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88 Annales de l'Hôtel-Dieu d’huy, qui joint d’un bout à notre enclos et nous fait voi sines, qui est grande, spacieuse et des mieux bâties de la ville, Elles sont bien 60 en nombre, toutes filles choisies de vertu, et bien estimées dans tout le Canada. Elles ont déjà plusieurs maisons d'écoles dans les paroisses autour de Montréal, mesme dans la ville de Kébec et aux environs où elles font beaucoup de bien pour l'éducation des jeunes filles. Elles ont aussy un habit noir par dessus et gris dessoubs, qui est fort modeste et qui les distingue du monde et ont des lettres patentes du Roy (b) et sont establies dans les formes, Etc.
Voilà ce qu'a fait la Sr Bourgeoys, fille sans naissance et sans bien, animée de l’amour de Dieu et du zèle de sa gloire; elle vit encore aujourd’huy en odeur de sainteté, si humble et rabaissée qu’elle inspire l'amour de l'humilité, seulement à la voir. Elles assistent toujours au service divin de la paroisse, quoy qu’elles aient une église dans leur cour, que leur a fait bâtir Mademoiselle Jeanne Læeber, fille riche de cent mille livres qui est donnée à elles en qualité de recluse et qui est enfermée dans une chambre qu'elle s’est fait bâtir derrière l’autel de la dite église, sans voir ni parler à personne que son directeur qui est aussi le nôtre à présent. Là elle fait sur la terre jour et nuit ce que les anges font, dans le ciel, kt travaille à orner les autels (c) uniquement, ne faisant aucun autre ouvrage il y a bien des années. Ce qui fait dire à la Sr Bourgeoys que la prédiction de son confesdeur est arrivée, cette fille honorant la vie de la très Sainte Vierge contemplative et retirée du monde; ces filles consdervantes avec le prochain pour gagner des âmes à
b) Mai 1671, Edits et Ordonnances, vol. I, p. 69.
c) De ses travaux l'on conserve entre autres à Notre-Dame un antipendium, une chasuble et deux dalmatiques. (Xle livraison Mém. Soc. Hist., page 17.)
Mémoires de Sœur Morin 89
Dieu et nous sa vie laborieuse en servant les malades et comme elles se sont establies ou plutôt sont nées dans le temps que nos premières mères fondèrent ce monastère ; avec lesquelles elles se sont toujours tenues unies d'amour et sainte dilection, elles sont nées par manière de parler sur nos terres qui se touchent encore par un côté du jar din qui se sépare par une mesme clôture, Nous avons logé pendant neuf mois dans leur maison après que notre monastère fut bruslé, où elles nous reçurent avec beaucoup de charité et d'affection, nous nourrirent mesme quelques jours, et nous firent tout le bon accueil qu’on pouvait attendre d’elles, logèrent aussy nos malades dans un lieu séparé de nous et d'elles; tout cela leur causa bien de l’embarras et occupa beaucoup leur maison, sans que pourtant elles aient voulu souffrir qu’on leur ‘en payât aucun loyer; de plus . la Sr Bourgeoys, leur mère, alla avec Mademoiselle Mance en France quérir nos premières soeurs fondatrices, repassa en Canada dans le mesme na-
vire avec quatre filles dont j’ay parlé, lièrent ensemble une.
amitié toute sainte; elles sont filles de la Ste Vierge qu'elles ont choisie pour mère et protectrice, et nous de saint Joseph son époux, ce qui nous fait enfants adoptifs de la mesme sainte Famille et unies par une mesme société, pour honorer les trois vies que la Divine Reine du ciel a mesnées ici-bas sur la terre.
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