‹ Mémoires de la Société historique de Montréal [microforme]Chapitre 16 sur 59 · CHAPITRE CINQ · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQ

1—Monsieur D'Ailleboust reçoit honorablement Monsieur de Chomedy et Mademoiselle Mance. 2—Ils hivernèrent à Kebec. 3—Leur arrivée à Ville-Marie.

Nous avons lieu de croire que le navire de Messieurs de la compagnie qui portoit nostre espérance et le fondement de la colonie du Montréal, partit de La Rochelle dans le mois de juillet ou d’aoust de l’année 1640,(4) puisqu'ils n’arrivèrent à Kebec que dans le mois d'octobre suivant. Monsieur d’Ailleboust, (e)qui estoit lors gouverneur général du Canada, fut bien joyeux de voir arriver un navire de France, dans un temps qu'il n’en attendait pas, il le fait saluer par des décharges de plusieurs canons, à l’ordinaire et ayant su que Monsieur de Chomedy et Mademoiselle Mance estois dedans, il les fit redoubler et alla luy-mesme les recevoir à la descente du navire, les mena dans son fort, où il les régala de son mieux. Madame Marie de Boulogne,(f) son espouse, qui estoit une dame d’une dévotion et vertu très particuliére, qu'on tient avoir veseu avec mon dit sieur d’Aillebous:, son espoux, à peu près comme saint Elzéar et sainte Delphine, fit amitié avec Mademoiselle Mance, à la mode des

e) M. de Montmagny était alors gouverneur, M. D'’Ailleboust ne fut gouverneur qu’en 1648. Il ne serait même arrivé au pays qu'en 1643. Il est difficile de s'expliquer comment la Soeur Morin l'a fait recevoir M. de Maisonneuve à Québec en 1641.

f) Marie de Boulongne esc inconnue. Il s’agit de Barbe de Boulogne ,née en 1618, femine du gouverneur, décédée chez les Hospitalières de Québec le 7 juin 1685.

58 Annales de l'Hôtel Dieu saints qui s'aiment en Dieu et pour Dieu, ce qui a continué tant qu'elles ont esté ensemble, vivant en union et cordialité mutuelles, comme si elles avois esté soeurs; tout le débat qui a paru entre elles estoit à qui se déferait le plus en toutes occasions, et qui auroit la dernière place; elles ne s’appeloient point du nom de madame ni mademoiselle, mais seulement ma soeur, Mademoiselle Mance fit de fréquentes visites aux deux couvents de religieuses qui estois à Kebee, pendant son hivernement, toute sa joie estoit de les voir et converser avec elles, tant par l’amour et le respect profon1 qu'elle avoit généralement pour toutes les personnes consacrées à Dieu, que par la connaissance qu'elle eut de leur mérite et de leur vertu, ce qui l’engagea à leur donner son estime et à rechercher leur conversation; leurs supérieures per. mirent qu'elles la fissent entrer parmy elles à cause qu'ils connurenthien quecette demoiselle estoit vraiment religieuse,en vertu etpiété qui paroissoit en elle avec éclat et puis on la respectait autant dans le monde que Madame la Gouvernante,(g) quoy qu'elle ne le rechercha pas, elle fit encore grandes connaissances avee Madame de la Peltrie,(h) fondatrice du couvent des Révérendes Mères Ursulines, qui pour elle eurent toujours un profond respect joint à une estime revenant à son mérite, distinguée en tout, Madame de La Peltrie de sa part recevoit Mademoiselle Mance dans son couvent avec toute l'honnêteté possible, selon la petitesse et pauvreté du Canada, qui ne permet que le [....1] nécessaire en tout, lia amitié avec elle comme de soeur à soeur, luy pro-

g) M. de Montmagny était-il marié? Il ne l'était probablement pas en sa qualité de chevalier de Malte. L'erreur vient de ce que la Soeur Morin a toujours dans l’idée que ce fut M. d'Ailleboust qui recut M. de Maisonneuve et qui était marié.

h) Mme de la Peltrie, (Marie-Madeleine de Chauvigny) née à Alençon, en 1603, fonda le Couvent des Ursulines à Québec, en 1637, entra elle-même comme novice, en 1646, et mourut à Québec, le 18 novembre 1671.

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mit de monter au Montréal pour assister au premier sacrifice de la sainte messe qui y devoit estre célébrée et faire une neuvaine à la montagne tant renommée qui luy a donné le nom, qu'on regardoit comme un lieu de dévotion particulière pour des raisons que je n’ay jamais su assez bien pour en faire part aux autres, ce qui fait que je n’entreprend pas de l'écrire. Mademoiselle Mance passa ainsy le temps de son hivernement à Kebec fort doucement et avec beaucoup d consolation, dans l'entretien de plusieurs servantes de N. $. et du R. Père Jérôme Lalemant,(i) jésuite, homme d’un mérite rare et grand serviteur de Dieu, en qui elle prit confiance pour sa conduite particulière et qui a esté son directeur pendant qu'il a vescu. Monsieur de Chomedy ou Maisonneuve, qui avoit à peu près les mesmes inclinations que Mademoiselle Mance, fesoit les mesmes visites, cependant > temps luy ennuyait et paraissoit long à Kébec; il désiroit beaucoup le printemps pour commencer cette grande oeu-

vre et si attendue du ciel et de la terre, le commencement de cette colonie promise de Dieu à Monsieur de La Dauver-

sière son serviteur, à Monsieur Ollier qu'on tient avoir eu les mesmes lumières à l’égard de l’iske de Ville-Marie qu’'} a aimée et estimée comme un lieu ou Dieu devoit estre servv particulièrement et la très Sainte Vierge beaucoup ‘hono:rée et grand nombre de sauvages sauvés par la grâce dn Saint Evangile, ce qu'on a vu avec admiration et grande consolation de la part des gens de bien, qui mettent leur joie dans l’augmentation du règne de J.C. dans le premier temps, qui a duré environ 30 années, qu'on vivait icy comme dans la primitive église, selon le sentisaent de plusieurs

i) Le révérend Père Jérôme Lalemant, frère du Père Charles Lalemant et oncle du Père Gabriel Lalemant, martyr canadien, né à Paris, le 17 novembre 1593, entré dans la Société de Jésus en 1610, arrivé au Canada en 1638 et mort à Québec, le 26 janvier 1673,

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serviteurs de Dieu, à qui je l’ay ouy dire et qui déplorois avec douleur le relâchement dans la vertu et le progrès du vice qu'on y voit aujourd’huy. Enfin le printemps arriva, Monsieur de Chomedy et Mademoiselle [Mance] ne perdirent pas un moment pour disposer toutes choses au voyage de Kebec à Ville-Marie, où l’on compte soixante lieues de chemin, qui se fait par eau en été et l'hiver en raquettes, sur les glaces; à présent on le fait à cheval avec des tresnes qui sont les carosses du pays de Canada, ete.

Madame d’Aiïlleboust voulut estre de la partie avec Mademoiselle de Boulogne, sa soeur, qui depuis s’est fait religieuse ursuline à Kebee, soubs le nom de St-Dominique, (k} Madame de Lapeltrie avec une fille de chambre qu’elle avoit amenée de France et qu'elle a fait religieuse dans la suite, dans son mesme monastère, soubs le nom de St-Tgnace, (1) qui vit encore aujourd’huy dans une vénérable vieillesse et grande odeur de vertu s’y joignant aussy. Cette sainte et vénérable troupe s’embarqua avec Monsieur de Chomedy dans une chaloupe, qui est la voiture ordinaire du pays; ils partirent de Kebee, à ce qu’on peut conjecturer, dans !e commencement du mois de may,(m) puisqu'ils arrivèrent À l’isle de Ville-Marie, terre de promission et de grande espt- ‘ance, le 17e du dit mois; aussy tôt qu'ils aperçurent cette chère ville future dansles desseins de Dieu, qui n’estoit encore que des forêts de bois debout, ils chantèrent des cantiques de joie et d’action de grâces à Dieu, de les avoir amenées si heureusement à ce terme, comme les fsraélites firent autrefois, et mirent pied à terre dans le lieu où est bâtie la

k) Mgr Tanguay (Dict. Généol. 1) l'appelle Gertrude Philipe et la fait mère de Barbe de Boulogne. C'est l’annaliste qui a raison. Philippine Gertrude de Boulogne était la soeur de Mme d’Ail- Jleboust.

1) La Mère Charlotte Barré de Saint-Ignace, première professe des Ursulines au Canada.

m) Le 8 mai 1642.

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ville à présent. Mademoiselle Mance m'a raconté plusieurs fois par récréation, que le long de la grève, plus d’une demi-lieue de chemin ci-devant, on ne voit que prairies émaillées de fleurs de toutes couleurs,(n) qui fesois une beaut charmante; après avoir descendu de la chaloupe et mis pied à terre, Monsieur de Chomedy se jeta à genoux pour adorer Dieu dans cette terre sauvage, et toutes la compagnie avec luy qui, tous ensemble, rendirent les devoirs de religion à la supresme Majesté de Dieu, quine luy avois point encore esté offerts en ce lieu barbare, hebité par les nations qui nous font la guerre aujourd’huy jusqu’à lors.

Ils chantèrent encore des psaumes et des hymnes au Seigneur, puis les hommes travaillèrent à dresser des tentes ou pavillions, comme de vrais Israélites, pour se mettre à couvert du plus fort des pluies et des orages, qui furent grandes et extraordinaires cette année-là; le lendemain matin on dressa unautel, où toutes nos dames épuisèrent leur industrie et leurs bijoux, et firent en ces rencontres tout ce que leur dévotion leur suggéra, sur lequel le R. Père Dupairon,(o) jésuite, offrit la sainte victime J.C.N.$, à son père éternel en odeur de suavité. Le 18e jour du mois de may de l’année 1641,(p) on ne peut pas dire la joie et la consolation que ressentit alors cette troupe élue, car je les croy toutes des saintes; on entendoit de tous côtés que des voix de cantiques, d'hymnes et psaumes en action de grâces et de louanges à Dieu, surtout de nos dames, qui en firent leur principale affaire, pendant que les hommes commencé. rent à travailler pour se faire du découvert et mettre leur

n) Cet endroit en face de Montréal sur la rive sud a été concédé en seigneurie aux Pères Jésuites sous le nom de Prairie de la Madeleine en 1647, le ler avril, par François de Lauzon, fils de Jean de Lauzon. Mém. Soc. Hist., II, p. 69.

o) Le Père Joseph Imbert du Perron, arrivé à Québec le 1er juillet 1640, et retourné en France le 6 septembre 1658.

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vie plus en assurance, Monsieur de Chomedy voulut abattre le premier arbre, disant qu'estant le Gouverneur, cet honneur luy estoit dû, La place où frt dressé le saint autel et dit la première messe a servy depuis à bâtir la maison du fort de Monsieur de Maisonnéüuve, si renommée, et qui a susisté jusqu'en l’année 82 ou 83, qu'on acheva de la démolir, quoy qu’elle ne fut que de bois, et où est à présent la maison de Monsieur de Caïillière,(q) notre gouverneur d’aujourd'huy. Monsieur de Chomedy, qui ne cherchait qu’à glorifier Dieu et travailler à sa propre sanctification et à celle des personnes que Dieu Iuy avoit [uni] dans son oeuvre, s’appliqua à establir plusieurs petites pratiques de vertu et divotion, simples et humbles, à quoy il fesoit tout aboutir; il composa une fraternité de cinq frères et de cinq soeurs, il se mit le premier des frères avec Monsieur Lambert Closse, (r) Monsieur Lucau,(s) Monsieur Minime Barbier, (t) Mou. sieur Prudhomme: (&) les soeurs estois Madame D'’Aülleboust, Madame de la Peltrie, Mademoiselle Mance, Mademoiselle de Boulogne, Mademoiselle, (v) que j’ay dit servir Madame de la Peltrie; ils ne s’appelois que frères et soeurs, s’6tudiois à se déférer en tout, à servir tous les autres, quand ils aurcient besoin d’eux, à les consoler, à servir les malades,

a) A l'endroit où se trouve l'ancien édifice de l'assurance Royale, et qui est devenu plus tard l'édifice des douanes; depuis 1916, plusieurs services de l'Etat y ont leurs bureaux. (No 1 Place de la Commune, Place Youville, Place Royale).

r) Lambert Closse, sergent-major de Ville-Marie, tué par les Iroquois en février 1662.

s) Léonard Lucault, dit Barbeau, arrivé en 1643, tué par les sauvages en juin 1651.

t) Gilbert Barbier dit le Minime, charpentier, arrivé en 1642, avec la deuxième recrue et inhumé à la Pointe-aux-Trembles de Montréal, le 15 novembre 1693.

u) Louis Prud’homme, brasseur, arrivé en 1650, et mort à Montréal, le 2 juillet 1671.

v) Mademoiselle Charlotte Barri.

&e. ; ils firent quantité de neuvaines et pèlerinages à la montagne, à pied,et dans le risque de leur vie à cause des Trocois qui pouvois facilement se cacher sur les chemins et les y attendre à passer, n'ayant point encore aucun découvert, mais tout en bois debout et forêts fort épaisses; cela ne refroidissoit point la dévotion de ces dames, ni la peine de monter en haut de cette montagne roide et escarpée, en sorte que les personnes les plus robustes y travaillent et suent beaucoup aujourd’huy que les chemins y sont battus. Ce qu'elles firent pendant neuf jours de suite en la compagnie des cinq frères et de quelques autres encore, cependant les ouvriers travaillois à mettre le Seigneur à couvert de la pluie, on bâtit pour cela une petite chapelle de 9 à 10 pieds, en carré, voûtée et proprement faite, joignant lamaison de Mademoiselle Mance et de laquelle on y communiquoit, qui nous a servy depuis de tour et parloir bien des années; après qu'on eut fait une église, dans laquelle chapelle le très Saint Sacrement reposoit, et comme nos Israélites n’avois point d'huile pour faire brûler une lampe jour et nuit devant l’autel, ils s’avisèrent de mettre dans une fiole de verre fin plusieurs mouches à feu, qu’on appelle à feu, qui ne paroissent que dans l’été,qui fesois paraître cette fiole aussy claire et reluisante pendant la nuit que sy il y avoit eu plusieurs petites bougies d’allumées dedans, tant la dévotion et le zèl» est industrieux, &c.

La place où a esté bâtie cette première chapelle est dans l’enclos de notre hospital, entre le bâtiment de l’apothicairerie des pauvres et leur boulangerie, environ à 12 ou 15 pieds de la rue; on travailloit tout à la fois par l’ordre de Monsieur de Chomedy à abattre les arbres et à les écarir pour faire des maisons. On commença par le fort qui estoit assez grand pour contenir la colonie du Montréal, qui y logen en effet toute entière assez longtemps pour estre mieux disposée à se défendre contre les Irocois; on fesoit garde ou sentinelle jour et nuit, pour mettre leur vie en assurance;

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car avec tout cela, ils n’aurois pas échappé aux armes des Irocois, sy le Seigneur n'’avoit veillé à leur défense et salut, &e.

On bâtit aussy une maison à Mademoiselle Mance, joignant la chapelle qui estoit assez raisonnable, pour n'’estre que de bois, où il y avoit une cuisine, une chambre pour elle, une pour ses filles et une pour les malades dont elle estoit l'infirmière et la mère, de plus une grande chambre à côté qui a servy à loger plusieurs années Messieurs les prestres de St-Sulpice, seigneurs du dit Montréal, pendant qu'ils se bâtirent un séminaire qui leur servoit de cuisine, de salles, de dortoir et de réfectoire, &c (w)

Cette mesme chambre servit aux mesmes offices à nos premières mères qui ont fondé; je le donnerai à connaître plus amplement aillieurs, et je eroy aussy que les R.R. Pères Jésuites, qui ont esté les premiers pasteurs de ce troupeau, les R.R. pères Lemoyne(zx) et Priar s’y retirois aussy; pour ce qui est du R. père Dupairon, je ne eroy pas qu’il s’y soit logé car elle n'étoit pas faite de son temps. Les hommes travaillois incessamment à faire des déserts et apprester les terres pour y semer du bled, ce qu’on ne put faire qu'après bien des années; il me paroit que cela a pu aller jusqu’à 3 ou Jans, pendant lesquels M. de La Dauversière envoyoit des farines de France et tout ce qu’ils avoit besoin, et on peut dire à la louange de sa charité qui estoit grande que les af. faires de sa famille ne le touchoit pas plus que celles de cette nouvelle église; mesme on a remarqué qu’il abandonnoït, ou du moins laissoit celles-là, pour vaquer à celles-sy ou à 1’4tablissement des filles de St-Joseph, qu'il ne comptoit que pour une mesme affaire, sachant par des lumières toutes cé-

w) Les seigneurs n'auraient donc point habité le fort, mais plutôt l'Hôtel-Dieu ou ce qui en fut le berceau.

x) Le Père Simon Le Moyne, arrivé au Canada en 1638 et d8cédé au Cap de la Madeleine, le 24 nov. 1665.

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lestes qu'elles s'établirois un Jour dans Ville-M rois les hospitalières, comme on voit

arie et en ge.

aujourd'hny,

Mém. St Morin.f

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