‹ Mémoires de la Société historique de Montréal [microforme] (volume 2)Chapitre 16 sur 61 · TE PT PRE MP RE ET · texte numérisé non relu

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50. La nouvelle église presbytérienne, construite en 1750 par les New-lights ou prosélytes du célèbre Whiteield (le père des Méthodistes), qui dans les années 1739, 1740 et aussi en 1744 et 1745 (1), parcourut presque toutes les colonies anglaises, prêéchant en plein air à d'immenses auditoires composés parfois de plus de 20,000 personnes, hommes, femmes et enfants. Franklin décrit dans son autobiographie l'effet produit sur les masses par la parole ardente du fougueux sectaire.

6o. L'église de la vieille réforme allemande, desservie quelque temps auparavant, par deux ministres qui se querellaient continuellement au grand scandale de la ville. L'un d'eux, pour empêcher son confrère de précher, s'empara de la chaire un dimanche matin, et n’en descendit que le lendemain.

To. Ces dissensions eurent leur effet accoutumé de susciter une nouvelle secte, qui prit le nom de nouvelle église réformée, et qui se bâtit un temple près de l’ancien.

Les Quakers tenaient leurs assemblées dans deux salles, l’une au Marché, et l’autre au nord de la ville.

Les Catholiques Romains avaient consacré au culte une maison sise au sud-ouest de la ville, spacieuse, bien ornée à l’intérieur et pourvue d'un orgue.

Les Frères Moraves faisaient leurs exercices religieux dans un vaste local qu'ils avaient loué; maisils se virent contraints d'abandonner le service du soir, à cause des mauvaises plaisanteries de quelques jeunes impudents qui, cachés dans les coins, troublaient le chant des hymnes en jouant, à la fin des strophes, d'un instrument avec lequel ils imitaient à perfection le cri du coucou.

(1) D'après l'Encyclopédie Populaire — The Popular Encyclopedia — Whitefield aurait prolongé son séjour en Amérique jusqu’en juillet 1748 ; il en serait donc parti à peine un mois avant l'arrivée de Kalm. (M.

Au nombre des autres édifices publics de Philadelphie, Kalm mentionne encore :

L'Hôtel-de-Ville, situé dans la partie occidentale de la cité—bel édifice, très-spacieux, surmonté d’une tour contenant une cloche. Une de ses ailes était occupée par la bibliothèque provinciale, fondée en 1742 par Franklin, et qui contient de superbes collections de livres anglais, français et latins, d'instruments de physique et de mathématiques et de curiosités naturelles.

Le Palais de Justice, sur la rue du Marché.

L'Académie, à l’ouest de la ville, occupait l’emplacement d'une redoute qu'on y avait élevée à la fin de la dernière guerre, non sans débats cependant, car les Quakers s’opposèrent de toutes leurs forces à, sa construction. Mais les corsaires français et espagnols, ayant infligé des pertes cruelles à la ville, firent taire les scrupules de ces sectaires qui contribuèrent même de leurs deniers à l'érection de la forteresse.

Kalm s’'extasie sur la beauté du climat de Philadelphie, et vante son eau; qui est claire, limpide et si abondante, que chaque maison élait pourvue de son puits.

La rivière Delaware a trois quarts de mille de large devant Philadelphie. La cité est à 90 ou 100 milles de la mer, et cependant les plus grands vaisseaux peuvent se rendre jusqu’à son port, et y mouiller dans cinq brusses d'eau. Seulement, chaque hiver, la navizationu rst arrêtée pendant un peu plus d'un mois.

Les chantiers de Philadelphie avaient de la réputation, dès cette époque, pour la solidité des vaisseaux qui en sortaient; mais Kalm dit que le chène d'Amérique ne vaudra jamais celui d'Europe pour la construction des navires.

La ville faisait nn grand commerce avec les Indes Occidentales, l'Amérique du Sud et les Antilles, où elle expédiait de la farine, du beurre, de l1 viande de boucherie, du bois de construction et des planches. En retour, ces pays y envoyaient du sucre, de la melasse, de l’indigo et du bois d’acajou de la Jamaïque, qui, déjà, se faisait rare.

Kalm donne un tableau de la valeur des marchandises expédiées d'Angleterre en Pennsylvanie de 1723 à 1747. Le total des importations, dans cette période de 25 ans, s'élève à £1,312,838.17.6.

Il donne aussi des arrivages et départs de vaisseaux le tableau qui suit :

Années. Arrivages. Départs.

Il y avait deux grandes foires par année à Philadelphie, l’une en Mai et l’autre en Novembre. La ville n’était pas entourée de murailles. Le gouverneur de la Province y résidait. Kalm dit que ce haut fonctionnaire était nommé par les descendants de William Penn, mais que son élection devait être confirmée par le roi d'Angleterre.

En 1743, une société pour l’avancement des sciences fut fondée à Philadelphie ; mais la guerre qui survint presqu'immédiatement après la fit tomber.

Il y avait trois imprimeries et trois journaux hebdomadaires, dont deux rédigés en anglais et l’autre en allemand.

En Novembre 1737, la ville reçut la visite de Scheik Sidi, prince du Liban, et en 1741, celle du comte de Sinzendorf, chef des Frères Moraves, qui se conduisit de manière à faire croire qu'il avait le cerveau dérangé.

En 1746, Philadelphie comptait environ 10,000 habitants. Voici un tableau de sa mortalité :

Années. ane | Do Décès. | Années.| Décès. || Années. | Décès. ERA — Le Donna ne pa 17830 | 227 | 1741 345 1745 420 1738 250 1742 409 1748 672 1739 350 1743 425 1749 758 1740 290 1744 410 1750 |! 716 Î | | |

Les PRE des naissances n'étant pas régulièrement tenus dans toutes les églises, ces tables de mortalité perdent beaucoup de leur intérêt, vu qu'il est impossible de gonstater par leur moyen le surplus des naïissances sur les décès. D'ailleurs, la population s'accroissait chaque année par l'arrivée d'un grand nombre d'immigrants.

En 1749, la ville comprenait 2,076 maisons. Il n'y avait pas une seule manufacture de drap.

Tous les habitants jouissaient de la plus entière liberté de religion. Il suffisait de croire en Dieu pour

avoir le droit d'exercer tous les priviléges du citoyen, B

et chaque citoyen pouvait se dire avec orgueil roi et maitre dans sa maison.

Kalm se livre à des considérations philosophiques sur les progrès rapides de cette ville, qui ne comptait alors que 67 ans d'existence, et qui pouvait déjà rivaliser en richesse et en population avec les plus anciennes vilies de plusieurs royaumes d'Europe.

7 SEPTEMBRE.—Notre auteur donne le récit circons” tancié d'un cas de fascination : celui d’un cat-bird (muscicapa carolinensis, Linn.) charmé par un grand serpent noir. Il ne fut pas témoin du fait lui-même ; mais il le tient d'une personne respectable qu'il nomme, un M. Peter Cork, marchand de la ville. (1)

Le Platane de Virginie, Plalanus Occidentalis, Linn. (Platanées), était très-commun sur les bords de la Delaware. Les Indiens font avec l'écorce de cet arbre des boîtes, des seaux et autres ustensiles de ménage:

Il est, aussi, indigène du Canada.

18 SEPTEMBRE.—Kalm, ce jour-là, fit une petite excursion de quatre milles à travers bois pour se rendre, tout en herborisant, à la maison de campagne de John Bartram. (2) Il était accompagné du sculpteur Hesse-

(1) Le nom d: Muscicapa ne peut convenir à l'oiseau appelé cat-bird par les Anglais; c'est une grive, la grive moqueuse, qui inffte le cri du chat (7 urdus mimus felivor), et qui, bien loin de se laisser fasciner par le serpent noir (coluber conslriclor), lui fait une guerre acharnée. L'oiseau dont M. Peter Cock a raconté à Kalm la triste et lamentable histoire était probabl:ment un gobe-mouches, Muscicipa. (M)

(2) Bartram, John, botaniste et voyageur né en Pensylvanie en 1701. Ia publié: Voyage de la Pensylvanie à Onondago, Oswego et au lac Ouatario, Londres, 1751, in 8®, Kon fils, William, a aussi publié un voyage (Philadelphie, 1791, in 8°, traduit en Français, 1799, 2 vols.in8° ) où l'on trouve de curieux détails d'Histoire Naturelle, Ilest l'auteur aussi d'un tableau très complet d'ornithologie américaine. (M)

lus, déjà nommé, et de son fidèle Yungstræœm. Comme nos botanistes passaient près d'un Persimon ou Plaquemier de Virginie— Diospyros Virginiana, Linn. (Ebénacées)—tout chargé de ses pommes, qui ont la grosseur et la couleur d’une petite orange, Yungstræm, sur le conseil perfide d'Hesselius et tenté d'ailleurs par leur mine appétissante, en cueillit une et la porta à sa bouche ; mais il l'en retira de suite et la jeta à terre avec dégoût, apprenant à ses dépens que ce fruit n'est mangeable, même lorsqu'it est mûr, qu'après avoir passé par la gelée.

Voici une liste des arbres qui croissent spontanément dans les bois près de Philadelphie :

1— Quercus alba, le chêne blanc (1), white oak (Querc:r nées ou Cupulifères)—dans les terrains riches.

2— Quercus nigra, où chène noir, black oak.

3— Quercus Hispanica, où chène d’Espagne, Spanish oak, variété du précédent.

4—Juglans alba, caryer ou noyer blanc, hickory (Juglandées), dont il y a trois ou quatre variétés.

5— Rubus occidentalis, où framboisier (2) noir d'Amérique, blackberry shrub (Rosacées).

6— Acer rurum, érable à fleurs rouges, maple tree, notre plane (Acerinées)—dans les lieux humides.

1—Rhus glabra, où sumac glabre, vinaigrier, smooth leaved sumach (Anacardiacées)—dans les anciens champs de maïs dont la culture est abandonnée. (1) Le chêne blanc est appelé par certains auteurs chêne de Québre, bien qu'il soit un peu rare dans le Bas-Canada d'après M. l'abbé Pro, vancher. (M.

(?) Du hollandais braambezie, fruit de la ronce., (M)

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