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LES OCCUPATIONS DIPLOMATIQUES DE MON PREMIER HIVER

Exposition. En présence du lamentable échec de l'Exposition de Jamestown, on ne pouvait guère blâmer les pays d'Europe de s'abstenir d'apporter leur appui financier à une entreprise de ce genre. Mais je crois que l'attitude de l'Allemagne avait une signification plus profonde et que les hommes d'Etat allemands — certains du moins — avaient envisagé un « rapprochement » avec la Grande- Bretagne et l'adoption par ces deux grandes Puissances de mesures radicales à l'endroit de la doctrine de Monroe. J'appris plus tard d'un Allemand, qui occupait de hautes fonctions au Ministère des Affaires Etrangères, que l'Allemagne avait offert à la Grande-Bretagne d'intervenir avec elle au Mexique, lui suggérant ainsi l'idée d'une invasion qui aurait paralysé à jamais la doctrine de Monroe, invasion qui aurait été naturellement suivie d'une colonisation de l'Amérique centrale et de l'Amérique du Sud par les Puissances européennes. On me dit en même temps que la Grande-Bretagne avait refusé. Les archives du Ministère des Affaires Etrangères britannique sont là pour témoigner s'il y a eu vraiment offre d'une part et refus de l'autre.

Au cours de cette période troublée que nous traversâmes à propos des affaires du Mexique, les journaux allemands se montrèrent, presque sans exception, pleins d'amertume contre l'Amérique. Cette attitude se remarquait surtout dans cette partie de la Presse contrôlée par le gouvernement et par les conservateurs, c'est-à-dire les hobereaux. La raison de cette attitude s'expliquait par la haine entretenue par une autocratie, comme l'Empire allemand, à l'égard d'une démocratie florissante, par l'envie que la liberté et la prospérité américaine faisaient éprouver à l'Allemagne et aussi par un ressentiment violent contre cette Doctrine de Monroe, qui empêchait l'Allemagne de se servir de sa flotte puissante et de son importante force militaire pour prendre pied dans l'hémisphère occidental. L'Allemagne s'est présentée à une heure tardive pour prendre « une place au soleil ». Les colonies

où elle établissait sa domination n'étaient guère habitables pour des hommes appartenant à la race blanche. Le climat de Togo, des monts Cameroun, de l'Afrique oriental»; allemande, est de nature trop tropicale et souvent trop malsaine pour que ces régions soient jamais transformées en colonies florissantes. Le Sud-Ouest Africain Allemand offre un climat plus sain, mais en même temps une terre stérile. La seule industrie heureuse a été celle offerte par la cueillette des petites perles découvertes dans le sable des rivages et des solitudes proches de la mer.

A la demande pressante de M. Bryan, notre secrétaire d'Etat aux Affaires Etrangères, j'essayai d'amener l'Allemagne à apposer sa signature au bas des conventions en faveur de la paix, auxquelles M. Bryan a attaché son nom. A la suite des nombreuses démarches que je tentai auprès de lui et des longs entretiens que j'eus avec lui dans son cabinet, M. de Jagow, le Ministre des Affaires Etrangères, finit par me dire que l'Allemagne ne signerait pas ces conventions, parce que le plus grand avantage qu'elle possédait au point de vue militaire était son aptitude particulière à déterminer une attaque brusquée ; qu'elle n'avait aucune objection à signer un traité avec l'Amérique, mais qu'elle craignait, en le faisant, de se trouver aussitôt l'objet de requêtes analogues de la part de la Grande-Bretagne, de la France et de la Russie. Il arriverait alors ceci, que son refus équivaudrait à une déclaration de guerre et que, d'autre part, en signant en toute sincérité, avec la parfaite intention de se considérer liée par le traité, elle se priverait de cet immense avantage militaire dont il vient d'être question : l'attaque soudaine.

J'étudiai aussi, au cours de ce premier hiver, la situation commerciale de l'Allemagne et surtout les distinctions auxquelles les Allemands se livrent à l'égard des marchandises et produits américains, et j'adressai des rapports à mon gouvernement à ce sujet. Je reviendrai sur ces questions avec plus de détails dans un autre chapitre. Mon attention fut également sollicitée par l'intérêt que

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suscita le projet concernant le monopole de l'huile et l'opposition dont ce projet fut l'objet. Je suivis la question de très près et y consacrai de longues heures. La classe ' pauvre en Allemagne s'éclaire au pétrole, dont elle fait une grande consommation. Cette consommation a lieu surtout dans les villes industrielles et les villages agricoles. L'huile dont on se sert en Allemagne vient d'Amérique aussi bien que de la Galicie et de la Roumanie. La Compagnie Germano-Américaine d'huile, chargée de la distribution de l'huile importée d'Amérique, était soutenue par des capitalistes américains, bien qu'elle fût une compagnie allemande, et d'importants fonds allemands étaient engagés dans les champs de pétrole de la Galicie et de la Roumanie. L'huile qui provient de ces deux pays ne vaut pas celle qui est importée d'Amérique. Le gouvernement avait, avant mon arrivée en Allemagne, présenté un projet de loi, tendant à l'établissement d'un monopole de l'huile — c'est-à-dire qu'une compagnie allait être chargée d'assurer, sous le contrôle du gouvernement, tout le commerce d'huile sur le territoire de l'Empire, et cela à l'exclusion des autres compagnies et des autres commerçants., à qui il était expressément interdit de vendre tout produit pouvant servir à l'éclairage. Le projet de loi stipulait que les débits d'huile, de plantes oléagineuses, etc., deviendraient propriété de la compagnie et seraient indemnisés.

Cependant la Compagnie Germano-Américaine possédait, elle aussi, en Allemagne des établissements pour la vente au détail et tout un matériel en conséquence. Or, eHe n'avait droit à aucune compensation. Ce projet de loi du gouvernement offrait, en outre, certains côtés plaisants, assez curieux. Ainsi, le projet de loi parlait de la mainmise sur tout le matériel • trouvant « dans les limites du régime douanier de l'Empire allemand », excluant ainsi de tout droit à la compensation une raffinerie située dans le port libre de Hambourg, bien que, par le fait de la création du monopole projeté, cette raffinerie fût devenue

inutile à la compagnie américaine qui la possédait. En continuant à examiner la question de près, on venait à constater que les chemins de fer de l'Etat prussien servaient à augmenter le prix de revient des huiles de provenance américaine. L'huile importée d'Amérique arrivait en Allemagne par le port de Hambourg et l'huile de la Galicie et de la Roumanie par la ville frontière d'Oderberg. En choisissant comme terme de comparaison un endroit placé à une égale dislance d'Otlerberg et de Hambourg, on constatait que l'huile qui venait de Hambourg était frappée d'un droit deux fois plus fort.

J'entrai dans la lutte en me basant sur ce principe que la Compagnie devait recevoir une indemnité : d'abord à l'égard du matériel dont elle disposait aussi bien pour la vente en détail que pour la vente en gros, ensuite à l'égard de la clientèle qu'elle s'était acquise avec le temps et par suite de débours considérables. Le fonds le plus important d'une Compagnie est représenté le plus souvent par sa clientèle, laquelle n'a été souvent créée qu'à l'aide de moyens onéreux, surtout lorsque cette compagnie, déjà ancienne, continue à se servir de la publicité pour prospérer. C'est ainsi que la valeur marchande d'un journal n'est pas représentée par sa valeur mobilière — son matériel d'imprimerie — mais par sa clientèle, résultat d'années de travail et de publicité coûteuse. Je ne présentai aucune objection au sujet du droit que le gouvernement allemand pouvait exercer en créant ce monopole et en supprimant la Compagnie américaine, mais j'insistai pour qu'on prit en considération le matériel et la clientèle, dont celle-ci disposait, et qu'elle fût indemnisée. Mais en accordant à cet égard une compensation équitable, la nouvelle Compagnie aurait commencé ses opérations en contractant une dette considérable sur laquelle elle aurait eu à payer des intérêts ! Il va sans dire que la somme représentée par ces intérêts aurait été comprise dans le prix de l'buile offerte au consommateur allemand. Au cours de notre entretien final sur ce sujet, le chancelier vint à

me dire : « Vous ne me donnez pas à entendre, n'est-ce pas, que le Pre'sident Wilson et M. le Secrétaire d'Etat Bryan interviendront en faveur de la Compagnie des Huiles? » Je répondis que tout le monde savait en Amérique que la Compagnie des Huiles n'exerçait aucune influence ni aucun contrôle sur le Président Wilson et le Secrétaire d'Etat Bryan et que tous les deux se borneraient à accorder à la Compagnie des Huiles la protection que tout citoyen américain, commerçant à l'étranger, a le droit d'attendre de son gouvernement. J'ajoutai qu'ils s'étaient, à mon avis, montrés assez débonnaires envers les Allemands intéressés dans les champs d'huile de la Galicie et de la Roumanie, quand ceux-ci se servaient des chemins de fer de l'Etat prussien pour favoriser les producteurs d'huile et cela d'une façon peu équitable.

Ce projet de monopole fut abandonné peu de temps après et naturellement le projet n'est pas revenu sur le tapis depuis l'ouverture des hostilités. Je doute fort que, 'après la guerre, la population d'une Allemagne devenue libérale consente à payer une huile inférieure plus cher afin d'aider aux placements effectués par certains financiers et par certaines banques en Galicie et en Roumanie. Je doute qu'une Allemagne affranchie voudra confier une aussi vaste entreprise au Gouvernement et augmenter ainsi, de façon sensible, le nombre des fonctionnaires officiels, appelés à faire peser l'influence du pouvoir d'un poids plus lourd. Dieu sait s'il existe assez de fonctionnaires, en Allemagne, sans qu'on ait pour cela à livrer encore à l'Etat une grande entreprise industrielle privée, à seule fin d'améliorer les mauvais placements de certains financiers et d'accroître l'influence politique du Pouvoir Central.

En mai 1914, le colonel House vint nous voir à Berlin accompagné de sa ravissante femme. Il était naturellement très désireux de s'entretenir avec l'Empereur. Celuici l'invita — et m'invita à la même occasion — à la pçhrippenfest, qui allait avoir lieu au Nouveau Palais, à

Berlin. Depuis nombre d'années — au fait, depuis le règne de Frédéric le Grand — le bataillon école (Lehr) — bataillon composé de soldats empruntés à tous les régiments de Prusse — est logé à Potsdam. A l'origine, ce bataillon fut convié, un certain mois d'avril, à un diner où il leur fut servi, à la place du pain noir habituel, de petits pains blancs (Schrippe). La coutume de cette fête s'est maintenue et est devenue une véritable cérémonie officielle.

Nous nous rendîmes à Potsdam en auto, le colonel et moi. Nous avions revêtu l'habit de soirée. Au Nouveau Palais, on nous fit attendre dans un des deux salons du rez-de-chaussée. Finalement, l'Empereur et l'Impératrice parurent suivis de quelques-uns des Princes et des Princesses qui se trouvaient au château et des dignitaires de la Maison impériale. Les présentations eurent lieu. Puis, nous assistâmes à un service religieux qui fut célébré, en plein air, à une des extrémités du Palais. L'Impératrice et les Princesses étaient assises dans de grands fauteuils. L'Empereur se tenait debout, avec ses fris, derrière elles. Puis, venaient les différents dignitaires de la Cour. Le bataillon Lehr était rangé derrière. La musique, fort importante, était renforcée par les jeunes choristes de la cathédrale de Berlin. La cérémonie fut très impressionnante, en dépit des manœuvres d'un immense zeppelin, qui vola au-dessus de nos tètes pendant toute la durée du service.

Le service terminé, le bataillon Lehr défila devant nous. Puis, les soldats furent conduits sous de longues tonnelles construites devant le Palais, où on leur servit des victuailles et de la bière. L'Empereur, l'Impératrice et les Princes circulèrent parmi les tables, adressant la parole à chacun. Nous nous rendîmes ensuite au Nouveau Palais, où une table d'environ soixante couverts attendait les convives. Cette table, qui formait trois côtés d'un carré, avait été dressée dans la merveilleuse salle, dont les murs sont incrustés de minéraux venus de toutes les parties tfu monde. Nous fûmes placés, le colonel House et moi, en

face de L'Empereur, ayant le général Falkenhayn entre nous. L'Empereur était de très bonne humeur. A un certain moment, s'adressant à moi par-dessus la table, il me dit que le colonel et moi nous avions l'air dans nos habits noirs de deux corbeaux : que nous semblions deux entrepreneurs de pompes funèbres venus à une fête et que nous faisions tache au tableau. A la suite du déjeuner, l'Empereur s'entretint longuement avec le colonel House, puis m'invita à prendre part à la conversation.

Je réunis, le 26 mai, le colonel House et von Tirpitz à dîner chez moi. Nous ne prévoyions pas, à ce moment-là, l'importance que le grand amiral allait prendre dans cette guerre, 11 occupait alors les fonctions de Ministre de la Marine, poste qui correspond chez nous à celui de secrétaire du département de la Marine (en allemand, Reichsmarineamt). Le colonel se rencontra également avec le chancelier, von Jagow, Zimmermann et beaucoup d'autres. 11 existe, en Allemagne, deux autres chefs de département chargés des affaires de la Marine, qui vont de pair avec le Ministre de la Marine et n'ont aucun compte à lui rendre. Ces deux personnages sont le chef d'étatmajor de la Marine et le chef de l'administration navale (le « Bureau de la Marine »).. Le chef d'état-major de la Marine est supposé diriger les opérations de guerre et le chef du Bureau de la Marine a charge du « personnel », désignant les officiers qui doivent être promus, décidant des embarquements et déterminant l'attribution des commandements. A l'époque où von Tirpitz était Ministre de la Marine, celui-ci régnait sur les deux autres départements en raison de sa forte personnalité, mais depuis sa chute le rôle des chefs de ces départements respectifs est devenu aussi important que celui du Ministre de la Marine sinon plus important.

Le 31 mai, nous nous rendîmes avec le colonel et Mme House au champ d'aviation de Joachimstal. L'aviateur hollandais Fokker se livrait à des exercices. Il nous fut présenté et accomplit quelques essais en- notre hon-

îKMir. Fokker étjtit au service de l'armée allemande et se iit naturaliser quelque temps après. Les avions construits d'après ses indications — et auxquels on donna son nom — tinrent pendant longtemps la maîtrise de l'air sur le front occidental.

Les avis du colonel House, conseiller très sage et très prudent, me furent extrêmement précieux pendant la durée de mon séjour à Berlin. Nous correspondions toutes les semaines. Je lui adressais un bulletin hebdomadaire sur la situation à Berlin et je lui relatais bien des nouvelles et des on-dit, d'un caractère trop intime ou trop vague pour figurer dans des rapports officiels.

Quand, en ce mois de mai 1914, je me présentai, d'ordre de mon gouvernement, au Ministère des Affaires Etrangères pour remercier le gouvernement impérial de l'aide apportée par les navires de guerre allemands aux Américains à Tampico, l'idée d'une guerre éventuelle entre l'Amérique et l'Allemagne n'aurait certes retenu l'attention de personne.

Au commencement de février, un Allemand qui avait fait fortune en Amérique et qui était revenu en Allemagne où il avait repris son ancienne nationalité, M. S. Bergmann, m'invita à visiter les grandes usines d'électricité qu'il avait créées. Le prince Henri de Prusse, le frère de l'Empereur, avait été la seule personne invitée avec moi. Nous inspectâmes les vastes usines ensemble et nous prîmes part ensuite au déjeuner que M. Bergmann nous olfrit dans son bureau. Depuis le séjour que le prince Henri a fait en Amérique, le prince s'est toujours intéressé à notre pays. Il avait passé la majeure partie de ce séjour dans les milieux du grand commerce allemand et autres centres de l'activité germanique. Naturellement, nous savons aujourd'hui qu'il vint nous rendre visite en agent de propagande, dans le but d'amener les Allemands d'Amérique à former une vaste union et à servir sur le sol étranger les intérêts de la Patrie allemande. Il lit un voyage similaire en Argentine un peu avant la grande

guerre et dans un but analogue. Mais il m'est revenu que ce voyage ne fut nullement considéré comme un succès. Homme aux manières affables, il se trouve évidemment parmi ceux qui sont le mieux qualifiés pour être envoyés à l'étranger comme agent de propagande. Si tous les Allemands lui ressemblaient, la guerre mondiale ne se serait pas produite.

Nous fûmes invités, le 18 mars, à un bal costumé au palais du Kronprinz. La Kronprinzessin portait un très beau costume russe, agrémenté de la haute coiffure si caractéristique. Le Kronprinz et tous les officiers présents avaient revêtu les uniformes pittoresques que leurs régiments portaient il y ajuste cent ans. Le prince Oscar, le cinquième fils du Kaiser, se faisait particulièrement remarquer, ayant fort bel air sous son uniforme. La coutume observée à Berlin pour les bals — quand on y attendait surtout des officiers — était faite pour prêcher d'exemple aux personnes qui reçoivent. Les invitations disaient huit heures et cela voulait dire huit heures. Un dîner froid, composé de quatre services, est offert aux invités dès leur arrivée. Il y a fort peu de places réservées. Celles-ci sont destinées à certaines personnalités. A neuf heures moins un quart, les danses commencent. Le souper est servi vers onze heures. Les invités s'en vont à minuit, ce qui permet aux officiers de se coucher à une heure normale. Il y eut, pendant la saison, des bals à l'ambassade d'Angleterre et à l'ambassade de France, et des représentations à l'ambassade de Russie, représentations où figura le Ballet Russe, de passage à Berlin.

L'inauguration de la nouvelle Bibliothèque Royale — fort belle — eut lieu le 22 mars. L'Empereur arriva accompagné de la ravissante reine de Roumanie, qui marchait à ses côtés. La reine est extrêmement jolie, moitié anglaise, moitié russe par ses origines. Je lui fus présentequelques jours après, au cours d'une réception qui eut lieu à la Légation de Roumanie et je constatai qu'on prenait autant de plaisir à causer avec elle qu'à la regarder.

Il y eut, à la lin de mars, une exposition chevaline. Les chevaux n'étaient pas appréciés uniquement pour leur aspect ou leur allure, comme c'est le cas chez nous. Ils doivent agir — car le cheval sert avant tout à la guerre — et, ainsi, savoir s'arrête^ brusquement ou faire demi-tour au commandement. Les sauts furent excellents, les officiers se montrant tous des cavaliers émérites. On ne pouvait guère considérer cette exposition comme une réunion mondaine et cependant toute la société mondaine s'y trouvait et y. prenait l'inle'rèt le plus vif, car dans un pays guerrier comme celui-ci le cheval continue à jouir de l'importance particulière qu'il possédait au moyen âge et Ton se dit, comme autrefois, que la vie du maître dépend parfois de sa monture.

J'ai toujours aimé les chevaux et les courses. C'est dire que les champs de courses de Berlin et des environs m'attiraient souvent. Un grand nombre d'entraîneurs et de jockeys se trouvaient être de nationalité américaine. Mon beau-père, Marcus Daly, en prenant Tarai comme jockey, eut la main heureuse, car celui-ci lui valut des succès. Il est employé comme entraîneur par une des premières écuries de courses d'Allemagne, celle des frères "Weinberg, qui ont fait fortune dans l'industrie des matières colorantes. « Pop » Campbell qui entraîna Ogden, le cheval de M. Daly, un grand triomphateur des luttes hippiques, compte lui aussi parmi les entraîneurs de Berlin. Le jt>ckey le plus réputé était Archibald, un originaire de la Californie. Me CreCry, qui fut à une époque au service d'un de mes frères, avait la charge des chevaux du baron Oppenheim, un riche banquier de Cologne, dont l'écurie rivalise avec celle des 'YYeinberg. Les officiers allemands sont de magnifiques cavaliers et prennent souvent part aux luttes hippiques. Le Kronprinz a eu lui- ,même des succès comme jockey el possède une écurie de courses. Le o juin, l'Empereur assista, dans sa loge, au grand steeple-chase de Grunewald. Cette loge est une sorte de chalet placé à quelques mètres au delà du but.

Les bookmakers ne sont pas tolérés en Allemagne. C'est le système du pari mutuel qui a été adopté. Une retenue de dix-sept pour cent est perçue, au profit du Jockey Club, de l'Etat et de certaines sociétés de bienfaisance, sur les sommes versées aux gagnants, ce qui fait qu'en présence de cette retenue dont il lui faut toujours tenir compte, le parieur s'attend rarement à un gain important. De nombreuses épreuves hippiques sont réservées aux chevaux originaires des empires centraux ou de provenance danoise.

A l'ambassade, nous nous étions tous fait recevoir membres du Club « Blanc et Rouge », une société sportive créée pour le tennis et qui était située dans le Grimewald, à environ cinq milles du centre de Berlin. Le Kronprinz en faisait partie et y venait jouer souvent. C'est un excellent joueur. Bien qu'il ne puisse pas encore prétendre à être admis à un championnat, il a déjà de l'acquit et se comporte avec honneur parmi des joueurs de force moyenne. 11 aie privilège de voir les meilleurs joueurs toujours disposés à se mesurer avec lui. Pendant la période de haine contre l'Amérique, nous rencontrâmes toujours à ce club, chez nos collègues allemands, une courtoisie extrême.

Au cours de l'hiver 1913-1914, nous eûmes souvent l'occasion de voir le professeur Paul Shorey, de l'Université de Chicago, et le professeur Archibald Coolidge, de l'Université d'Harvard, les deux professeurs d'économie politique bien connus. Ils donnèrent tous les deux des cours et des conférences dans les universités et l'inauguration de ces leçons en 1914 eut le caractère d'un événement. L'inauguration eut lieu à l'Université de Berlin, en présence du Prince Auguste-Guillaume, qui représentait le Kaiser. Celui-ci avait eu jusqu'ici l'habitude d'assister à ces cérémonies, mais je crois bien qu'il avait fini par se désintéresser d'une entreprise qui avait été cependant favorisée par lui.

Quelque temps après l'ouverture des hostilités, la Gazette de Cologne exprima, dans un article, la grande

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