‹ Mémoires de la Société historique de Montréal [microforme]Chapitre 51 sur 59 · OIS · texte numérisé non relu

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Mémoires de Sœur Morin 215

Elle passa ainsy sa vie jusqu'à vingt ans dans la retraite la prière etle silence, demandant à Dieu qu'il luy fit connoitre 'e lieu où il vouloit qu'elle se consacrât tout à luy.

Elle apprit par quelques Révérends Pères Jésuites qu'il 3 avoit dans la ville de La-Flèche en Anjou, une communauté naissante d'hospitalières soubs la protection du grand St Joseph, qui promettoit beaucoup. Son coeur fut pénétré de consolation et de désir de se joindre à elles aussy tost qu'elle eut ouy le sentiment d'estime que ces R. Pères en avois et les prit pour médiateurs afin de luy procurer le bonheur d'y être recue Ce qu'ils n’eurent pas de peine à obtenir, à cause du grand récit qu'ils firent de la bonne et vertueuse Mademoisells Catherine Macé, Quand elle eut su que nos soeurs de La Flèche la recevois si agréablement, elle fit toutes ses diligences pour s’y rendre incessamment, parla à nronsieur son père qui eut beaucoup de peine à consentir que sa fille s’éloignät tant de luy, qu'il ne pouvoit gouster; luy disant qu'il y avoit assez de couvents dans leur ville pour contenter sa dévotion, de se donner à Dieu sans luy faire le chagrin d'aller en Anjou pour ne la voir Jamais plus. La fille affligée parloit par ses larmes et disoit à Monsr son père que toute son inclination étoit pour les hospitalieres de La Flèche ne pouvant se résoudre de choisir un autre couvent.

Mr, Macé frère, qui étoit lors jeune ecclésiastique, voyant que le père et la soeur étois de différent sentiment, se mit entre eux deux pour les accorder. Pour cela il parla fortement à sa chère soeur et la porta de faire ce que son père souhaitoit d'elle et de se faire religieuse dans à ville où il “avoit tant decouvents à choisir. Mais notre enère postulante ne l’écouta point, demeurant ferme comme un rocher quelque bonrie raison qu'il luy pût dire. Ce qui obligea ce très cher frère de porter Monsieur son père de permettra à sa fille d'aller en Anjou où elle étoit si fortement attirée,

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lv consentit enfin, après bien des instances de son fils, ete.

Quand elle sut que Monsieur son père avoit consentit à son départ elle ne perdit pas un moment pour disposer toutes choses, pour le voyage et partit aussy tost etse rendit à La Flèche où elle fut reçue avec beaucoup d'agrément et la dixième de tout l'institut qui étoit encore dans le berceau. Notre chère postulante se voyant dans la maison tant désirée de St Joseph mit la main à l'oeuvre et comme une grande ouvrière s'appliqua à ce qui est de plus grand dans la maisen de Dieu, savoir: de rechercher et se procurer l’advantage d’y estre la dernière de toutes. Elle briguait toutce qui étoit de plus bas et pénible dans la maison cherchait la compagnie des soeurs domestiques et l'office de les aider et soulager en tous leurs emplois les plus laborieux, et aussy les plus dégoustants auprès des malades.

Notre première mère de La Ferre, qui avoit un très bon discernement, conçut de grande espérances de sa vertu et la regarda toujours comme un modèle des vertus les plus sublimes que N. $S. a le plus chéries et pratiquées, pendant qu'il étoit sur la terre, par sa vie inconnue au monde et cachée en Dieu. Ce qui fesoit le plus fort, le plus doux attrait deson âme qu'elle a porté dans la pratique, jusqu’à la mort avec la mortification oula plus universelle de tous les sens qu'on puisse guère soutenir dans la vie spirituelle : et tout cela sans aucune considération sensible; c’est le témoignage qu'ont rendu d'elle ceux qui ont gouverné son àme et qu'elle portoit toujours des états intérieurs très pénibles, craignant les jugements de Dieu comme auroit pu faire

un grand pécheur abandonné au vice.

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