PREFACE
Je croy mes chères Sœurs qu'il est convenable de commencer ce petit ouvrage tout dédié à la gloire de la Ste famille de Jésus, Marie et Joseph, auicurdhuy, feste @e St. Pierre et de St-Paul de l’année 1697, puisque c'est à [tel jour] (b) que nos trois premières mères, qui ont fondé cette maison, s’embarquèrent à Ia [Rochelle] dans le navire qui Îles devoit porter en Canada, cù elles arrivèrent heureusement le jour de la nativité de la très Ste Vierge, l2 huit de sepbre suivant, devant la ville de Kébee, capitale du Canada, après avoir essuyé tous les dangers et périls de la mer, pendant une navigation de plus de deux mois, où elles coururent de grands risques de se perdre, avee leur navire,
£&) Le nom de Ville-Marie est le nom officiel de la ville de Montréal durant tout le gouvernement de M. de Maisonneuve. Après 1665 il ne reste d’un emploi courant que pour les officiers de justice de Montréal, sauf 2 ou 3, mais après 1726 il disparaît presque partout.
b) Le 29 juin 1659,
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qui fut battu des vents et orages si impétueux que plusieur: fois, tout l'équipage crut être perdu et se mit en estat de mourir, particulièrement nos chères Sœurs [quoiqu'’elles] (c) ne [devaient] pas craindre ce passage, (d) Peut-être que [N. Seigneur permettait] tous ces acci-
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dents afin de donner lieu à ses servantes de luy faire le sa- 4 à crifice de leur vie, et de tous leurs desseins qui étaient | grands et sublimes, pour l’entreprise desquels il leur fallait À s un grand courage et beaucoup de résolution, et encore plus À v pour les soutenir contre toutes les oppositions que le démon À à forma pour empêcher cette œuvre, se servant même des gens #4 à de bien pour cela, comme je le dirai dans la suite de cette ‘à vi petite histoire, lesquels pensant rendre gloire à Dieu, firent di tout leur possible pour engager nos chères Sœurs de repas- 4 p ser en France ou quitter leur institut qui n’était encore que L: fi dans les vœux simples, pour entrer en celuy des Religieuses É d hospitalières de St Augustin, (e) qui étaient venues de la 4 v ville de Dieppe, en Normandie, s'établir à Kébec vingt an- p nées auparavant, (f) et qui désiraient avec ardeur aller L. eu fonder Montréal, que la Ste Providence avait destinée aux 6 ù Filles de St-Joseph. à re Mais nos dites [Sœurs] n’écoutèrent point ces proposi- éà
tions et demeurèrent fermes dans leur premier dessein et 4 É. s’exposèrent de bon cœur, à toutes les croix qu’elles prévi- $
»€ rent bien, que leur fermeté leur attirerait de la part de A Monseigneur L'’évesque de Pétrée, pour lors, Vicaire apos- ee c) Les mots entre crochets manquent dans le texte original. à par suite de papier déchiré ou de l'écriture effacée, L tle d) Le récit de la traversée des religieuses et des immigrants : de en 1659 se trouve dans Faillon, Histoire de la Colonie Française, ï II, 346 et seq. et dans Faillon, Vie de la Sœur Bourgeois, I, 139 et de Bo | dans le Canadian Antiquarian de 1913, p. 63. à ré fi e) Les Religieuses Hospitalières de l’ordre de Saïint-Augustin, LE Mc Le dites Filles de la Miséricoide, établies à Dieppe. 4 li f) Les Hospitalières de Dieppe arrivèrent à Québec le 1er 4 me
Ï août 1639 et fondèrent l’Hôtel-Dieu. D TT
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Fiémoirés de Sœur Morin 3
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tolique dans tout le pays de La Nouvelle-France et de Monsieur l'abbé 4e [Kélus] (g) supérieur de la Communauté des prêtres :e St-Sulpice seigneurs de l’isle de Montréal, qui était demeuré sur les lieux avec cinq prêtres, (4) qui desservaient la paroisse et dont je parlerai souvent à la suite de cette histoire,
Or cet abbé était un homme de grande qualité, fort considéré dans le monde; en outre Seig’r du Montréal, tout cela ramassé et considéré à part, luy donnait le pouvoir de nuire à nos Sœurs comme il fit, premièrement, Il persuada à Monseigr l’évesque de ne point établir, luy alléguant plusieurs raisons pour luy persuader qu'il était plus advantageux à la colonie d’y envoyer les hospitalières de Kébec; ce qu'il luy promit, et luy a gardé pandant douze ans, avec bien de la fidélité, n’ayant rien espargné pour faire réussir le dessein de Monsr de Quélus d'établir les hospitalières de Kébec à Ville-Marie, où deux Religieuses s’y estois rendues, il y avait près d’un an, savoir: la R’nde mère de St-Paul, et de la nativité (i) pour prendre possession de l'hôpital, secrètement pendant l’absence de Mademoiselle Mance, qui devait rasser en France et lessait le dit hôpital sans protection, à ce qu'ils pensaient en étant la mère, et l’administratrice. Laquelle y mit si bon ordre qu’en son absence il ne fut pas permis aux dites Rses de servir les malades qu'avec la permission de Mademoiselle La Bardillière, (j) à qui Madelle
g) M. l’abbë Queylus.
h) MM. D’'Allet, Galinée, Souart, Lemaître et Vignal. Ces deux tlerniers cependant n’arrivèrent au pays qu’en septembre 1659, deux mois après les Hospital'ères de Saint-Joseph.
i) Mères Jeanne-Thomas-Agnè: de Saint-Paul et Marie-Renée Bouillée, de la Nativité, hospitalières de Québec, venues à Montréal en septembre 1658 pour prendre charge de l’Hôtel-Dieu de Montréal; elles retournèrent à Québec en 1659.
3) Marie Pournin, née en France en 1621. Mariée premièremert À Guillaume ile la Bard'llière; deuxièmement à Montréal, près y être venue veuve, le 24 novembre 1659, à Jacques Tes-
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Mance avait laissé tous ses pouvoirs pour l'administration dudit hôpital et qui rendait toutes les mesures de M. de Quélus toutes inutiles et partit pour France dans le moïs d’ectobre de l’année 1658 pour sommer messieurs de la compagnie de Montréal de luy faire avoir les Filles de St-Joseph que Mons. de la Dauversière Iuy avait promis pour y fonder et desservir l'hôpital des pauvres tant François que Sauvages,
D'autre part, ces révéreades mères firent leur possible peur qu'on obligeit les hospitalières que Mile Mance était allée quérir en France de s’unir à elles et prendre leur habit, puisqu'elles étaient acceptées par Messieurs de la Compagnie, et avaient contracté avec eux, ete, toutes ces diligences servirent de peu, puisque Dieu avait d’autres desseins comme on le verra à la fin.
Ce combat de nos chères Sœurs a duré douze ans durant lesquels on les a sollicitées fortement ou de retourne: en France ou de s’unir aux Religieuses; ce que le Seigr a permis pour exercer la vertu de nos chères mères et faire connaître leur fermeté dans leur dessein, Pendant tout ce temps elles souffrirent beaucoup de résister ausentiment de Monseigr l’évesque, de Monsr l’abbé de Quélus et des Révérans pères Jésuites qui se mirent ausky de la partie par complaisance. ayant d’ailleurs fait tous les pleisirs qu'ils ont pu aux Filles de St-Joseph, qui sont nées entre leurs mains et soubs leur direction puisque c’est eux qui ont conseillé et dirigé Monsr de la Dauversière dans son commencement et notre première mère Marie de La Ferre, (4) qui leurestois soumis en tout
tard, Sr de la Forest, chevalier, Capitaine dans la marine et encêtre des Testard de Montigny; troisièmement à Montréal, le G février 1668, à Jacques Roch Lamarque. Elle mourut à Montréal le 2 octobre 1699.
k) La Sœur La Ferre fut la fondatrice des Hospitalières de Saint-Joseph de La Flèche, qui vinrent prendre charge de ?’Hô- Dieu de Ville-Marie.
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