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182 Annales de l'Hôtel-Dieu
Notre chère soeur Manmusseau fut mise dépositaire aux offices de septembre suivant de l'année (0) laquelle pleine de zèle de rendre service à toutes ces socurs et de les loger commodéntent de l'agrément des supérieurs fit creuser les fondements du bâtiment et ensuite maconner, c'est tout ce qu'on put faire avant le froid en bonne saison; on en demeura là jusqu'au printemps d'après qu'on recommenca à travailler, on me chargea du soin de cet ouvrage à cause que ma chère soeur Maumusseau ne connaissant pas encore bien le pays elle avait peine à trouver des matériaux nécessaires qu'à des prix fort haut, Quand je pris cet office les fondements étois faits et nous commençames À travailler par ce qu'on appelle à raz de chaussée, on mit six macons à faire la grosse muraille et plusieurs tailleurs de pierre à faire ies portes et fenestres qui estois en bon nombre puisque notre bâtiment a 130 pieds de long à trois étages et 31 pieds de large par dedans les murailles afin de faire un dortoir double, le grenier au-dessus grand et vaste qui fait le 4e ont 60 pieds de long soubs la cuisine le réfeetoire et un bout de la communauté toutes voûtée de pierre avec des soupiraux ou fenestres voñtées de pierré de taille grandes et larges qui mettent un grand jour dans les caves au bout du bàtiment sont deux pavillons de chacun 25 pieds de long et 31 de large ce qui fait en dehors la figure d'un T tous semblables au grand corps de logis pour la hauteur et largeur.
Cecy nous fait connestre, mes très chères soeurs, la grandeur et la confiance de nos premières mères et la perfeetion de leur obéissance n'avant entrepris tant de dépenses à faire que par respect au sentiment de notre nouvel évesque qui nous aida aussy du sien à la suite et la sainte Providence y a sibien mis la main qu'on l’acheva
0) Probabiement en 1687, année d'élection triennnale.
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Mémoires de Sœur Morin 183
après y avoir mis plus de 60 mille livres; et + mois après (pb) brusla d’un bout à l'autre et presque tout ce qui estoit dedans et nous réduites à demander le couvert et la vie pour l'amour de Dieu pendant neuf mois.
Je reviens à notre bâtiment, aussitost que le premier estage en fut fait, la cave voustée et une partie du dortoir, nous y vinmes loger, afin de nous mettre un peu au large et. commodément; cela se fit en cérémonie le 21 novembre de l’année 1694 processionnellement et la maison béniste par monsieur notre confesseur, ce qui n’empescha pas que nous n'y ayons esté troublées par un démon ou autre méchant esprit (qg) qui courait la nuit d’une place à l’autre tantôt comme un homme sans teste qui marchait dans le dernier estage de fenestre en fenestre, une grosse chandelle en sa main, mais si claire que ceux qui passois dans la rue le soir et la nuit le voyait et nous le venais dire; il faisait grand bruit comme s'il avait renversé des tas de bois de menuiserie qui estois sur les antrets comme s'il les avait renversés et jetés à bas, ce qui effrayait les passants; d’autres fois il travaillait de la hache et de la scie dans le plus haut de la maison comme un charpentier, les nuits entières, après il courait sur le plancher comme un jeune cheval qui court la poste, dans trois fois il marchait comme un homme chaussé avec des sabots le Jong du dortoir, Un soir que je m'étais aller coucher avant le temps, ce malheureux esprit entra en ma chambre et vint au pied de mon lit, puis sortit aussi tost; Dieu sait si J’eus peur dans ce moment si douloureux, On l’a
p) Dans la nuit du 23 au 24 février 1695.
q) M. l'abbé Faillon, dans sa vie de Melle Mance, qui est en fait l'histoire de l'Hôtel-Dieu, ne fait aucune allusion à cet incident singulier sans doute parce qu'il en a jugé le récit un peu puéril. Nous reproduisons le passage te! quel afin de ne rien enlever à l'intégrité du texte historique dont nous avons entrepris la publication.