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dans une vigoureuse réfulation du travail de notre collè- . . gue, l’auteur ayant pris environ vingt fois plus de sel qu’il n'en fallait, la végétation des graines de colza devait nécessairement être entravée,
u De ce que, est-il dit dans cette réfutation, des aliments, dans lesquels on mettrait vingt fois plus de sel que la dose convenable nuiraient à la santé faudrait-il en tirer des conséquences contre l'emploi de cet utile condiment? » | |
Ce mémoire prouvait donc seulement que le sel à haute dose nuit à la végétation, on pourrait en dire autant de toute espèce d'engrais ou d’amendement et si l'on s'étonne qu'après ces raisons, Braconnot ait conservé son opinion, on s'étonnera davantage qu'il n'ait pas songé à refaire ses expériences en employant du sel en proportion moindre.
Mais, ainsi que nous l'avons vu, Braconnot baissait à vue d'œil, sous le poids de l’âge et surtout d’une maladie qui commençait à devenir inquiétante. C'est que la mort de sa mère lui avait porté un coup qu'il pouvait dissimuler pendant quelque temps, mais, dont un œil intelligent et dévoué n'avait que trop saisi les suites. Lui, qui avait été jusque-là, d’une santé si robuste, était devenu souffrant ; il se plaignait timidement de douleurs dont il ne connaissait ni l’origine ni le siége, mais qui intéressaient les organes de la digestion et affectaient parfois la tête.
Cet état de souffrance qui touchait à la partie morale autant qu'à la partie organique, ne refroidit pas son
CXXUI amour pour la science et nous le verrons travailler jusque dans les bras de la mort, à des sujets et avec des procédés qui rappellent sa première manière. Les titres des diverses notes publiées par lui, depuis ce moment, seront mentionnés à la fin de ce travail, dans la liste des travaux qui ont été imprimés; nous n'en parlons pas maintenant, afin de ne pas donner trop d'extension à cette biographie.
Rien n’est resté de ces travaux accomplis par lui au déclin; par son âge et par ses services rendus il avait acquis le droit au repos, les recherches chimiques étaient pour lui une habitude, un délassement ; il les poursuivit tant qu’il le put sans remarquer que sa méthode avait vieilli comme ses idées.
Cependant une qualité est demeurée debout au milieu de cette décadence, la mémoire des faits scientifiques et le taet particulier avec lequel il savait déméler les résultats divers d’une expérience. Ce tact a été surtout utile, dans les expertises médico-légales dont il fut souvent chargé et auxquelles il a procédé jusqu'aux derniers temps de sa vie, avec une précision et une netteté qui faisaient l'admiration de ses co-experts.
Mais, dans toutes ces recherches de chimie légale les questions étaient posées nettement et le sujet clairement indiqué ; la réponse était par cela même plus facile. R en était autrement des travaux personnels de l'auteur exécutés à la fin de sa carrière, où le plus souvent la question était mal posée ou avait un point de départ mal défini.
Tel est son dernier travail, lu par lui à l’Académie de Stanislas un mois avant sa mort ; travail dont il a fourni et l’idée et les matériaux.
Un cancer à l'estomac minait sourdement cette vigoureuse organisation et mettait son existence en péril; des souffrances intolérables paralysaient fréquemment ses - forces, mais quand elles lui laissatent un peu de repos il : en profitait pour faire l'analyse de ses propres déjections dans l'espoir d’en déduire u le travail chimique qui s'opère dans le tube gastro-intestinal, lorsque les fonctions de celui-ci sont dérangées et que la nutrition se fait mal. n
Le malade, disons-nous, était notre chimiste lui-même ; il décrit son état sans toutefois se nommer et ne manque pas l’occasion de dire son mot sur la médecine à laquelle, on ne l’a pas oublié, le fléau de sa vie, M. Huvet, avait appartenu, On verra par la citation suivante, qu’il s'est mépris sur son état et que pour n'avoir vu qu'un lèger dérangement, là où il y avait un vrai danger, le mépris qu'il professa pour l’art médical lui coûta cher.
u Un homme d’un âge avancé, d’une forte constitution, après avoir éprouvé une constipation assez opiniâtre, eut un dévoiement accompagné de flatuosités avec borbori-gmes qui dura environ deux mois sans coliques. J'ignore si ce léger dérangement des fonctions digestives a eu pour cause la constitution de l’année, une influence cholérique ou s’il a été plutôt le résultat d’un effort critique et salutaire ce qui me parait plus vraisemblable.
“ Quoi qu'il en soit, d’après mes conseils, un régine
bien entendu a tenu lieu de.tout remède ; car il faut bien le reconnaître, la puissance médicatrice de la nature suit des lois particulières dans ses évacuations, choisit des temps marqués pour agir, en un mot, peut beaucoup sans le secours de l’art; tandis que sans elle, l’art ne peut rien quoi qu'en puissent dire ceux qui sont en possession du droit de tout risquer (1). n
L'analyse chimique ne lui donna aucun éclaireissement et ne pouvait pas lui en donner, attendu que ce n'est pas par des proportions d’acétate de potasse ou de chlorure de sodium trouvées dans les évacuations qu’on peut diagnostiquer un cancer à l'estomac, ou chercher avec succès, des conseils ou des moyens de guérison.
Mais, depuis le second mariage de sa mère, ilavait ses idées arrêtées à l'endroit de l'art médical ou plutôt des médecins ; il ne s’est converti ni sous ce rapport ni sous aucun autre, et si pendant sa maladie il recevait quelques médecins c'était à titre de confrères ou d'amis, acceptant leurs conseils pour ne pas les froisser, mais se gardant bien de les suivre; il mourut donc comme il avait vécu, conséquent avec lui-même, et voyant venir la mort avec la conscience du juste et la fermeté d’un homme dont la vie entière avait été un modèle d'application, de sagesse, de piété filiale et de dévouement.
Après avoir fait, de son vivant, la gloire de la ville qui
(1) Mémoires de l'Académie de Stanislas, 1851, p. 530, et Journal de Chimie médicale, 1854, p. 716.
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fut sa patrie adoptive, il voulut en être le bienfaiteur après sa mort; il lui transmit donc par disposition testamentaire toute sa fortune, non sans avoir, au préalable, assuré des rentes viagères aux personnes qui s'étaient dévouées à sa mère et à lui. Cette somme de 280,000 fr. qui vient ainsi entrer dans la caisse municipale provient tant de l'héritage de ses parents que des économies que Braconnot a pu réaliser durant sa carrière ; économies qui s’élevaient à un chiffre considérable, car il était d’une sobriété toute particulière et à l'exemple du philosophe antique il n'avait d’autres besoins que les besoins essentiels. |
Notre chimiste n'avait jamais été malade jusque-là. Une excellente constitution, une vie toujours réglée ont mis sa santé à l'abri de bien des causes d’altérations. I fuyait le monde et la seule distraction qu'il prenait loin de son foyer, c'était le théâtre dont il était grand amateur. Il était un peu musicien et tant que vécut sa’ mère il égaya ses soirées d'hiver en chantant et en s'accompagnant de la guitare, distraction d'autant plus attrayante pour lui, que ses yeux fatigués et souvent malades lui avaient interdit la lecture. |
Voltaire, Bayle, Montaigne, Helvétius, Molière, Horace, étaient ses auteurs favoris ; il aimait le commerce de ces grands hommes et surtout des sceptiques dont l'esprit était si conforme au sien. Braconnot, en effet, doutait de tout à priori et ne croyait qu’au témoignage des sens ou à la démonstration mathématique ; nous avons vu com-
oo XX VII ment il avait été conduit à ce résultat et comment c'est à lui qu’il était redevable de ses principaux titres de gloire. En 1808, il n'avait pas encore appris à douter ; il fit un mémoire plein de rèveries que rien jusqu'ici n’a justifiées. En 1815, il avait fait quelques progrès, mais pas assez encore pour se mettre à l'abri de la tendance de son école, de se payer de mots. Enfin, après avoir subi les conséquences de cette tendance fâcheuse et reconnu qu ’elle l'avait empêché d'associer son nom à quelques-unes des plus belles découvertes du siècle, 1l ne s’adressa plus qu’à la démonstration et n’admit plus d’autres raisonnements que des raisonnements basés, non sur des mots, mais sur des faits bien établis.
Timide à l'extrême, il ne défendait ses opinions ni verbalement ni par écrit; il n’a jamais abusé des réclamations de priorité et a laissé ce genre de publicité aux gens qui n'ont que ce moyen-là pour se faire connaitre; il n’osait pas parler en public et il en évitait toujours les occasions. Nommé président de la section des sciences physiques au Congrès scientifique de Metz, il commença par donner sa démission ; maintenu quand même dans sa dignité, il répondit à cette honorable insistance en prenant la poste ; la section attendit longtemps le président qu'elle s'était donné; elle n’apprit qu’au troisième jour qu'il était rentré dans ses foyers.
Appelé à siéger dans le conseil municipal de Nancy, il commença également par refuser ; une députation étant venue le prier d'accepter les honorables fonctions que ses
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CXXVIN concitoyens venaient de lui confier il refusa de nouveau. Nouvelles instances, nouveau refus suivi d’une exclamation un peu vive, la seule que l'excellent homme se fut jamais permise : u Mais vous ne me connaissez pas, mais je suis profondément incapable de me méler de vos affaires, c’est à peine si j'entends quelque chose aux
miennes.
Force lui fut, néanmoins, d'accepter ; il siégea pendant plusieurs années sans jamais prendre part active aux affaires ; pendant toute la durée de ses fonctions, il ne prit qu’une seule fois la parole, et encore ce ne fut qu’à son corps défendant, e’était à l’occasion de l'analyse des
eaux potables de Nancy dont nous avons parlé plus haut.
Pendant que, par les marques d'estime qu'ils lui donpaient, ses concitoyens prouvérent que s'ils n'étaient pas à méme d'apprécier toujours ses travaux scientifiques, ils appréciaient le savant, probe et désintéressé, Braconnot reçut d'autre part de nombreux témoignages de la juste renommée qui s’attachait à ses recherches. Je ne parlerai pas de la décoration qui lui fut octroyée sans qu'il l'eût demandée, mais de sa nomination à une place de correspondant de l'Institut et des démarches, faites plus tard par plusieurs membres de ce corps savant dans le but de le décider à prendre un pied à terre à Paris, afin de pouvoir le nommer titulaire. Gay-Lussac, fut un de ceux qui se montrèrent les plus pressants ; Arago, qui, sur ces entrefaites était venu à Nancy, unit ses instances à celles de son illustre collègue ; ce fut en
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vain. Braconnot craignit le bruit et la foule, il redoutait surtout d’être en évidence, aussi n'a-t-il jamais été s’asseoir à l'Académie des sciences à sa place de correspondant ; néanmoins il y est allé plusieurs fois, mais toujours en se plaçant sur les banquettes réservées au public ; c'est là qu'il fut, un jour, reconnu par Ampère, qui lui fit, moitié de force, prendre place à côté de lui. L’humble correspondant y était fort mal à l'aise et n'y restait pas longtemps; profitant d’une de ces distractions si fréquentes chez son immortel voisin, il se hâta de s’éclipser. C'était la dernière fois qu’on l’eüt vu à l’Académie des Sciences.
Il s’en dédommagea à Nancy où il fut un des membres les plus assidus non-seulement de l'Académie de Stanislas, mais encore des diverses sociétés scientifiques ou agricoles de la ville, voire même de la société de médecine, lui qui en fait de sciences médicales n'admettait que l'anatomie et la chirurgie.
Braconnot n'a jamais travaillé d’après un système d'idées ; il perdait pied toutes les fais qu’il voulait s'élever à des conceptions générales, son terrain était l'expérience ; observateur avant tout, il savait voir là où d’autres ne voyaient plus et déméler, avec une merveilleuse sagacité, des phénomènes très-complexes qui faisaient le désespoir de chimistes du premier ordre. Ce n'est donc le plus souvent qu’au hasard qu’il empruntait ses sujets de recherches, mais quand le hasard l'avait servi, il en tirait un parti si merveilleux que souvent il s'élevait à la hauteur du génie.
Bien des chimistes avaient, avant Braconnot, coudoyé des faits dont lui seul a su tirer des conséquences, nous ne voulons parler que du sucre de bois ; la circonstance fortuite qui l'avait mis sur la voie de cette mémorable transformation; s'était montrée à tous ses devanciers depuis la découverte de l'acide sulfurique, c'est-à-dire, depuis près de trois siècles ; aucun n'a su en reconnaitre la signification et cependant y a-t-il jamais eu une époque plus riche en grands esprits et en savants illustres que celle qui a commencé avec Lavoisier et fini en 1819, date de ladite transformation ?
Un archéologue passant dans un champ y remarqua une pierre récemment déterrée, dans laquelle il reconnut un débris d’autel romain portant de précieuses inscriptions. Heureux d'avoir été le premier à remarquer ce que tant d'autres auraient pu voir avant lui, il exprima sa saüisfaction en disant : u Un régiment tout entier vient d'y ‘passer et personne n'a remarqué ce monument. » Braconnot aurait pu, plus d’une fois dans sa vie, en dire autant. Le hasard se manifeste à tout le monde, mais, il faut du talent pour s’en servir et les hommes qui savent remarquer, là où d'autres passent indifférents, sont assez rares pour qu'on les cite ; si à ce talent d'observation vient s'ajouter un esprit à la fois-curieux et investigateur, on peut s'attendre à de grands résultats: pour peu que le mortel doué de ces qualités aime la science et en pratique le culte. On a vu par ce qui précède que Braconnot était un de ces mortels prédestinés, il nous a été aisé de montrer qu'il n'a pas failli à sa mission.
Liste des travaux publiés par H. BRACONNOT, d'aprés ur manuscrit trouvé dans. ses papiers.
4. Notice historique et analyse chimique d'une cornefossile d'une grosseur extraordinaire, trouvée dans un ca-. veau antique (Journal de-chimie et de physique, de Lamétherie, août 4806).
2. Recherches sur la force assimilatrice dans les végétaux (Annales de chimie, 1. 61, p.187 et 225).
3. Observations sur le Phytolacca, ou raisin d'Amérique (Ibid, 1. 62, page 71).
4. Examen des acides végétaux qui saturent la potasse et Fa chaux dans les plantes (Jbid., 1. 65, p. 271).
5. Analyse comparative des gommes résines (Zbid., t. 68, p. 18). |
6. Second mémoire sur la nature des acides végétaux qui saturent la potasse et la chaux dans les plantes (Jbid., t. 70, p. 255).
7. Recherches sur la nature et les usages du brou de noix (Zbid., t. 74, p. 304). |
8. Procédé pour extraire le sucre contenu dans le miel (Annales des arts et manufact., t. 40 et Bulletin de pharm. 1811. | :
. 9. Analyse chimique de la noix vomique (Jbid., n° 7, année 1811).