‹ Mémoires de la Société historique de Montréal [microforme]Chapitre 10 sur 22 · LY · texte numérisé non relu

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(1) J. Bte. Moyen de Paris, enterré le 29 Octobre, mort de blessures reçues le 25, à environ 19 ans. (J. V.)

(2) Bu Chesne, Joseph, était de Dieppe et âgé d'environ 20 ans. (J. V.) (3) Le nom de Cuillérier, non Cuillorier, existe encore au pays. (J, V.)

dans les autres canots,—‘“tout mon regret dans l’état ou je suis est d’être la cause que vous soyez en l’état que vous êtes ! prenez courage et endurez pour Dieu.’—Ces paroles prononcées dans un état aussi digne de compassion que celui ou il étoit crévoient le cœur de tous nos pauvres captifs, enfin on les emmena les uns et les autres au pays de l'ennemi hormis M. Vignal qu'ils ne trainèrent pas bien loin car le voyant trop blessé pour faire un long voyage ils le brülèrent pour l’achever et lui donnèrent lieu d'offrir à son Créateur le sacrifice de son corps en odeur de suavité, étant brülé sur un bucher comme le grain d’encens sur le charbon sans qu'il restat rien de son corps, si nous joignons à ces flames la dent des Iroquois qui en fit un holocauste parfait (1); Pour ce qui regarde M. Brigeart ils le firent pareillement brüler, mais Dieu le voulut favoriser d’une croix beaucoup plus cruelle dans la mort, ou il souffrit prodigieusement et ou il endura d’une façon admirable comme vous l’allez voir : Ces cruels l'ayant fort bien guéri à force de le bien traiter, pour le mettre en état de leur donner plus de plaisir en le rendant capable de plus horribles souffrances, aussitôt qu'ils le virent en bon point et entièrement remis des grandes plaies qu'il avoit reçues au combat, ils commencèrent son supplice (2), afin de lui faire payer la mort de leur Capitaine aussi chèrement qu'ils pouroient, ils lui arrachoient les ongles, lui arrachoient les bouts des doigts et les fumoient. ensuite, ils le coupoient tantôt dans un endroit, tantôt dans un autre, ils l’écorchoient, le chargeoïient de coups de baton, lui appuyoient des tisons ardens et des fers chauds sur sa chair toute nue, enfin ils n’épargnèrent

(1) Voir App. No. XIV. (9. V.) (2) A Onneyouth, dit M. de Belmont. {J, V.)

rien pendant 24 heures que le supplice dura, durant lesquelles voyant son admirable patience ils en enrageoient, forgeoient de nouveaux moyens pour le faire souffrir davantage; lui au milieu de ces tourmens atroces ne faisoit que prier Dieu pour leur conversion et salut ainsi qu'il avoit promis à Dieu de le faire se voyant sur le point d'entrer dans ces tortures, comme il l’écrivit lui même en ces temps-là au R. Père Lemoine qui étoit dans une autre Nation iroquoise. M. Cuillorier qui avoit lors sa vie assurée fut merveilleusement surpris d'un tel prodige de patience et vertu qu'il voyoit dans la mort de cet homme de bien. Les Iroquois qui en étoient les bourreaux en étoient si hors d'eux-mêmes qu'ils ne savoient qu’en dire : au reste quant à nous, nous nous en étonnerons moins si nous faisons réflection sur sa vie et sur le dessain qui l’a fait venir en ce pays, puisque sa vie étoit fort sainte et qu'il n’étoit venu ici pour autre intention qu'afin d'y offrir à Dieu un pareil sacrifice, y risquant sa vie pour son amour en assistant les habitans de ce lieu ou ils étoient si exposés (1) : Mais passons outre pour venir au combat funeste du 7 février qui nous ravit notre illustre Major, par la lacheté d'un Flamand qui étoit son domestique lequel l’abandonna, ce qui donna beaucoup de cœur aux ennemis qui le tuèrent lui quatrième (2). Sans que ses deux pistolets lui manquèrent, il eut changé la fortune du combat ou quelques-uns eussent porté de ses marques, d'autant qu’il étoit extrêmement bon pistolier et que sa générosité lui donnoit une grande présence d'esprit parmi

(t) Voir Appendice No. XVI. (J. V.)

(2) Les Registres de la Paroisse donnent à ce combat la date du 6 et non du 7 fév.—Voici l'entrée qu’on y lit : “1662, fev. 6. Le sieur Lambert Closse, sergent-major de la garnison, Simon Le Roy, Jean Lecompte et Louis Brisson, tués par les Iroquois.” (J. V.)

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les coups dont il n’étoit nullement troublé : Ce malheur lui arriva premièrement à cause qu’il alloit secourir des gens attaqués, selon son bon zèle ordinaire, laquelle action étant délaissée par ce pagnotte (1) que nous avons marqué au milieu des coups l'ennemi prit cœur et fit l'esclande dont nous parlons, que si cet étranger avoit eu le courage d’un Pigeon françois qui étoit son campagnon de service lequel avoit la moitié moins de corps et d’apparence que lui ; M. le Major seroit peut-être aujourd’hui encore en vie, car ce pigeon fit merveille et s’exposa si avant que s’il n’eut eu de bonnes ailes pour s’en revenir il étoit perdu lui-même et ne fut jamais revenu à la charge: au reste si ce brave Mons. Closse, major de ce lieu, mourut en cette rencontre il mourut en brave soldat de J.C. et de notre Monarque, après avoir mille fois exposé sa vie fort généreusement, sans craindre de la perdre en de semblables occasions, 6e qu’il fit bien voir à quelques-uns qui lui disoient peu avant sa mort, — qu'il se feroit tuer vu la facilité avec laquelle il s’exposoit partout pour le service du pays, —” à quoi il repondit—" Messieurs, je ne suis venu ici qu'afin d'y mourir pour Dieu en le servant dans la profession des armes, si je n’y croyois pas mourir je quitterois le pays pour aller servir contre le Turc et n’être pas privé de cette gloire :” Quelques temps après ce désastre, il arriva un trouble assez grand pour un certain personnage dont le pays a été délivré depuis. Cet homme par ses menées secrètes et discours pestilantiels qui n’épargnoient personne eut allumé un grand feu si Dieu ne l’eut bientôt éteint par sa miséricorde comme

(1) Ce mot que nous avons déjà vu page 147 n’est point un nom d'homme, dans ce cas particulier au moins, mais un vieux mot français signifiant lâche où poltron et s'écrivant pagnole. (J. V.) M. Margry croyait le contraire. Pigeon, était le nom de l’autre domestique de M. Closse. Il parait qu'il était de petite taille.

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