‹ Mémoires de la Société historique de Montréal [microforme]Chapitre 53 sur 59 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

Quelques lemarques sur les vertus de ma socur Macé et sa mort.

Notre très honorée et chère mère Macé avoit de l'estime pour tout le monde, Klle jugeoit bien de toutes leurs a’ tions et intentions, mesme en certain cas, où les antres en Jugeois mal. Elle vouloit qu'on erût qu'ils voulois le bien et non le mal en quoy elle paressoit excessive quelquefois et poussoit sa clarité à un degré qui n'étoit bon que pour elle,

On ne peut rien adjouter à l'amour et tendresse qu'elle avoit pour toutes ses soeurs: son plaisir le plus grand auroil esté de les décharger de toutes les peines et du travail du corps et de l'esprit, et de le prendre sur elle, Quand on se plaignoit de ce quelqu'une, soit qu'elle eut fait où manqué de faire quelque chose, elle l'excusois en son action tant qu'elle pouvoit et n° pouvant le soutenir elle se jetoit sur l'intention qu'elle vouloit persuader avoir esté bonne, et partant digne des excuses. Cependant elle mettoit un si juste tempérament à tout ce qu'elle fesoit, que quand elle étoit supérieure, elle corrigeoit eXactement les fautes contre la régularité et la charité mutuelle et y mettoit tant d'assaisonnement par son humilité et sa douceur, qu'on ne pouvoit en avoir du ressentiment ou S'en troubler. Son silence et reeueillement étoit sigrand et parfait qu'à la regarder seulement avee un peu d'attention, on se trouvoit confus d'y manquer.

L'amour de la sainte pauvreté n'’étoit pas moins en elle. l'ay déjà dit que ses robes et autres hardes n'étois que pièces d'un bout à l’autre; ses chausses et soulliers étois fort souvent liés avec des cordes. Je ne me souviens pas de luy en avoir vu de neufs qu'une fois.

On ne pouvoit pas gagner cela sur elle et fesoit si bien

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qu'elle persuadoit à ceux qui avois du pouvoir sur sa person: ue que e'étoit pour sa commodité qu'elle ne se servoit que

de ee que ses soeurs avois laissé comme usé et hors d’estat de s'en servir. Elle amassoit tout cela et quand les siens ne pouvois plus tenir en ses pieds, elle trouvoit en ses savattes ce qu'elle désiroit, Son petit lit étoit composé d'une paillasse et d'un matelas, avec une couverte, un traversin de

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paille, un oreiller de coton du pays sans rideaux, que dans la plus grande rigueur de l'hiver. Sa chambre étoit la plus iroide et maleommode, Ses meubles consistois en une table jaite à coups de serpes avec un billot où ....... de bois pour s'assoir, Ce qui fait connoitre combien elle étoit éloiunée de se prévaloir du bien que M. Macé, son frère, fesoit à la maison à sa seule considération que L'on a eru avoir esté à

| la somme de 27 à 38 mil livres; ce qui auroit pu luy mériter le titre de fondateur bien justement, et attirer à sa chère

| soeur plusieurs advantages qui font plaisir à la nature, Bien

loin d'en user ainsy elle y a toujours travaillé et fait l'office 41

de converse pendant qu'elle en a eu la force et la santé; ce

qui a duré 39 années pour le moins, après quoy les supé- 14

L rieurs luy déicndirent et elle se soumit enfin à cause de son grand âge de 72 où 73 ans: ce qu'ils ne purent gagner plu-

tost sur son esprit.

, Depuis ce jour elle ne pensa plus qu'à se préparer à la : Ya , mort et il plut au Seigneur pour l'v mieux disposer Iuy en- u

Ù vover la plus sensible eroix qu'elle auroit en ce monde, qui fut l'incendie général de notre monastère avec presque tout t ce qui estoit dedans l'hospital, en mesme temps et tout ce 1 qu'il possédait pour la vie et commodité des pauvres malades, Qu'elle vit brusler devant ses veux, le 24e février 1694, feste de saint Mathias, vers les trois heures du matin. On ; 10 peut bien se persuader quelque chose du coup douloureux will t qu'elle recevoit en ce moment de voir réduire en cendres une maison qu'elle aïmoit si tendrement pour quoi elle avoit tant travaillé, pour laquelle Mr, Macé, son frère, avoit espui- :

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sé sa bourse et une partie de ceiles de ses amis, pour four.

nir à la dépense, Et cela 4 mois seulement après que le bàtunent en fut achevé, qu'on commençait à gouster la douceur d'une maison régulière et commode,

Je vous laisse à méditer là-dessus, mes très chères soeurs, les desseins impénétrables du Seigneur à tous les hommes,

Pour revenir trouver notre très chère soeur Macé, forte et constante, quiconsoloit la supérieure et toutes ses soeurs, qui estois déjà au nombre de 30 sur le pavé du Canada, c'est à dire dans la neige, une partie satis habits, toutes sans vivres et obligées de demander le couvert et du pain qui nous fut donné par une communauté de filles séculières qui nous logèrent chez elles avee bien de Ta bonté, Nous v demeurâmes pendant neuf mois entiers, mais comme j'ay le dessein de veus ‘envoyer tüine copie de ce que j'en écrirai lors si Dieu me laisse vivre encore quelques années, Je finis sur cet article pour venir trouver notre incomparable mère Macé, qui pensa mourir de douleur de se voir obligée d'aller dans la rue rendre visite à Mr, de Callière, gouverneur de Ville-Marie, qui la voulut voir ehez luy, par la grande estime qu'il avoit de son mérite et singulière vertu, Ce qui fut à son coeur aussy pénible que l’incendie mesme par la grande peine qu'elle souffroit d'estre vue.

Nos chères hotesses, connaissant bien son amour pour la retraite, luy donnèrent une petite celluke au bout de leur dortoir, où elle ne voyet personne et personne aussy ne l'y aloit voir, peur de luy faire de la peine. Elle n'en sortit Jamais que pour l’observance, La prière étoit son plus doux employ et de filer du Fil ee qu'elle continua pendant les 5 années qui luv restois à vivre sur la terre.

Après notre retour dans cette chère maison elle parut lien contenteinent et Joie tout autre, comptant pour rien d’y estre bien à L'étroit et bien froidement pour l'hiver, faisant paraître de la Joie de tous les contretemps qui nous arrixè.

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rent, disant que cela étoit doux chez soy, et nous fortifiait par son exemple et par ses paroles douces et humbles en tout,

Enfin el'e tomba malade la 3e année et mourut le 25e sepbre 1698, le %e de sa maladie, Il ne parut rien qu’à son ordinaire, c'est-à-dire étaller toutes les vertus religieuses, Je n’entreprends pas de vous faire connaitre la douleur que nous ressentimes au départ de cette chère mère, que chacune de nous vénéroit et regardoit comme une relique vivante, Une seule chose pouvoit nous consoler en ce triste accident, savoir: l'espérance d'avoir en elle une puissante advocate auprès de Dieu dans le ciel.

Nous n'avions point de caveau, ni d'église pour y déposer son corps qu'on enterra dans une petite cour proche et joignant l’égiise qui avoit bruslé avec notre monastère, Ce petit terrain » entré depuis dans l’église neuve que nous avons fait bâtir il y a dix ans. Les os de cette chère et précieuse mère y sont renfermés avec celles de nos soeurs qui

estois décédées avant elle.

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