‹ Mémoires de la Société historique de Montréal [microforme]Chapitre 47 sur 59 · SERRE · texte numérisé non relu

SERRE

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d'une manière et en des termes si pleins de respeet et d'amour qu'il étoit aisé de connaître que c'étoit son coeur qui parloit par sa bouche.

Elle luy dressoit des oratoires par tous les endroits qu'elle croyoit propres à cela, même dehors, dans la cour, lui demandoit le salut éternel de tous ces malades, quelquefois leur santé, de ques les mieux traiter, ce qui arrivoit souvent et lien visiblement, Pôur ce qui étoit du manger, j'ay vu grand nombre de fois qu'on luy apportoit dès le mème jour ce qu'elle avoit demandé äu St Enfant, comme de la viande d'orignal ou du serf pour leur faire des bouillons, où du cibier, canards. cerselles, tourtes, ete. Pour lors, ces mala: des Iuy disois: Ma Sr Bresolles, le St Enfant Jésus vous envoit telles closes pour nous: oui, disoit-elle: remerecions-le tous ensemble, ee qu'ils fesois dans ce moment. Puis elle l'apprètoit pur le premier repas quand cela se pouvait faire, elle faisoit la cuisine en perfection.

Tout ee qu'elle faisoit de ses mains en cette espèce avoit un degré d'excellence qui n'avoit rien de commun au jugement des plus délicats et personnes de distinction, avee si peu de chose qu'en ne le pouvoit pas eroire, Ces potages et bouillons faits avee un morceau de lard maigre bien petit et des herbes avcis un goût merveilleux qui faisoit plaisir au plus dégoûté. Elle souffroit rarement que j'apprêtasse les viandes ou fisse le potage car tout étoit moins bon quoi que je m'applicasse avee soin à y mettre tout ce qu'elle y mettoit.

Quand ele composoit les remèdes pour les malades, e‘étoit sans embarras: elle couroit au jardin de Mademille Mance qui joignoit le leur chercher des simples, discit-elle,en revenoit les mains pleines cuoiqu'on n'yen eut jarrais planié, et qu'il étoit dressé à peu près comme celui du paresseux plein de ronces et méchantes herbes et tout en friche; rien ni étoit cultivé que quelques herbes potagères, des légumes et

racines pour manger pendant l'hiver, A la suite du temps

Mémoires de Sœur Morin 207 elle fit enclore un petit jardin pour y planter des herbes médicinales qu'elle eultivoit seule de ses mains; tout y croissoit aussi à plaisir et on l’alloit voir par récréation et admiration; aussi y portoit-elle l’image du St Enfant afin de le Lénir dans tous ses offices elle l’avoit toujours proche d'elle. La nuit son plus agréable repos étoit de luy chanter des cantiques d'amour et d'action de grâces: elle y employait la meilleure partie de la nuit et dans des actes de religion envers Jésus dessus l'autel et dans l'hostie, Pour favoriser sa dévotion elle fit faire une petite fenêtre, dans la ruelle de son lit, de 2 vitres par où elle voyoit droit sur le saint autel assise sur iceiuy dans ses maladies; c’étoit son infirmerie et en tous temps son plus doux repos où elle se délassoit des travaux du ‘our dans les colloques avec son bien-aimé Jésus nfant et Jésus immolé sur l'autel qui fesoit sa plus grande occupation intérieure, Il se passoit peu de nuits qu'elle ne chantät plusieurs versets du cantique du père Jean de la Croix, carme déchaussé selon son état présent; elle en composa aussy tout d'amour et de caresse pour son bien aimé et de désirde souffrir et d' mourirpour luy dans le mépris et la douleur, d'une poésie et d’un air tout particulier qu'on auroit pris plustost pour des gémissements que pour un chant. Elle n'’avoit Jamais de rideaux à son lit afin disoit-elle d'avoir de l’air et du jour ce qui ne manque pas dans nos cellules, dans leplus grand froid del'’hiver pour ce défendre un peu de sa rigeur, elle prenoit de grands sabots, mettoit du feu un peu avant de se “oucher puis les mettoit à ses pieds se couchant de mesme sur son grabat et puis jettoit une couverte par dessus elle sans vouloir souffrir autre chose, se tenant assise la plus grande partie de la nuit. Vous serez peut-estre étonnées mes chères srs que je puisse savoir ces particularités mais vous ne le serez plus je m'assure quand vous saurez qu'il n'y avoit qu'une simple planche entre se chambre et la mienne dans laquelle j’avois fait un petit

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trou pour la voir et l'entendre à mon aise à son insu et que Ÿ j'ay esté sa voisine environ 15 où 16 ans de suite et encore

à plusieurs reprises par mois et semaines salis que j'aie pu

remarquer qu'elle eut changé ses pratiques,

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