‹ Mémoires de la Société historique de Montréal [microforme]Chapitre 23 sur 59 · CHAPITRE DIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIX

1— Mademoiselle Mance dispose de son retour au Canada, 2—On choisit à La Flèche des Soeurs pour venir fonder à Montréal. 3—-Monsieur de la Dauversière dispose tout pour ce grand voyage et les conduit à La Rochelle, 4-—Mademoiselle Mance s’y rendit aussy un mois avant que de s’embarquer sur la mer, Leur em barquement,

Quelque envie qu’eut Mademoiselle Mance de sortir de Paris elle ne le put faire par la nécessité des affaires de son hospital, qui avois déjà bien changé de face par l’employ qu’on avoit fait de vingt deux mil livres de son fond, qu’elle avoit consenti estre employés par Messieurs les seigneurs de ville Marie à soutenir la despense des cent hommes qu’ils y envoyèrent pour soutenir et fortifier la colonie comme j’ay dit ailleurs, quelques années auparavant. Quelques-uns croient qu’elle informa da tout cela Madame de Bullion et qu’elle l’en approuva; d’autres au contraire disent que non; quant à moy je n’en sais rien d’assuré et laisse la liberté à chacun d'en croire ce qu’il voudra.

Elle mit toutes les affaires du dit hospital entre les mains de Monsieur Dolbeau, son cousin, qui s’en chargea et en prit le soin, avec bien de la charité jusqu’à la mort de sa chère cousine, qui a duré plus de vingt ans. Laquelle convint avec Monsieur de la Danvarsière du temps qu'il se fallait rendre à La Rochelle, tant elle que nos chères soeurs et de ce qu'il fallait disposer pour ce grand voyage de France à ville Marie, Monsieur l’évesque d’An-

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gers Henry Arnaud se trouva ou rendit à La Flèche, qui, avec Mondsieur de la Dauversière choisit les sujets qui devois aller faire cette fondation, en vue de laquelle l’institut avoit commencé et pris naissance, Il nomma donc pour ce grand oeuvre ma sr Catherine Macé, ma Sr Judhit de Bresolles et ma Sr Marie Maillet; il nomma et iestablit ma Sr de Bresolles supre. du dit establissement.

Vous connaitrez à la suite mes chères Soeurs le mérite et la vertu de ces filles par les oeuvres qu'elles ont fait le reste des années qu’elles ont veseu sur la terre, si notre Seigneur me fait la grâce de vous le pouvoir dire et décrire comme il est.

Monsieur de la Dauversière prit 2000 livres de leur fondation pour les esquiper, approvisionner et fournir aux frais du voyage, qui est tout ce qu’elles en profitèrent, ayant esté perdues peu après. Deux ecclésiastiques du séminaire de St-Sulpice nommés Monsieur Le Maistre (q) et Monsieur Vignar (r) les vinrent joindre à La Flèche, pour faire le voyage de compagnie avec Mademoiselle de St-André femme très vertueuse et honneste, qui venait de Paris, pour s'’aller establir dans le Montréal, où son mary avoit demeuré plusieurs années. (s) Monsieur d’Angers donna la conduite spirituelle de nos soeurs à Mond. Sieur Le Maistre et le nomma| leur confesseur, office qu'il exkrca jusqu’à sa mort avec beaucoup de zèle et de charité; qui arriva deux ans après son arrivée, dans le pays, que les Yrocois luy coupèrent la tête, le jour de la décola-

a) M. Jacques Lemaître, sulpicien, arrivé en 1659, et tué par les Iroquois le 29 août 1661.

r) M. Guillaume Vignal, sulpicien, arrivé en 1659 et tuë par les Iroquois le 27 octobre 1661.

s) Voir ‘“Colons de Montréal”, No 310 et No 537. M. Robutel de Saint-André arriva en 1653, puis il alla chercher sa femme Suzanne de Gabriel et revint avec elle en 1659.

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t'on de St Jean Baptiste, à qui il avoit été fort dévot, en l'année 1661,

Je reviens à nos pellerines, qui se disposois à partir plus par des dispositions intérieures de sacrifice et d’abandon entier à tout ce que Dieu voudrait faire de leurs personnes que par de grands aparats, ne pensant au contraire qu'à se dépouiller, et ne rien emporter de la maison, Elles avois grand besoin que d’autres prissent ces soins pour elles; pourtant ma Sr Maillet comme dépositaire y pensait un peu et Monsieur de la Dauversière l’en

“reprit ne voulant pas que ces victimes eussent d’autres

pensées que celles de leur immolation; se préparant dans leur esprit à souffrir le martyre par les Yrocois; ce qui auroit été bien vray, si elles avois esté prises par eux, et tombé entre leurs mains, dont N. $S. les a préservées par sa miséricorde, Qu'il en soit bény a jamais et de la force et du courage qu'il leur a donné pour s’exposer à tant de périls sur mer et sur terre, Ete.

Je n'’entreprends pas d'écrire ‘les d'uleurs (cuisantes que chacune d'elles ressentit en son coeur, quand il fallut faire ce grand à-Dieu jusqu à l'éternité et les larmes qui se versèrent de part et d’autre réciproquement. La soeur Marie Le Gras estois lors supérieure à qui il fachait bien de voir sa maison perdre des filles d’un si grand exemple de toutes les vertus religieuses, ce qui est la plus grande consolation d’une bonne Supre. et qui estoit déjà affaiblie de ce côté-là. Cependant, connaissant la volonté de Dieu pour celle de ces supérieures, elle se soumit et donna ses trois filles pour le Canada, qui passait pour un pays perdu pour que les gens de bien mesme (t) de l’hon neur ci-devant...

Elles partirent enfin, et quittèrent pour toujours leur Communauté qu'elles aimois tendrement et de qui elles

t) Ici il y a en marge un renvoi illisible.

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aussy tendrement aimées des deux prestres que j'ay dit. Monsieur de la Dauversière et Mademoiselle St-André ne les quittèrent point jusqu'à Montréal, Monsieur de la Dauversière ne passa La Rochelle, il eut mesme beaucoup de peine à s'y rendre estant déjà pris par la maladie qui luy à causé la mort, de sorte qu’on peut dire que, dès lors, il menait une vie mourante et soufrait un petit mar. tyre en son corps par les maux compliqués qu'il portait en iceluy; ce qui rfe l’empescha pas d'agir et de faire les affaires de ses chères filles comme si il eut la meil leure santé du monde,

Cette dévote troupe arriva à La Rochelle la veille ou le jour de la feste de la pentecoste. Mademoiselle Mance qui estoit rendue devant elles, leur alla au devant en carosse et les fit descendre de cheval, pour monter dedans et Mademoiselle St-André leur bonne et fidèle gardienne, elle les mena droit à l'église et de là à l’auberge, chez Monsieur Le Meunier où elles demeurèrent jusqu’à leur embarquement, ne faisant aucunes visites qu’à l’hospital; se tenant retirée dans leur chambre avec Madelle Mance et 2 filles demoiselles qu'elle menoit au Canada, appelfe Madelle de Belestre (u) et Madelle Gauché. (v) Là elles satisfesois à toutes leurs dévotions et ne sortois que pour aller à la ste messe dans l’église la plus proche. Je ne dois pas admettre, qu'’estant sur la route, elles passèrent par Baugé où ma Sr Pillon estoit supre, qui ressentit 125 tranchées mortelles de ne pas aller en Canada, elle, qui, depuis plusieurs années, le demandait avec instances et macérations corporelles, qui avoit fait en outre et fait faire grand nombre de prières, pour obtenir de Dieu cette grâce qui ne luy a pas été acordée, qu'après sa mort. Ma

u) Perinne Picoté de Belestre, qui épousa plus tard Michel- Godfroi de Linctol,

v) Catherine Gauchet de Belleville, nièce de M. Souart, et épouse plus tard de J.-B. Migeon de Branssat,

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