‹ Mémoires de la Société historique de Montréal [microforme]Chapitre 46 sur 59 · CHAPITRE VINGT-HUIT · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT-HUIT

La manière d'agir de ma Soeur de Bresolles depuis son arri- " 1h vée à Montréal jusqu’à sa mort. “il

Notre digne supérieure se voyant arrivée dans le lieu 4

que NS, luy avoit choisi pour consommer son sacrifice, elle (i 1 ne s'épargna en rien pour accomplir ses desseins sur elle et 1 sur ses chères compagnes,à qui elle marqua l’employ qu'elles Ï devois exercer et prit pour elle le soin tout entier des mala- \: 10

des français et sauvages: office qu'elle a exercé environ 20 k1 "0 aanées de suite; du moins fort peu d'intervales entre ses grandes maladies qui l'obligeois de temps en temps de s’arrêter quelques jours sur son petit grabat, ne pouvant plus se soutenir sur les pieds. Mais aussy tost qu'elle sentoit un peu de diminution, elle se levoit pour aller celercher ses chèrs malades.

Je l'ai vue grand nombre de fois bien malade au lit avee la fièvre de ses maux d'artères qu'elle appeloit la rage de l’amour, qui la mettoit moribonde. par l'excès de la douleur qu'elle souffroit., S'il arrivoit qu'en l’hospital, quel- 5 qu'un bien malade, blessé ou autres, aussy tost elle se levoit res à l'instant pour le soulager par ses remèdes qu'elle composoit au fur et mesure qu'elle en avoit besoin selon la maladie Ÿ a, 4 mesme pour es plaies faites par les Sauvages nos ennemis. Ce qui arrivoit souvent et de très considérables. Elle en fesoit de mesme pour toutes sortes de maladies qui fesois un effet tout autre que ceux qu'on apportoit de France. Aussy disoit-on, que ses médecines étois miraculeuses.

Elle fesuit tout à la fois: l'office d’hospitalière, de lin-

gère, cuisinière, dépensiaire et de soeur des salles: et avoit à servir journellement 12, 15 et 18 malades de coutume,

204 Annales de l'Hôtel-Dieu

quelquefois 24, tant françois que sauvages M'esme nos ennemis venois se faire guérir de leurs plaies dans nos salles, où ils étois reçus charitablement par notre eharitable hospitalière et supérieure, sans vouloir considérer le danger où elle se mettoit d’estre tuée par eux, Ce qu'on luy à représenté bien des fois, et qu'ils pouvois mettre le feu à l'hospital st s'enfuir après, ce qui leur auroit esté facile à la faveur de leurs jambes, qui disputent la course aux cerfs et aux biches,

Mais toutes ces raisons de prudence n'étois point capables de l’arreter et empescher de rendre service au prochain ayant pour maxime qu'il falloit S’abandorner à Dieu pour tous les événemens de sa Ste providence et faire exactement les devoirs de son estat.

Vous seriez peut-être incrédules sur plusieurs" articles de ce que j'av écrit ci-devant, si je ne vous disois en prenier lieu qu'elle étoit supérieure et dans le pouvoir de faire ce qu'un autre n'’auroit pufaire comme dese ne ménasger en rien pour les choses pénibles, entreprenant de faire seule l'ouvrage de plusieurs.

Ses deux chères compagnes ne luy aidois guère que dans les veilles de la nuit et aux repas. Quatre fois le jour une d'elles ayant l'office de dépositaire fesoit faire leurs petites commodités qui consistoit en une petite cuisine qui servoit aussy de dépense et de réfectoire, une chambre commune qui a servi aussy d'’infirmerie plus de 30 ans, un petit dortoire de quatre cellules. Tout cela situé au-dessus de la salle des malades, ce qui estoit très gesnant pour nous et incommode pour eux, Mais la nécessité et disposition du temps le vouloit ainsi et dans le grenier, au-dessus, fut fait la lingerie et roberie et tous les autres offices.

Elle chargea la segonde compagne de tout le ménage du dedans et dun soin de faire défricher des terres pour semer du blé et nourrir des hestiaux de service et autres pour leur aider à vivre; ce qui tomba en partage à notre digne soeur

Mémoires de So'ur Morin 205

Macé: ce qui l'avorisoit bien ses attraits pour la solitude et vie cachée et Eumble, faisant en tout cela l'office de converse,

Près de trois années se passèrent en cet estat vers la Fin desquelles je vins me joindre àelles, ee qui leur fit plaisir à la vérité. Mois leur fut un très petit secours, à cause de ma grande jeunesse et peu de capacité et de talent. Elles avois pourtant déjà recu plusieurs postulantes, mais aucune ne se trouva conteute, et toutes en sortirent un peu, excepté Madame Daillebout veuve du gouverneur général du Canada, qui étoit pensionnaire, femine d’une insigne piété qui ne cherchoit que la solitude pour s'approcher de plus près du Seieneur avec sa fille de chambre, qui avoit les mêmes inclinations que sa bonne maitresse: auprès de qui elle étoit jour et nuit, cause desa délicatesse et infirmité, ce qui diminuoit en rien les travaux de nos chères Soeurs, mais leur aidoit à vivre, Mademoiselle Manes, administratrice de l’hospital, dont j'av parlé dans le Se chapitre de cette histoire, Tuy donna une erambre dans sa maison, plus commode un peu que les nostres pour elle et sa fille; qui estoit petite et sombre, où le soleil n'entroit qu'en se couchant qui tenoit aux offices de nos soeurs et à un bout de lhospital.

Quand je fus arrivée en cette maison et en la compagnie de ces servantes de N, $S., la supre m'ordonna de luy aider à servir les malades, ee qui m'a rendue témoin oculaire et auriculaire de ce qu'a Fait et dit ma Sr de Bresolles pendant plusieurs années que jay eu l'honneur de l'aider. Ma Sr Macé quiestoit ma maitresse de novices ne me recommandait vien tant que de regarder N, Rde mère comme un modèle de vertu et limiter en ce que ce pourroit ; j'ay remarqué en elle une dévotion des plus tendres pour la Ste enfance de J, C.; elle en avoit une image en relief qu'elle portoit partont avee elle, quelquefois mesme aux réeréations quand on pouvoit trouver un moment pour la faire parler, ee qui luy donnoit lieu de dire ses pensées et sentiments sur ce mystère

mu a am 2 Le mg 2 rt +

Page 1