‹ Mémoires de la Société historique de Montréal [microforme] (volume 2)Chapitre 15 sur 61 · AOUT · texte numérisé non relu

AOUT

autreio!s reliée à la France par un isthme. Les côtes de l’île et celles du continent s'allongent en pointes qui s'avancent l'une sur l’autre ; toutes deux sont formées de collines de craie et ont la même configuration.

14 AOUT.—Le vaisseau, à la sortie de la Manche, éprouva un vent contraire ; aussi le roulis augmenta-t-il beaucoup: ce bouleversement fit réfléchir notre professeur sur l'énorme puissance des vagues, qui, dit-il, ont déjà, dans ia baie de Biscaye,un demi-mille de longueur, avec une hauteur proportionnée. Eiles ne sont pas plus grosses en plein océan.

15 AouT.—Le vent, de contraire qu’il était, se changea, vers midi, en une brise du nord-est des plus favorables à la course du navire; elle fut accueillie avec d'autant plus de joie par les passagers que les vents d’est ou de nord-est sont rares entre l'Europe et les Azores.

22 AouT.—Le capitaine montre à Kalm, au sud, des nuages qui semblent se diriger vers le nord-est, et lui dit que c’est un signe certain de vent de sud-ouest.

24 AouT.—C'est maintenant au tour de l'équipage à faire des conjectures sur le temps. Un matelot annonce un grain, parce que les nuages les plus élevés sont rayés, petits et épars dans le firmament, et ont la forme de flocons de laine peignée.

27 AourT.-—Le vent d'ouest est le vent le plus fréquent dans l’Atiantique, ce qui explique pourquoi le passage d'Amérique en Europe est ordinairement plus court que celui d'Europe en Amérique.

30 AouT.—Toute la nuit, le firmament fut embrasé par des éclairs, mais le tonnerre ne se fit pas entendre.

chu Joui fatig lect:

les pâtt doy:

par | {leu

ee

Ce phénomène est dû à un refroidissement de l'atmosphère après une grande chaleur. En hiver, les éclairs annoncent une tempête imminente, et avertissent le navigateur qu'il est prudent de prendre un ris: c'est aussi ce qui a lieu lorsqu'un gros nuage s'élève tout-àcoup au nord-ouest.

8 SEPTEMBRB.— La mer est très-forte, quoique le vent soit modéré. Le capitaine attribue la grosseur des vagues au déplacement des eaux du Grand-Océan, déplacement produit par les eaux du golfe intérieur de l’Amérique (1).

12 SEPTEMBRE. —Grande alarme à bord à la vue d'un navire que l’on prend pour un corsaire espagnol, et qui n'est qu'un honnète vaisseau-marchand, fort pen rassuré lui-même par le voisinage de la Mary-Gally.

13 SEPTEMBRE.—Le vaisseau s'échoue sur un bane de sable, mais une manœuvre habile le remet à flot ; bientôt après on aperçoit la terre à la distance d’un mille, C'était la côte du Maryland.

14 SEPTEMBRE.—La Many Gally entre dans l'embouchure de la rivière Delaware. Du vaisseau, les passagers jouissent d'un paysage champêtre qui leur fait oublier les fatigues de la traversée ; leur regard s'arrête avec satis. fection sur les maisons des fermes, éparses ça et là dans les éclaircies des bois, entourées de champs de blé, de pâturages couverts de nombreux troupeaux et de verdoyantes prairies; leur odorat est agréablement affecté par le parfum délicieux qui se dégage des plantes et des fleurs, et par la senteur du foin fraichement coupé. Ils

(1) Gulf-slream. (M)

coztemplent jusqu'au soir le spectacle enchanteur de la nature sur Ce nouveau continent, qu'ils sont venus visiter de si loin, bravant les dangers d’un long voyage

Avant de débarquer, notre professeur a noté une série d'observations qu'il avait faites pendant la traversée, dont voici les plus intéressantes :

Parmi les plantes marines (Fucus, Linn.), il a remarqué une sorte d’algue blanche de la grosseur du poing, dont les bulbes ressemblaient à une botte d'oignons liés ensemble ; et, près des côtes de l'Amérique, une autre espèce de fucacées qui avaient l’apparence d’un collier de perles.

Du 24 Acût au 11 Septembre, il n'a vu d'autre plante marine que la sargasse, appelée par Linné Fucus natans, ct par le vulgaire algue du golfe (Gulfweed), parce qu'on suppose qu'elle vient du golfe de la Floride. Cette plante tapisse le fond d’une grande partie de l'Océan ; ses feuilles ressemblent à celles de la mousse d'Irlande. On iui attribue des propriétés médicinales. Lorsqu'on retire la sargasse de l’eau, on trouve souvent sur sa tige de petits coquillages pointus, ayant la forme d'une corne, des crevettes (crangon vulgaris) et des crabes minuscules (cance minutus, Linn.) (1). Huit de ces petits crabes, que le vrofesseur avait mis avec trois crevettes dans un verre d’eau, eurent un sort funeste. Les crevettes les dévorèrent durant la nuit,

Kalm a remarqué plusieurs sortes d'orties de mer (2), appelées medusae par Linné. La medusa auritn, qui est ronde, couleur pourpre, s'ouvre comme un sac, et

(1) Crustacea Decapoda. (M.

(2) Ces orties de mer sont des actinies ou anémones de mer, qui forment un ordre de la classe des polypes zoanthaires, (M.)

coc}

(:) canar qui s coqui la cor

Le vient uab]

SUR L'OCÉAN. 5 laisse voir au dedans quatre anneaux blancs, Cette espèce n'a pas les propriétés délétères de celle que les marins espagnols et portugais ont décorée du nom de vaisseau-de-guerre, et qui ressemble à une grosse vessie rouge-foncé; elle brûle la main quand on y touche. Une autre espèce, moins intéressante, connue sous le nom général d'ortie de mer produit sur la peau le même effet que la précédente.

Le 30 Août, Kalm vit un billot flottant qui était tout couvert de coquillages de l'espèce lépas, lepas anatifera, Einn. (Cirrhipèdes.' (1) Ces mollusques étaient probablement des balanes, appelés glands de mer en France.

Les observations entomologiques du naturaliste suédois, pendant la traversée, se réduisent à peu de chose: quelques papillons blancs de l'espèce pipilio brassice,

Linn., ou papillon du chou (2), qui s'étaient aventurés jusqu’en plein chenal, en vue de l'ile de Wight; et quelques mouches communes, musca domestica (3), qui ont tenu compagnie au professeur dans sa cabine durant tout le voyage ; et il fut beaucoup intrigué par la difficulté de savoir si elles étaient natives d'Amérique ou d'Europe.

De l’ordre des cétacés, Kalm signale le marsouin ou cochon de mer, delphinus phocæna, Linn. (4), une baleine

(*) Analifes ; Crustacea Cirrhipedia. Le nom d’anatife signifie qui produitun canard et provient d’un absurde préjugé des pêcheurs des côtes de l’Ecosse qui s'imaginaient que les canärds sauvages prenaient naissance dans ces coquilles. De nos jours, il n’y a plus que la presse qui, cultivant à la fois la coquille, et le canard, ait des titres au nom d’anatifère, M.

(?) Lepidoptera. (M.

(3) Diptera, M.

(4) Phociæna vulgaris. M.

Le nom anglais du marsouin porpesse, où porpus, ou encore porjioise vient de porcopesce, nom donné en Italie à l’espèce entière. Il est remar quable que toutes les nations de l’Europe s'entendent pour appeler ce

et un autre poisson appelé bottle-nose par les marins anglais et qu'il range dans l'espèce dauphin. (1)

Un chien de mer suivit le vaisseau pendant quelque temps; mais il se laissa distancer trop tôt pour que le professeur püût déterminer à quelle espèce il appartenait (2). C’est le seul poisson cartilagineux qu'il ait vu durant toute la traversée,

Kalm mentionne aussi un albicore, espèce de thon (scomber thynnus Linn). Non nom vulgaire vient des deux mots portugais al et baroro qui veulent dire petit cochon (3). Il note aussi quelques observations qu'il a faites sur un poisson improprement appelé dauphin par les navigateurs et auquel Linné a donné le nom de coryphæna hippuris. Mais il ne fait pas mention d'une particularité qui a rendu ce poisson, sous son faux nom de dauphin, si célèbre dans la fable: nous voulons parier de son changement de couleur au moment d’ex-

poisson cochon de mer ; en allemand, il se nomme neer schiwein; en ‘danois, suédois et norvégien, #arsuin, d'où Vient le mol français mnasouin. Les Islandais l’appellent swinhual (wine whlr,) et les Slaves, swinia morskaya. Un accord si universel pour leur donner ©: nom vient-il de l'habitude que ces poissons ont de fouiller le fond de li mer en què'e d'anguilles ou de vers; ne serait-il pas dû plutôt à l'épaisse couche de lard qui se trouve entre la peau et la chair des marsouins?

(1j M. Kalm se trompe certainement quand il range le bollle-n se, qui

n'a pas de dents, dans l'espèce des dauphins, qui en ont tous. [Il appartient

plutôt à l'ordre des baleines. Les baïieines sont loutes dépourvues

à . de dents. Voir British Zoology de Pennant, vol, 3, p. 43, où ce cétucé et

; appelé beaïed whale, et y est bien décrit, La table explicative de l'ou-

È vrage en contient un dessiu (No.l.) Ilne serait peut-être pas impropre + de l'appeler balæna ampullala, baleine-bouteille, (F)

L'avis de Forster n’a pas été adopté, La baleine-à-bec, qui est la plus

È retite des baleines, mesurant environ vingt-cinq pieds de longueur, à

F garde daus la nomenclature scientifique son nom de balæena rostralu. (M)

(2. Le chien de mer ou roussette, (Scyllium canicula), de l’ordre des Piagiostomes, est un sous-genre de la famille des requins (Squalidue) ; il a ordinairement de deux à truis pieds de long. (M)

(3) Atbacore, est le nom vulgaire de l'espadon qui comme le thon est de Ja famille des Scomberoïdes, (M)

pirer. Une autre particularité du coryphène qu'il passe sous silence, c'est sa manière de happer les petits poissons dont il se nourrit, en leur faisant prendre une position renversée qui lui permet de les avaler la tête la première, à la façon du cormoran. On sait que cet oiseau, par une manœuvre habile, lance le poisson en l'air, et le reçoit dans son bec la tête en bas.

Il lui était facile cependant de faire cette remarque ; car il dit avoir examiné l’intérieur d'un coryphène qui se laissa prendre à l’'hamecçon par les hommes de l'équipage ; il y trouva tout un aquarium, dont voici le catalogue : ui, ostracion ou coffre, poisson à squelette cartilagineux, deux autres petits poissons dont l’un aux yeux bleus, long de deux pouces et tout frais pris, puisqu'il était encore vivant, un insecte de mer curieux, mais qu'il ne décrit pas, et un poisson-volant.

Kalm donne au coryphène une longueur de deux à trois pieds ; mais elle est ordinairement de quatre à cinq pieds. Sa couleur est le blanc argenté tacheté de jaune. On a fait de l'hippure un signe héraldique (1).

Le voyageur suédois dit que le poisson-volant ou exocet (exocetus volitans, Linn.) (2) qui a la faculté de s'élever au-dessus de la surface des eaux pour échapper âux poursuites des dauphins et des coryphènes et de se soutenir dans l'air, à la distance d’une bonne portée de fusil, suit toujours dans son vol une direction contraire à celle du vent. Cette opinion semble contredite aujourd’hui par des observations qu’on a faites plus récemment et qui démontrent que le poisson-volant peut changer sa

(1) Le coryphène appartient aussi à la famille des Scomhéroïdes, (M.)

(2).— Gabot. (Malacopterygiens) genre de poissons abdominaux, de l'ordr2 des squamodermes. (M.)

course à volonté. Les exocets ressemblent aux harengs par la taille, la forme et la couleur, Leur chair est excellente. [ls doivent à l'excessive grandeur de leurs ailes pectorales, qui sont aussi longues que leur corps, la faculté de se mouvoir pendant quelques instants hors de leur élément naturel. Le bruit qu'ils produisent en volant est causé par le choc de l'air sur une espèce de membrane ou tambour qu'ils ont au fond de la gorge. Forster dit dans une note que la Zoologie de Pennant contient un dessin très-exact de ce poisson, et il ajoute qu'on trouvera dans le même ouvrage (Pennant's British Zoology, vol. 3, p. 282) la meilleure description connue de l'exocet,

Kalm mertionne un autre poisson de la famille des Scombéroïdes, le bonito (scomber pelamys, Linn.) (1) qui ressemble au maquereau par la forme, mais non par la taille, car il est de beaucoup plus grand et plus gros.

D'animaux amphibies ou reptiles, notre voyageur ne rencontra que deux tortues (2), dont l’une dormait paisiblement, et l’autre continuait paresseusement sa route, sans paraître seulement s'apercevoir de la présence d’un navire dans ses eaux.

Kalm passe ensuite à la nomenclature des oiseaux de mer qu'il a vus; ce sont:

Le pétrel (procellaria pelagica, Linn.) (3), ce compaë enon assidu des navigateurs, qui examine curieusement l tout ce qui tombe hors du vaisseau, et qui fait sa proie de tout ce qu’il trouve à sa convenance.

(L Thynnus Pelamys. (M) (?} Reptiles chéloniens. (M.

(3) Thalassidroma pelagica (Palnipèdes). (M.)

es

Le coupeur d’eau ou bec-en-ciseaux (procellaria pufinus, Linn.), oiseau palmipède, comme le Pétrel, qui plonge son bec dans l’eau en volant. Par la couleur et la taille, il ressemble beaucoup à la mouette et au canard.

L'oiseau du tropique (pyhaëlon aethereus, Linn.), qui a la forme d’une mouette ; il s'en distingue aisément, ainsi que de tout autre volatile, par un appendice caudal composé de deux pennes excessivement longues, qui lui ont fait donner le nom plus que vulgaire de paille-en-Queue. Il se tient à des hauteurs prodigieuses dans les airs.

La mouette commune (/arus anus, Linn.), que Kalm dit n'avoir vue ane vis-à-vis “le Bout-de-la-Terre (he Land's End)” ds : pays de Cornouailles ; c’est le nom que porte enco yourd'hui le cap le plus occidental de l’Angleterri i fait face à l'Irlande.

L'hirondelle de mer (S/erna-Hirundo, Linn.), qui est d'une couleur plus foncée que l’hirondelle commune.

Une poule de mer, vue à quelque distance du vaisseau, près des côtes de l'Amérique, complète la liste des oiseaux aquatiques qui ont fait l’objet des observations de Kalm.

“Il n'est pas rare,’—dit le savant naturaliste, “ de rencontrer des oiseaux de terre en pleine mer; mais il est difficile de s'expliquer ce qu'ils y viennent faire.”

Le 18 Août, il y eu eut un qui se jeta sur les mâts de Ja Mary-Gally, et qui avait toute l'apparence de la grande mésange (parus major, Linn.) (1)

(1) Passereaux conirostres. (M.)

Le 1er de Septembre, nos voyageurs, étant à une distance de 420 milles de toutes côtes, observèrent plusieurs oiseaux de terre, qui volaient au-dessus de leurs têtes ; quelques-uns vinrent faire une halte dans les voilures du vaisseau ; les passagers crurent reconnaitre en eux des hirondelles de rivage (hirundines ripariae, Linn.) (1). Le lendemain, une autre hirondelle se posa aussi sur les mâts.

Le 10 Septembre, la Mary-Gally reçut la visite d’un hibou ; et le 12, ce fut le tour d’un pivert, bientôt suivi d'un oiseau de la famille des passereaux, à venir demander aux cordages du navire un peu de répit pour ses ailes fatiguées.

Le professeur a noté ses observations sur ce qu'il appelle deux curieux phénomènes : des flammes électriques sur la crète des vagues et le bout des mâts— (c'est le feu Saint-Elme, dont il ne donne pas le nom)--et une lumière ressemblant à la phosphorescence du bois pourri, qui paraît, le soir, jaillir du sein de la mer.

Ce dernier phénomène est attribué à la phosphorescence propre à des myriades d'infusoires qui vivent suspendus à la surface des eaux.

Kalm reprend ensuite le fil de sa narration.

Vers le soir du 14 Septembre, le vaisseau passa en vue de Newcastle, petite ville sise sur la rive occidentale de B' la rivière Delaware, et qui fut fondée par les Hollandais F à une époque où les Suédois étaient encore maîtres de ce pays. Mais les Néerlandais, par des empiétements

(1) Passereaux lissirostres, (M

pi

successifs et continus, finirent par supplanter les légitimes propriétaires du sol, qui eurent recours aux armes,

mais qui furent battus. Les vainqueurs ne jouirent pas longtemps du fruit de leur victoire, et à leur tour ils se

virent dépossédés par les Anglais. Cependant, il y avait

encore des Suédois dans le pays; et, après que le vaisseau eût un peu dépassé Chester, sur la rive occidentale de

la rivière, le second se fit un plaisir d'indiquer à Kalm

les résidences de plusieurs de ses compatriotes,

15 SEPTEMBRE 1748.—Kalm débarque à Philadelphie après une traversée de 41 jours, à compter du départ de Gravesend. C'était à cette époque un voyage des plus rapides.

Porteur de plusieurs lettres de recommandation adressées aux premiers citoyens de Philadelphie, le profes-

seur eut bientôt fait des connaissances dans cette ville, et entre autres celle de Benjamin Franklin, “ à qui, dit- “ il, la Pensylvanie est redevable de sa prospérité, et le “ monde savant, de beaucoup de nouvelles découvertes “ sur l'électricité.” Cependant, il y avait à peine deux ans que Franklin s'était livré à des études sérieuses sur cette branche de la Physique, et ce ne fut qu'en Juin 1752 qu'il fit à Philadelphie sa grande expérience du cerf-volant électrique, qui amena la découverte du paratonnerre. Mais il ne faut pas oublier que le premier volume de la relation de Kalm ne parut qu'en 1753

Franklin présenta le naturaliste suédois à plusieurs

de ses amis et le combla d’attentions.

Kalm décrit les impressions qu'il ressentit dans sa première excursion botanique: Il était accompagné de

Jacob Bengston et du sculpteur Gustare Hesselius, deux de ses compatriotes. Laissons-lui la parole un instant :

“ Tout autour de moi me dit que je suis dans un “ monde nouveau. Si je jette la vue sur le sol, je le “ vois couvert de plantes qui me sont inconnues. Quand “ j'arrive près d’un arbre, il faut que je fasse une pause “ pour en demander le nom à mes compagnons de pro- “ menade. La première chose qui frappa mon regard fut “un pied d'andropogon (Graminées)—une herbe ! c'était “ précisément l'espèce de plantes dont l'étude a toujours “eu le plus d’attrait pour moi. Et quand je me pris à réflé- «“ chir que j'aurais à classer un si grand nombre de végé- “ taux sur lesquels le regard du botaniste ne s’est pas en- “ core arrêté, j'en eusie frisson. Au commencement, je me “ contentai de jeter un coup d’œilsur les plantes, n’osant “ commencer à en faire un examen plus attentif.”

Kalm se logea chez un honnête quaker, épicier de son état, qui lui fournit une chambre pour lui et Yungstræm—son domestique ou plutôt son compagnon de voyage—avec trois repas par jour au prix de vingt chelins par semaine, y compris la bougie, la literie et le service; mais le chauffage, le blanchissage et le vin devaient être payés à part.

Philadelrhie fut fondée en 1682 par le célèbre quaker William P:nn, auquel Charles IT avait concédé une grande partie du territoire de la Nouvelle-Suède, après que ses premiers occupants eurent abandonné toute prétention. Cette ville, à l’époque du voyage de Kalm, était, comme encore aujourd’hui, la seconde ville de l'Amérique Septentrionale, mais avec cette différence

td 7 bed

que Boston tenait alors le rang de métropole, tandis qu'aujourd’hui c’est New-York qui l'occupe.

D'après le plan de son fondateur, la ville devait être bâtie sur un quadrangle de deux milles de long sur un mille de large, formé par l'union des rivières Delaware et Skulkill. Ce terrain avait été vendu à Penu par trois frères suédois du nom de Sven's Soener (fils le Sven). Kalm dit que la plupart des rues étaient belies, coupées à angles droits, et qu’elles avaient une largeur d'environ cinquante pieds. Quelques-unes étaient pavées. Les maisons, en pierres où en briques, à plusieurs étages, étaient bâties avec goût et recouvertes en bardeaux de cèdre blanc, cupressus thyoides, Linn. (Conifères), bois très léger, peu sujet à la pourriture. Une couverture faite de ce bois peut durer un demi-siècle.

“ Parmi les édifices publics,” ajoute Kalm, “je men- “tionnerai d’abord les églises, qui sont en assez grand “ nombre; car Dieu est servi de différentes manières “ dans ce pays.”

Et il nomme :

10. L'église anglicane ou Christ Church, sise dans la partie nord de la ville, bâtie à la fin du 17e siècle et desservie par deux ministres qui recevaient d'Angleterre la plus grande partie de leur salaire.

vo. L'église suédoise, autrement appelée église de Weekacko, au sud de la ville.

Page 1