G MÉMOIRES
demeura ensuite quelque temps sans parler de marier le Roi, et don Juan s'affermit dans le gouvernement.
Il sembloit que pour se conserver plus de pouvoir sur le Roi, il devoit souhaiter qu'il n'y eut pas si tôt de reine, et peut-être que dans l'idée qu'il s'étoit faite d'avoir le rang d'Infant, il trouvoit un intérêt secret à éloigner le mariage d'un jeune prince toujours infirme pendant son enfance et dont il pouvoit se flatter d'être un jour le successeur ; mais le Roi, ayant dix-sept ans et une santé qui s'afïermissoit avec l'âge, commença à souhaiter d'être marié. Il étoit seul de la branche espagnole de la maison d'Autriche, et tout son royaume avoit intérêt qu'il fût en état d'avoir des enfants.
La paix ayant remis les couronnes dans les liaisons interrompues par la guerre, toute l'Espagne regarda Mademoiselle, fille aînée de Monsieur', comme la seule princesse qu'elle devoit souhaiter pour Reine. Elle étoit presque de l'âge de leur roi. Il l'aimoit déjà dessus ses portraits et sur le rapport de quelques seigneurs espagnols qui l'avoient vue; et dans le monde la mémoire de la reine Isabelle de France', dont les vertus sont encore en véné-
l'archiduchesse était si bien arrêté, qu'en 1676 ce roi l'annonça officiellement à la ville de Séville (Orliz de Zufiiga et Espinosa, Anales de SevilLa, t. V, p. 307) et même à Louis XIV dans une lettre du 30 septembre de la même année (Aff. Étr., Correspondance d'Espagne, vol. 62, fol. 328).
1. Philippe, duc d'Orléans, second fils de Louis XIII et d'Anne d'Autriche, né le 21 septembre 1640, mort le 8 juin 1701.