CHAPITRE XIV
En Charge des Intérêts allemands.
Les intérêts de l'Allemagne en France, en Grande-Bretagne et en Russie, avaient été confiés aux ambassadeurs des Etats-Unis dans ces différents pays. Ceci donna bien entendu un surcroît d'occupations à notre ambassade, car nous servions d'intermédiaire entre le gouvernement allemand et ces ambassadeurs. Je dus établir un département spécial à cet effet. Ce département fut dirigé par Barclay Rives, qui était attaché à notre service diplomatique depuis de longues années et qui faisait partie de mon ambassade depuis le commencement de la guerre. Ayant rempli les fonctions de premier secrétaire de l'ambassade américaine à Vienne pendant dix ou douze ans, il parlait l'allemand en perfection et connaissait beaucoup d'Allemands et d'Autrichiens. Ce département dont il avait la charge s'enquérait du sort de certains Allemands faits prisonniers, engageait des négociations à propos du traitement auquel les prisonniers allemands étaient soumis, etc.
Un exemple donnera une idée de ces attributions. A l'époque où les Allemands envahirent la France, un petit détachement de cavaliers allemands composé de deux officiers nommés von Schierstaedt et le comte Schwerin et de plusieurs hommes s'avança en patrouille jusqu'à la forêt de Fontainebleau, au sud de Paris. Là, les cavaliers allemands se trouvèrent isolés des forces allemandes et se mirent à errer pendant plusieurs jours dans la forêt. Au cours de leurs pérégrinations, ils exigèrent des vivres des habitants et s'emparèrent, je crois, d'un vieux man-
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teau pour un des officiers qui avait perdu le sien. Ils réquisitionnèrent aussi un véhicule pour le transport d'un blessé. Après s'être rendus aux Français, les deux officiers comparurent devant une Cour martiale française, comme s'étant livrés à des actes de pillage et furent condamnés à ki dégradation et à la déportation à Cayenne.
Les Allemands adressèrent des représentations énergiques. Notre très habile ambassadeur à Paris, l'honorable William C. Sharp, s'occupa de ce cas particulier avec le Ministre des Affaires Etrangères et réussit à empêcher la déportation des deux officiers. Cependant, l'envoi de ces officiers et de leurs hommes dans une prison militaire, où ils étaient traités comme des condamnés, provoqua une grande agitation dans toute l'Allemagne. Les officiers disposaient de nombreuses et puissantes relations chez eux. On s'occupa de leur cas activement. La presse allemande entra en ligne avec des articles acerbes, des dessins et des caricatures...
J'envoyai M. Rives à Paris, en lui recommandant de ne revenir qu'après avoir vu les ofliciers. Au bout de quelques semaines, il réussit, par l'entremise de M. Sharp, aies voir dans la prison militaire. Plus tard, les Français eurent une tendance à se montrer indulgents dans ce cas particulier, mais il était assez difficile de trouver un moyen courtois qui permit au gouvernement de la République de revenir sur la décision prise. Bchierstaedt ayant été atteint de fulie dans l'intervalle, on sul un procédé assez ingénieux pour trancher la difficulté et je crois bien que l'idée en revient à M. Sharp. Comme Schierstaedt n'avait plus sa raison, on se dit qu'il L'avait déjà perdue au moment où le détachement de cavaliers errait dans la forêt de Fontainebleau. Or, il était l'officier en chef. Le second officier et les soldats qui avaient obéi à ses ordres ne pouvaient donc être tenus pour responsables. Schwerin et les hommes de la patrouille furent ainsi placés dans un camp régulier de prisonniers et Schierstaedt très aimablement renvoyé par