Elisabeth de France, fille de Henri IV et de Marie de
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ration, faisoit souhaiter une reine du même sang. Don Juan entrant dans cette inclination du Roi et de l'état, envoya ordre en Flandre au marquis de Los Balbases, qui venoit d'assister au traité de paix de Nimègue, d'aller en France demander cette princesse pour le Roi, son maître.
On prétend qu'avant cette démarche publique, il n'en avoit fait aucune particulière pour s'assurer le succès de la demande ; on a même soupçonné qu'il n'y entroit pas de bonne foi, ou par la vue générale d'éloigner le mariage du Roi, ou par la crainte particulière d'être moins le maître avec une reine françoise qui peut-être aideroitau Roi à se retirer de l'assujettissement où il se trouvoit. Il sembloit néanmoins qu'il pût espérer de se faire auprès d'elle un mérite d'avoir rompu le mariage d'Allemagne pour conclure le sien.
Ces considérations opposées et son incertitude naturelle le firent assez balancer, et dans le temps qu'en France le marquis de Los Balbases demandoit Mademoiselle, don Juan fit proposer sous main à Madrid de demander l'Infante de Portugal'. Il ne savoit pas que le
Médicis, née à Fontainebleau le 22 novembre 1602, mariée le 18 octobre 1615 à Philippe IV, roi d'Espagne, morte à Madrid le 6 octobre 1644.
I . Isabelle, fille unique de Pierre II, régent, puis roi de Portugal, et de Marie-Françoise de Savoie, née à Lisbonne le 6 janvier 1669 et proclamée héritière du trône le 27 janvier 1674. Elle dut épouser son cousin germain Victor- Amédée II, duc de Savoie ; mais ce projet fut rompu en 1682. L'Infante mourut à Lisbonne le 21 octobre 1690,5303 avoir été mariée.
mariage de cette princesse étoit déjà conclu secrètement avec le duc de Savoie.
La demande que fit le marquis de Los Balbases fut assez bien reçue en France', pour croire qu'elle ne seroit pas sans succès. Don Juan, cherchant alors à embarrasser la Cour, fit proposer au Conseil d'État qu'en considération de ce que le roi d'Espagne épousoit une princesse qui n'étoit pas fille de roi, on devoit demander à la France des avantages solides et l'obliger de rendre à l'Espagne quelques-unes des places de Flandre qui lui étoient demeurées par le dernier traité. Tout le Conseil s'éleva contre cette proposition, déclarant que l'unique intérêt de l'État étoit d'avoir une princesse bien faite, capable de leur donner des princes; ainsi le mariage se conclut. Il fut célébré en France par procureur, l'on y régla le temps du départ de la nouvelle reine, et en Espagne celui du départ du Roi, pour l'aller rencontrer; cependant, on envoya de Madrid le duc de Pastrana porter le présent- et lui faire les compliments.
L'ambassadeur de France avoit fait son entrée publique à Madrid le 9 août 1679; °^ ^^^ avoit envoyé, selon la coutume, des chevaux
1 . Un secrétaire du marquis, D. Francisco de Urbina, arriva à Madrid le 13 juillet 1679 avec la nouvelle que la demande avait été agréée.
2. Porter le présent de noces se dit en espagnol Uevar la joya. Ce présent fut cette fois le portrait du roi d'Espagne dans une boîte de diamants [Mémoires touchans le mariage de Charles II, roy d'Espagne, avec la princesse Marie-Louise d'Orléans, Paris, 16S1, p. 107).
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de l'écurie du Roi pour lui et pour un nombre des siens qui dévoient entrer comme lui. Il fut accompagné par le majordome de semaine', par le conducteur des ambassadeurs' et par son lieutenant, depuis sa maison jusqu'au Palais, 011 il eut une audience du Roi et lui parla en français.
La marche de cette entrée fut interrompue durant plus d'une heure par un incident que fit l'ambassadeur de Malte, prétendant que son carrosse marcheroit immédiatement après celui de l'ambassadeur de Venise, dernier ambassadeur de chapelle, et devant les seconds carrosses de celui de France. Le marquis de Villars s'y opposa, et il fallut que le Conducteur allât au Palais faire régler cette difficulté, que l'on trouva mal fondée du côté de l'ambassadeur de Malte, qui ne pouvoit prétendre aucun rang dans une marche d'ambassadeurs de têtes couronnées, dont pas un ne lui donnoit la main chez soi; ainsi son carrosse se retira, et les seconds carrosses de l'ambassadeur de France continuèrent leur marche après celui de l'ambassadeur de Venise, qui étoit précédé de celui du Nonce, devant lequel alloit le premier carrosse de l'ambassadeur de France et à la tête de tous un carrosse du Roi.
Cet ambassadeur de Malte, appelé don Diego de Bracamonte, s'étoit mis le premier
1. D. Alonso de Silva, sixième comte de Galve, né le 29 août 16 17, mort à Madrid le 25 avril 1682.
2. D. Juan de Idiaquez Isasi, nommé conducteur ou introducteur des ambassadeurs en 1677, mort dans cette charge au mois de janvier 1686
dans cette prétention inconnue à ses prédécesseurs, qui jusqu'alors avoient visité les ambassadeurs des têtes couronnées, sans en prétendre la main en aucun endroit. Celui-ci ne voulut voir ni ambassadeurs ni cardinaux ni conseillers d'État sans cet avantage; c'està-dire qu'il ne les vit point du tout, hors le Nonce, qu'il fut contraint au bout de dix mois d'aller visiter par ordre exprès du Grand Maître de Malte.
Le dernier jour du même mois, 31 août 1679, ss ^'^ la cérémonie de jurer la paix, que le Roi Très Chrétien jura le même jour à Fontainebleau. Le roi d'Espagne se rendit à quatre heures après midi dans la galerie dorée du palais de Madrid, au haut de laquelle il s'assit sous un dais; à sa gauche, au bas de trois degrés qui le relevaient , étoit assis l'ambassadeur de France seul; de l'autre côté étoit le cardinal Portocarrero, archevêque de Tolède, le duc de Médina Celi, sumilier du Corps, le connétable de Castille, majordome major, le Patriarche des Indes, capclLxn major ou grand aumônier, ensuite le banc des Grands. Don Pedro Coloma, secrétaire d'État, lut les pouvoirs de l'ambassadeur; le cardinal lut le serment du Roi, et le Patriarche alla présenter le livre des Évangiles à Sa Majesté qui se mit à genoux et jura.
La Cour, depuis quelque temps, étoit dans une agitation continuelle contre le premier ministre, que la crainte avoit tenue secrète; mais le temps et les conjonctures lui ayant donné de la force, elle commença à paroître
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avec plus de hardiesse et de mouvement.
Lorsque don Juan entra dans le gouvernement, on peut dire qu'il faisoit toutes les espérances de l'Espagne. Il avoit de l'esprit, et on ne doutoit point que ses emplois de paix et de guerre ne l'eussent rendu capable de relever la foiblesse et les malheurs de l'État. Tout le peuple l'avoit souhaité, et plusieurs d'entre les Grands avoient signé chez le duc d'Albe une ligue pour son retour. La haine et le mépris du gouvernement passé augmentoient dans leurs esprits le mérite de tout ce qu'ils attendoient de ce nouveau ministre. La foiblesse ordinaire des minorités, une reine allemande et trop bonne, un confesseur jésuite ' et étranger, un favori Valenzuela, sans naissance ni mérite, élevé tout d'un coup; ces idées répandues depuis longtemps parmi les courtisans et le peuple firent recevoir don Juan comme le libérateur de l'Espagne.
Mais soit par la destinée ordinaire des favoris, ou par le défaut particulier de sa conduite, son gouvernement fit peu de temps après regretter celui qu'il venoit de détruire. Il ne voulut pas entrer à Madrid que la Reine n'en fût sortie pour aller à Tolède, qu'on lui marqua
I. Le R. P. Eberhard von Neidhart (nommé en France le Père Nithard, en Espagne el Padre Evcrardo), né le 8 décembre 1607, fut nommé confesseur de Marie-Anne et l'accompagna en Espagne. Créé Inquisiteur général en 1666, destitué et exilé le 25 février 1669, il se retira à Rome et y mourut le i'^' février 1681. Il avait reçu le chapeau de cardinal en 167 1 . Son portrait est dans VHistoria di Leopoldo Cesarede Galeazzo Gualdo Priorato. Vienne, 1674.
pour sa retraite, ou plutôt pour son exil'. Il lui donna depuis toutes les désagréments possibles; il fit des recherches indignes sur sa vie, qui alloient à la déshonorer, sans aucun bien pour l'État, et comme il étoit difficile qu'il ne se trouvât encore des personnes de qualité que quelque reste d'affection ou de reconnoissance rendît sensibles à l'accablement de cette princesse, il chassa de la Cour tous ceux qu'il crut avoir part à ses intérêts : l'Amirante de Castille, grand écuyer du Roi, le duc d'Ossonne, grand écuyer de la Reine à venir, le prince d'Astillano, le marquis de Mancera, grand maître d'hôtel de la Reine mère, le comte d'Humanes, le comte d'Aguilar, le marquis de Mondéjar, soupçonné à faux d'avoir fait des vers contre don Juan*. Plusieurs autres personnes de moindre rang furent exilées en divers lieux, grand nombre de religieux^ de divers ordres eurent le même traitement, pendant qu'on voyoit auprès de don Juan un Chartreux qu'il avoit amené de Zaragoza et un Capucin*, comme ses favoris, et
1. La Reine mère quitta Madrid le 2 mars 1677 pour se rendre à Tolède, où elle habita l'Alcazar pendant toute la durée de son exil.