‹ Mémoires de la Société historique de Montréal [microforme]Chapitre 17 sur 59 · CHAPITRE SIK · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIK

Wonsieur de La Dauversière travaille à establir les Filles de St-Joseph en communauté; elles se perfeclionnent de jour en jour, tant pour l'extérieur que pour l'intérieur et fon dent des maisons de leur institut en plusieurs villes en peu d'années.

Je quitte done notre nouvelle colonie travailler inces samment à l’establissement spirituel et temporel de Vill: Varie pour venir trouver Monsieur dela Dauversière aumilieu deses chers enfants: je veux dire les Filles hospitalières de St-Joseph, de la ville de La Flèche, qui se perfecticnneut tous les jours, tant pour l'extérieur que pour l’intérieur ; l'odeur des vertus des ein, nremiers en attira bientôt plusieurs autres Quand elles furent au nombre de dix, il leur dressa des règles, leur fit prendre un habit qui les distin guoit dumonde et,qui estle mesme que nous portons aujourd’huy, excepté qu'au lieu du voile on avoit une coiffe de taffetas, et au lieu de la guimpe que nous portons, on en pertoit une carrée, comme les Religieuses de la Visitation de Ste-Marie, et un mouchoir à demi rond sur le col; tout le

reste de l’habit estoit semblable à celuy que nous avons maintenant, et noir aussy; et prenant cet habit elles firent les voeux que nous fesons, de pauvreté, de chasteté, et de servir les pauvres en union de charité, mais ils estois simpi®s

et sans pouvoir relever, ayant recours à l'autorité des évesques ordinaires; aussÿ avoir réglé très prudemment, dans ces premiers statuts, que les filles ne ferois pas les voeux pour toute leur vie du premier coup, mais seulement pour un an, puis pour 2 ans, jusqu’à neuf, et ce temps expiré, si elles demeurois contentes de la communauté et la communau-

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té d'elles réciproquement, elles les fesoit pour toute la vie, et pour lors ils étois perpétuels sans estre solennels pour cela.

Je souhaïiterois icy mes soeurs, pour votre édification et satisfaction, pouvoir vous faire connaître la perfection de vertu où parvint cette première maison en 18 ou 20 ans, par la fidèle et exacte observance des règles que leur donna ce saint législateur, toutes tirées du saint Evangile et des conseils de NS. C., tout cela soubs la direction des R.R. dé. suites qui avois la conduite spirituelle de cet institut naissant et de la sienne propre; personnages au reste d’un mirite fort distingué dans la compagnie comme ont esté les R.R. Meslan, Chauveau, Vaslier, de Lingendes et du Breuil, qui ont beaucoup travaillé avee Monsieur de La Dauversière à former et perfectionner cette oeuvre. Sen Directeur l’obligeoit, quoy que laïque, de diriger celles de ces filles qui le souhaitaient et de leur faire des exhortations à portes eloses. Ma Sr Macé m'a dit depuis deux jours que cela arrivoit souvent, estant toujours disposé et des matières préparées quand on l’en priait, qu'une fois il en fit trente de suite, si touchantes, que toutes les sceurs en sortois baignées d° larmes :il faudrait une meilleure plume que la mienne pour vous faire comprendre quelques parties de la perfection et ferveur où estoit cette communauté et les grâces abondantes que Dieu versoit sur elles, tant pour le spirituel que temporel et bon estat des affaires extérieures, où pour parler plus correctement, vertus intérieures et extérieures: comme l'amour de Dieu, la charité du prochain, l’humilité, l’obéissance, le silence, l'exactitude ou ponctualité au règlement, la mortification y reluisois avec éclat et paroissois avec grand lustre; la bonne odeur de ces vertus attira sur elles sans v penser l'estime et vénération publiques. Plus de 490 filles furent recnes, toutes d’un mérite particulier, ave: des dispositions à la vertu telles que les devois avoir des personnes

choisies de Dieu pour estre les fondements d’un ordre nou-

68 Annales de l’Hôtel-Dieu veau que sa Majesté vouloit donner à son église, dans ce siècle, qui se doibt multiplier comme les étoiles du ciel, selon la prédiction de son fondateur, qui arrivera indubitablement si elles se forcent d'imiter les vertus de leur père, le grand saint Joseph, qui a toujours esté l’admiration des autres saints, tant ceux qui sont au ciel que ceux qui sont encore sur la terre. N'est-il pas vrai mes soeurs que ce nous est un honneur et bonheur tout particulier d’estre seules religieuses qui, jusqu'à présent dans l’église de Dieu, aient reconnu le grand saint pour père et spécial protecteur auprès de Sa Majesté qui ne peut rien refuser à celuy à qui il est soumis et a reconnu et appelle son père sur la terre, à qui il a confié la garde précieuse de sa très sainte Mère et qui a esté le dépositaire des secrets du ciel révélés à sa sainte Epouse, et d’un trésor infiny de grâces qui luy sont toutes particulières et qu'il ne communique et partage avec personne? Encore, mes soeurs, que notre saint institut a esté fait dans la ville de Ville-Marie, comme j’ay déjà dit, il est pourtant vrai qu'on a fait trois establissements avant celuy-sy, savoir: celuy de Baugé, celui de Laval, et celuy de Moulins; ce fut l’année de la naissance de l’ordre que les Filles de St-Joseph furent demandées avec tant d'instances par les corps de ces villes qu'on ne leur put refuser. Monsieur de La Darversière n'’estant pas d'avis qu'on se pressit heaucoup de fonder dans la crainte de ce qui est arrivé que cette première mère ne fut épuisée de son lait er de sa substance, en donnant ses meilleurs sujets et qu'’ensuite elle ne devini malade de cet effort, ce qui est arrivé à la lettre, chacune le sait, et le relâche qui a suivy ces grandes évacuations spirituelles et que la maladie a duré trente ans et plus, qu'on peut dira avoir esté jusqu'à la dernière extrémité par l’état où a esté réduite cette désolée maison, prour ne vouloir pas prendre la stabilité et s’estre escartée des sentiments de son fonda-

teur, sur laquelle on peut dire que tous nos monastères ont gémy et pleuré comme J. C. sur le Lazare, mais aussy que

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nous avons la joie et consolation de voir ressusciter par !e zèle incomparable de la révérende mère des Essarts,(y) et de ses chères filles, nos soeurs du monastère de Beaufort-en- Vallée, laquelle v est allée en personne depuis 4 ans pour réparer les ruines et la remettre à son premier lustre et beauté, qui commence déjà à paroistre par la sagesse et la bonne conduite de cette grande ouvrière, que le bonheur suit dans toute cette entreprise, le Seigneur donnant des bénédictions abondantes à ces travaux. Je reviens à nos establissemenis dont je me snis escartée,

Mademoiselle la princesse d’Espinay, qui s’étoit retirée inconnte dans la maison de La Flèche, et qui y vivait eomme une personne du commun, soubs le nom de ma Sr de Lahaye, fat inspirée d’en fonder une maison dans la vill: de Paugé et un hospital en mesme temps,({2) comme on ie peut voir bien au long dans l’histoire de la vie de la princesse, imprimée depuis quelques années. On luy doans peur cet estahlissement ma Sr Renée LeJumeau pour Supérieure qui est présentement dans ce monastère, âgée de 78 ans, personne d’un rare mérite et vertu. assistée de mes Soeurs Busson et LeGras(a) et une Soeur domestique dont je n’ay pas su le nom, qui sortirent de }a sante maison de La Flèche te 23 octobre de l’année (1650). Environ un mois apres, 2 décembre, on fit l’establissement de Laval, ma Sr Anne de Cléraunay (b) vfut envoyée Supérieure; maSr Catherine Macé, assistante; ma Sr Judhit de Bresolles, instructrice; ma

y) Lézine Scholastique Berault des Essarts, née en 1633 ct décédée le 12 septembre 1702 à La Flèche.

z) Ja maison de Baugé fut fondée en 1643.

a) Renée Le Gras de Villette, une des fondatrices de Beaujeu: entrée en 1646, en même temps qu'une de ses soeurs, Jeanne, &t morte en septembre 1689, 19 jours après avoir été élue supérieure.

b) Anne Aubert de Cléraunay. entrée le 5 août 1645, fondatrice de la maison de Lavel, morte à Avignon, le 19 juin 1685.

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Sr Marie Maillet, dépositaire, qui sont les trois fondatrices de ce monastère de Ville-Marie; de plus, ma Sr Grandmaison, (ec) hospitalière, ma Sr Oussé,(d) sa compagne et ma Sr des Essarts, dont j'ay parlé ci-devant qui esitoit encore nevice,estant venue exprès de Laval, lieu de sa naissance, pour faire son noviciat à La Flèche, pour ensuite retourner au dit Laval, comme elle fit en compagnie de celles qui allèrent fonder ; elles menèrent encore une tourrière appelée Sr Urbanne. L'hospital estoit grand et bien fourny de malades; elles y souffrirent beaucoup de contrariétés de la part de la ville et des administrateurs qui les chicanèrent sur plusieurs choses, à quoi elles ne s’étois pas attendues, ce qui est ordinaire aux entreprises qui tendent à la gloire de Dieu, contre lesquelles le démen combat toujours pour les détruire S'il peut, ou du moins les traverser de plusieurs travaux, quanil il ne peut gagner autre chose ne croyant pas avoir perdu son temps quand il a contristé et affligé les serviteurs et servantes de sa Majesté divine qu'il haïit à mort, &

Le mois de mai suivant notre très honorée mère de La Ferre alla fonder à Moulins et laissa pour Supérieure en sa place ma Sr Anne Le Tandre, qui fut exelu? canoniquement et dans les formes par billets secrets, etc. Elle mesna avec elle Sr Théresse Hauard, ma Sr Le Ballem,(e) ma Sr de Ruigné(f) et Sr Jeanne Pillet,(g) soeur converse où domestique. C’est dans cet établissement où elle a trouvé la fin de ses travaux et la parfaite jouissance de son bien aimé, après lequel elle soupiroit avec des ardeurs de séraphin depuis bien des années qu'elle s'étoit consacrée à luy, &e.

On a envoyé pour Supérieure en sa plate ma Sr Jeanne

c) Jeanne Héreau de Grandmaison, entrée en 1649.

d) Probablement Marie Honze, mentionnée par M. de Laulnay parmi les fondatrices de Laval.

e) Soeur Claude LeBalleur, native d'Angers.

f) Anne Bidault de Ruigné, entrée en 1649.

g) Jeanne Pillet, soeur converse.

ie

Mémoires de Sœur Morin 71 de La Dauversière, fille du père commun ‘le toutes, et ma Sr Guittière; Je vous diray en passant mes soeurs que notre très chère et très honorée première mère de La Ferre souhaitoit beaucoup avoir avec elle ma Sr de La Dauversière à Moulins, à quoy Monsieur son père s'opposa pour des raisons qui nous sont cachées: ce qui fit qu'un jour, luy écrivant,elle Tuy dit:‘‘vous ne voulez donc pas me donner votre fille, vous me refusez cette consolation mais sachez qu'elle y viendra bientôt, et dans une cendition à «uoy elle ne s’attend pas”? Je laisse pour un peu de temps Monsieur de La Dauversière travailler à accroistre et perfectionner les Filles de St-Joseph et reviens voir Ménsieur de Chomedy que les

affaires de la colonie obligèrent de repasser après y avoir

demeuré 9 ou 10 ans.

TE eo

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