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Mémoires de Sœur Morin 6
avec une confiance toute filiale et pleine de respect à tous leurs sentiments, ete, (L)
Je reviens à Monseigr l’évesque de Pétrée qui était grand serviteur de Dieu et un homme tout apostolique qui ne fit jamais violence aux sentiments de nos Sœurs, se contentant de leur dire qu’elles luy feraient un grand plaisir de faire ce que Monsr l'abbé de Quélus souhaitait qu’il y voyait aussy leurs advantages en atirant sur elles et sur leur entreprise la protection de cet homme qui était en pouvoir de leur faire beaucoup de bien si elles voulaient entrer en ces sentiments, qu'il luy avait donné parole de ne les point établir dans les formes, et qu'il ne le ferait pas, qu'elles ne devaient pas espérer de recevoir de filles qui ne voudraient pas s’exposer à tant de peines et de contradictions, que celles, où elles devaient s'attendre, tout cela affligeait beaucoup nos chères mères mais ne les abattait pas; elles trouvaient leur consolation dans la pensée que Dieu les voulait de la sorte pendant un temps, et quoy qu'elles prévisent que la disgrâce de ces devx perscnnes leur attirerait bien des croix, rien ne fut capable de les fléchir, s’abandonnant an travail envers les malades, ai était grand, à cause de leur petit nombre, au froid, qui était extrême dans ces commencements, à la peur des Vrocois, qui était une espèce de martyre, et à la pauvreté n'ayant que très peu de chose pour vivre et qui leur repugnet beaucoup,n’y estant pas accoutumés, tout cela paraissait peu à ces grands cœurs qui auraient voulu donner leur vie pour N. Seigneur. Je vous assure mes chères Sœurs, qui lirez secy après ma mort, que tout ce que vous souffrez aujourd’huy dans cette maison est doux auprès de ce qu’elles y ont souffert dans son commencement,
1) Au sujet des épreuves auxquelles furent soumises les Hospitalières de la part de Mgr de Laval et de M. de Queylus, il est bon de comparer le récit de la Sœur Morin à la version qu’en
donne M. Faillon dans sa Vie de Mademoiselle Mance, vol. I, pp. 89 ss.
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vous cueillez des roses et elles ont eu les épines. Croyez qu? ce que je marque isy est la moindre partie de ce qu’elles ont souffert, mais de la belle manière, à la façon des saints, en désirant davantage, et comptant leurs travaux pour peu de chose, ce qui marque l’amour dont leurs cœurs étaient pénétrés et le désir de luy procurer de la gloire dans les oeuvres de leur sainte vocation, Leurs noms étaient Judhit Moreau de Bresolles, qui a étéla première supérieure, (#1) Catherine Macé, (n) qui a gouverné après elle au moins dix-huit ans, en plusieurs trianaux, (0) Marie Mailket, (p) qui est morte la première des trois, 18 ans après son arrivée dans ce pays, toutes trois d’une vertu signalée comme il était convenable, estant les fondements de cet édifice où sa divine majesté doibt estre servie et honorée jusqu’à la fin des siècles par un grand nombre de filles, qui, à leur imitation, offriront leur vie et leur santé pour estre sacrifiécs au service des pauvres malades soubs l’obéissance religieuse. Et comme j’ay plus de connaissance de ces choses que beaucoup d’autres, sans parler hardiment, estant la première fille qu’elles resurent en leur sainte compagnie. La 3e année après leur arrivée au Canada, j’ay eu le bonheur d’estre témoin oculaire de presque tout ce qu’elles ont fait et souffert et ne croyez pas mes chères Soeurs que j’exagère, mais persuadez-vous comme il est vray, que ce n’est que la moindre partie et que c'est pour votre récréation que je prends plaisirà écrire ceci.
m) La Soeur Judith Moreau de Bresolles apparténait à une noble famille de Blois Elle mourut le ler juillet 1687, à l’âge de 76 ans, après 54 ans de religion.
n) La Soeur Macé était originaire de Nantes. Elle mourut le 4 octobre 1700, à l’âge de 81 ans, après 65 ans de religion.
o) Comme encore aujourd’hui, les supérieures étaient élues pour une périore de trois ans.
p) La Sœur Maillet, après avoir été longtemps dépositaire, mour'it le 30 novembre 1677 à l’âge de 78 ans, après 42 ans de religion.
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Mémoires de Sœur Morin
car s'en est une de savoir les advantures, et les actions mémorables de ceux quy nous ont précédé dans les actions de notre estat, et je me flatte encore que vous en aurez de la censolation et vous trouverez animées à la vertu par ces exemples,
J'ay lu par le passé les fondations de Ste Thérèse avez assez d'application par le plaisir que j'y trouvais, mais il y en à peu, qui ais rapport à celles-ci, pour les contradictions et oppositions, de la part des gens de bien, qui sont les plus sensibles et la pauvreté qu'on y a souffert, dont je dirai les causes à la suite de cette petite histoire; j’ai attendu jusques iour d’huy à y travailler pour deux raisons, La première, mon incapacité; la seconde, mon peu de loisir, qui sont deux grands obstacles à surmonter tout à la fois, plusieurs de nos Soeurs de nos couvents de France m'en ont pressé fortement, ce qui m'a engagée d’en parler à ma supérieure, qui a approuvé mon désir etm’y a encouragée et permis d’y mettre tout le temps que je pourrais avoir de libre à moy, dans l'office de dépositaire (q) qui sera bien interrompu à cause que y aura à répondre à bien des ouvriers qui rebàtissent notre monastère qui brusla la nuit du 23e février, feste de St Mathias, apostre, de l’année 1695, vers les trois heures du matin, 36 ans après sa fondation dont j’écrirai les particularités ailleurs. Si je puis.
Les charpantiers massons, taillieurs de pierre, menuisiers ayant besoin de me parler souvent, cela me distrait de mon sujet, et me fait faire des répétitions mal à propos et couper trop court un discours commencé; ce qui me servira d’exeuse auprès de vous mes chères Sœurs, je vous en prie pour plusieurs fautes telles que je viens de marquer que vous remarquerez aisément, et si je ne savois vous faire plaisir en écrivant secy, je ne l’aurais jamais commencé, ne
a) La charge de dépositaire correspondait à l'emploi d’économe ou de procureur.
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voulant pas m'exposer à la censure des sages, qui possib'e se moquerois de mon antreprise,
A nos trois premières Sceurs s’en ajoutèrent trois autres, savoir: ma très honorée Soeur du Ronceray,(r) professe de notre couvent de Laval, qui vint exprès en qualit de supérieure pour nous faire faire les voeux solennels soubs la Reigle de St-Augustin, ete, qui estoit accompagnée de ma Soeur Le Jumeau,(s) qui avoit pris le voile blanc et fait le noviciat chez nos Soeurs de Laval, se réservant à faire sa profession isy pour nous donner son bien, elle prit le voile noir avant de partir de France, afin de cacher son intention et que le monde erut qu'elle estoit religieuse professe La 3e estoit ma Soeur Renée Babonneau,(t) converse, fille d’une vertu sublime connue et approuvée par plusieurs habiles directeurs Jésuites, qui mérite d’avoir place dans ce petit recueil puisqu'elle a eu part à la peine de celles qui ont fondé, ces trois-sy vinrent dix ans après les premières, en l’année 1669; nous les recumes comme des anges du ciel, avec une consolation qui ne se peut expliquer, elles de leur part témoignaient un grand contantement et un amour tendre pour nous. La petitesse de notre maison et sa pauvreté ne leur fit point de peur, ambrassant avec joie et amour, plus elles découvraient de disette, plus leur coeur estoit joieux d’avoir quitté la France pour s'unir à leurs Soeurs de Montréal, et partager les croix avec elles ; cette segonde
r) La Sœur Andrée de Ronceray, fille d'Antoine Du Vernay, sieur du Ronceray, médecin à Laval. Arrivée à Ville-Marie le 1er novembre 1669, elle retourna en France en 1672 et mourut à ia maison de Laval.
s) La Sœur Renée Le Jumeau de Lanaudière, quatrième sûpérieure de l'Hôtel-Dieu de 1675 à 1681 et de 1687 à 1690, mourut le 25 mai 1709, âgée de 92 ans, après 68 ans de religion.
t) La Sœur Renée Babonneau, était auparavant Sœur domestique à la maison de La Flèche. Elle mourut à l'HôtelDieu de Montréal le 30 janvier 1707, à l’âge de 90 ans, après 74 ans de religion.
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Mémoires de Sœur Morin
bande arriva à Montréal le jour et feste de tous les sainti, le premier de novembre de la susdite année 1669, Le lendemain, M. Souart,(u) notre confesseur, les mesna voir la mission des Sauvages au lieu nommé La Montagne (v) qu'ils les resurent avec des acclamations et cris de joie qui furent entandus de loin; elles de leur part leur firent beaucoup de caresses et mangèrent de leur aprêts, qui consistoit en sagamité faite de farine de blé d'inde cuite à l’eau, des sitrouiiles cuites dans la sandre et du blé d'inde fleuri, et en épis, qui sont des mets exquis et firent toutes les cérémonies du bon apétit quoy que leur coeur y sentit bien de ia répugnance, ete. De là, elles allèrent à notre ménagerie de St-Joseph(w) voir ce petit bien, qui nous aidait à vivre et nous donnait du pain et du let et quelques sitrouilles, ete. qui est à une demie lieue de la ville; dix ans après cette segonde bande, composée de deux, savoir: ma Soeur Charlotte Gaillard et ma Soeur Francoise Momusseau, de notre cou-
vent de Beaufort en Vallée(auw). La première jeune professe et la segonde en voile blanc, toutes deux advantagées de vertu et de mérites. Conformément aux desseins de Dieu, l’une est supérieure, aujourd’huy que j'écris cecy, et l’autre
u) L'abbé Gabriel Souurt, prêtre de la Compagnie de Saint- Sulpice, et premier curé de Ville-Marie, venu en Canada en 1657.
v) Mission des Sauvages, sur le site actuel du collège de Montréal.
w) Ferme. Habitation et dépendances servant à l'exploitation du fief St-Joseph donné à Jeanne Mance pour les pauvres. Sur le territoire de ce fief se trouvent aujourd’hui les paroisses Saint-Joseph et Sainte-Cunégonde.
ww) La Soeur Charlotte Gallard, originaire d'Angers, arriva le ler août 1679, fut la 7e supérieure, et mourut le 10 mars 1725, à l’âge de 74 ans, après 49 ans de religion.
La Soeur Françoise Maumusseau, qui fut la sixième supérieure, mourut le 16 janvier 1704, à 53 ans, après 25 ans de religion.
Bcaufort-en-Vallée, petite ville d'Anjou, aujourd’hui du département de Marne.et-Loire, à 16 kilomètres de Baugé
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‘iaitresse des novices. Elles arrivèrent chez nous le premier jour d’août de l’année 1619 à la grande joie de nos cocurs réciproquement. Monsieur Souart les mesna aussy à la mission des Sauvages qui les recurent avec toutes les marques d'estime et d'amitié, qu'ils font paraître aux filles considérables, et ensuite à St-Joseph et chez plusieurs de nos amis. Voilà toutes les religieuses qui sont venues de France de nos couvants jusqu’à cette année 1697, que j'écris cecy et qui seront peut-être les dernières d'ici à bien des années. Les guerres, qui sont dans l’Europe, de tous les côtés, ne permettant pas d'exposer des religieuses sur la mer, dans le danger d’estre prises par nos ennemis et souffrir plusieurs choses pires que la mort mesme, à des personnes consacrées à Dieu. D'ailleurs les fillés du pays commencent à bien faire, plusieurs entrent dans les couvants et quittent le monde avee grand courage mesme de celles qu’il comptoit pour siennes aimant beaucoup les vanités et les divertissements.
Tous les couvands du Canada sont remplis de bons sujets, mesme le nostre, qui depuis 33 ans qu’il est fondé, n'avait recu que neuf religieuses à la profession, quoy qu'on eut donné l’entrée à plus de trente filles depuis quatre ans on en a reçu dix, qui promettent beaucoup pour la vertu et les talents dont le Seigneur les a advantagées, si elles continuent la ferveur avec laquelle elles quittent toutes leurs satisfactions naturelles, mesme les plus innocentes, pour se donner et consacrer au service des pauvres malades soubs l’obéissance religieuse, Plusieurs sont des premières familles du Canada et si cela n’a pas empêché qu’on ne leur ait donné de bonnes espreuves pour s'assurer de la disposition de leur coeur et si elles cherchaient Dieu, en vérité. Je vous avoue mes Soeurs que c’est pour nous une consolation indicible de voir ces âmes venir chercher parmy nous le chemin du ciel et pour cela renoncer à la vie des sens pour en mener une toute surnaturelle et de grâces. Peut-estre est-ce à cause que j’ay resanty la peine d’estre peu dans un couvand qui
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