‹ Mémoires de la Société historique de Montréal [microforme]Chapitre 39 sur 59 · AL · texte numérisé non relu

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de St-Vallier, évesque de Kébec, dont j'ay déjà parlé, arentendu plusieurs fois monter et deseendre le grand escallier comme s'il avait esté bien pressé et après rouler uns barique vide du haut en bas, ce qui nous mettait toutes aux abois de la mort par la frayeur qu'il nous donnait: c'est aussy tout le mal qu'il nous à fait, grâces au Seigneur, depuis que notre monastère a bruslé on n'a rien ouy qui ait pu troubler la tranquillité de nos coeurs, souffrez, mes chères soeurs, que je répare ici la faute que j'ai faite dene vous avoir peint parlé dans son rang dela récveption de rotre clière soeur Mario Archambault (r) qui à esté un modèle de vertu dans cette communauté; elle y fut recue ägée de 28 ans (s) pour estre soeur domestique; elle passa les feux premières années en cette qualité avec toute l'édification qu'on pouvait désirer d’une fervente novice qui étoit toujours preste à prier, ayant un grand don d'oraison, à obéir avec une soumission qui luy empeschait tout sentiment contraire, toujours preste à s’humilier et mortifier et à l’estre par les autres de quelque part que cela put venir, On aurait aisément cru qu'elle n'avait point participé au péché d'Adam, si la foy ne nous enseienait pas le contraire, ne voyant en cette fille que des inclinations au bien; ce bon naturel joint à la bonne éduca tion que luy donnèrent ses parents qui estois très chrétiens dans leur conduite particulièrement, sa bonne mère femme de vertu et fort estimée dans le monde en fit un sujet excellent, en qui on trouva presque tout fait quand elle entra en religion et de grandes dispositions anx vertus su- Llimes que chacune de nous remarquait avec plaisir et consolation, Peu avant le temps de sa profession, Mpnseigr.

r) Soeur Marie Geneviève Archambault, née en 1666, fille de Laurent Archambault et de Catherine Marchand, fit profession au commencement de 1686 et mourut le 4 octobre 1687.

S) Elle n'avait pas encore 22 ans lorsqu'elle mourut. Voir Tanguay, LL p. 11.

Mémoires de Sœur Morin 185 riva à Montréal. Une des premières choses qu'il fit fut de faire sa visite chez nous, et parler à toutes les soeurs, qui demeura si charmé et édifié des dispositions de grâces où il trouva notre chère soeur Marie Geneviève Archambault, qui erut à propos pour la gloire de Dieu et le bien de notre communauté de luy faire faire les voeux en qualité de soeur hospitalière, Sa Grandeur en parla aux supérieures, qui entrèrent en son sentiment volontiers, on en parla ensuite à la fille qui y trouva plus de difficulté et plus de raison que son humilité luy fournissait, qu'elle exposa confidemment à mon dt. seigneur, lequel luy dit que c'étoit la volonté de Dieu, juil n’en doutait point, et sur cela la fit mettre en retraite pour se disposer à son sacrifice. Là elle se soumit à ee qu'on demandait d'elle et fit les voeux coinme hospitalière avec une dévotion d'ange par pure soumission, je ne cacherai point à mes chères soeurs de France que notre communauté d'ici trouva ce changement bien nouveau et n'en fut pas autrement content pour des raisons que je ne dirai pas.

Ma soeur Archambault ne changea point de conduite, quoy quelle eut changé de condition, elle fut aussy hum- Lle et laborieuse qu'elle l'avait esté auparavant; on luy en laissa faire l'office par nécessité de sujets, mais jamais on eut besoin de l’y pousser, s'y portant d'elle-mesme avec la dernière promptitude, elle se rendit exactement à l’observance et office du choeur et le reste du jour travaillait sans relâche aux offices domestiques, prévenant ses compaunes aux offices domestiques pour les soulager en tout. Elle avait sa soeur aînée ({) parmy elles à qui elle a toujours porté bien du respect et déféré à ses sentiments se trouvant humiliée de se voir au-dessus d’elle dans la Religion. Son changement de condition luy estoit un surcroît de peines pour tout, elle l’a dit elle-mesme plusieurs fois agréa-

t) Catherine Archambault, soeur domestique.

186 Annales de l'Hôtel-Dieu

blement, et chacune de nous en convenait sans peine. J&mais on à vu une humeur plus égale que la sienne, portant toujours un visage gai et content en tout temps, où on lisait la paix et tranquillité de son âme; les personnes qui ont connu son intérieur et gouverné son âme, ont assuré qu'elle ne perdit jamais la présence de Dieu et que son union avec luy étoit continuelle, sa dévotion n'avait rien d’incommode ni qui tendit à singularité; elle ne priait et ne jeûnait pas plus que les autres, elle parlait peu souvent au directeur et y étoit peu de temps à la fois et quand on luy en demandait la cause par récréation, voicy ce qu'elle répondit: quand je me dispose à parler à mon directeur et luy rendre compte de moy, c’est pour luy faire connestre si j’ai esté fidèle ou infidèle aux attraits de la grace et des desseins de Dieu sur moy, parmy une foule de pensées qui me viennent, je choisis ce qui me parais le plus nécessaire pour luy donner lumière sur mon état pressant et laisse tout le surplus dans le silence.

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