UN DERNIER MOT
et grâce à l'obligeance de M. Bryan et de M. Lansing, je recevais également une aide précieuse du département — si remarquablement organisé — des Affaires Étrangères aux Etats-Unis. J'adressais, toutes les semaines, une lettre confidentielle au secrétaire d'Etat Lansing, qui me faisait en retour d'excellentes suggestions. M. Lansing se montrait plein de tact dans ses rapports avec les représentants des Etats-Unis à l'étranger, lesquels, sous son adroite impulsion, travaillaient à l'œuvre commune de la façon la plus cordiale.
A mon retour en Amérique, tout me parut petit et mesquin, impression fort naturelle aux yeux de quelqu'un qui avait passé deux ans et demi au milieu de cette calamité mondiale. J'étais surpris de voir des gens en quête de petits profits comme autrefois, obéir à des sentiments de jalousie et de vengeance... Libéré de la besogne quotidienne, je ressentis pour la première fois toute l'horreur et l'inutilité de ce tourment incroyable que les autocrates du militarisme prussien ont imposé au monde et je songeai aux comptes qu'ils auront à rendre le jour où le peuple allemand aura la révélation de' la vérité, quand il saura à quels motifs, bas et vils, ses dirigeants ont obéi en condamnant toute une génération humaine à la guerre et à la mort. N'est-il pas honteux que le monde entier ait été ainsi troublé ; que des hommes de mœurs paisibles soient forcés de vivre dans la boue et dans la fange au cœur du rude hiver, exposés aux balles, à la mitraille, aux obus, et que chacun de ces hommes soit là à épier le moment où il pourra se jeter sur un de ses semblables — tout aussi inoffensif— et l'assassiner ? Pourquoi faut- il que les habitants de la Vieille Pologne meurent de faim, faute de trouver des chiens à abattre dans les rues de Lemberg? Les longues théories de paysans ruinés de Serbie et de Roumanie ; les populations de la Belgique et du nord de la France arrachées de leurs foyers et contraintes de travailler comme des esclaves au profit des Allemands ; les malheureux prisonniers de guerre réduits à la famine dans leurs baraques