‹ Mémoires de la Société historique de Montréal [microforme] (volume 2)Chapitre 19 sur 61 · TERMES TE · texte numérisé non relu

TERMES TE

Trois récoltes successives de maïs épuisaient com-

plètement un champ; on l'abandonnait alors pour en prendre un autre. Les bestiaux passaient l'hiver dehors.

Tous les animaux des fermes ont été originairement importés d'Europe. Les Indiens n'en ont jamais eu. Mais on avait remarqué que le bétail dégénérait petit à petit.

Kalm remarque que les enfants en Amérique sont plus précoces qu'en Europe, et que leur développement intellectuel est si rapide qu'aucune question ne peut les embarrasser : ils ont réponse à tout. En revanche, l'homme y vit moins longtemps que dans le Vieux- Monde. Et même on a observé que la longévité de l’'enropéen qui est venu s'établir en Amérique, dépasse celle des enfants qu'il y a procrées. Comme l'auteur revient sur ce sujet dans le récit de son séjour en Canada, nous renvoyons le lecteur à notre traduction du 3e volume.

Une citation seulement :

“ Dans la dernière guerre,” dit Kalm, ‘ il a été claire- “ ment constaté que ces nouveaux américains étaient “ bien moins robustes, moins endurcis à la fatigue que “les Européens; dans les expéditions, les sièges, les “longs voyages de mer, ils moururent en grand nom- “bre” La femme cesse d'avoir des enfants à quarante ou quaraute-cinq, et, bien souvent, à trente ans.

D'après le naturaliste suédois, la mème faiblesse rela. tive qu'il a constatée dans le règne animal se retrouve dans le règne végétal. Un vaisseau construit avec du bois d'Amérique n'a pas autant de solidité ni de force qu'un navire européen.

.Le 23 Septembre, Kalm, étant de retour à Philadel-

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phie, plusieurs amateurs de la science lui demaudèrent s’il pouvait expliquer pourquoi la plupart des végétaux de l'Amérique du Nord, transplantés en Europe, y fleurissent si tard et ne donnent pas de fruits mürs avant les gelées? Les hivers en Pensylvanie, à New-Vork, dans la Nouvelle-Angleterre et en Canada, sont, cependant, tout aussi sévères que les hivers de la Suède et braucoup plus rigoureux que ceux de l'Angleterre. Kalm ne répond pas directement à la question ; mais il note quelques observations qu'il a faites sur le climat et les plantes de l'Amérique Septentrionale, laissant à ses lecteurs la liberté d'en déduire une conclusion.

lo. Il admet que les hivers en Pensylvanie, et à plus forte raison, ceux des pays situés plus au nord, sont aussi sévères que les hivers de la Suède et plus rigoureux qu'en Angleterre et dans le midi de l'Europe.

20. La froide saison en Pensylvanie est glaciale ; mais elle n’est pas d'aussi longue durée qu'en Suède.

30. La chaleur dans la Pensylvanie, en été, est excessive et sans intermission. Il est vrai, dit Kalm, que j'ai vu le thermométre marquer près de trente degrés audessus du point de congélation à Abo. Mais cela arrive une fois tous les deux ou trois ans, tandis qu'à Philadelphieà New-York, Albany et surtout au Canada. la température reste au même degré pendant deux ou trois mois consécutifs. Il est certain qu'en Pensylvanie, la plus grande partie du mois d'Avril, le mois de Mai et tous les mois suivants jusqu'en Octobre sont aussi chauds que les mois de Juin et de Juillet en Suède.

40. Tout le mois de Septembre et la moitié, sinon la totalité du mois d'Octobre forment la belle saison en Pensylvanie; car les mois précédents sont trop chaués.

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La plus grande partie des plantes n'y fleurissent qu'en Septembre, et beaucoup ne commencent même à ouvrir leurs boutons qu'à la fin de ce mois; et cependant ces plantes, qui sont venues si lentement, ont atteint leur pleine maturité avant le milieu d'Octobre. ‘ Mais,” dit Kalm, “je ne puis m'expliquer pourquoi elles s’épanouissent si tard en automne. Pourquoi la centaurée jacée (Composées), la gentiane, l’amarella et le centaurion de Linné, ou sabbatie (Gentianées), et la Verge d'or commu- \ Le] ne (Composées), fleurissent-ils avant la fin de l'été? Et pourquoi la belle hépatique ou anemone hepatica (Renonculacées), la violette sauvage ou de Mars (Violariées), le daphné mézéréon (1) (thymélées) viennent-ils si tôt à maturité le printemps ? C’est le secret du Créateur tout-puissant.”

5. Il y a cependant quelques plantes indigènes de la Pensylvanie dont les graines ne mürissent pas avant les premiers froids, comme certaines espèces de gentiane et d'astères (Composées) ; mais, ici encore, il faut admirer la sagesse du Créateur, qui a tout disposé avec ordre ; en effet, presque toutes les plantes d'antomne sont vivaces, où renaissent chaque année d2 rejetons de la méme racine.

Kalm pense que la tardivelé de ces plantes peut s'ex-

pliquer par une cause naturelle. Avant la découverte de l'Amérique, tout ce continent ne formait pour ainsi dire qu'une épaisse forêt (2), et à l'exception des grands arbres et des plantes marines, la plupart des végétaux pendant plus de mille ans ont erû à l'ombre; ils doivent, par conséquent, appartenir à cette espèce de plantes qui ne se plaisent que dans les bois et dans les lieux peu

(1) Vide Hackluyt's Collect. Voy. TITI, 246

(2) Bois-joli ou Bis-gentil. M

exposés à l'ardeur des rayons du soleil. En outre, le sol, au printemps, était couvert par le lit épais des feuilles tombées en automne, qui retardait la germination des graines tant qu'il n'était pas converti en terreau. Ne pourrait-on pas dire qu'à la longue les plantes ont fini par prendre l'habitude de venir tard, habitude dont elles ne se corrigeront peut-être qu'après des siècles de culture ?

25 SEPTEMBRE.— Kalm fit, ce jour-là, une seconde visite à John Bartram, dont il vante les grandes connaissances en philosophie et en histoire naturelle. “On dirait que cet homme est né avec un génie tout particulier pour les sciences. Il s’est instruit tout seul, et a appris le latin sans avoir jamais été à l’école. Pendant plusieurs années successives, il a fait des excursions dans différentes parties de l'Amérique Septentrionale, à la recherche de plantes rares et inconnues jusqu'alors, qu'il cultive aujourd’hui lui-même dans son jardin botanique, et dont il a expédié des graines et des racines en Europe.”

Bartram, était, en effet, un botaniste distingué, et le monde savant lui est redevable de la découverte de beaucoup de végétaux utiles et précieux ; mais il n'aimait pas à écrire. À la fin, à la sollicitation de ses amis de Londres, il se décida à publier le récit d’une de ses excursions (1); mais son livre parut si tard, qu'il se trouva ne contenir que peu d'observations nouvelles. Les progrès de la science l'avaient dévancé. Kalm reconnaît tenir de lui un bon nombre d'informations, “ çar il possédait le grand don de pouvoir communiquer “aux autres tout ce qu'il savait. Aussi, devrai-je, dans la

(1) Voyage de la Pensylianie à Onondago, etc., Londres, 1751, in 80. M,

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“ suite de cet ouvrage, citer ce monsieur souvent; je “ ne me pardonnerais jamais d’avoir gmis le nom d'un “ premier inventeur et réclamé comme le fruit de mes “ propres découvertes ce que je tiens d'une autre per- “ sonne.”

Les moules, muscle-shells où mytili-anatini (1) étaient très-recherchées par les gourmets de Philadelphie. La marée en apportait un grand nombre sur les bords de la rivière, et les petits garçons allaient chaque jour en faire d'amples provisions pour les vendre en ville.

L'Azérolier de Virginie à fruits rouges ou le Crataegus crus galli de Linné était employé à défaut d'aubépine pour faire des haies; mais il ne convient guère à cet usage, parce qu'il perd ses feuilles dès la fin de Septembre. Chacune de ses baies contient deux noyaux picrreux ; ses épines sont longues de deux à trois pouces, et très-pointues.

Bartram prétendait que le chène d'Amérique pourrit plus vite que celui d'Europe, et que deux espèces de bois entraient dans la construction des vaisseaux qui naviguaient sur la rivière Hudson, le chène noir, pour la quille, et le cèdre rouge, Juniperus Virginiana, pour la carêne ou cette partie du navi - qui est tantôt dans l’eau et tantôt au-dessus de l’eau, et partant plus sujette à pourrir.

Toutes les observations de Kalm sur le serpent-àsonnettes sont insérées dans les mémoires de l’Académie des Sciences de Stockholm, 1752, p. 316, et 1753, p. 54: il y renvoie le lecteur.

Les ours étaient très-nombreux dans le pays et commettaient beaucoup de déprédations. A propos de ces

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plantigrades, Kalin fait honneur à Bartram d'une opinion assez peu scientifique, et que le traducteur anglais traite avec raison d'erreur vulgaire. D’après le naturaliste américain, lorsqu'un ours (1) fait sa proie d’une vache, ils'y prend pour la tuer de la manière quisuit: Il lui ouvre le côté d'un coup de dent, introduit son museau dans la plaie béante, et souflle la pauvre vache, qui enfle jusqu'à ce qu'elle en crève

Les Indiens prétendaient que le grand plantin, plantago major (Plantaginées), est originaire d'Europe, et donnaient à cette plante le nom de pied d'anglais, parceque, disaient-ils, elle semble naître sous les pas des Européens.

Kalm pense que l'ansérine, chenopodium album ou chou-gras, goose-foot (Chenopodées), vient de graines importées d'Europe, ainsi que la tanaisie, {anacetum vulgare (Composées), et la verveine commune à fleurs bieues, verbena fficinalis (Verbénacées), parce que ces plantes ne se trouvent que dans le voisinage des maisons et des fermes.

Les feuilles de la casse, cassia chamaecrista (Césalpiniées), comme celles de la sensitive ou mimosa (Mimosées) se contractent au toucher.

Le cri des corneilles ressemble à celui du freux, le corvus frugilegus de Linné.

Bartram rapportait avoir dans ses voyages découvert de grands trous dans les montagnes, sur les berges des rivières. D'après la description qu'il donnait de ces cavités, Kalm pense que ce devaient être des chaudières ou marmites de géants, sorte de curiosité naturelle assez

(1) Ursus americanus. M

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(1) 1 tion de nouvea

commune en Suède, et sur laquelle il avait fait une dissertation devant l'Académie des Sciences de Stockholm. Bartram avait lui-même écrit à la Société Royale de Londres à ce sujet. Dans les lettres qu'il adressa à ce corps savant, il combattit l'opinion que ces cavités fussent l'ouvrage des sauvages, qui les auraient creusées en temps de guerre, pour mettre leurs provisions en sûreté, et expliqua leur origine comme suit :

Lorsque la glace se forme, 1l s'y loge beaucoup de cailloux. Au printemps, à la fonte des neiges, l’eau des rivières s'élève bien au-dessus de son niveau ordinaire, et les morceaux de glace flottant à sa surface, laissent échapper les cailloux qu'ils renferment depuis l'automne. Ces cailloux tombent sur la berge rocheuse des rivières, et sont entraînés par le courant dans les fentes ou crevasses qui s'y trouvent. Une fois là, ils sont continuellement agités par l’eau qui tourbillonne autour d'eux et leur imprime un mouvement giratoire qui, à la longue, finit par creuser le roc. Après qu’un premier caillou a fait son œuvre, qu'il a élargi sa prison et usé ses aspérités à l’arrondir, il est rejoint par d’autres fragments de quartz ou de silex dont l'action continue, unie à celle du sable et des vagues, agrandit sans cesse la marmile du géant. Telle était l'opinion de M. Bartram sur l’oriwine de ces cavités, et elle a reçu l'approbation de l’Acamie Royale des Sciences, à Londres (1). Kalm démontre qu'il avait émis la même opinion dès 1743, et renvoie à un mémoire quil a adressé à l'Académie Royale des Sciences de Suède. ‘“ Mais,” dit-il, “il est très-douteux “ que toutes les cavités de cette sorte que l’on rencontre ‘“ dans les montagnes aient la même origine.”

(1) Pour savoir quel degré de créance il faut donner à cett: approba-

tion de la Société Royale, consultez les avis insérés en tèle de chaque nouveau volume des Transactions Philosophiques. FF,

ÉCRIRE SRE PARCS Es LE Fa;

Commé plusieurs espèces de müriers croissent à l'état sauvage dans les forêts de l'Amérique, Kalm déplorait devant Bartram l'absence de fabriques de soie ; celui-ci lui répondit que le principal obstacle à leur établissement était le haut prix de la main-d'œuvre, le salaire des hommes étant de dix-huit pence à trois chelins par jour, et celui des femmes en proportion. Un gouverneur du Connecticut a réussi cependant à acclimater les chenilles du bombyx mort (1), qui ont filé assez de soie pour le vêtir lui et sa famille.

Bartram a donné la même raison à Kalm lorsque ce dernier lui a demandé pourquoi, dans un pays couvert de vignes sauvages comme l'était alors la Pensylvanie, ou ne s'adonnait pas à la vinification. Mais le naturaliste suédois, cette fois, se permet de différer d'opinion d'avec son savant interlocuteur, et dit que la véritable cause de l'absence de vignobles, c'est que la plupart des raisins d'Amérique ne produisent qu'un vin sûr et âcre.

Les Indiens regardent comn'e un mets succulent le spadice du gouet, arum virginicum (aroïdées), bouilli avec ses fruits.

Bartram envoya un pied de sarothra gentianoïdes, millepertuis-en-balai (Hypéricinées) au Dr. Dillenius, (2) botaniste allemand, qui n’a su dans quelle catégorie ranger cette plante, Elle fait un excellent vulnéraire.

Un mélèse, Larix americana (Conifères) expédié par le même Bartram au Dr. Peter Collinson fut regardé alors comme une si grande curiosité, que Miller en fit une

(1) Lepidoptères. M

(2) John James Dillon ou Dillerius, né en 1687, à Darmstadl et mort professeur à l'Université d'Oxford en 1747. (M,

mention spéciale dans son Dictionnaire Botanique. Kalm ajoute qu'il a vu plus tard que cet arbre était trèscommun au Canada.

Le pommier (1), d'après Bartram, vient d'Europe ; mais le pêcher (2) est une plante indigène de l’'Amérique. Les Français du Canada assurent que cet arbre fruitier se rencontre à l’état sauvage partout sur les bords du Mississipi. Forster, dans une note, dit que Thomas Heriot, serviteur de Sir Walter Raleigh, et chargé d'examiner pour lui les productions de l'Amérique Septentrionale, ne fait aucune mention de la pêche ; et il ajoute : “ M. du Pratz, qui a publié une excellente rela- “tion de voyage en Louisiane et sur le Mississipi, dit “que dès longtemps avant que les Français se fussent “établis dans ces pays, les natifs se procuraient des “ pêches dans la colonie anglaise de la Caroline.”

La grande molène blanche, Verbascum thapsus, appelée à tort par les Suédois fabac des sauvages, a plusieurs propriétés médicinales. On l’emploie dans les cas de fièvre, de dyssenterie et pour guérir les plaies faites sur les animaux par la larve de l’œstre (3).

Les dames ornaient leurs cheminées en hiver de bouquets formés de corymbes du graphalium margarilaceum, espèce d'immortelle (Composées), et en général elles aimaient à garnir leurs appartements de fleurs.

L'apocyn chanvrin, Apocynum cannabinum, remplaçait le lin et le chanvre pour différents usages. Les femmes fabriquaient divers tissus avec ses fibres. Elles avaient

(1) Pyrus malus (Pomac'es). M.

(2) Amygdalus Persica (Drupacécs), M

(3) Oestrus (Diptera). M.

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s doute appris l'utilité de cette plante des sauvages qui savaient en tirer parti plusieurs siècies avant l’arrivée des Européens.

Dans une visite que Kalm fit à Bartram, à sa maison de campagne, ce dernier lui exprima l'opinion que la plus grande partie du pays était autrefois couverte par la mer; il appuyait cette thèse sur plusieurs raisons déduites d'observations géologiques, et même sur une tradition qui avait cours chez les Indiens, d'après laquelle les Montagnes Bleues auraient été primitivement entourées par l’eau. Parmi ces raisons, Kalm a noté les suivantes :

10. En creusant dans les Montagnes Bleues, qui sont à une distance de plus de trois cents milles de la mer. on trouve des écailles d’huitres et des coquilles. Les vallées formées par ces montagnes en contiennent pareillement.

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