CHAPITRE TROIS (a
De lafondation de l'hôpital de Ville-Marie.—2e, des moyens dont Dieu sc servit pour cela.— 3e, mademoiselle Mance est choisie pour l’administrer.
La Sainte Providence qui avait conduit et dirigé les affaires de la colonie du Montréal en si bons termes, savait bien qu’elle avait besoin d’un hospital, pour le secours des malades tant Français que Sauvages. Dans le temps même qu'on traitait fortement des affaires de celles-cy, le Saint- Esprit parla au coeur premièrement de mademoiselle Jeanne Mance, et en second lieu à madame de Bullion, (b) Voici comme la chose arriva: cette demoiselle estoit de la ville de Langres,(c) elle s’était donnée et consacrée à Dieu par le voeu de chasteté dès l’âge de six à sept ans, comme elle me l’a dit elle-mesme bien des fois, elle vécut dans la grande dévotion dans la maison de Monsieur son père qui ne s’y opposa jamais, par l’amour tendre et la complaisance qu’il avait pour sa fille, qui de ‘sa part agissait en toutes choses avec tant de prudence et de vertu, qu’elle ne luy causa ja-
a) Il y a ainsi 2 chap. 3 et 2 chap. 4.
b) Angélique Faure, fille de Genchard Faure, secrétaire du roi, et de Madeleine Brulart, nièce de Nicolas Brulart de Sillery, chancelier de France. Elle épousa en 1612, Claude de Bullion, surintendant des finances. Devenue veuve en 1640 et laissée très riche, elle consacra toute sa fortune aux bonnes œuvres. Elle était membre de la Compagnie de Montréal.
c) Mlle Mance était de Nogent et non pas de Langres. Elle était fille de Pierre Mance qui occupait à Nogent la charge de procureur du Roi. (Faillon, Vie de Mlle Mances, I, 2).
46 Annales de l’Hôtel-Dieu
mais aucun chagrin pour ses dévotions qu'elle adjusta toujours à sa volonté. Ce bon père mourut et laissa sa fille orpheline de père et de mère qui était décédée il y avait plusieurs années, ce qui la rendit entièrement maîtresse d’elle. même et de suivre les atraite de la grâce ; mademoiselle Mance se détermine plus que jamais d'’estre toute à Dieu et de souffrir quelque chose pour se rendre plus conforme à J. C. qu'elle avait choisy pour son époux dès sa tendre jeunesse, Parmi toutes ses pensées, qui occupaient tout son esprit, celle d'aller au Canada lui vint aussy, luy semblant que cela luy aiderait à gagner les bonnes grâces de celuy à qui seul elle recherchait de plaire, après la pensée le désir vint en elle si fort, qu'elle se résolut de venir à Paris pour chercher les moyens d'aller en Canada, elle s’en déclara à ses amis qui prirent ce discours pour un honnête sujet on prétexte d'aller en cette grande ville pour s’y faire voir, comme bien d’autres font. Son confesseur, même ne pouvant luy ôter ce désir, luy dit un jour, allez mademoiselle, allez en Canada je vous en donne permission; elle partit de Langres pour venir à Paris y apprendre le chemin du Canada, ce que chacun prenait pour une raillerie. Monsieur Dolbeau, son cousin, chanoine de la sainte chapelle l’y reçue fort bien, tous ses entretiens étaient du Canada, n’en ayant point en elle prit plus de plaisir; elle fit plusieurs connaissances et amitiés avec ceux qui savaient le projet de la nouvelle colonie du Montréal, ce qui luy donna beaucoup de joie et de consolation voyant une si belle porte ouverte pour accomplir son désir, particulièrement avec un religieux de l’ordre de St-François Récollet(d) et un Père de la doctrine chrétienne qui avaient beaucoup de bonne volonté pour ce nouveau pays et luy procuraient tout le bien qui leur estoit possible auprès de leurs amis et pénitents, car dans ce temps- Jà le Canada estait en vogue et la fondation de l’hospital d2
d) Le R. P. Rapin, provincial.