CHAPITRE VINGT-TROIS
La mort de ma soeur Mar Geneviève Archambaut.
La seconde année de sa profession, estant preste d’ex: pirer, elle tomba malade dans le mois de septembre 168% de la rougeolle qui emportait beaucoup de monde, et en peu de jours, estant’ fort mauvaise. Notre chère soeur en guérit pourtant, ou du moins revint en convalescence, et se porta mieux; toutes nos soeurs canadiennes estois toutes malades au lit de la mesme maladie, l’hospital estoit aussy plein, ce qui embarrassait beaucoup nos soeurs de France, qui estois seules en estat de servir le jour et la nuit, ce qui les fatiguait beaucoup pour leur petit nombre, ayant toutes leurs soeurs malades de sureroît, ce qui fut cause qu'on accorda à la soeur Archambaut de veiller un sien oncle (uw) qui la demanda avec instances pour passer la nuit auprès de luy, lequel mourut, malgré tous les bons soins que sa nièce prit de luy, et luy donna sa maladie, qui estoit une fièvre très maligne, avee une douleur aux côtés. Le 4e jour elle demanda sa soeur Catherine Archambaut pour la consoler de sa mort et luy dit qu'il étoit temps de se séparer et détacher l’une de l’autre volontairement, par respect et amour à la sainte volonté de Div, l'assurant qu'elle n’en relèverait pas et qu'elle croyait absolument que la cause principale de sa mort venait de son changement d'état, qu'elle avait quitté sa véritable vocation. qu'elle en ressentait beaucoup de douleur. Au 5e de
u) Tanguay ne mentionne aucun Archambault où Marchand qui aurait pu être l'oncle soit paternel soit maternel del Marie Archambault.
188 Annales de l’Hôtel-Dieu sa maladie, on luy donna le NSt-Viatique et peu après eile entra dans un grand délire qui ne le quitté qu'à la mort, qui arriva le %e jour qui se trouva le 4e octobre 1687 entre une heure et deux heures du matin, comme elle avoit commencé après avoir esté munie du sacrement de la dernière onction. C'est moy qui eus soin d'elle dans cette maladie, sans estre en santé moy-mesme, mais seulement convalescente de la rougeolle qui m'avait bien maltraitée, j'av vu en cette chière soeur, avec édification, l'habitude des vertus roligieusex, dans son transport, ne manquant point d'en faire des actes à toutes les occasions qu'on luy en donnait, ne se faisait dire jamais plus d'une fois ce qu'on voulut d'elles elle fesait sans jugement le sacrifice de sa vie et des personnes qui luy estois les plus chères en ce monde dont la séparation étoit plus sensille, elle priait ei parlait à Dieu avec un respect profond et un &mour tendre, ce qu'on voit bien rarement pour dire mieux point du
tout, en des personnes aliénées d'esprit, elle s'humiliait incessamment et semblait v prendre plaisir.
CIIAPITRE VINGT-QUATRE
Socur Judith Morceau de Bresolles
C'est elle qui a esté la première supérieure de cette maison et qui fut choisie par Monseigr. l’évesque d'Anvers et monsieur de la Dauversière pour venir fonder en Ville-Marie ce que la communauté de La Flèche confirma par son élection dans les formes ordinaires et luy donnèrent pour associée et compagne pour ce grand dessein mes soeurs Catherine Macé et Maillet, dont je parlerai, et ayant beaucoup de bien à dire dechacune, ce que je ferai, selon ma petite capacité, ne manquant ni d'estime de leur vertu ni de zèle pour faire glorifier Dieu en elles ni de connaisance de leurs mérites par le long temps que j'ai eu l'honneur de vivre en leur sainte compagnie, ce qui nest aussy Un juste sujet de reproche pour n'en avoir pas profité,
Ma très Ponorée ettrès chère socur de Bresolles a esté beaucoup estimée de ceux qui l'ont connue à fond comme ses directeurs spirituels: j'ai vue une lettre du R. père directeur Jésuite, homme très considéré dans la compagnie pour sa vertu et sa science, Qu'il éerivait à madame d'Aillebout, qui demeurait chez nous en ce temps-là, Or) où il parle deeette chère mère ences termes: “vous êtes done demeurante avec les hospitalières de Montréal, je vous en estime heureuse. je connais vne demoiselle qui s'appelle Judith Moreau de Bresolles. dès son enfance, que j'a toujours conduite jusqu'à peu d'années avant qu'elle ait quitté In France pour aller Canada, que je considère comme une des plus grandes servantes que Dieu ait sur la terre, et des
Y) De 1660 à 1663.
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190 Annales de l'Hôtel-Dieu 1 plus fidèles à suivre la voix du divin époux; les sentiments qu'on avait d'elle dans la maison de La lèche ù
elle a esté reçue et dans celle de Laval où elle fut en-
voyée assistante et demeuré plusieurs années, n’estois point
contraires à ceux de ce R, père et dans les lettres que
AE ie j'ai vues de ves maisons denos soeurs, elles parlois d'elle comme d’une fille des plus mortifiées, des plus humbles et cachées, des plus dévotes et unies à Dieu et qui a porté la
EX EURE charité du prochain à un degré sublime, comme je tàche-
rai de le dire ci-après, et qu'elle à commencé dès son enfance à la pratiquer très fervemment et héroyquement.