront plus d'une fois à y reve» nir et toujours avec fruit. Ainsi il découvre la rutiline en. établissant la fausseté de cette assertion de Peschier, suivant laquelle la salicine modifiée par les acides passe à l’état alcalin ; il découvre l’ucide pyrogallique en s’occupant de répondre à Berzélius qui venait de critiquer son travail sur l'acide gallique et d'annoncer qu'on n'obtient d'acide gallique pur que par sublimation. En faisant l'étude comparative de l'acide gallique préparé par la voie . humide, d’après le procédé qu'il avait indiqué en 1818 et de l'acide obtenu par sublimation, Braconnot reconnut qu'il avait affaire à deux acides distincts ; il conserva le nôm de gallique à l'acide identique à celui de Scheele et appela pyrogallique l'acide obtenu sous l'influence du feu. C'est ce dernier aeide, le pyrogallique, qui a acquis une si grande importance depuis ; il est devenu le fixateur par excellence de la photographie sur papier.

Il fallait de la sagacité pour établir cette distinction, ik n’en fallait pas moins pour reconnaitre l'isomérie de l’acide métatartrique avec l'acide tartrique ordinaire, car, quand Braconnot eut reconnu les modifications que ce dernier éprouve sous l'influence du feu, il n'avait pas à sa disposition les moyens analytiques que nous avons au— jourd'hui. C'était en 1851 ; Berzélius venait de formuler l'isomérie (1830), et M. Dumas et M. Liebig préludaient aux travaux d'analyse élémentaire dont ils allaient bientôt doter la science ; mais à cette époque, si éloignée de nous chimiquement parlant, il n'y avait aucun critérium, aucun point d'arrêt bien net, qui permit de décider de l'identité de composition de deux substances organiques ; cette pénurie de moyens n'arrêta pas notre chimiste, il y suppléa par son coup d'œil, et une fois fixé, il ne lui fallut que du courage pour affirmer que l'acide tartrique ordi-. naire et l'acide modifié par la chaleur (le métatartrique), sont isomères, c'est-à-dire que, sous des propriétés physiques tout à fait différentes, ces acides cachaient une composition élémentaire identique. |

Après cette excursion dans le domaine de la chimie nouvelle, de la science des métamorphoses, après en avoir ainsi salué l'aurore, Braconnot se hâta de revenir à ses principes immédiats et de refaire de la chimie qualitative, qu'il n'avait pas reniée même pendant quil s’occupait des recherches dont nous venons de parler, la preuve en est dans quelques notes d’un intérêt secondaire qu'il publia dans l'intervalle deises travaux.

CVIE

Il revint à ses principes immédiats avec joutes ses. qualités premières et se mit, en même temps, à analyser de plus belle tout ce qui lui tombait entre les mains : des tâblettes imitant l’ardoise, il passe aux boues des villes dont le principe colorant noir est reconnu par lui pour du sulfure de fer ;-de l'analyse chimique de la lie de vin, il passe à celle de la gélée des fruits, et considérant que le principe de ces gelées est soluble dans l'eau et ne réagit pas sur le papier de tournesol, il découvre la pectine et rectifie ainsi une erreur qui s'était peu à peu introduite dans la science à la suite de sa découverte de l'acide pectique ; car les traités, se copiant les uns les autres, alors comme aujourd'hui, avaient rangé dans la catégorie de l’acide pectique la substance gélatineuse des fruits, bien que cet acide füt insoluble dans l'eau. A l'examen de la gelée des fruits, notre analyste fait succéder celui de la jusée des tanneurs, et salue en passant son acide. nancéique dont l'identité avec lacide lactique n'était pas encore reconnue ; puis il entreprend. l'analyse de l'écorce de chêne et en sépare de la pectine. Persuadé que la présence de la pectine dans cette écorce n'est pas un fait isolé, il la recherche dans l'écorce d’autres plantes et il a le bonheur de la trouver dans les. végétaux les plus variés. Des recherches que M. Pelouze avait publiées sur l'acide azotique rappelèrent l'attention de Braconnot sur les réactions chimiques et leurs produits : après avoir répété les expériences de M. Pelouze, expériences qui avaient surtout pour objet de montrer que l'acide azotique con-

centré agit autrement que l'acide affaibli, notre chimiste étendit cette action à quelques métaux; il constata dé nouveau celte propriété du fer de ne pas être attaqué par l'acide azotique concentré et qui a été désignée sous le nom de passivité et reconnue depuis à quelques autres métaux tels que le nickel et le cobalt (1). Puis il étudia aussi l’action exercée par cet acide sur quelques substances Grganiques et découvrit ainsi la Xyloidine, substance très-inflammable obtenue en traitant la fécule, te coton ou la sciure de bois par l'acide azotique concentré. L'action del’acide azotique affaibli était déjà connue; en voyant les effets divers, exercés sur les substances miné: rales par cet acide pris à différents degrés de concentration, Braconnot pensa qu'il en serait encore de même lorsqu'à ces substances minérales on substituerait des matières d'origine organique ; s’il eût poussé jusqu’au bout cette réflexion judicieuse et que, se plaçant dans des conditions extrêmes, il eüt aussi étudié l’action de l'acide azotique au maximum de concentration, il eùt découvert la pyroxiline ou coton-poudre; mais il n’était pas dans sa destinée d'arriver à ce resultat, du reste peu important au point de vue scientifique, car on l'a déjà vu, notre chimiste n'opérait que sur dés matériaux à sa portée et avec des réactifs peu coûteux ; or, en 1832 l'acide azotique fumant ne

(1) Comptes rendus de l’Académie des sciences, 1. XXXVII, p. 284, et Journal de Pharmacie et de Chimie, 1. XXN, p. 206.

comptait pas parmi ces derniers et jamais cet acide n’a été rencontré dans le laboratoire du chimiste nancéien.

Sides recherthes postérieures ont établi la composition de la xyloïdine et fait voir qu'elle peut être considérée comme de la fécule dans laquelle une partie de l’hydrogène est remplacé par de l'acide hypoazotique, elles n'ont pas ajouté grand chose à l'histoire des propriétés de ce composé nitré. Cette. partie de la question a été étudiée avec soin par Braconnot, qui entrevoit déjà, dans un dérivé de la xyloïdine le futur Collodion, devenu si important en chirurgie et en photographie,

Nous ne voulons pas dire par là qu'il a proposé ee dérivé pour l'emploi en question, mais ce qu'il a clairement indiqué, c'est le vernis qu’on peut tirer de la xyloïdine, vernis sur lequel l'eau n’a pas de prise. Voici, au reste, la partie de son mémoire qui est relative à ce point : u L'acide acétique dissout facilement la xyloïdine-et sur tout à l’aide de la chaleur; il peut mème s’en charger tellement que la liqueur prend la consistance d’un mucilage épais, lequel, mis en contact avec l'eau, se coagule en une masse dure d’un blanc mat; mais en le faisant sécher à une douce chaleur, il laisse une matière vitreuse qui n'est pas moins incolore que du verre blanc et qui, plongée dans l'eau, conserve sa transparence ; aussi ai-je essayé d'en faire de petites lentilles de microscopes. Ce mucilage acide appliqué sur du papier ou tout autre corps y laisse un enduit vernissé très-brillant, qui a un immense avantage sur celui. que fournit la plus belle

gomme ; c'est qu'il résiste parfaitement à l'action de l’eau. De la toile, imprégnée du même mucilage puis desséchée, conserve la raïdeur et l'imperméabilité qu’elle a acquise, même en la faisant bouillir dans l'eau (1). n

Ici se terminent les recherches que Braconnot a exécutées dans le champ des métamorphoses organiques. A partir de ce moment il ne contemple plus que de loin le magnifique édifice qui s'élevait par les efforts de travailleurs jeunes et infatigables. Maintenant, il ne s'agit plus seulement d'extraire les principes immédiats élaborés dans les organes des végétaux et des animaux ; on ne se contente plus même de transformer ces principes et d'en tirer de nouveaux produits ; les matériaux amassés par | les devanciers ont permis de faire un pas en avant et d'aborder avec succès ce problème que Lavoisier n’a pu que poser, savoir, de reconnaitre la composition élémentaire des substances organiques, Une voie immense fut, tout d'un coup, ouverte à la chimie par les travaux de MM. Berzélius, Dumas et Liebig. Le tube à boules, simple instrument en verre, aidé d'un peu de potasse, de chlorure de calcium et d'oxyde de cuivre fit connaitre la composition élémentaire des substances hydrocarbonées; le procédé de dosage d'azote d'après le volume permit d'étendre ces investigations aux alcaloïdes et aux autrés substances azotées.

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(1) Annales de Chimie et de Physique, 1. LIL, p. 291; et Mémoires de l'Académie de Stanislas, 1833-1834, p. 49.

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Ces questions à peine résolues en firent surgir de nouvelles qui devaient, à leur tour, être résolues avec plus ou moins de succès.

À quelle unité rapportera-t-on les nouvelles formules ? quel critérium avons-nous de l'exactitude d’une analyse ; l'acide acétique sera-t-il C H O ; ou C* H° 0° ou C‘ H: 0‘ ou C° H° 0° ?

La détermination des équivalents des acides et des alcaloïdes basée sur la combinaison que ces substances peuvent former avec un corps connu, permit de résoudre cette difficulté quant aux principes doués d’un caractère acide ou basique ; la détermination de la densité de la substance à l’état de vapeur , le remplacement d’un des * éléments de la substance par un autre élément permirent d'étendre nos moyens aux corps neutres et de nous dispenser souvent de passer par les produits de décomposition de ces corps, pour en rechercher l'équivalent.

Tant de nouveautés admises en si peu de temps modifièrent entièrement la face de la chimie organique. Mais Braconnot n'était plus à l’âge où l’on change aisément de principes et d'habitude. S’attacher à acquérir après avoir vécu, pendant 30 ans, de son propre fonds; brüler ce que jusque-là il avait adoré eût été un sacrifice trop rude et de plus jeunes se récusèrent. |

Cependant si ses forces ne lui permirent plus de suivre la science dans les rapides évolutions qu'elle venait d'accomplir, il ne resta pas oisif spectateur. Au contaire, les communications se succéderont plus fréquem-

cxif

ment que jamais ; il se renfermera au jardin botanique, théâtre de ses premiers travaux, et demandera des sujets de recherches à ses chères plantes : à la note sur la faculté que possèdent les fleurs de laurier-rose d'attraper des insectes, il en fera suivre une autre sur un nouveau moyen d'écrire sur le Zinc pour éliqueter les plantes, puis viendront les expériences sur le volvoce globuleux ; sur des écailles de nature inorganique produiles par les plantes de la famille des plumbaginées, sur le suc gastrique et une note sur la conservalion des légumes fraïs, note dans laquelle il propose comme préservatif l'acide sulfureux, déjà employé par J. Davy pour la conservation des pièces anatomiques. Tout récemment, on a cherché à faire revivre cette application fausse d’un principe vrai : l'acide sulfureux est un puissant antiseptique; il conserve les matières organiques non-seulement à cause de sa grande affinité pour l'oxygène, mais encore parce qu'il détruit le principe fermentescible que la nature a sagement déposé dans beaucoup d'entre elles. Des substances alimentaires ainsi dénaturées, seront-elles assimilables comme elles l'étaient auparavant? le travail de la digestion ne s’en ressentira-t-il pas? On peut le craindre ; quoi qu’il en soit de cette présomption il est certain qu’en conservant ainsi des substances alimentaires on y introduit un agent dangereux par lui-même et qui tôt ou tard se transformera en acide sulfurique, autre agent vénéneux ; le procédé est donc mauvais par plus d’une raison et le peu de succès qu’il a eu à l'exposition universelle de 1855 n'étonnera personne.

CXIN

Tout en m'efforçant de faire un résumé des principaux travaux de notre confrère, je ne me dissimule pas que je n’ai qu'imparfaitement réussi à donner une idée exacte de l’activité fiévreuse qu’il avait jusqu'ici déployée au grand profit de la science ; je n’ai parlé que de ses travaux chimiques et cependant il n'a pas cessé de s'occuper de la botanique, qu’il cultivait aux heures que d’autres eussent consacrées au repos. Après avoir retrouvé à Bruyères, en Vosges, un de ses condisciples de Strasbourg devenu botaniste du premier ordre, il renoua la chaine des temps et reprit avec lui, par voie épistolaire, les conversations scientifiques de 1796. Il a laissé dans ses papiers une volumineuse correspondance, échangée avec le docteur Mougeot pour qui la Flore vosgienne n'avait, depuis longtemps, plus de secrets. De temps à autres, cependant, la conversation change de sujet, un troisième condisciple, le docteur Gaillardot, plus spécialement voué à l'étude de la géologie, apporte sa part de vues et d'activité à ces relations scientifiques. Depuis qu’il eut reconnu la nature basaltique de la côte d'Essey d’après des fragments de pierre noire recucillis par le docteur Mougeot, et deviné analogie du cône d’'Essey avec les cônes basaltiques de Wartemberg (1), le docteur Gaillardot s'était voué avec ardeur à l'étude de la géologie de la Lorraine. Le magnifique gisement d'ossements

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(1) Notice géologique de la côte d'Essey. Lunéville 1818.

fossiles qu'il sut deviner et découvrir dans le Muschelkalk de Lunéville le rendit l’'émule de ses deux amis. Aussi bien, le docteur Mougeot n’attend-il plus que le moment où sa curiosité ne trouvera plus de mousses ou de champignons capables de la stimuler pour, dit-il, passer aux pierres, et quand ce moment fut enfin arrivé et que le botaniste des Vosges eut pu consacrer quelques instants aux études géologiques, il eut bientôt jeté un nouveau jour sur la constitution de cette chaine de montagnes, dont le versant oriental était, depuis quelque temps déjà, l'objet des études du savant Voltz, de la Faculté des sciences de Strasbourg. La nature géologique du sol vosgien fut reconnue, le système du Hohneck fut créé et les Français apprirent qu'ils peuvent visiter la Suisse sans sortir de la France et trouver dans la chaine des Vosges, des lacs, des escarpements, et d'anciens glaciers que jusque-là on allait chercher au loin et à grands frais.

Ce changement dans la direction des études du docteur Mougeot se trouve marqué dans la correspondance des deux amis. À partir de 1854 la botanique y occupe un rang tout à fait secondaire. Bien des lettres sont échangées sans qu'il y soit question de plantes. C’est de minéraux qu'il s’agit maintenant et d'analyses de roches que le géologue demande avec instance au chimiste, ce que celui-ci exécute ponctuellement. A l'examen chimique du trapp de Raon-l'Etape succède celui du basalte d’Essey, du

calcaire de Chipal et d’une foule d’autres roches. Dans les trapps et les basaltes, Braconnot reconnait des indices

CXY de matières organiques dent il exagère l'importance et que Knox avait déjà remarquées dans des roches éruptives de l'Irlande. Le calcaire du Chipal lui donne des réaetions qui lui font un instant croire à la présence de l’émeraude, mais il eut bientôt reconnu son erreur et, dans une lettre écrite six jours après l’annonce de cette prétendue découverte, il en convient avec une entière franchise.

À ces travaux minéralogiques se rattachent des analyses d'eaux minérales et d'eaux potables en grand nombre, dont plusieurs ont été entreprises dans un but d'utilité publique. De ce nombre est l'analyse comparative des onze sources minérales et thermales de Luxeuil (1833) et celle des quatre principales sources qui alimentent les fontaines de la ville de Nancy. Ces eaux avaient été. analysées en 1810 par Mathieu de Dombasle, à l’aide des procédés imparfaits usités à cette époque. Un changement parut s'être produit dans la composition de ces eaux, car depuis quelque temps elles étaient devenues fortement incrustantes. Invité par l'administration municipale à examiner les eaux de ces sources, Braconnot ne tarda pas à reconnaitre l'origine de ces incrustations. Ces eaux très-ealcaires, étaientriches en acide carbonique, - le carbonate de chaux s’y trouvait donc dissous à l'état de bicarbonate, très-prompt, comme on le sait, à repasser à l’état de carbonate neutre, insoluble lorsqu'il est exposé à l'air libre et surtout à une température de 100°. Mais où git, dans le cas particulier, la cause réelle de l'altération signalée? Notre confrère eut bientôt découvert le point

EXVI précis; c’est dans le ehâteau d’eau qu'on a construit, place de Grève, sur le parcours de la source de Boudonville; l’eau qui alimente cet édifice hydraulique subit, dans de vastes bassins, la radiation solaire, elle tombe ensuite et retombe en larges nappes de bassin en bassin pour rentrer sous terre et gagner la partie inférieure de la ville, à travers des tuyaux de conduite qui s'incrustent, avec une grande rapidité, alors que rien de pareil ne se manifeste dans les tuyaux situés en amont du château d'eau.

Dans l'eau des sources de la Malgrange, il trouve envi-

ron quatre fois moins de carbonate de chaux que dans

les trois autres sources; c’est celle-là qui conviendrait à un château d'eau, de même qu'elle doit être très-bonne pour l'alimentation des chaudières à vapeur, puisqu'elle renferme si peu de substances incrustantes.

Cette opinion a été confirmée, du moins quant à l'emploi de cette eau dans les chaudières à vapeur. Un puits ayant été creusé au faubourg Saint-Pierre, près de l'église de Bonsecours, dans l'importante filature appartenant aujourd'hui à MM. Saladin, on obtint une eau qui permit d'alimenter les chaudières pendant trois mois sans donner lieu à des incrustations en proportion notable. . Une analyse, faite par notre confrère, lui apprit que les 459 milligrammes de substances solides contenues dans un litre de cette eau se composaient en majeure partie de sels de soude avec très-peu de carbonate de chaux, et par conséquent très-peu de substances incrustantes.

L'eau du lac de Gérardmer, examinée par notre chimiste en 1847 est encore bien plus pure, c’est tout simplement de l’eau distillée contenant de l'air et de l'acide carbonique dans les proportions voulues pour la rendre potable. Cette remarquable pureté est partieukière à plusieurs eaux des Vosges, sourdant ou cantennées dans des terrains granitiques, et on peut s’élonnér que certaines industries, telles que la papeterie, toujours en quête d'eaux pures, n'aient pas songé suffisamment aux eaux des Vosges. | L'analyse des eaux potables de Nancy a conduit Braconnot à reconnaitre, dans ces eaux, la présence de l'azotate d'ammoniaque (Doc. X). C'est la première fois que la présence de ce sel avait été signalée dans des eaux de source et cette observation n'avait d'autre précédent, qu'un fait constaté par Berzélius à l’occasion d'une analyse des eaux de Porla, dans lesquelles il avait reconnu la présence de l’ammoniaque qu'il supposait combinée avec de l’acide carbonique ou un acide d’origine organique. Ces travaux, ainsi que tous ceux qui ont été publiés par Braconnot, se trouvent ou résumés ou insérés în extenso soit dans les Mémoires de l’Académie de Stanislas, soit dans les Annales de chimie et de physique. Depuis 1807, date du mémoire sur une corne fossile, jusqu’en 1842 inclusivement, notre chimiste a régulièrement payé son tribut à la seience et on chercherait en vain un volume privé de ses publications. La série se trouve, pour la première fois, interrompue en 1843, où aucun mémoire,

CXVHF aucune note ne témoigne de l’activité du chimiste lorrain. Etait-il malade ? avait-il renoncé à ses études favorites ? Dominé par des soucis comme il n'en avait jemais connu, il se sentait de l'aversion pour tout ce qui pouvait le dérober à sa douleur, car sa mère venait de mourir.

Tombée dans un état complet de sénilité, Madame Braconnot ne reconnaissait même plus la nièce dévouée, Mademoiselle Pauline Blanchard, qui avait uni son sort au sien et qui devait aussi fermer les yeux à son cousin. - La pauvre infirme était devenue étrangère à tout, au point de perdre conscience d'elle-même. Une seule fibre resta sensible chez elle, c'était l'amour maternel; quatre mots sont restés stéréotypés dans sa mémoire, quatre mots, les seuls qu’elle püt encore articuler et qu'elle répétait, avec amour, toutes les fois qu’elle sentait arriver son fils :

» Mon fils est grand. |

Enfin, après deux années d’un mutisme presque absolu, Braconnot reparait dans la lice avec ses qualités premières et nous fait faire la connaissance d’un principe immédiat qu'il venait de découvrir en faisant de la chimie culinaire, c’est l’apiine, extraite de l'apium petrosellinum ou persil ; c'est une masse gélatineuse ayant quelque ressemblance avec l'acide pectique et qui est devenue, depuis, l'objet d’une étude attentive de la part de MM. Planta et Wallace (1). Ces chimistes ont complété

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(1) Annuaire de chimier de MM. Millon et Nicklès, 1851, p. 448.

leur travail de vérification en soumettant l'apiine à une analyse élémentaire, des résultats de laquelle ils déduisent la formule C?* H'* O':.

L'examen des glands de chéne est le dernier travail d'analyse immédiaté qué notre chimiste ait fait connaitre. Il a été entrepris sur l'invitation de M. Paul Laurent. Le fait le plus important qui en résulte est la présence, dans les glands, d'une matière sucrée fort analogue au sucre de lait, bien que cette matière sucrée ne soit pas susceptible de se transformer en acide mucique. D'après l'auteur, cette substance n’est pas identique à la lactine, mais elle a avec elle autant de rapports que la légumine peut en avoir avec la caséine. |

Cependant, la différence est plus profonde, bien que la lactine du gland soit un sucre. En reprenant l'analyse des glands, M. Dessaignes a reconnu que le sucre qu'ils contiennent est un sucre particulier, autonome, différent de la lactine, C'? H'° O'?, par 2 atomes d'oxygène et de la mannite, C'? H'° O'° par 2 atomes d’eau; sa formule est donc C'? H'° O'°.

Ce sucre que M. Dessaignes appelle Quercite, jouit d'une forme cristalline et d’un pouvoir rotatoire propres.

À cela près que le sucre contenu dans les glands de chène n’est pas du sucre de lait, les considérations qui terminent le mémoire de Braconnot sont parfaitement fondées. Après avoir établi que les cotylédons des glands contiennent tous les éléments du lait, il établit une comparaison entre ces cotylédons et les mamelles et trouve,

en passant, l’occasion de décocher un trait à la médecine, ou plutôt aux médecins, qu'il traite toujours en ennemis. u S'il est vrai, dit-il, que le sucre de lait soit approprié à l'extrême faiblesse des êtres organisés, dans leur première alimentation, n’aurait-il pas plus de droit à être employé en médecine que ces remèdes gommeux si dégoütants dont on abreuve les malades en essayant de les soulager (1). »

Les derniers travaux publiés par notre chimiste sont des travaux de circonstance dont les résultats n'offrent qu’un intérêt secondaire ; soit qu’il examine des produits pathologiques élaborés dans son propre organisme fortement ébranlé, soit qu’il étudie l'influence exercée sur la végétation par divers agents chimiques, on sent que Braconnot incline vers la tombe. Le chimiste de 1823 a complétement abdiqué, il a repris la marche empyrique avec laquelle il débuta dans la science ; ou bien il analyse le premier objet que le hasard met entre ses mains ou bien, s’il lui arrive de se poser un problème, c'est qu'il croit déjà en avoir la solution et cède alors sans s’en douter, à une idée préconçue. Il en est. ainsi dans le travail intitulé : De l'influence du sel sur la végétation, entrepris à une époque où le gouvernement, convaineu du rôle important que le sel joue en. agriculture, se proposait de diminuer l'impôt qui pesait sur cette denrée.

(1) Mémoires de l'Académie de Sianislas, 1849, p. 343.

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- Le dégrèvement de l'impôt du sel avait un double intérêt pour la Lorraine, pays agricole et en même temps producteur de sel, grâce à l'immense banc de sel gemme qui forme les assises inférieures du département de la Meurthe et qui fera, un jour, de ce département, le grenier d’abondance du chlorure de sodium et de tous ses . dérivés. Agriculteurs et hommes de science, chacun s'occupa de cette question du dégrèvement de l'impôt, Braconnot ne put s'empécher- de l’examiner au point de vue chimique et de la résoudre dans le sens de l'opinion qu'il s'en était faite. Se rappelant fort à propos ce passage de la Bible suivant lequel Abimélec sema du sel sur les ruines de Sichem, afin que ce sol ne produisit plus, il pensa, lui, que le sel exerçait toujours une action délétère et institua des expériences imparfaites qui devaient venir à l'appui de son opinion.

u Persuadé que des expériences en petit sont souvent plus concluantes que celles qu’on pourraittenter sur une grande échelle, » il entreprit de résoudre une question de grande culture au moyen de trois petits pots à fleur dans chacun desquels il mit 700 grammes de terre ainsi que des graines de colza et de pois de senteur; l’un de ces pots fut arrosé avec de l’eau pure, les deux autres avec de l’eau salée, à haute dose ; les effets prévus ne se firent pas attendre, c’était l'expérience d'Abimélec renouvelée, ainsi que le fit voir M. Soyer-Willemet (1),

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(1) Mémoires de l'Académie de Stanislas, 1845, p. 36.

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