‹ Mémoires de la Société historique de Montréal [microforme]Chapitre 6 sur 59 · É FA É · texte numérisé non relu

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Mémoires de Sœur Morin 147

tout de nouveau sa mère de ne luy point faire davantage d'épreuves qu’elle vouloit vivre et mourir fille de St-Joseph et que jamais elle ne consentirait à sa sortie, Madame Milot, faisant un grand ery de douleur, dit à sa fille: “O enfant dénaturée, je ne veux plus te voir et t’abandonne pour tou- Jours; je vois bien que tu cherches à me faire mourir de peine et de chagrin; je t’avertis et déclare que tu n’auras de moy aucun secours pour tes besoins, ni pour ton dot; tu n'as que faire de compter là-dessus.”” Disant ces paroles elle sortit du parloir en criant que e’étoit pour la dernière fois de sa vie,

Quelque temps se passa en silence de part et d’autre, mais 1l dura bien à notre chère novice, qui, voyant le temps expiré pour sa profession et même passé d’un mois et plus, s’adressa à madame de Champigny, intendante du Canada, qui avoit un don tout singulier pour gagner les coeurs, voulut bien entreprendre cette affaire, Avec sa bonté et charitè ordinaire, elle gagna madame Milot; après bien des visites et des prières, la fit consentir à la profession de sa fille, luy donna son dot et tout le reste fort honorablement; et fit s1 profession le 1 jour de juillet de l’année 1686 à la grande joie de son coeur, dont tous les désirs estois accomplis. (g)

Peu de jours après elle tomba malade et n’a jamais guéri ni revenu en santé depuis, portant la fièvre et un dégoût continue] sur tout ce qu’elle avoit accoutumé de manger; sans pourtant s'arrêter, suivant toujours l’observance par son courage et ferveur, quoiqu’on l’en pressât bien des fois. Maïs son mal augmentant, elle fut contrainte de céder à sa force. On la mit à l‘infirmerie et n’en a point sorty pendant 16 ou 17 ans et y sera jusqu’à la mort selon toutes

g) La construction grammaticale laisserait entendre que madame de Champigny donna la dot alors que ce fut sans doute madame Milot. Cette construction se retrouve souvent dans ces mémoires,

Mëm. Sr Morin--2,

Annales de l'Hôtel-Dieu

les apparences, comme la tourterelle gémissante de l’absence de son bien-aimé.

La profession de ma Soeur Milot fut le jour de la mort de notre révérende mère de Bresolles, première supérieure de cette maison et qui l’avoit fondée en cette qualité. J'en dirai les circonstances ailleurs plus au long que je ne pourrais faire ici, pour dire quelque chose de ma Soeur Marie Gabrielle Migeon, qui entra peu après celle dont je viens de parler. (h)

Elle ne pensait qu’à se marier bientôt, lorsque M de La Colombière, prestre d’une vertu et mérites tout distingués, son confesseur, luy proposa une retraite de dix jours pour méditer à loisir les desseins de Dieu sur elle et connaître sa volonté sur l’estat de vie qu’elle devoit embrasser. Mad'’elle Migeon accepta généreusement le party qui luy estoit offert ; elle entra chez nous pour y faire la retraite avec tout le soin et dévotion possibles. Notre Seigneur, secondant ses démarches, qui luy coûtèrent beaucoup, luy donna des lumières et grâces sy fortes, qu’elle retira son cœur de la personne à qui elle l’avoit donné, pour le donner tout entier à Sa Majesté qu’elle reconnut mériter seule toute notre estime et notre amour; et retourna chez monsieur son père, bien résolue d’estre religieuse le plus tost qu’elle pourrait. En effet elle rentra chez nous six semaines après dans le temps qu'on vouloit consommer son mariage et fut mise au noviciat, âgée de 19 ans qu'elle fit fort fervemment (à) ; fit profession et a donné beaucoup d'’édification. Par la dévotion et amour qu’elle a eues pour la très sainte Vierge et le zèle à la faire honorer elle obtint de la supérieure la plus belle cellule du dortoir pour luy faire une thapelle, où elle dressa

h) Fille de JeaniBaptiste Migeon de Branssat, juge de Montréal et de Catherine Gauchet de Belleville; elle entra au monastère en 1687 et mourut 11 ans plus tard, en 1698, âgée de 30 ans. Sa mère devint plus tard religieuse dans la même maison,

1) On dit, “faire son noviciat”.

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