vive le Roi ! Mort au mauvais gouvernement
2. Casa! fut cédé à la France en 1681, en vertu d'un traité signé à Mantoue le 20 août et à Saint-Germain le 16 septembre.
nèrent si bien Talarme aux Espagnols que dans un temps où ils manquoient d'argent et où le changement de la monnoie étoit pour eux un nouvel accablement, ils commencèrent la levée de quelques régiments espagnols et en ordonnèrent un de deux mille hommes dans le royaume de Naples. L'Empereur de concert avec eux fit avancer un corps de troupes allemandes vers le Milanois. Les Vénitiens tirèrent de leurs garnisons de Dalmatie de quoi renforcer celles des places de Lombardie, travaillèrent à en rétablir les fortifications, et il parut alors qu'entre la plus grande partie des princes d'Italie il se formoit de nouvelles liaisons par la crainte de la France, qui, cependant, ne sembloit faire aucune démarche de ce côté là.
Vers la frontière de Biscaye, il s'étoit passé depuis quelque temps d'assez grands désordres, par les violences que les Biscayens du côté d'Espagneavoientfaitesauxsujetsde la France, en leur brûlant des barques et faisant des prisonniers pour de certains démêlés qui durent entre eux depuis longtemps sur la propriété de la rivière de Bidassoa, le droit de pêche et quelques autres difficultés particulières. L'ambassadeur de France en avoit demandé justice plusieurs fois aux ministres de Madrid; mais, comme il n'avoit pu obtenir de réponse, il déclara enfin à Don Vicente, son commissaire, que le Roi envoyoit des troupes sur cette frontière pour avoir justice des violences qu'on avoit faites à ses sujets et les en garantir à l'avenir.
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Don Vicente de Gonzaga n'eut rien à dire sur le procédé du Roi, également juste et nécessaire, mais il témoigna au marquis de Villars qu'il n'étoit plus son commissaire et qu'il y avoit plus de trois semaines que le marquis de Los Balbases étoit nommé en sa place. L'Ambassadeur se plaignit qu'on lui eût changé son commissaire sans l'en avertir. Don Vicente en remit toute la faute surdon Pedro Coloma, qui devoit le lui avoir fait savoir, et y ajouta encore quelques plaintes sur la négligence de ce secrétaire d'État.
Deux mois après, on sut qu'une escadre de vaisseaux de France, commandée par Valbelle ' , avoit paru devant l'île de Majorque pour demander au Vice-Roi la restitution de certain navire marchand pris par les corsaires majorquins depuis la paix, suivant les ordres que l'ambassadeur de France avoit obtenus de la cour d'Espagne-. Le Vice-Roi se défendit de
1. Jean-Baptiste de Valbelle, fils cadet de Côme II de Valbelle, seigneur de Baumelles, fut commandeur de l'ordre de Saint-Jean, capitaine de galères en 1647, capitaine de vaisseau en 1666, chef d'escadre en 1673, et mourut à Marseille le 16 avril 1681 (Mémoires du marquis de Villette, publ. par Monmerqué, Paris, 1844, p. 17, et E. Sue, Histoire de la marine française, éd. de 1845, t. II, p. 423).
2. Deux démonstrations eurent lieu en 1680 sur les côtes de Majorque. Une première escadre de trois vaisseaux de guerre et d'une tartane, commandée par le chevalier Jean- Baptiste de Valbelle, se présenta devant l'ile le 3 1 mars et en repartit le 2 avril. Une seconde escadre de dix-huit galères et d'une frégate séjourna pendant le mois d'août dans les eaux de Majorque sans se livrer à aucun acte d'hostilité (Cronicon Mayoricensc, publ. par Alvaro Campaner y Fuertes, Palma de Mallorca, 1881, p. 435 et 436).
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rendre ces prises sur ce qu'elles avoient été partagées entre plusieurs particuliers de divers endroits, qu'ainsi elles n'étoient plus en nature ; il joignit à cette réponse des prétentions ridicules de dédommagement pour les corsaires.
Sur ce refus, Valbelle lui déclara qu'il feroit des représailles sur les sujets du roi d'Espagne qu'il trouveroit en mer ; elles dévoient encore s'étendre au dédommagement de beaucoup d'autres prises faites depuis la paix sur les François, non seulement en mer par les corsaires espagnols, mais des vice-rois et gouverneurs, dans les ports mêmes des places qu'ils commandoient. On n'avoit pu obtenir aucune raison à Madrid, où, par un usage établi depuis longtemps, les injustices et les concussions de ceux qui sont dans le commandement sont impunies par la protection que leur donnent les conseils composés la plupart de personnes qui ont eu la même conduite dans leurs emplois ou qui tirent quelque intérêt de celles des coupables.
Quoique ces voies de fait pendant la paix, entre les deux nations jalouses l'une de l'autre, pussent aisément attirer une rupture, que les Espagnols sembloient toujours craindre, ils ne s'en embarrassoient point néanmoins, dans la pensée que tout se termineroit à des représailles, qu'ils aimoient mieux souffrir que de se donner la peine de faire justice à ceux qui en étoient la cause.
Cependant les Espagnols eurent une véritable terreur à l'arrivée d'un courrier extraor-
dinaire qui vint à l'ambassadeur de France le 9' avril. L'affaire de Biscaye et les représailles se joignant alors aux idées qu'ils se formoient de la guerre d'Italie, ils ne doutèrent point que la France ne leur envoyât déclarer la guerre. Cette alarme dura peu, et l'on sut incontinent après que le courrier apportoit à l'ambassadeur de France ordre de demander satisfaction de ce qu'on lui avoit ôté les franchises et la juridiction de son quartier.
Les ministres étrangers ont à Madrid deux sortes de privilèges : l'un est une certaine étendue autour de leur palais dans laquelle aucun officier de justice ne peut exécuter sans la permission de l'Ambassadeur ni même passer avec la marque de sa charge, qui est une baguette blanche; l'autre privilège est une exemption de payer aux portes le droit d'entrée des choses qui se consument dans leurs maisons. Cette exemption, à cause des abus qui s'y sont commis autrefois, a été convertie en une somme fixe que le roi d'Espagne donne à chaque ambassadeur pour le dédommager de ces entrées; c'est ce qu'ils appellent /ra/î- (jiiicias. L'exemption de justice du quartier s'appelle imiinidad dcl barrio ; elle a toujours été observée avec tant de rigueur, qu'on a vu des ambassadeurs faire pendre à leurs portes des officiers de justice pour avoir violé ce privilège, et les plus modérés les font maltraiter.
Sur la fin du mois de janvier, il arriva que le corregidor de Madrid, accompagné de ses alguazils ou sergents, passa en plein jour dans le quartier de l'ambassadeur de France, avec
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les baguettes hautes; l'Ambassadeur qui n'en fut averti qu'après, envoya lui dire qu'il avoit violé ses privilèges et qu'il prit garde à ne pas faire encore une fois de pareilles entreprises dont les suites pourroient être fâcheuses. Le Corregidor s'excusa sur ce qu'il n'avoit pas su que ce fût le quartier de l'Ambassadeur, et cependant, dix jours après, dans un temps que l'Ambassadeur étoit hors de chez lui, le même Corregidor traversa de nouveau son quartier, comme la première fois; l'Ambassadeur s'en plaignit aux ministres et leur en fit voir les conséquences. La réponse aux plaintes fut une déclaration qu'on lui envoya signée d'un secrétaire d'État, qui portoit que le Roi, en conséquence d'une autre déclaration de l'année 1 671, ayant résolu de traiter à Madrid les ambassadeurs de chaque prince comme ceux d'Espagne l'étoient à leurs cours. Sa Majesté avoit considéré qu'en France l'ambassadeur d'Espagne n'avoit aucun privilège ni juridiction hors de son palais, à la porte duquel la justice passoit et exécutoit librement, qu'ainsi il déclaroit qu'à l'avenir l'ambassadeur de France n'auroit pas plus de privilèges à Madrid que celui d'Espagne en avoit à Paris. L'Ambassadeur répondit par écrit qu'il recevoit cet ordre du Roi avec beaucoup de respect, qu'il étoit persuadé que le Roi, son maître, entreroit volontiers dans cette vue d'égaler le traitement de leurs ambassadeurs dans les deux cours, que, pour prendre des mesures plus justes dans l'établissement de cette égalité, il lui représentoit les avantages
qu'avoit en France l'ambassadeur d'Espagne: qu'il entroit chez le Roi et chez la Reine, quand il vouloit, sans demander audience, qu'il assistoit aux fêtes et aux cérémonies publiques assis, qu'il accompagnoit le Roi à la chasse et en d'autres rencontres sans permission, qu'il alloit à six chevaux dans Paris, quand il lui plaisoit, que l'Ambassadrice avoit la même liberté chez la Reine à toutes les heures, qu'elle entroit dans le carrosse de Sa Majesté et mangeoit avec elle en diverses occasions, et plusieurs autres privilèges d'agrément et de distinction qu'avoit l'ambassadeur d'Espagne en France, dont celui de France ne jouissait point en Espagne. Il ajoutoit qu'il donneroit part au Roi, son maître, de la déclaration qu'on lui avoit faite et demandoit, cependant, qu'on laissât les choses en état jusqu'à ce qu'il eût pu recevoir les ordres de Sa Majesté.
Il falloit cinq semaines pour recevoir des réponses de France, mais sans attendre ce temps le secrétaire d'État envoya à l'Ambassadeur une seconde déclaration, qui portoit que Sa Majesté, ayant vu sa réponse, continuoit dans sa première résolution, déclarant qu'il lui ôtoit les franchises et les immunités du quartier. La réponse de l'Ambassadeur fut respectueuse, reconnoissant que le roi d'Espagne étoit le maître dans ses États et pouvoit disposer absolument du quartier et de la maison d'un ambassadeur, que cependant il étoit surpris qu'on ne lui eût pas laissé le temps de recevoir les ordres du Roi, son maître.
Il demeura ainsi le seul ambassadeur à
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Madrid sans privilège de quartier et sans franchises, comme un simple particulier, jusqu'à ce qu'il put savoir la volonté du Roi sur une affaire de cette conséquence , capable de brouiller les deux couronnes, s'il n'avoit pas eu plus de prudence et de modération que les ministres d'Espagne avoient de raison et de conduite sur la première déclaration ni sur la deuxième. Il n'envoya point de courrier, il se contenta d'en donner avis par l'ordinaire et un compte exact de l'affaire; il évita tout ce qui pouvoit donner de la chaleur.
Comme sur les premières nouvelles qui en vinrent à la cour de France, il parut que le Roi prenoit cette affaire avec beaucoup de fierté, Monsieur, craignant les suites qu'elle pourroit avoir, écrivit à la reine d'Espagne en termes pressants, pour l'engager à les prévenir autant qu'elle pourroit auprès du Roi, son mari. Elle n'en avoit rien su jusqu'alors, et comme elle en parla au Roi, il lui dit qu'il y avoit plus d'un mois qu'il avoit ôté les privilèges à l'ambassadeur de France, mais qu'à elle, il ne lui parloit pas de ces sortes d'affaires. Elle le pressa pour savoir ce qu'il en pensoit. Sur quoi il lui répondit : a Me qiiitaran este cmbaxador y me cmbiaran otro gavachoK » On peut juger par cette réponse que certaines gens qui l'approchoient lui avoient persuadé qu'en France on révoqueroit le marquis de Villars pour envoyer un autre ambassadeur en sa place.
I . « On m'otera cet ambassadeur et on m'enverra un autre Français. »
Sitôt qu'il eut reçu les ordres que le courrier lui apportoit, il prit audience du duc de Médina Celi, lui fit voir l'irrégularité du procédé qu'on avoit tenu à son égard et le ressentiment que le Roi, son maître, devoit avoir qu'on eût choisi son ambassadeur seul pour lui ôter les privilèges que Ton conservoit à tous les autres, et lui déclara que le Roi en demandoit une satisfaction publique. Le duc de Médina Celi prétendit qu'en l'année 1671, le roi d'Espagne avoit déclaré que les ambassadeurs qui étoient à Madrid n'auroient point de quartier privilégié, que si, depuis cette année, ils en avoient joui, ce n'avoit été que par^ tolérance, et qu'afm que celui de France n'eût pas sujet de se plaindre, on feroit à tous les autres ambassadeurs la même déclaration qu'on lui avoit faite. L'Ambassadeur répondit que ce seroit pour lui plutôt une nouvelle injure qu'une satisfaction; qu'il prétendoit que la cour d'Espagne, unie comme elle étoit avec celle de France, pouvoit attirer des grâces aux autres ambassadeurs, mais non pas leur faire perdre les avantages qu'ils avoient déjà, qu'il ignorait la déclaration de 1671, que depuis, il avoit été plus de trois années en deux fois ambassadeur à Madrid avec tous ses privilèges, qu'on ne les ôtoit présentement qu'à lui seul, et qu'il en demandoit le rétablissement d'une manière qui pût satisfaire le Roi, son maître.
Le lendemain il eut audience du roi d'Espagne auquel il présenta une lettre de créance expresse pour cette affaire, et lui fit consi-
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dérer jusqu'où alloit le traitement qu'on lui avoit fait, lui représentant en même temps l'étroite union que le sang, les alliances et la paix nouvellement jurée dévoient mettre entre Leurs Majestés et leurs couronnes, l'application qu'il avoit eue en son particulier à en maintenir la bonne correspondance , l'espérance qu'avoit le Roi, son maître, de recevoir en cette occasion toute la satisfaction qu'il devoit attendre de sa justice et de son amitié. Comme on ne décide aucune affaire en Espagne qu'après qu'elle a passé par les formalités des tribunaux qui doivent en connoître, celle-ci fut portée au Conseil d'État, qui en donna la consulte au Roi, c'est-à-dire au premier ministre, sur laquelle la satisfaction fut résolue; de sorte que le 14 avril, le marquis de Los Balbases, commissaire pour les affaires de France, vint trouver l'Ambassadeur et lui donna un papier signé de lui, qui portoit que le roi d'Espagne, ayant chargé son ambassadeur en France de la satisfaction et de la réponse à la lettre du Roi Très Chrétien, avoit commandé en même temps de venir assurer l'Ambassadeur qu'en considération de l'étroite liaison de sang et d'amitié qui unissoit Leurs Majestés et pour faire connoître au Roi Très Chrétien le désir qu'il avoit de le satisfaire, il conservoit à l'ambassadeur de France l'immunité et les privilèges de son quartier, et qu'à l'égard des franchises des entrées, ce n'avoit point été son intention de les lui ôter, et qu'elles lui auroient été payées s'il les avoit fait demander. '
Dans une autre cour que celle d'Espagne, il auroit paru extraordinaire d'entreprendre sans sujet un procédé de cette importance pour le finir d'abord par une satisfaction publique, avec tant de foiblesse, mais le reste du gouvernement répondit assez à la conduite particulière de cette affaire pour n'en être pas surpris.
La première déclaration que reçut l'ambassadeur de France, quand on lui ôta ses privilèges, fut avant l'élévation du duc de Médina Celi;'la seconde fut après qu'il fut ministre : le prétexte étoit que ces privilèges n'avoient aucun fondement que la tolérance; qu'en l'année 1671, le Roi avoit déclaré à tous les ambassadeurs qu'il ne prétendoit point les en laisser jouir; que l'archevêque de Toulouse', alors ambassadeur de France, en étoit convenu; que si, dans l'occasion présente, la déclaration n'avoit été renouvelée que pour l'ambassadeur de France, c'est qu'il étoit le seul de tous les ambassadeurs qui s'étoit plaint qu'on ne les lui eût pas conservés.
Mais il est certain que, dès l'année 1671, la Reine mère, alors régente, conserva les privilèges des quartiers de- l'ambassadeur d'Allemagne, qu'on ne les a jamais ôtés au Nonce, de peur qu'à Rome on ne les ôtât à
I. Pierre de Bonsy, né à Florence le IS avril 163 1, évêque de Béziers en 1659, archevêque de Toulouse en 1669, ambassadeur en Espagne de 1669 à 1671, cardinal en 1672, archevêque de Narbonne en 167J, mort a Montpellier le II juillet 1703. Cf. Saint-Simon, éd. de Boislisle, t. III, p. 32J.
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l'ambassadeur d'Espagne. Le marquis de Villars justifioit que, depuis Tannée 1671 et depuis l'archevêque de Toulouse, il avoit été en deux fois près de trois ans ambassadeur à Madrid, jouissant de tous ces privilèges sans contestation, que tous les ambassadeurs en avoient joui jusqu'alors, que, dans le temps même qu'on lui avoit ôté la juridiction de son quartier, on avoit sévèrement puni un alcade et des alguazils pour avoir passé dans celui de l'ambassadeur de Venise. Il faisoit voir enfin un écrit signé de don Jeronimo d'Eguya , comme secrétaire d'État, qui le lui avoit envoyé six mois auparavant, dans lequel, sur la contestation pour la main entre lui et don Juan d'Autriche, ce secrétaire d'État marquoit qu'encore que l'ambassadeur d'Espagne n'eût point de quartier franc à Paris, celui de France ne laissoit pas d'en jouir à Madrid.
Les autres ambassadeurs prirent cet écrit pour un titre de leurs privilèges, qui jusqu'alors n'étoient fondés que sur l'usage, mais le Conseil d'État trouva fort mauvais que don Jeronimo d'Eguya eût donné un écrit en ces termes, dont ils prétendoient qu'il n'y avoit point eu de consulte. Il s'excusa sur ce qu'il en avoit eu ordre de don Juan qui étoit alors premier ministre.
Quelques-uns voulurent croire qu'on avoit ôté les pri\ilèges de l'ambassadeur de France à Madrid, pour témoigner quelque ressentiment de ce que deux mois auparavant le Roi Très Chrétien avoit fait déclarer au duc de
Giovinazzo', ambassadeur d'Espagne, qu'en lui conservant à la Cour tous les avantages qui regardoient le caractère et les fonctions de l'ambassade, il ne prétendoit pas lui laisser les agréments et les libertés que, depuis un temps, il avoit bien voulu accorder à l'ambassadeur d'Espagne. La raison en étoit publique, parce que Giovinazzo, étant envoyé d'Espagne à la cour de Savoie, avoit de son chef fait des traités pour brûler les magasins de Pignerol et les vaisseaux de Toulon-; ainsi le Roi, le regardant comme un ennemi personnel, lui ôtoit ce qu'on ne donne qu'à ses amis et lui laissoit ce qu'on ne peut refuser à un ambassadeur. On en parut si peu offensé à la cour d'Espagne qu'il fut révoqué d'abord, sans en faire la moindre plainte, et le marquis de La Fuente^ nommé en sa place.
Deux jours devant la satisfaction que l'on fit
1 . Domenico del Giudice, duc de Giovinazzo et prince de Celiamare, vice-roi d'Aragon, envoyé extraordinaire en Savoie de 1676 à 1679, ambassadeur en France de 1679 à 1680, ambassadeur extraordinaire au Portugal en 16S1 pour régler l'affaire de l'ile Saint-Gabriel, conseiller des conseils de Guerre et d'Italie, envoyé en mission à Rome d'où il revint en 1685, élevé à la Grandesse en 1698, conseiller d'État en 1706, mort à Madrid le 2$ avril 1718. Il était frère du cardinal Francesco del Giudice et père du prince de Celiamare, ambassadeur d'Espagne en France.
2. Dans une très curieuse supplique adressée au roi d'Espagne en 1679, Giovinazzo se vante d'avoir incendié les magasins de Toulon et d'avoir tenté de détruire ceux de Pignerol et la flotte française; il dit qu'à cause de ces exploits, il fut très mal reçu à Paris et qu'on l'y menaça de poison {Semanario erudito, t. XXX, p. 21).
3. D. Gaspar de Teves, Cordova, Tello y Guzman, deuxième marquis de La Fuente, capitaine général de l'anillcrie du
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à l'ambassadeur de France, l'envoyé de l'Électeur de Brandebourg partit de Madrid, après avoir fait éclater publiquement le ressentiment de son maître contre cette cour. Il y avoit longtemps qu'il demandoit des sommes considérables qui lui étoient dues des subsides de la dernière confédération. Après de fortes instances, il avoit enfin obtenu une assignation de cent cinquante mille écus sur les galions qui dévoient bientôt arriver. D'abord qu'ils le furent, il alla à Séville pour recevoir cet argent, mais il trouva que le président de la Contractation avoit ordre de ne le point payer; il revint à Madrid s'en plaindre et presser de nouveau pour son paiement. On l'entretint de promesses durant six mois, au bout desquels, suivant l'ordre de son maître, il demanda une réponse positive dans dix jours; il étendit ces dix jours à six semaines et prit son audience de congé.
Le duc de Médina Celi, devenu alors premier ministre, s'intéressant à le retenir, lui fit porter parole de payer son assignation dans quatre mois. L'envoyé n'y trouva pas plus de sûreté qu'aux premières promesses. On lui offrit trente mille écus; la proposition lui parut indigne, il connut même qu'elle n'étoit pas sûre, de sorte qu'il se retira, après avoir fait voir à plusieurs personnes une lettre de l'Électeur son maître qui lui commandoit de
Milanais, ambassadeur à Venise d'où il revint en 1676, plénipotentiaire à Nimègue, ambassadeur extraordinaire en France de 1680 à 1683, mort à Madrid le 12 mai 1685.