‹ Mémoires de la Société historique de Montréal [microforme]Chapitre 24 sur 59 · es I PR e · texte numérisé non relu

es I PR e

ER

104 Annales de l'Hôtel-Dieu

Sr Macé m'a dit, que l’embrassant pour luy dire à-Dieu, elle luy aurait dit, ‘‘oui ma soeur üe Bresolle et Macé estant seules dans un lieu secret, on frappa 2 ou 3 coups à la porte et n’y trouvèrent rien; peu de jours après elles apprirent que la Sr Pillon estoit décédée au jour et à l'heure qu'elles avois frappé à la porte du dit cabinet secret; ce qui à fait croire à nos 2 soeurs que c'étoit l’àme de la soeur Pillon, qui leur donna encore cette marque d'amitié et de souvenirs. Bien plus, elles apprirent encore que cette fille se laissant transporter et emporter par le zèle d'aller en Canada se résolut de suivre ses compagnes absolument. Elle écrivit à Angers pour avoir sa permission de Monseigr l’évesque s’assura d’un homme et d’un cheval pour la mener à La Rochelle, ce qu'elle auroit effectué, si ma soeur de la Reye, ayant découvert son dessein, ne s’y fut opposée et rompa toutes ces mesures. Elle en fut si touchée qu’elle en mourut en peu de jours de déplaisir de ne pouvoir aller en Canada, qu'elle regardait comme un pays de sanctification et de martyre spirituel par les grandes peines qu'elles croyait v souffrir ce qui nous apprend mes Srs à ne vouloir rien en ce monde avec attache, mesme, ce qui paroiït le plus pacfait. Aussy une âme religieuse qui permet à son coeur de désirer autre chose que la volonté de Dieu marquée par ses règles et ses supérieures, est bien en danger d’estre séduite et de tomber dans lilusion. J'ai ouy dire plusieurs fois à ma sr de Bresolles que ma soeur Pillon estoit venue en Canada après sa mort, à cause que le premier hiver qu'elle passa dans Montréal, estant une nuit couchée dans une cabane de planches à la mode du pays, pour se défendre mieux du froid, elle entendit frapper 3 coups distinetement derrière sa teste et quelques plaintes au’elle remarqua estre de la voix maternelle de la Soeur Pillon, et ajouta que ce qu'elle avoit fait pour se dérober de sa communauté en estant actuellement supre, estoit capable de l'avoir retenue en purgatoire jusqu'alors; estant d'’ail-

leurs une personne en vertu sublime, et qui avait beaucoup de talents, mais comme elle n'étoit pas du sentiment d’embrasser la stahilité, Mons. de La Dauversière s’opposa qu'elle vint à cet établissement et ne voulut jamais y consentir, quelques instences qu'elle luy en fit et fit faire. Mondt sieur de La Dauversière fesoit toute la diligence possible afin de terminer les affaires et faire les embarquements ; il prit le soin de faire acheter la provision de nos chères mères qui aparamment n'étoit pas d’un grand aprêt, s'étant toujours appliquée à pratiquer la sainte pauvreté en toutes choses, mais particulièrement en ce qui regardoit leur personne pour qui tout estoit toujours trop bien et trop bon à leur dire. Ilest vray aussy qu'elles ne s'en meslèrent point et qu'elles lessois à ce bon père tout le soin d'elles comme de leurs affaires.

Ma soeur Maillet, qui estoit esconome, souffroit un peu de son repos et auroit voulu agir et prendre connaissance de l’estat des affaires, en quoy elle n’est pas blämable puisqu'elle les devoit gérer à la suite.

Un jour elle demanda à Mr de La Dauversière où il avoit placé leur fondation et à qui elle s’adresseroit pour la demander Il parut touché et luy répondit que la sainte Providence pourvoiret à tous leurs besoins; ce qu’elles ont éprouvé très véritable en toutes les occasions où elles ont eu besoin d'amiset de bien pour vivre sans sortir pourtant de leur sainte pauvreté qui est le fondement de cette établissement; et qui à esté aimée, chérie et respectée de ces chères premières mères au-delà de tout ce que j'en d'irai ci-après.

Le navire demeura au port jusqu’au jour de la Visitation de Ia Ste Vierge qu'il laissa.

Messieurs le Maistre et Vignar se mirent dans une chambre séparée et venois seulement manger à mesme table avec nos mères, Madelle Mance et les deux demoiselles dont je vous ai parlé qui étois dans une autre plus grande.

La soeur Marguerite Bourgeois étoit encore dans une autre

avec les 4 filles qu'elle s’étoit choisies pour maîtresses d’école et plusieurs qui venois en Canada pour le peupler (w) dont on luy avoit donné la conduite et Ia garde jusqu'au Montréal; qu'elles se marièrent toutes. Cette troupe de gens de bien ainsy assemblés dans un mesme navire n'y furent pas privés du bonheur de souffrir

La maladie se mit dans le vaisseau, qui avoit servi auparavant de navire d’hospital et de guerre et dont il avoit conservé un air iempesté; ce qui fournit l’ocasicn à nos hospitalières de faire paroiïistre leur zèle et adresse à ser. vir ks malades, particulièrement la Supre et ma Sr Maillet, qui ne s’arrêtèrent point. Maïs notre chère mère Macé demeura tout à fait malade presque toute la traversée et ne sortit de la chambre que vers la fin, qu’elle se porta mieux, que Monsr Le Maistre, luy donna le soin de quelques personnes distinguées qui estois aussy malades, ce qui la contreignait de se faire voir à son grand regret; car Ça toujours esté une de ses plus grandes croix de n’estre pas aussy cachée qu'elle l’eut souhaité.

Je vous dirai ici simplement mes soeurs que quand je pense que ma Sr Macé s’est déterminée de sortir de su maison et venir en Canada. cela me paroit une merveille toute surnaturelle, quand il n’y auroit eu que la nécessité de se faire voir par les chemins, et sur la mer, d’estre parmi les laïques jour et nuit. Oui, mes soeurs, de l’esprit qu'elle est, Ça esté pour elle s’exposer au martyre et un acte tout à fait héroïque. Ma Sr de Bresolles et ma Sr Maillet n’ont point tant souffert, sur cet article, estant parmy le monde sans chagrin et inquiétude, pour faire la volonté de Dieu. Elles travaillèrent beaucoup auprès de ces malades et s’exposèrent à tout le mauvais air, sans autre préservatif que l’amour de Dieu, qui les portait à exposer

w) La recrue de 1659 était bien aussi considérable que celle de 1653.

Mémoires de Sœur Morin 197

leur vie pour soulager leurs frères chrétiens. Avec tous ces soins plusieurs personnes ne laissèrent pas de mourir, qu'on jetait dans la mer.

Madelle Mance fut à l'extrémité, Messieurs les prestres malades, la Sr Bourgeois et toutes ses filles malades, nos soeurs malades, sans discontinuer de servir les autres ; enfin mes soeurs on peut dire que ces chères mères, à le bien prendre, ne sortirent point de l’hospital pendant leur traverse de la mer, exerçant nuit et jour la charité du prochain avec beaucoup d’édification de la part de tous les passagers.

Page 1