D^ Maria Alvarez de Toledo
3. D. Luis Francisco de La Cerda, marquis de Cogolludo, et, après la mort de son père, neuvième duc de Medinaceli, né le 24 avril 1659, épousa, en février 1078, D^ Maria de las Nieves Tellez Giron, fille du duc d'Osuna.
et sur-le-champ fit résoudre son retour. Don Juan, sentant que le pouvoir lui manquoit, voulut se raccommoder avec le connétable de Castille, le premier homme du Conseil d'État, mais ce ministre lui fit dire fièrement qu'il n'étoit plus temps. Il ne put empêcher le retour des autres exilés; il vit qu'on négocioit ouvertement celui de la Reine et que tout lui échappoit.
Il avoit été malade au mois de juillet d'une fièvre tierce de trois semaines qui avoit donné du temps et de la liberté aux cabales qui se formoient contre lui. Elles allèrent si avant, qu'après qu'il fut guéri, le Roi, déjà résolu de faire revenir la Reine mère, n'en étoit plus que sur les moyens, et l'on sut qu'un jour, après, un long entretien avec l'Inquisiteur général, le Roi envoya un valet de chambre dire au duc de Médina Celi et au comte d'Oropesa qu'ils se rendissent à certaine heure chez l'Inquisiteur général. Lorsqu'ils y furent, il leur envoya dire par le même homme qu'ils eussent à résoudre de quelle manière on pourroit chasser don Juan pour faire revenir la Reine mère. Ils convinrent qu'un certain jour le Roi sortiroit du Palais par le parc, sans en avertir don Juan, et qu'incontinent après on lui enverroit dire de se retirer, avant que le Roi fût de retour. Ce projet ne fut point exécuté; on assure même que don Juan ne l'a jamais su.
Dans une situation si violente, l'accablement présent et les terreurs de l'avenir lui abattirent tellement l'esprit et le cœur, qu'il
ne put avoir ni le courage de se soutenir ni la résolution de céder. Le désespoir le jeta dans une mélancolie profonde qui devint une maladie pleine d'incidents inconnus. Les médecins, qui traitoient son corps d'un mal qui étoit dans son esprit, lui firent souffrir durant trois semaines assez de tourments pour achever sa vie. Il mourut le 17' jour de septembre 1679, %é ^^ cinquante ans. Son corps fut porté à l'Escurial dans la sépulture des princes à coté du Panthéon.
Sa naissance lui avoit donné un grand rang et de grands emplois, mais on ne vit point la suite de sa vie répondre à cette élévation ; on le vit malheureux dans la plupart de ses entreprises, souvent battu à la guerre, toujours éloigné de la Cour; son dernier malheur fut d'être devenu enfin la première personne de l'État. Jamais personne ne monta au premier poste avec tant d'avantage; la grandeur de son rang, l'attente des peuples, la faveur des Grands, la jeunesse du Roi, tout sembloit contribuer à l'élever et à l'affermir, lui seul se manqua à lui-même, et l'on peut dire de lui comme autrefois d'un empereur, qu'il ne parut digne de gouverner que tant qu'il ne gouverna point.
C'étoit un homme composé d'apparences, d'un génie plus brillant que solide, plein d'une gloire présomptueuse, tout à lui, sans confiance et sans estim.e pour les autres, trop occupé des petites choses, souvent sans étendue et sans résolution dans les grandes, capable cependant de les précipiter par entêtement.
8o MÉMOIRES
Ces défauts étoient revêtus de plusieurs belles qualités ; il étoit bien fait, il avoit les manières agréables et polies, il parloit bien diverses langues, il avoit de l'esprit, du savoir, de la valeur et tous les dehors du mérite, sans le mérite même.
Il étoit fils du roi Philippe IV et d'une comédienne nommée Marie Calderona', au moins il fut reconnu pour tel, quoique le dérèglement de sa mère pût avec raison faire douter de son véritable père que plusieurs ont cru être le duc de Médina de Las Torres, auquel il ressembloit. Philippe IV avoit d'autres enfants naturels, entre autres un qui est évêque de Malaga^, qu'il eut d'une fille de qualité du Palais et dont il ne pouvoit raisonnablement douter d'être le père; cependant il n'a reconnu aucun fils naturel que don Juan, qui devoit cette fortune au comte d'Olivares, qui, voulant reconnoître don Julian^ de Guzman, son bâtard, porta le Roi à reconnoître don Juan, pour s'autoriser par un exemple.
Huit jours avant la mort de don Juan, l'on
1 . Maria Calderon, non pas Calderona, sur le compte de laquelle on sait fort peu de chose de précis. D'une lettre de Fr. Pedro de Tapia, évêque de Siguenza, puis archevêque de Séville, il paraît résulter qu'en 1646 cette maîtresse de Philippe IV était religieuse dans un couvent de la province de Guadalajara dont elle avait été auparavant abbesse (Casiano Pellicer, Tratado histJrico sobre el origen y progrcsos del histrionismo en Espaf/a, Madrid, 1804, t. II, p. 92).
2. Alfonso, Dominicain, appelé en religion Fr. Alfonso de Sanlo Tomas, évêque de Plasencia en 1664, puis de Malaga, de 1664 à 1692, mort à Malaga en 1692.