‹ Mémoires de la Société historique de Montréal [microforme]Chapitre 20 sur 59 · CHAPITRE HUIT · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUIT

Monsieur de Maisonneuve arrive en Canada pour la second fois en l’année 1653. (D)

Ce fut une joie et consolation inexplicable pour la nouvelle colonie du Montréal d'apprendre l'arrivée de Monsieur de Chomedy ou Maisonneuve à Kebec, escorté de cent hommes, ce qui estoit aussy considérable alors que le seroit mille aujourd'huy. Ce n'’estoit que des voix de réjouissance qu'on entendoit de toutes parts et des actions de grâces à Dieu, dans toute l’étendue de la petite Ville-Marie et à leur reine et protectrice, la très Sainte Vierge aux prières et faveurs de laquelle ils attribuaient d’abord tous les bienfaits du Seigneur envers eux, en quoy ils ne se trompaient pas; il fut recu avec toutes les acclamations et comme un autre sauveur de la colonie qui se voyoit tous les jours dans le danger d’estre sacagée, sans se pouvoir défendre contre ces ennemis qui estois beaucoup plus forts que nos François, dont le nombre estoit petit; je n’ay pas su au juste ce qu'il y avoit d'hommes, mais je scay qu'il n’y avoit encore que 14 femmes et 15 enfants; ces cent hommes leur servoit de corps de gardes pour les défendre comme bons soldats; ils se mirent à couper les bois et faire de grands abatis pour à sa suite faire de grands déserts; les charpentiers à écarir des mai sens; les menuisiers, couvreurs, scieurs de long, macons, à préparer des matériaux pour s’employer chacun de son métier à quoy ils se portois d’un grand zèle et désir de bien

1) Erreur, M. de Maisonneuve vint en 1642 et revint en 1645, 1647 et 1658.

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faire, Les mieux accommodés des habitants se firent de petites maisons de bois pour se retirer du fort dans lequel ils aveis tous demeuré jusqu'à lors sans qu’on y vit aucun différent entre eux, qui put blesser la ferveur de la sainte charité; celles à qui il échappait quelques mots de colère ou de mépris en demandoit pardon premier que de se coucher à ceux qu'elles avoit offensés aussy exactement que dans un monastère, bien fervent et régulier. Les R.R. pères Pijart(m) et LeMoynes,(n) jésuites, qui estois les pasteurs de ce troupeau, agissois avec eux à peu près comme un bon maistre de novice qui est toujours surveillant, qui loue, qui reprend, qui donne pénitence à ces novices bien disposés et friands de tels morceaux et qui reçoivent tout avec joie par le désir qu'ils ont de se perfectionner. 11 y en avoit peu q'u ne se confessasses et commnniasses tous les 8 jours et d'’a1tres plus souvent, On ne vovoit point de péchés publics, ni des raines ou raneunes, tous n'estois qu’un coeur en charité, toujours prêts à se servir et à parler des autres avec estime et affection, &c.

Monsieur de Chomedy, comme gouverneur, veilloit à la conservation de la vie; pour cela il establit une dévotion de soldats de la Sainte Vierge au nombre de 63,(0) autant que cette Divine Reine a vescue d'années sur la terre, qui en son honneur exposois tour à tour leur vie pour la conserver à leurs frères, faisant la découverte autour des déserts et

m) Le Père Claude Pijart de la Compagnie de Jésus, né à Paris en l'an 1600, arrivé au Canada le 14 juillet 1637 et mort à Québec, le 16 novembre 1683.

n) Le Père Simon LeMoyne, de la Compagnie de Jésus, né en 1604, arrivé au Canada le 50 juin 1638 et mort au Cap de la Madeleine, le 24 novembre 1665.

o) Il est possible qu’une organisation de ce genre ait prérédé celle du 27 janvier 1663, qui comprenait 20 escouades de 7 hommes chacune et dont la liste a été publiée dans la 3e livraison des Mémoires Soc. Hist. 1860.

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champs de bled pour avertir quand ils voyaient lesennemis ou leurs vestiges; celuy qui la fescit se mettiit en estat de mourir, se confessoit et communiait le matin du jour qui luy estoit marqué, à quoy il estoit ponctuel, sans jamais y manquer, qu'au cas de maladie,

Plusieurs sont morts dans cet exercice de la plus pariaite charité, ce qui nerebutoit point les autres et ne les empêchoit pas de se mettre au hasard d'être triés, parce qu'ils avaient l'honneur d'être soldats de la Vierge dans la confiance qu'elle porteroit leurs àâmes en paradis. Cette confrèrie a duré àcee qui me parois jusqu'au retour de mon dit sieur de Maisonneuve en France, car je me souviens, moy qui suis venue dans cette maison en 62, avoir vu pratiquer cette louable dévotion plusieurs années que ces bons soldats de la très Sainte Reine du ciel venois communier à la première messe qui se disoit en notre église qui servoit alors de paroisse et en a servy longtemps après. Vous serez sans doute bien aises mes soeurs que je vous dise un fait bien remarquable et édifiant en un homme du monde comme estoit Monsieur de Chomedy en apparence, car il es. toit vraiment religieux en piété, dévotion, bon comme un ange, ce qui luy a mérité la qualité de premier gentilhomme de la chambre de la Reine du ciel, il aimoit à se cacher en tout le bien qu'il fesoit et faire croire qu'il fesoit par nécessité bien des choses qui procédois uniquement de l'amour de Dieu et désir deluy plaire, Premièrement il n'avoit qu'un seul serviteur dans sa maison, pour faire sa cuisine qui estoit toujours bonne à son goût; sans faire aucune peine à son valet sur cela, exact à tous les jeûnes de l’église et d'autres encore de dévotion, quoy qu'il en souffrit beaucoup. Son habit estoit comme eeux des plus simples habitants, un capot de serge grise à la mode du pays. La soeur Marguerite Bourgeois l’a servy et demeuroit dans sa maison, les einq

premières années qu'elle fut en Ville-Marie, elle avoit soin de son linge et de son mesnage de chambre et de tous ses in-

8C Annales de l'Hôtel Dieu térêts; luy n’en avoit point du tout ne se souciant non plus d'argent que de fumier, ce qui a paru à tout le monde visiblement. S'il avait voulu négocier il auroit amassé plus de deux cent mille livres de bien par la traite du castor, qui en ce temps la valoit jusqu'à 10 et 12 francs la livre, et qu’il pouvoit avoir facilement et à souhait par la voie d’un trafic licite et honnête et sans blesser la conscience; mais l’amour de la pauvreté évangélique qui estoit dans son coeur fermoit les portes à tout désir de posséder. Il estoit soutenu dans ce sentiment par Mademoiselle \Munce, dont j’ay déjà parlé, et par la Sr Bourgeois qui avois tous les mesmes attraits que luy sur cet article et plus que nous n’aurions souhaité. Pour ce qui est de Mademoiselle Mance qui auroit laissé les affaires de son hospital en meilleur estat qu’elle ne l’a fait, si elle avoit esté plus mesnagère, qui estoit sur le bord de la ruine quand elle mourut. Il n’avoit pour tout revenu de sa fondation que 800 livres de rentes, pour les raisons que j’ay dites dy-devant, et chargé en cutre de plusieurs dettes. Je scay qu'en Canada il avoit plus de mille escus, sans ce qui estoit dû en France, que je ne scay pas, de plus le bâtiment du dit hospital qui tombait en pourriture, n'estant que de bois et bien vieux.

Voilà mes chères soeurs où en estois les affaires de notre hospital, quand nous primes l’administration de son temporel et au refus du séminaire de Messieurs les Seigneurs qui l’aurois remise entre les mains de quelques laïques, s’en voulant défaire absolument. Ta seule crainte de la ruine totale de ce pauvre Hostel-Dieu nous a fait prendre ce fardeau, qui est bien au-dessus de nos forces, et contre le sentiment de nos meilleurs amis, qui prévoyois bien les peines,

les travaux et peines sensibles que nous y ressentons aujourd’huy,

Mais je reviens à Monsieur de Maisonneuve dont je me suis un peu divertie, Il estoit sans pareil en constance dans

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l’adversité; ce qui auroit attristé un autre, ou mis en colère, ne fesoit que le, faire rire. et mieux divertir, trouvant des avantages à ce qu'il disoit, dans ces disgrâces, qu’on ne savoit pas. Quand ïilavoit des sujets de chagrin il rendoit visite à Ma Sr de Bresolles ou à la Sr Bourgeois, afin de rire à plaisir; elles riaient aussy avec luy et luy montrois gran.le joie de ses peines, ce’ qu’il aimoit beaucoup. Monsieur Souart(p) estoit ,aussy de ses amis dans ces occasions; je les ai vus rire des heures entières pour semblables sujets, &c.

C’étoit un homme de grande oraison, généreux, bon soldat. Comme il estoit le premier de la confrèrie des soldats de la Vicrge, il estoit le premier aussy à s’exposer au danger de la mort, il y couroit avec joie. Les deux dernières années qu'il a été à Ville-Marie, Monsieur le Gouverneur général qui estoit monsieur le baron d’Avaucourt(q) luy fit de grandes peines dans son gouvernement; ilne luy donnait point le rang qu'il devoit avoir auprès de luy, il fesoit publier les: ordonnances publiques contre son sentiment et mesme sans luy en rien communiquer, ce qui luy attira bien des reproches et du mépris de ses sujets. ce qu’il souffroit à sa manièr® ordinaire, riant de tout son coeur, et se rendant assidu auprès de Monsieur le Gouverneur pendant qu’il estoit à Ville- Marie, 1l se rendait complaisant à tout ce qu’il souhaitoit sans jamais le contrarier, se contentant de luy dire ce qu'il n’approuvait pas et puis le laissoit faire tout ce qu’il vouloit; en sorte que cet homme qui avoit l’esprit du monde crut qu'il ne savoit pas se défendre et qu’il le eraignoit; sur cela ilse rendit plus hardy à le mépriser en sa présence et devant ses sujets, dit un jour qu'il ne croyait pas qu’il eut

p) Gabriel Souart, prêtre de Saint-Sulpice, arrivé le 29 juillet 1657, premier curé de Ville-Marie, de 1657 à 1666, supérieur de 1661 à 1668 et de 1674 à 1676. Il mourut en France le 8 mars 1691.

q) Soeur Morin confond ici M. d'Avaugour avec M. de Mesy, gouverneur de mai 1663 À mai 1665.

Mér, Sr Morin--6.

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ces provisions de la cour; pour s’en assurer et voyant qu'il ne répondit rien, il erut qu'il estoit vrai et quoy que plusieurs personnes de mérite qui connaissois Monsieur de Chomedy, l’assurassent qu'il les avoit bien faites et signées mesme de sa Majesté, iln’en voulcit rien croire. Cette persécution dura deux ans, pendant lesquels il ne perdit de sa belle humeur, ni ne se plaignit point d’un procédé si dur d’une personne du mérite de Monsieur d’Avaucourt, (r) fort estimé dans le monde, souffrant tout cela avec une humilité et silence d’un novice fervent, mesme le commandement qu’1 luy fit de s’en retourner en France comme incapable de sa place et du rang qu’il tenoit icy de Gouverneur Ce que j'aurois peine à croire si une autre que la Soeur Bourgeois me l’avoit dit; il prit ce commandement comme ordre par où Dieu luy marquoit sa volonté et disposa toutes choses pour s’en aller en France la mesme année, ce qu’il exécuta non pas pour aller s’y plaindre du mauvais traitement qu’on luy avoit fait icy et revenir triomphant comme il l’auroit pu faire s’il avoit voulu, mais pour y vivre petit et humble, agissant comme un homme du commun n'ayant qu’un seul valet, (s) qu'il servoit plus qu’il n’en étoit servy, allant luymesme acheter ses vivres au marché. Une personne de mérite m'a assurée que l’estant allée voir à Paris, elle l’avoit trouvé dans les mesmes pratiques et sentiments qu’au Canada et que l’ayant fait manger avec luy, il alla luy-mesme quérir une bouteille de vin dans une auberge, ce qui l’a surpris plus qu’on ne sauroit le dire, ne croyant pas qu’un homme qui avoit encore l’hahit du monde mais très simple et modeste eut assez de courage de faire des actes pareils au milieu de la ville de Paris et de faire litière de l'honneur si publiquement.

r) L'auteur veut parler ici de M. de Mesy, mais c'est de M. de Tracy qui, en 1665, destitua M. de Maisonneuve.

s) Probablement Louis Frin, qui fut son domestique jusqu'à son décès. Voir Faillon, III, 114 et 116.

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Voilà mes soeurs quelques petits fragments des mérites ec de la vertu de Monsieur de Chomedy, premier gouverneur de Ville Marie, Montréal, qui en outre a esté un des melileurs amis et plus fort appuy que nos mères qui ont fondé ont eu dans leurs plus grands travaux; il les a üéfendues fortement et plaidé leur cause contre Monseigneur de Pétrée, Monsieur l’abbé de Quélus et les Pères Jésuites qui estoient contre elles dans ce commencement, comme j'ay déjà dit et qui voulois installer les révérendes mères hospitalières de Kébec enleur lieu et place, ouleur faire prendre leur habit. Il n’a jamais donné dans ces sentiments bien loin, il représentait fortement leur bon droit à ces personnes, les conseillait, les encourageait à souffrir et persévérer, les aidait à vivre par ses aumosnes, car elles furent bien des années sans aucun revenu, n’àyant ni fondation, ni pension nipas seulement 5 sous de rentes, comme je le ferai comnestre plusau long plus bas. En partant pour la France, il keur donna six mille livres quiluy estois dues parle magasin du Roy pour restes de ces appointements que nous avons touchées et reçues quelques années après, quinous ontfait un grand plaisir. J'ai omis, en parlant cidevant, deux articles considérables dont l’un prouve l’obéissance de Monsieur de Chomedy et l’autre son mespxzis et dégoût des adjustements du monde. Ma Sr Bourgeois, m'a dit que quand elle partit de France pour venir en Canada, en sa compagnie, seule de son sexe, elle ne le connaissait point du tout, quoy qu’elle eut demeu ré plusieurs années avec une dame qui estoit sa soeur, à cause que le château de Monsieur son père estoit éloigné de la ville de Troys; or sa demeure avec cette soeur m'avait fait croire qu'ils se connaissois et me l’a fait écrire de mesme ci-devant, en quoy je me suis trompée. Je ne vous ay point dit que Monsieur ide Chomedy père s’opposa fortement que son fils allât en Canada et qu'il n’y consentit qu'après qu'il l’eut assuré qu’il y amasse-

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rait plus de cent mille livres de bien et s’y ferait riche à jamais, selon son entente; mais luy, le prenant à la lettre, y consentit, aussy tost.

Peu de jours après s’estre embarqué sur la mer, la Sr Bourgeois, qui avoit soin de son linge, ramassa toutes ses dentelles et linge fin de son usage, dont elle fit un paquet qui tomba dans la mer et fut perdu; elle, bien en peine, fit tous ses efforts pour le faire repescher mais en vain, elle estoit bien affligée de cette perte qui estoit considérable, Madame sa soeur ayant pris le soin de cette provision qui estoit riche et très belle. La Sr Bourgeois qui ne connessoit pas encore son génie vint à luy toute tremblante luy annoncer cette perte, mais il n’en fit que rire, disant qu'il en estoit bien aise et que luy et elle estois bien débarrassés d’estre délivrés de tous ces ornements de Vanité,

Son confesseur luy dit un jour de se marier à cause de certaines peines d'esprit qu’il souffrait; luy bien en peine ne savait comment s’y prendre et y sentant des répugnances horribles, un jour il le dit à la Sr Bourgeois qui luy conseilla au contraire de faire un voeu de chasteté perpétuelle, ce (4) qu'il fit après avoir été consulter le père Jérôme Lalemant, jésuite, qui estoit à Kébee, qui fut du mesme advis, ce qui luy donna la paix de l’âme et de là en avant alla deux fois chaque année voir ce bon père et le consulter pour sa conduite spirituelle, qui passait pour un directeur fort éclairé. Je craindrais, mes Soeurs, que vous ne fussiez pas ententes si je nv vous disois pas quelqne chose de la Sr Bourgeois après vous avoir parlé de Monsieur de Chomedy son maistre.

t) Le Père Jérôme Lalemant, jésuite, né en 1593, arrivé en 1638, quatrième supérieur des Jésuites au Canada, mort À Québee Ie 26 janvier 1673.

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Elle le servit et demeura dans sa maison pendant cinq ans; il ne la considéroit pas comme sa servante mais comme une personne que N, $S. luy avuit donnée pour luy aider à se sauver, et pour qui il avoit un profond respect. Aussy s'étoit-elle acquise beaucoup d'estime de tous ceux qui la connaissois, Deux ans après son arrivée dans Ville-Marie, en l’année 55, elle eut la pensée de faire bastir une chapelle en l'honneur de la Ste Vierge. Elle fit amasser du bois et de la pierre sur la place où est aujourd’hui la chapelle de Notre Dame de Bonsecours, et quand tous ces matériaux furent prêts, Monsieur l’abbé de Quélus qui arrivait de Franc: (w) ne trouva pas à propos qu'elle passât outre pour des raisons qui nous sont cachées, ce qu’elle fit sans répliquer, ni Monsieur de Maisonneuve qui lui aidait par ses libéralités; elle laissa son entreprise jusqu’à 9 ou 10 ans après qu'elle fit faire un petit bâtiment de bois, mais si dévôt que Île peuple y alloit comme à un asile assuré pour tous ses besoins; il s’y fit plusieurs guérisons qu’on a cru miraculeuses tant pour l’âme par la force et le courage qu’on y a obtenu de Dieu pour sortir du péché que pour le corps par la guérison de plusieurs maladies considérables. À quelques années de là, Sr Bourgeois alla en France où Monsieur le baron de Fancamp luy donna un crucifix de grand prix et une image miraculeuse de la très Sainte Vierge soubs le nom de Notre Dame de bon secours avec cent eseus pour estre employés à agrandir, ou orner la chapelle susdite ou devoit reposer son image, Aussitôt, qu’elle fut de retour de son voyage, elle mit des maçons en oeuvre et fit bastir aux dépends de la communauté et avec les 300 livres dont je viens de parler une chapelle toute de pierre et voûtég qui luy coûa plus de 2090 livres dont elle se remboursa ensuite sur les aumosnes

u) En 1658.

86 Annales de l'Hôtel-Dieu qu'on y fit, disant de bonne grâce, qu'elle avait fait cette advance à la Sainte Vierge qui payeroit bien ses dettes. Cette chapelle lui a appartenu plusieurs années et servoit comme d'église à sa communauté qui y fesoit chanter la grande messe le jour de la Visitation qu'elles ont choisie pour la feste propre de leur société ou congrégation; quoy qu'elle fut assez éloignée de leur maison, Depuis quelques années elles ont volontairement cédé à la paroisse Nostre Dame de Ville-Marie, le droit qu’elles avois sur cette chapelle avec bien de la générosité; on y dit tous les jours la sainte messe, mesme plusieurs quelques fois en un ;our pour satisfaire à la dévotion et confiance des peuples qni est grande envers Nostre Dame de Bon Secours. On y alla aussy en procession pour les besoins et calamités publiques avec bien du succès; c’est la promenade des personnes dévotes de la ville qui vont tous les soirs en pellerinage, et il y a peu de bons catholiques qui ne fassent des voeux et des offrandes à cette chapelle, dans tous les périls où ils se trouvent, de tous les endroits du Canada, qui est bien grand. Ceci soit dit, mes Soeurs, pour vous faire connaître l’origine de cette dévotion qui est la piété et le zèle de la Sr Bourgeois pour faire honorer la très digne Mère de Dieu dans sa ville Marie. Elle à fait cet ouvrage comme les autres avec les secours que sa confiance en Dieu Iluy a mérité; car elle n’avait rien pour faire toutes ces choses; aussy elle n’a manqué de rien dans toutes ses entreprises; cinq ans après qu’elle fut en Canada, elle fut inspirée de retourner en France (v) cher. cher quelque bonne fille pour estre maîtresse d'école avec elle ici, afin d'élever les enfants de leur sexe dans la crainte et l’amour du Seigneur, en leur apprenant à lire et écrire. Elle en trouva 4 d’une vertu rare: la Sr Crol-

v) 29 septembre 1658.

lo, (w) la Sr Reisen, (x) la Sr Chastel (y) et la Sr You (2) qui ont esté avec elle les dignes fondements de cet édifice; elles travaillois jour et nuit à coudre et tailler pour habiller les femmes et pour vestir les sauvages, Etc.

En faisant l’école, le partage de la Sr Crollo fut le mesnage de la campagne où elle a consommé ses forces et ses années et a rendu par là des services à ses soeurs, et à laver des lessives le jour après les avoir coulées la nuit, et faisant le pain; c'’étoit une fille infatigable pour le travail, se regardant comme la servante de toutes et l’asne de la maison; elle vit c0re aujourd’huy, âgée de plus de 80 ans en grande ode de vertu. La Sr Bourgeois et les autres travaillois aussy, la plus grande partie des nuits, afin de n’estre à charge de personne et gagner leur vie. N, S. a donné si grande bénédiction à leurs travaux qu’elles se bâtirent une maison assez grande pour vivre et loger 12 filles sur la terre de l’hospital; elles ont vendu depuis ce fond de terre et on leur a payé la mai- son qui estoit dessus dix-huit cents livres, quoy que vieille, qui sert aujourd’huy de mesnagerie au dit hospital. Elles se bâtirent une autre maison toute de pierre bien meil leure et plus grande encore sur la terre de l’hospital, qui a brûlé 20 ans après (a) estre bâtie. Elles en ont édifié une troisième dans une autre place où elles sont aujour-

w) Soeur Catherine Crolo, dite Saint-Joseph, née en 1619, à Lauzon, en Lorraine. Elle mourut à Montréal le 28 février 1699.

x) Soeur Marie Raisin, née à Troyes, en Champagne, en 1641, fille d'un avocat au Parlement de Paris. Elle mourut à Montréal le 5 octobre 1691.

y) Dans le rôle d'embarquement conservé au Séminaire, il y a Edmée Chastel. M. Faillon la nomme Aimée Chatel, fille d’un notaire à Troyes,

z) Soeur Anne Hyoux, dite Sainte-Claire, née en France en 1638 et décédée à Montréal le 19 mai 1693.

a) 16 décembre 1683. Histoire de la Congrégation de Notre- Dame, 1910. Vol. I, page 201. ‘

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