‹ Mémoires de la Société historique de Montréal [microforme]Chapitre 32 sur 59 · ES · texte numérisé non relu

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CITAPITRE DIX-HUIT

Ce qui se passa en cette communauté de plus remarquable depuis l’année 63 jusqu'à 70.

Je voudrois bien mes chères Soeurs vous pouvoir faire connaître ce que nos premières mères sonffrirent dans ces années: 1—par les contradictions, 2—par la peur des Iroquois, 3—par la pauvreté, 4—par le délsy de la stabilité et profession des voeux solennels. Pour le premier on ne peut estre plus contredit dans leur établissement et par les premières personnes du Canada qui re pouvois pousser leur zèle plus loin sans violence tachois de les gagner par des promesses obligeantes et puis par des menaces de les renvoyer en France ou de les laisser mourir seules dans leur maison, sans former de communauté mesme après la réception de ma Sr. Morin qu'on disoit devoir mourir bien tost, estant impossible, ee qui leur sembloit, qu'une jeune fille pût vivre contente avec 3 vieilles. Tous ces discours n’empeschèrent pas que Mademoiselle Catherine Denis (2) ne se fit de la bande, Monsr. Denis, son père, qui estoit un des premiers de la ville de Kébhec, et qui mesme avoit tenu la place du gouverneur général en son absence, voyant le dési, de sa fille de donne: au service de Dieu en la personne des pauvres malades et n'ayant pas le moyen de luy donner un dot pour estre religieuse chez les Révérendes Mères Hospitalières de Kébee, où elle postuloit depuis plusideurs années, conisentit

2) Catherine Denys, née à Tours, fille de Simon Denys de ia Trinité. morte le 6 septembre 1730, à 90 ans, après 68 ans de vie religieuse.

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enfin qu'elle entrât dans notre communauté, sur l'offre que luy fit monsieur Souart de la doter pour ici et non à Kébec; ce qui engagea lad. damoiselle Le Monts, en la compagnie de fev monsieur Pérot, curé de Ville-Marie et de la Soeur Marie Raisin qui sortit du couvent des Révérenders Mères Ursulines, où elle avoit entré dans le désir de s’y faire religieuse. Mais ayant connu que Dieu ne l’y vouloit pas, elle montoit à Ville-Marie pour se réunir à ces Soeurs les congréganistes. Ils s’embarquèrent vers le 15 ou 16 du mois de novembre de l’année 1666, et arrivèrent ici le 20e apris avoir bien souffert du froid, Mademoiselle Denis entra et fut reçue au noviciat le mesme jour avec un désir particulier de se consacrer et donner entièrement à Notre Seigneur, Monsr. Souart connaissoit son esprit si capable de résolution, qu'il ne douta jamais de sa persévérence et l'événement a fat connaître qu'il ne se trompoit pas puis qu'elle fit profession des voeux simples dans l'attente des solennels qu'elle fit ensuite sans aucune répugnance,; travaillant mesme autant qu'elle pouvoit auprès de ses amis pour en avancer le temps et a veseu avec édification dans la communauté où elle a presque toujours tenu les premières charges d’assistante maîtresse des nov'ces et de dépositaire et comme elle est encore vivante je n’en dirai pas davantage crainte d'’offenser sa modestie, Ma Sr. Morin eut une consolation particulière de cette compagne que le Seigneur lui donna tant pour ses bonnes qualités et ses vertus que parce qu'elles se connessois un peu estant du mesme lieu et d’un âge et humeur revenant au sien. Cela leur servit à toutes deux à attendre en paix et patience le temps ordonné par la Sainte Providence pour leur donner des Soeurs autant qu’elles en avois besoin pour le service des pauvres malades qui ne manquois pas pendant tout ce temps depuis l’année 1660 jusqu’à 66 que la guerre des Yrocois étoit la plus allumée, D'où vient que presque tous les mala-

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des estois blessés par eux à la teste par des playes considérables qui obligeois les Hospitalières à des veilles continuelles; ce aui étoit pénible à un si petit nombre de religieuses, sans les travaux du jour dans les offices du ménage et à l’observance de la règle qui toit gardée ponctuellement, et à la lettre. Mais quoy que cela fût pénible à la nature j'ose assurer que ce n'étoit rien ou peu de choses comparé à la peur continuelle où l'on étoit, d’estre pris par les Yrocois par les exemples qu’on avoit tous les jours de ces amis et voisins, qui passois par leurs mains et qui estois traités d’une manière si cruelle; dont les spectacles estois devant nos yeux et ca qu’on \savoit qu'ils font souffrir à ceux qu'ils menois au pays; les faisant brusler out vifs à petit feu.

Tout cela imprimoit tant de frayeur de ces barbares que je vous assure mes Soeurs que nul ne le scait que ceux qui y ont passé. Pour moi je croy que la mort auroit esté plus douce de beaucoup qu'une vie mélangée et traversée de tant d’alarmes et, de compassion de nos pauvres frères qui estois si mal traités. Toutes les fois qu’on sonnoit le tocsin pour avertir les habitants de secourir ceux que les ennemis avois attaqués et ceux qui estois en des lieux dangereux à travailler de s’en retirer. Ce qu’on fesoit aussy tost au signal de la cloche, Ma $r. Maillet tomboit dès lors en faiblesse par l'excès de la peur et ma Sr, Macé demeuroit sans paroles et dans un estat à faire pitié tout le temps que duroit l'alarme allant se cacher l’une et l’autre dans un coin du jubé devant le très St- Sacrement pour se préparer à la mort, ou dans leur cellule, Moy, qui savois le lieu de leur retraite, je les allois consoler aussy tost que j’avois appris que les Yrocois s’étois retirés et qu'ils ne paressois plus. Ce qui leur redonnoit la vie, Ma Sr. de Bresolles est plus forte et constante dans sa peur qui ne l’empechoit pas de servir ses malades et secourir ceux cu’on apportoit blessés, Mais après

158 Annales de l’Hôtel-Dieu de telles oceurrences mesme montoit avec moy au elocher quand nous en avions le temps pour y sonncr Île tocsin, afin de ne pas occuper un homme qui alloit courir 8us l’'ennemy. En ce cas, de ce lieu eslevé, nous voyons quelquefois le combat qui étoit fort proche ce qui nous cau soit beaucoup de peur, et nous fesoit redescendre au plutost en tremblant craignant d'’estre à son dernier jour. D'autres fois, quand les ennemis étois plus éloignés et nos gens les plus forts, c’étoit un plaisir d’estite Jà monter voir tout le monde courrir au secours de leurs frères et exposer leur vie pour conserver la leur. Les femmes mes me comme dés amazônes y courois armée; comme les hommes, Je l'ai vu plusieurs fois. Messieurs les prestres ne manquois point d'y courir aussy un ou deux pour confesser les moribonds qui très souvent n’avois de vie que pour cela, et mouroik après l'avoir fait sur la place, Ce qu'on doibt compter pour un zèle excellent et une charité très sublime, exposant leur vie autant de fois qu'il étoit besoin sans prendre aucune arme pour se défendre. A quoy les autres ne manquois pas et estant fort bien garnis ayant chacun plusieurs coups à tirer et fort adroitement. Ce qui soit dit à la louange ‘des premiers habitants du Montréal méritèrent par leur valeur de passer tous unanimement pour bons soldats par les coups généreux qu'ils firent contre lés ennemis, qui de leur part leur en voulois aussy, plus qu'aux autres terres habitées du C'anada, à cause, disent-ils, que celles-ci leur appartient et que leurs anecstres y ont toujours demeuré comme en leur habitation de choix et d'élection. Ne croyez pas, mes Soeurs, que la crainte que nous avions d'estre prises ou tuées des Yrocois fut sank fondement; car humainement parlant cela devoit arriver. Le Montréal n’estant pas comme il est aujourd’huy, car premièrement nous étions dans une méchante maison de bois fort facile à y mettre le feu, sans hommes à nous défendre que le valet de l’hospital,

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qui, quelquefois, n'auroit pu le faire, Et quand il l'au roit pu, il n'avoit point d'armes ni nous à luy donner. Mademoiselle Mance, qui étoit notre plis proche voisine, étoit à peu près aussy capable de défendre sa maison, que nous la nôtre, n'ayant que des filles à la servir et d’homme que son seul euisinier, qui de mon temps, était un vieillard, qui n'auroit pas fait grand peur aux Yroquois, s'ils nous avois atlaqués. Je ne scay mesme pas s'il auroit pu tirer un coup de fusil adroit, —De plus, il a été avéré par plusieurs que des Yrocois ont couché dans la cour et proche les fenestres de la maison de Mademoiselle Mance qui touchoit à la nôtre d'un bout, qui, à ja vérité, étoit d: pierre, mais qui auroit bruslé avee la n-tre si on y avoit mis le feu. Ils couchèrent aussy dans la nôtre et dans celle des congréganistees dans de grandes herbes appelées moutardes, où ils étois tous cachés, sans qu'on les put voir. Ils ont dit depuis que leur dessein étoit de prendre ceux qui aurois sorty la nuit pour (quelque nécessité. Notre Seigneur leur ostant la connaissance du mal qu'ils nous aurois pu faire par bien d’autres endroits. Je scay aussy que nous sortions la nuit assez souvent pour le service de nos malades et qu’il leur étoit fort aisé de nous prendr” si Dieu leur avoit permis. Mais très assurément sa providence nous gardoit et sa puissance nous défendoit contre nos ennemis. Monsieur de Chomedy qui étoit gouverneur du Montréal, quoy que notre amy, avoit la dévotion de mettre dans notre hospital les prisonniers Irocofs qui etois blessés pour les guérir, quelques-uns desquels n'étois pas si malades qu'ils n’eussent tué et égorgé les Hospitalières sans qu'on l’eut pu apprendre qu'après que le mal auroit esté sans remèdes. Quelques fois il mettoit un soldat en sentinelle pour les garder tant la nuit que le jour mais le plus souvent il n’en mettoit point, et puis un homme n'étoit pas capable de résister à 3 ou 4 de es mâtins qui sont grands et forts comme des tures.

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160 Annales de l'Hôtel-Dieu Je suis témoin qu'un jour un d'eux voulut et tàcha d’étouffer ma, Sr. de Bresolles entre une porte et une armoire où elle étoit si pressée qu'elle en perdit la respiration et cela en plein jour. Ce qui marquoit une grande hardiesse. Je connus son dessein en passant par là par hasard, car c’étoit un lieu assez secret ct COurtÉs promptement appeler les malades à son secours. ji’lusieurs desquels se jetèrent du lit et coururent de tout leur coeur secourir leur chère Mère, pour laquelle conserver ils aurois donné leur vie. Ils battirent monsr. l’Yrocois et lui en donnèrent en riant autant qu'il en put porter; luy de sa part adret et rusé dit pour exeuse qu'il ne pansoit pas à faire du mal à celle qui Juy fesoit mil biens; qui lry pansoit ses playes qui lui donnois des médecines pour le guérir qui fesoit son lit afin qu'il dormît à son aise et luy donnoit tous les soirs de : ne sagamité et blédnides à manger avec du lait. Prenant aussy en riant les cours qu’on luy avoit donnés, durant qu'il vouioit seulement luy faire peur de l’[roquois, mais qu'il ro. venait avoir tort. Il en fut quitte pour cela, et demeura comme auparavant. Il est vrai qu'eux et généralement tous les sauvages avois une estime et vénération pour elle toutes singulièrement. Ils la nommèrent d’un nom $sauvage qui veut dire: le soleil qui luit, à cause disoit-ils qu'’elle redonnoit la vie aux malades par ses soins et ses médecines comme le soleil la donne aux plantes de la terre.

Et quand ils voulois me flatter ils me disois tu ressembleras un jour à la mère, me croyant sa fille, à cause que j’étois presque toujours sa compagne dans l'office d’hospitalière et de la potiquèrie il m'en “isois autant à l'égard de ma Sr. Maillet, les voyant âgées et moy Jeune; et n’estant pas instruits lors comme ils le sont à présent que les Re’igieuses n’ont point d'enfants, ce qui nous fournissoit matière de récréation.

Purmy toutes les caresses des [rocois prisonniers dans

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notre hospital leur nation ne laissa pas de faire coup à St Joseph qui ne fesoit que commencer à s'établir, Et de quatre travaillants que nous y avions ils en prirent deux en vie et tuèrent un sur la place et blessèrent l’autre à mort et cela dans le désert qui étoit encore bien petit et tout proche de la cabane, où étoit le bon homme Joinneau, dont Jj'ay parlé ci-devant, qui apprêtoit le diner, comme maistre de la maison, qui eut la présence d'esprit de ne point sortir dehors. Maïs au contraire ferma sa porte et se mit en devoir de se défendre, montrant les armes aux ennemis qui n'osèrent l’attaquer par un effet de la protection de Dieu toute pure,

Quand on vint sonner le tocsin et qu'on dit que les ennemis étois à St-Joseph, je n'eus point d'envie de monter au clocher. Dieu seul sait les convulsions intérieures que souffrirent nos chères mères, surtout ma Sr. Macé, qui estant dans l'office d’éconosme ressentoit encore plus la peine de ces pauvres gens. On dit d’abord qne tous étois pris et tués et la maison pillée, La mort du bon homme Joinneau et celle d’un nommé (a) les touchoit plus que tout le reste. Le premier par devoir de reconnaissance du bien qu'il leur avoit déjà fait et qu'il leur pouvoit faire encore en prenant soin de leurs travaux et le segond pour sa vertu et ses bonnes qualités. Connaissant ses parents en France qui le leur avois donné par confiances, et heaucoup recommandés,

Joinneau vint Iuy mekme apporter la nouvelle qu'il n’étoit ni pris ni tué comme on l’avoit dit et que la maison étoit encore en son entier. Les ennemis n'y ayant point entré. Il sortit de dedans à la faveur de ceux qui étois courrus au secours dont la vue avoit fait retirer l'ennemi. On remercia Dieu tous ensemble de ce que le ma. n’étoit pas si grand qu'on l’avoit cru et après plusieurs larmes

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de compassion et tendresse sur les prisonniers captifs et sur les morts, Joinneau redemanda d’autres travailleurs pour retourner avec luy à St-Joseph, ne perdant point courage pour cette perte et le péril où il s’étoit vu de perdre la vie, On hésita si on luy en redonneroit, Pour première ‘aison, la pauvreté n'ayant point de quoy fournir à la dépense, la perte qu'elles avois faite en ceux qu'elles venois de perdre qui estois payés, au moiris 5%, pour un temps considérable, Ce qui étoit perdu pour elles: ces gens n'ayant rien laissé de quoy payer leurs dettes; et en segond lieu, si on pouvoit en conscience exposer la vie des hommek en lieu si périlleux et plus éloigné de secours. Tout examiné et consenti, les sages furent d'avis qu'on y mit + autres hommes tout au plus tost et de se tenir mieux sur leurs gardes. Ce qu'elles exécutèrent incessamment et firent si bien par leurs ménagements et les soins du donné ei-dessus, nommé Joinneau, qu'elles se firent un petit ménage qui eommenca à leur aider à vivre après que pendant 4 à » ans elles ÿ mirent tout ce qu'elles pouvois posséder par les biensfaits et libéralités de leurs amis comme Mr. Macé et Mr. le Baron de Fancamp qui chaque année leur envoyait l’un ou l’autre quatre à cinq cents livres,

J'ai déjà dit ei-devant comme elles perdirent leur fon dation la première année de leur arrivée en Canada qu' leur devoit donner mil livres de rentes et que nos Srs de La Flèche refusèrent de payer les 190 livres de pension: à quoy elles s'étois obligées par le contrat d'établissement sans que elles les pressassent d'y satisfaire ni se plaignissent d'une conduite si rude à leur égard le vous avore, mes soeurs, que je ne pensois Jamais à cet article que je ne sois charmée de la vertu avee laquelle elles agirent en cette oceurrence, qui me paroit héroïque, moi qui scais ce qu'elles souffrois par la pauvreté. Premièrement elles man-

geois du pain de ménage comme leurs travaillants et domestiques, ne mangeois qu'une fois du lard une fois par

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jour, et mesime une fois en deux jours, afin de leur garder; vivant plus de légumes et herbes d'un petit jardin qu'elles cultivois de leurs mains que d'autres choses pendant l'été; avec quelque peu de lait caillé, bien écresmé. On ne savoit ce que c'étoit de manger du boeuf qui valoit dix sous Ja livre. Les malades mesme n'en avois pas que fort rarement. M, Souart et Mademoiselle Mance leur faisois présent de quelques poissons mais rarement c'étoit de grands festins que ces repas, et quand on servoit des oeufs ou de Ja bouillie je peux vous assurer, mes Soeurs, que j’ay esté au moins dix ans dans cette maison sans v avoir vu servir aucun fruit au réfectoire que des prunes KRauvages, une fois où deux l’année, jusqu'à ce que nous eussions de ees fruitiers et ti méchantes qu'on ne voudroit pas les ramasser de terre aujourd'huy. Jamais de fraises, framboises neuves qui sont devenues si communes depuis et qui pour lors étois très rares à cause que les désert éfois encore petits et ou'on ne pouvait les ceuillir sans risquer sa vie, Aussy ne servoit-on point de dessert; toujours un potage et une petite portion à diner, Au souper, la portion et du lait caillé où de la citrouille ce qui passoit pour régal. Pour l'hiver tous nos repas étois composés d'un petit morceau de lard, non tous les Jours, de la citrouille en plusieurs sauces, racines, des pois, des fèves, du poisson salé; anguille et esturgeon Îles Jours maigres et de caresme en fort petite quantité, Je me souviens encore des soins que nos chères Mères prenois de bien partager et égaliser quelque portion quand elles aurois esté prises au trébuchet, quoy que ce püt dstre gras où maigre, aprestées dans la dernière propreté et pauvreté, pour les sauces touioirs du (mot effacé) court.

Je doit aussy dire qu'on ne parloit janeis du manger À moins qu'on ait esté fort dégousté et are celle qui se seroit donné la liberté de dire ce qu'elle avoit trouvé à son

goust, où pas bien aprdésté, étoit corrigée cvactement eom-

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164 Annales de l'Hôtel-Dieu

me d'une faute grave; mesme la malede, qrnd elle le 4disoit à d'autres qu'à la supre, où à l'infirmière On nc buvoit jamais que de l'eau tout comme elle vient du puits, tant l'hiver que l'esté. Je dois dire encore que je n'ai Jamais vu manger hors du réfeetoire, ni 14 malades hors l'inlrmerie, (''étoit une loi insurmontable quelques festes ou réjouissances qu'il y eût dans la communaute, Pour la pauvreté dans les habits elle étoit pratiquée si rigoureusement et portois leurs habits si rapiécécs, mesme la coiffe de tafetas qu'on portoit lors, qu'à peine y reconnoit-on Ja première estoife, A ce propos, je vous dirai untrait de recréation quefit un jour Monsieur de Maisonneuve, gouverneur de Ville Marie, lequel estant venu à l'hospital, fit appeler la soeur Maiïllet, la pria de détrousser sa robe et d'oster la coiffe qu'elle avoit sur la teste et d'emprunter celles d'une de ses soeurs, Puis visitant l'un et l'autre fort exactement la tournant de tous les côtés d'un grand sérieux comme s'il avoit voulu en tirer un patron, et demande ensuite à Madame Daillebout, qui étoit présente et à quelques autres personnes, quelle estoit la première estoffe de la robe et du tablier, et si la coiffe avoit esté faite de taffetas neuf, chacun dit qu'on n'en vouloit ni pouvoit pas juger en sûreté, à cause de la quantité de pièces qui estois d'étamines et de camelot la plus grande partie en la coiffe des restes des habits de la dite dame et de Madelle Mance, et de mesme de la robe et du tablier, ensuite se donnant du jeu il rit pendant un quart d'heure sans cesse, Et pour la chaussure, le linge, le lit les meubles tout étoit apparé des atours et ornements de Madarne pauvreté qui aussy étoit aymée et chérie de nos Soeurs, plus que toutes les commodités du monde, Je le dirai sans craintes de mensonges étant témoin des sentiments de leur coeur sur

cela.

CIIAPITRE DIX-NEUF

Comment nos prennières TMères] demandent de nos Soeurs Religieuses en France.

Vers la moitié de l’année 1668 nos chères Méres écrivirent à nos Soeurs, de la maison de Laval, qui avois pris la stabilité il y avoit quelques années, pour avoir des Rses professes de leur communauté pour nous donner le moyen de participer au mesme bonheur des voeux solennels de Religion et prendre la stabilité, quelles demandois avant mesme de quitter la France pour venir en Canada fonder cette maison. Après en avoir demandé de la la maison de la Flèche et de celle de Baugé qui étois encore dans les voeux simples, mais aucune ne se trouva avoir vocation pour cela et ne vouloit quitter la France pour venir prendre la stabilité dans cette pauvre maison, excepté la soeur Thérèse qui eut une &rdeur extresme pour s'y sacrifier, Mais Monsr. Macé S'y opposa toujours et n'y voulut point consentir, à cause disoit-il que Je caractère de son esprit n'étoit pas propre pour vivre en paix dans le Canada et quelque désir que sa soeur, notre chère mère Macé, eût d'avoir la dite soeur Havar qu'elle connaissoit et aimoit tendrement et qui luy envoyoit ious les ans des présents pour l'y engager encore davantage. Y luy résista pendant cinq où six années qu'elle travailla pour cela,

Nos soeurs de Laval reeurent assez froidement la demande qu'on leur fit d'une ou deux Soeurs professes et s'exeusèrent d'y satisfaire sur le besoin qu'elles avois de leurs sujets qu'elles disois n'estre pas encore assez formées aux vertus et pratiques religieuses pour y en former d’autres. Joint qu'il ne s'en trouvoit pas parmi lé; soeurs

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166 Annales de l'Hotel-Dieu

hospitalières, qui eut vocation pour cela; mais qu'une soeur Jeanne Chevallier, domestique, y vouloit bien venir. Or quoyque nous prissions ces excuses pour une honneste défaite et la Nr, Jeanne demandoit instamment de venir #1 prioit nos soeurs de la demander à sa communauté, elle envoya une grande boite pleine de bijoux entre autres une image de cire du St Enfant Jésus, rare en beauté d’un prix ordinaire, Les parents et amis luy avois fait avoir par le désir, qu'ils avois que cette fille changeît sa condition de Sr, domestique en celle de soeur hospitalière et vint en cette maison pour y estre supérieure et nous faire faire le noviciat et ensuite profession des voeux solennels. Elle mesme y étoit disposée si elle ne pouvoit accomplir sa vocation autrement pour le Canada, Mais nos mères qui eonnaissois la vertu et les bonnes qualités de la soeur Jeanne Chevallier ne s'arrêtant point à ce qu'il y avoit de bas et abject en elle devant les hommes se résolurent de la demander pour leur supre et le firent en effet quoyque la boiste des bijoux se trouvät perdue et qu'elles ne profitèrent d'aucune chose.

Elles en écrivirent fortement à la maison disant que puisqu'il ne se trouve personne dans leur communauté qui eut vocation et la volonté de les venir secourir que la Sr. Jeanne qu'elles l’accepteis de tout leur coeur et la ferois leur Supre pour recevoir par elle le bonheur de la Ste religion et des voeux solennels, elles mandèrent la mesme chose à ma soeur Macé qui rapprouva ce dessein pour de bonnes raisons et fit sy bien par ces amis qu'il se découvrit qu'il y avoit plusieurs filles dans la dte communauté qui désirois venir en Canada et qui n'osois en parler à cause que les supérieurs ne voulois pas entendre ni ce denier des sujets qui paressois les plus vertueux et advantagés. Monsieur le Baron de Fancamp prestre très vertueux et amy de toutes les Filles de St Joseph, particulièrement celles de

la communauté du Canada se joignit à luy pour luy aider

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Mémoires de Sœur Morin 167 de son crédit dans cette entreprise qui n'étoit pas petite, Je croy qu'il contribua aussy aux frais qu'il fallut faire et payer de son argent la dépense du voyage où du moins la plus grande partie, car je ne suis pas bien assurée de cet article, ces deux serviteurs de Dieu, que le seul intérest de sa gloire et la dévotion envers St Joseph qu'ils servois en la personne ‘le ces filles, fesoit agir, furent bien tost infornées que la sceur Andrée de Verney dites du Ronceroy (b) professe et vecale de la dte communauté de Laval passionnait de venir en Canada pour y sacrifier sa santé et sa vie au service des pauvres sauvages. [Is écrivirent à sa supérieure el à elle-mesme pour s'assurer de ses dispositions et ayant appris qu'elle avoit les qualités et la vertu requises pour une telle entreprise ils avisèrent aux moyens de l'avoir à sa communauté qui s'v opposa absolument. Monsieur son père en estant averty qui estoit un médecin fort considéré dans la ville en devint à demy frénétique et dit a Sa fille qu'il aimerait beaucoup mieux la voi: porter 2n terre que de la voir partir pour aller en Canada et qu'il avait assez de crédit et d'amis pour faire mettre cinq cents hommes soubs les armes s'il étoit besoin afin G’empêcher qu'elle ne sortit point dela ville et bien résolu àle faire, ilse lamentoit incessamment de son malheur que sa fille Andrée voulut aller en Canada, pays perdu et maudit de Dieu d'où elle ne reviendrait jamais.

Pendant que Monsieur de Ronceray travailloit de son mieux à détourner le dessein de sa fille, sa communauté v consentit enfin avec bien dela peine, ils firent ensuite leurs dligences envers Monseigneur l'évesque du Mans pour avoir son obédience, qu'il refusa tout plat, disant qu'il ne consentirait Jamais qu'une Religieuse de son diveèse entreprit le voyage du Canada qu'il failloit avoir perdu le son sens, pour croire que cela fut faisable. Monsieur Macé et Mon-

b) de Ronceray.

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