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liémoires de Sœur Morin 15
dit d'elle qu’elle ne perdit jamais la présence de Dieu ei que son âme jouissoit d’une union très intime et savoureuse avec Sa divine Majesté. Ce qui paraissoit mème à son exté- “leur, sur qui estcit l’image de la paix et de la tranquillité, que tous les petits contretemps n’altéroit point.
On la voyait toujours la même et dans une égalité d’humeur bien rare en ces temps; qui sont des marques d’une grande âme. Environ un an après l’entrée de cellecy, ma soeur Thérèse Milot (/) entra aussy,âgée de 14 ans. Elle était petite de taille et faible de complexion, mais si fervente qu’elle ne se doibt rien aux plus fortes et grandes. Elle fut chérie de sa mère plus que tous ses frères ct soeurs, qui luy fit porter un estat au delà de sa condition de marchand, pensant la retirer par là des églises où elle passoit une partie des jours. Ce qui eut un effet tout contraire, la dégoûtant des ccnversations du monde et des adjustemens de vanité.
On fit beaucoup de difficulté de la recevoir à cause de sa petite taille et delicaiesse naturelle; mais sa persévérance l’empcrta; et fut mise au noviciat soubs la eonduitte de notre chère mère Macé qui l’estimoit beaucoup. On ne la reçut dans notre monastère que pour la contenter, pensant qu'elle seroit bientôt soulle, n'étant âgée que de 14 ans ct infirme, et d’une fort petite taille; avant de plus deux ans à passer dans le noviciat avant de prendre le voile blane. Mais on fut bien estonné de voir la sœur Milot la première à tous les exercices de ecmmunauté et agir auprès des malades comme la plus forte santé, et soutenir cette ferveur pendant deux années sans reliche. Cela fit croire que Dieu la vouloit fille de St-Joseph et Ivy feroit par gærîce ce que les autres font plus naturellement . Quand on luy annonei
f) Marie-Thérèse Milot, baptisée à Ville-Marie le 12 novembre 1669, fille de Jean Milot, taillandier, et de Mathurine Thibault. Entré en 1683, elle mourut le 6 mai 1712 à l'âge de 42 ans.
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16 Annales de l'Hôtel-Dieu
qu’elle estoit reçue au voile blanc, elle tomba en défaillance et demeura du temps à terre sans pouvoir marcher, par l’excès de sa joie, ni sortir de sa place, etc, Elle le porta encore deux années comme on fesoit dans l’Institut, et garda la même conduite de ferveur comme auparavant,
Notre chère soeur Milot n’avait encore reçu de la part du divin espoux que des fleurs eu égard à son amour. Voici quelques épines. Madame Milot, qui n’était pas d'un humeur des plus commodes, s’imagina par quelques secrets ressorts de la divine Providence, sans laquelle rien n’arrive, qu'une de nos soeurs avoit parlé désavantageusement d'elle à Madame la marquise üe Denonville, femme du gouverneur général du Canada, qui demeuroit lors dans nostre monastèrz pendant que Monsieur son espoux estoit à la tête d’une armée de François et Sauvages, qui allaient fondre sur les Yroquois. Voilà donc madame Milot qui vint à la grille du parloir décharger son coeur en disant mille duretés. J'’essuyai une partie de l’orage im'’étant trouvée là par hasard, On l’écoûta longtemps et puis on tâcha de luy remettre l’esprit, mais inutilement et voulut emmener sa fille sans différer d’un moment, Madame la marquise y vint aussy qui ne gagna pas plus que nous sur l'esprit de cette femme à moitié troublée de peine de ce qu’on luy refusoit sa fille; laquelle pleuroit jour et nuit dans la crainte qu’on ne la fît sortir à cause de sa mère et des bruits qu’elle fesoit depuis plusieurs jours, criant tout haut dans les salles et même dans l'église qu'on lui rendit sa fille, laquelle ne voulut point paroistre devant elle crainte qu’elle ne l’emmenât par violence. La pauvre madame Milot, espérant gagner sa fille par la dévotion, luy offrit de la mettre religieuse dans quel couvent elle voudrait en Canada, pourvu que ce ne fût pas chez nous: ou de luy donner une chambre dans sa maison où elle seroit en solitude, séparée du monde, sans autre soin que de prier Dieu et méditer, comme maîtresse de ses dévotions, ete. Ce qui n'’ébranla pas la constance de la novice, laquelle supplia
Mém. Sr Morin--1,