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il fit : Le 6 de mai il se fit un beau combat à Ste, Marie, Maison du Séminaire, laquelle a toujours expérimenté les singulières protections de sa bonne patrone qui lui a toujours conservé ses gens sans mort ni blessure, quoiqu'ils aient été souvent attaqués et qu'ils aient toujours passé pour gens de cœur appréhendés par les Iroquois ; mais voyons cette action dont je parle; Le Sieur Rouillé, Trudante (1) et Langevin étant restés les derniers sur les lieux au travail, tous les autres domestiques de Ste. Marie, s'en étant déjà retournés hormis le nommé Soldat, sentinelle, lorsqu'il venoit dans un méchant trou nommé Redoute où il faisoit des châteaux en Espagne : dans ce temps 50 Iroquois qui avoient passé tout le jour dans les frodoches éloignées d'une bonne portée de fusil, quelque peu davantage, se levèrent et vinrent tout doucement sur ces 4 derniers hommes afin de les surprendre, lier et emmener prisonniers, mais par bonheur quelqu'un d'eux ayant levé la tête il s’écria—‘“ aux armes, voici les ennemis sur nous, —à ce cri chacun sauta sur son fusil et l'esprit de la sentinelle se réveilla pour s'enfuir, les Iroquois voyant n'avoir pas réussi en leur entreprise jettèrent leurs colliers et firent une salve de 50 coups de fusils à brule-pourpoint, les 3 françois qui étoient dans le champ s'encoururent à la redoûte, d'ou le soldat s'enfuyant, M. Trudeau, grand, fort et résolu garçon, voyant cette lacheté, à coups de pieds, de poings rejetta le pauvre Soldat en sa redoute et le secoua tellement en ce moment qu'il le tint, qu'il lui fit revenir son cœur lequel commençoit déjà à s'exaller, M. Debelestre entendant ce choc sort au plus vite de Ste. Marie avec tout ce qu’il peut de monde pour soustraire les attaqués, par les chemins il rencontra ceux qui revenoient du travail dont une partie fuyoit et
(t) Trudeau.
l'autre partie retournoit à ses camarades pour les défendre, mais il fit honte aux fuyards et tous allèrent à la com. pagnie avec bonne intention et diligence à ces 4 assaillis qui encore que le lieu fût prêt avoient déjà essuyé 2 ou 8 cents coups de fusil avant leur arrivée, quand le monde de Ste. Marie fut venu on commença à répondre aux ennemis et à leur faire voir que nous savions mieux tirer qu'eux, car en toute leur décharge ils ne firent autre chose sinon que couper le fusil de M. Rouillé en deux avec une balle et nos François trouvèrent bien le secret de les atteindre, ce qu’ils eussent fait encore plus heureusement sans que ces misérables appercevant qu'on les coupoitils s'enfuirent au plus vite dans les bois avec plusieurs blessés dont un mourut peu après de ses blessures ; au reste on tira tant dans cette attaque qu'on croyoit que tout fut pris lorsque du Montreal on vint au secours, mais on trouva tout le contraire car les ennemis avoient bien été vigoureusement repoussés, au reste la providence fut grande à l'égard d'un prêtre de ce lieu qui agit tout le jour autour de cette embuscade venant à deux ou trois emjambées près, sans que pour cela personne branlât, on voulut allumer des feux qui eussent été favorables aux ennemis pour la fumée laquelle venant de leur côté leur auroit donné lieu de surprendre tous les François sans en être vu, mais notre Seigneur permit que le bois se trouva si mal disposé pour brüler qu’à la fin on l’abandonna : plusieurs autres fois on a eu encore lieu
de remarquer le bonheur de cette Maison, une fois en-
tr'autre les ennemis y étant venus de nuit etayant dressé une embuscade à la porte, M. de la Vigne qui demeuroit lors à cette Maison se levant pour quelque nécessité regarda dehors et voyant ces traitres venir il en avertit un chacun et on eut le plaisir de les voir se placer au clair
de la lune, ou le lendemain on les débusqta et ceux qui T
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vouloient prendre furent pris et faits prisonniers au nombre de 15 ou 16 qu'ils étoient: Ainsi Dieu a toujours été favorable à cette Maison dans toutes les autres occasions, tant dans cette année que dans les autres : il y a bien eu d’autres attaques au Montreal pendant ce temps-là, et il y a bien eu quelques François de tués en différentes rencontres—mais comme ces actions n’ont pas été fort considérables je ne me crois pas aussi obligé d’en rechercher le détail.
HISTOIRE DU MONTREAL
De l'automne 166? jusqu’à l'automne 1663 au départ des vaisseaux du Canadas.
Cette année ne nous donnera pas rien de bien remar-
quable au sujet de la guerre, car encore bien que nous.
y ayons eu quelquefois du monde tué, il ne se trouve pas toutefois des faits qui méritent être touchés dans une histoire: Il y a bien quelque chose à remarquer sur le fruit d'un voyage que Mlle. Mance fit cette année-là en
France, pour lequel elle étoit partie dans les derniers
navires; ayant su cette fâcheuse nouvelle que tous les biens de feu M. de la Doversière avoient été saisis et que partant toute la fondation des Religieuses hospitalières qu'il avoit entre ses mains étoit bien en risque d’être perdue, comme en effet elle l’a été, ou vous considérerez, s’il vous plait, que si ces bonnes filles avoient tardé de partir une année comme on souhoitoit, M. de la Doversière auroit été mort avant ce temps et leur fondation auroit été absorbée par ceux qui ont voulu faire voir que ce bon M. étoit mort ruiné, et partant ces filles n’auroient eu que faire de songer à partir étant sans fondation, mais Dieu qui les vouloit ici dans l’état ou elles se trouvent et qui savoit les choses, les a fait prévenir ce qui les pouvoit arrêter, c'est ce que je trouve de plus remarquable dans le voyage que la charité fait faire à Mlle. Mance cette année. Le 11 du mois d’août une petite Sauvagesse nommée Marie des Neiges, qui promettoit beaucoup, est morte à la Congrégation chez la Sœur Bourgeois, laquelle l’avoit élevée depuis l’âge de 10 mois avec des soins et des peines bien considérables dont elle
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a été payée par la satisfaction que l'enfant lui donnoit (1) ; à cause de l'amitié qu'on portoit à cet enfant, on a voulu resusciter son nom par une autre petite Sauvagesse qu'on a eu en ce lieu à laquelle on a donné le même nom dans le baptème : cette deuxième étant aussi décédée, on a pris une 83"* petite fille Sauvagesse vers laquelle on s’est comporté de la même façon et à laquelle on a donné le même nom ; que si celle-ci ne meurt pas plus criminelle que les autres, après avoir demeuré ici bas toutes trois dans la Congrégation du Montreal, elles auront l'honneur d’être, j'espère, toutes trois au ciel pour toute l'éternité, dans cette Congrégation qui suit l’Agneau immaculé avec des prérogatives toutes spéciales.
(1) V. Appendice., No. X. (J.V.)
HISTOIRE DU MONTREAL
De l'automne 1663 jusqu'à l'automne 1664 au départ des Vaisseaux du Canadas.
La Seigneurie du Montreal ayant été donnée par Messieurs de cette Compagnie à Messieurs du Séminaire de St. Sulpice (1) ils en ont pris possession cette année (1664), ce qui leur donna de l'exercice bientôt après ; et pour commencer, sans considération de l'autorité du Roi qui avoit donné une Justice à cette Seigneurie avec droit de ne ressortir par appel que devant une Souveraine, on trouva à propos de ne lui pas même souffrir la moindre ombre de Justice aussitôt que Messieurs de la Compagnie du Montreal la leur eurent remise ; Il est vrai que cette insulte est assez grande et qu’il est assez inoui de voir telles entreprises sans fondement, ni pouvoir: C’étoit moins bien reconnoitre six ou sept cents mille livres de dépenses faites par les Seigneurs de Montreal pour le soutien de ce pays ou ils ont tant perdu de monde et ou il n’y aura d'ici à longtemps que de la dépense à faire : mais n'importe, Messrs. du Séminaire se consolent fort aisément d’un tel affront en ce que leur ôtant cette Justice extérieure qui regarde le barreau on leur a donné lieu d’anoblir et d’accroitre celle qui est intérieure et qui regarde le Ciel. Au reste M. Tallon (2) trop équitable pour souffrir telles injustices a rétabli les
(1) Cette donation, faite à Paris, est du 9 mars 1663, et le contrat en a été insinué au Châtelet le 5 juin suivant ; puis ratifié par le Roi en Mai 1677.— Registré à Québec, le 20 sept. 1677. (J. V.)
(2) M. Jean Talon, d'après son autographe, Intendant. (J. V.)
Seigneurs de ce lieu dans leurs droits et a fait évanouir un certain fantôme de Justice qui a régné quelque peu de temps se recouvrant du beau manteau de “ Justice Royale,” contre tout droit et raison (1). Pour ce qui regarde la guerre on a bien eu de la peine cette année, aussi bien que les autres il falloit toujours être ici sur ses gardes ; de tous côtés on étoit en crainte à cause des embuscades, même si on vouloit faire savoir des nouvelles à Quebec ou aux Trois-Rivières de quelque chose important la guerre, il falloit chercher les meilleurs canotteurs, Les faire partir de nuit, et après, avec une diligence qu'aujourd'hui on ne voudroit pas croire, ils tachoient de se rendre au lieu déterminé et d'éviter par leur vitesse la rencontre des ennemis ;—M. Lebert (2), un des plus riches et honnêtes marchands qu’il y ait ici et même dans tout le Canadas, a rendu en ceci de grands services à la Colonie, pour laquelle il s’est souvent exposé afin de donner ses avis soit en canot, soit sur les glaces, ou à travers les bois ; ce n’est pas là l'unique secours qu'il ait rendu à ce lieu, d'autant que s’il a eu l'esprit d'y faire sa fortune par son commerce il a en même temps beaucoup servi le public dans la manière aisée et commode en laquelle il l’a fait touchant les faits de guerre. Je rapporterai ici deux coups faits par les Iroquois, afin de faire voir les peines et hazards ou l’on étoit ici alors, puisque à peine osoit-on paroitre à sa porte pour y aller chercher de quoi vivre. Feu Raguideau étant allé à la chasse avec plusieurs personnes dont il avoit le commandement, M. Debellètre étant aussi sorti de l’'Habitation avec un parti dans le même temps pour le même dessein, ces deux partis se
(1) Gette Justice enlevée aux Seigneurs de l'Ile de Montréal par M. de Mesy en 1663, leur fut rendue par M. Talon en 1667. (J. V.)
(2) M. Jacques Le Ber ; j'ai son autographe. (J. V.
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joignirent à deux isles qui sont un peu audessous de ce lieu (1) où ayant tué des bêtes ils envoyèrent un canot devant eux chargé de viande à l'Habitation,— Or comme on ne peut remonter ce fleuve à la rame sans être proche de terre pour éviter le courant, ce canot chemin faisant le long du rivage se trouva vis-à-vis d’une embuscade qui fitune décharge laquelle tua ou blessa 3 ou 4 hommes qui étoient dans le canot, cela fait un Iroquois accourut afin de tirer le canot de l’eau, mais un de nos gens qui étoit encore en état de se défendre jetta roide mort d’un coup de fusil l’Iroquois qui venoit à lui, cela fait il mit au large, les autres Iroquois s’encoururent à leur canot apparemment pour poursuivre ros gens moribonds et blessés, mais voyant M. Debellestre, Saint George et autres françois lesquels venoient au secours ils changèrent le dessein en celui de s'enfuir (2). Au mois d’août de cette année deux françois étant tout proche du Montreal en canot, tout d’un coup ils furent tués roides morts sans avoir le loisir de voir ceux qui les chargeoïent (3) ; enfin on avoit tellement l'ennemi à craindre de toutes parts en ce lieu et il y auroit tant d'exemple facheux à rapporter que nous n’en manquerions pas d'en trouver d'aventage, mais ceux-ci sufliront pour donner une idée générale du tout. (4)
(1) Les iles Ste. Thérèse, selon M. de Belmont. (J. V.)
(2) «1664, Mai 4.—Michel Théodore dit Gilles, tué à la Longue-Pointe ” (Registre de la Paroisse.) (J.V.)
(3) «1664, Août 9.—Jacques Dufresne et Pierre Maignan, tués à l’isle Ste. Hélène ” (Reg. de la Par.) (J. V.)
(4) Il semble que notre écrivain n'aurait pas dû oublier de noter le retour de France de Melle. Mance, que le Journal des Jésuites fixe au 25 Mai 1664. {J. V.)
HISTOIRE DU MONTREAL
De l'automne 1664 jusqu'à l'automne 1665 au départ des Vaisseaux du Canadas,
Plus de la moitié de cette année se passa sans qu'il y eut rien de funeste parceque on se tint toujours bien sur ses gardes, mais dans le mois de Juillet M. Lemoine ayant eu envie d'aller à la chasse, il demanda et obtint congé d'y aller avec quelques Sauvages de la Nation des Loups avec lesquels il alla nonobstant quelques avis qu'on lui donna particuliers, touchant les ennemis qu’on croyoit n'être pas loin, mais son peu de crainte empêcha d'examiner ce qu'on lui en dit ; il ne fut pas très loin qu'étant entré dans l'Isle Ste. Thérèse pour chasser, il fut attaqué par les Iroquois qui le surprirent seul, lui crièrent de se rendre, ce que ayant refusé et les ayant couché en joue, reculant peu-à-peu, les ennemis avancoient toujours sur lui; ce que voyant résolut de vendre sa vie qu'il tenoit pour perdue, il tira son coup de fusil mais au lieu de frapper celui qu'il visoit, il n’atrappa que les branches des arbres à cause d’un chicot qui le fit culbuter, s'étant relevé ar:c promptitude il s'enfuit de son mieux, mais il fut pot suivi si vivement qu’enfin il fut atteint, environné et pris : d’abord qu'on eut cette facheuse nouvelle au Montreal on envoya du monde après les Iroquois mais ne les ayant trouvé, on fut obligé de revenir ici, on ne faisoit aucun doute qu'il ne fut trèscruellement brulé à cause que jusqu'alors ils avoient fait tous leurs efforts tant par trahisons que par force ouverte afin de l’attrapper et de satisfaire par là à la dévotion de
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leurs Vieillards qui, depuis plusieurs années, amassoient de temps en temps du bois pour le bruler, faisant toutes ces sottises devant eux afin de les animer à en faire capture : que si il est réchappé ce fut par ce qu'il leur dit étant parmi eux: “ ma mort sera bien vengée, je t'ai souvent menacé qu'il viendroit ici quantité de soldats françcois lesquels iroient chez toi te bruler en tes villages, ils arrivent maintenant à Quebec, j'en ai des nouvelles assurées ; ’—Cela leur fit peur et les obligea à le conserver afin de moyenner leur accommodement pour lequel sujet ils le ramenèrent à l’automne sans lui faire aucun mal, il est vrai que cela a été considéré comme un petit miracle à cause de la haine qu'ils lui portoient, aussi on peut dire que sa femme dont la vertu est ici un rare exemple peut bien avoir contribué tant par sa piété que par ses vœux pour cette délivrance si peu attendue ; Mais venons à l'arrivée des navires afin de dire un mot de ce grand mon:de qui vint cette année au Montreal et afin d'annoncer avec ingénuité que si la joie en fut extrème à cause de la bonté que le roi eut d'y faire briller ses armes victorieuses et de rendre désormais libre le passage de la mer aux lévites de J.C. qui la voudroient traverser, afin de venir en ces lieux desservir l'Arche de notre nouvelle alliance : toute-fois ces joies dans les plus éclairés furent détrempées de beaucoup d’amertumes lorsqu'ils virent M. de Maison-neufve leur père et très-cher Gouverneur les quitter cette fois-là tout de bon et les laisser dans d’autres mains (1), dont ils ne devoient pas espérer le
(l) V. Appendice. No XI (J.V)
Extraits des Registres de l1 Paroisse : 1665, Avril, 24.-Rolin Basile, tué : Guill. Jérome, blessé à mort ; Jacques Petit et Montor, pris et emmenés par les Iroquois."- (Voir App. No. XV.) ‘“ Mai, 29. Jeanne Osibanoche de la nation des Loups-proche les Anglois, morte de blessures reçues des Iroquois”.— ‘ Août, 28. Pierre Raguideau, tué par ces sauvages.” (J.V.)
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