‹ Mémoires de la Société historique de Montréal [microforme] (volume 2)Chapitre 22 sur 61 · ARTE · texte numérisé non relu

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route, et le 6 Octobre au soir, il était de retour à Philadelphie. Le lendemain, il traversait la Delaware en bateau, et passait la journée dans le New-Jersey. Il fut frappé de la pauvreté du sol de cette province. L’asperge (1) y était commune, Kalm pense qu’elle est une plante indigène de l'Amérique, parce qu'il l’y a rencontrée souvent à l'état sauvage.

Le pourpier potager (2) se trouve partout aussi à l'état sauvage.

Le bident bidens bipinnata (Composées), dont les graines, garnies de trois épines armées à leur extrémité de petits crochets, s'attachent aux vêtements avec une tenacité qui fait pester les ménagères.

Parlant des huitres de Philadelphie, Kalm dit qu'autrefois on faisait du mortier avec leurs écailles ; mais on s’est aperçu que les murs des maisons dans la construction desquelles on avait employé cette espèce de ciment suintaient toujours.

Les ravages causés par un petit insecte de la classe des coléoptères (3) avaient fait abandonner la culture des pois. Ils’en est peu fallu que le savant professeur n'introduisit lui-même, involontairement, cette vermine dans son pays. Lors de son départ de l'Amérique, il avait mis dans un papier des pois d’odeur verts et tout frais cueillis, parfaitement sains en apparence. Mais quand, à son arrivée à Stockholm, le 1er Août 1751, il ouvrit l'enveloppe qui les contenait, il se trouva que tous les pois étaient creux et renfermait, chacun, un insecte en train de sortir de sa prison, déjà la tête à la fenêtre et

(1) Asparagus (Liliacées). M.

(2) Porlulaca oleracea (Portulacées). M.

(3) La bruche des pois, Bruchus p'si M

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prét à s'envoler. Inutile de dire quil replia précipitamment le papier, afin d'empêcher qu'aucun de ses hôtes dangereux ne prit son essor (1). Il avoue naivement, qu'à cette vue, il fut plus effrayé que s'il eut été au moment de mettre la main sur une vipère, “ car j'eus tout “ de suite une claire perception de l'immensité du dom- “ mage que mon cher pays aurait souffert, si seulement “ deux ou trois de ces insectes nuisibles m'eussent “échappé. La postérité de beaucoup de familles, et “ même les habitants de provinces entières auraient eu “raison de me détester comme la cause d'une grande “ calamité.” Cela ne l'empêcha pas d'envoyer quelques uns de ces pois à Linné, qui donna à l'insecte qu'ils contenaient le nom de Bruchus pisi, bruche des pois, dont le pius grand ennemi, d’après ce célèbre naturaliste, est le Quiscale pourpre, Gracula Quiscula (2), auquel on a cependant fait une guerre acharnée pendant longtemps en Pensylranie à cause de ses déprédations dans les champs de mais.

Kalm alla passer encore deux jours à Germantown chez son ami M.Cock. On se livrait, dans cette ville, à la culture de la patate des Bermudes, Convoluulus Balatas (3) (Convolvulacées) qui était connue à cette époque en Portugal et en Espagne et même en Angleterre, mais non en Suède. Le professeur à son retour avait apporté plusieurs échantillons de cette pomme de terre, qu'il se

(1) Quoique M. Kaïlm ait évité soigneusement d'introduire cet insecte en Europe, cependant, le Dr. Linné nous assure, dans son Système de la

Nature, que les contrées méridionales du continent en sont déjà infestées.

Scopoli le mentionne parmi ses Jnsecla Carniolica, p. 63. Geoffroy en parle dans ses /nsecles de Paris et en donne un bon dessin, vol. 1, p. 267. 4/9 F

(2) Purple Grackle, Quiscalus Versicolor—Audubon—(Conirostres). M.

(3) Batatas edulis, patate sucrée, M.

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proposait d'introduire dans son pays, mais le vaisseau ayant fait eau dans une tempête, ils pourrirent tous. Les Espagnols font une sorte d'eau-de-vie avec la patate

sucrée,

Le Polytric, genre de plantes cry ptogames de la famille des mousses, était très-commun ; en certains endroits bas et humides, il couvrait toute la surface du sol.

L'agriculture était très-peu avancée dans la Pensyl-

vanie, Là, comme dans les autres provinces anglaises, on s'attardait trop dans l’ornière de la routine. Dès qu'un colon avait acheté une terre, il abattait une partie du bois qui la couvrait pour s'y conquérir un champ arable, qu'il labourait et ensemençait. Le sol, cultivé pour la

première fois peut-être depuis la création, produisait naturellement une récolte magnifique. L'année suivante, le colon labourait encore la même pièce sans y mettre ie moindre engrais, et il continuait ainsi d'année en année jusqu'au complet épuisement du sol. Alors, il laissait son champ en friche, prenait sa hache et se taillait en pleine forêt un autre champ, qu'il traitait de la même façon. Toute la terre ayant passé par ce système de culture, le laboureur retournait à son premier champ, qui avait eu le temps de se refaire, puis il l’abandonnait pour le second, qu’il laissait reposer à son tour. Comme on tenait les animaux dehors en toute saison, il ne se ramassait que peu de fumier pour lesengrais. Les terres restant en friche pendant de longues années se couvraient à la longue de mauvaises herbes, que l'on ne parvenait à détruire ensuite que très-difficilement. Lorsque ie sol a perdu sa fertilité, il faut beaucoup de temps et de travail pour la lui rendre.

Un des esclaves de M. Cock montra à Kalm la peau d'un blaireau (Ursus Meles), (1) qu'il avait tué quelques

(1) Meles vulgaris (Plantigrades.) M

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jours auparavant; après un examen attentif de cette dépouille, le naturaliste resta convaincu que le blaireau d'Amérique ne diffère pas de celui de Suède.

I revint à Philadelphie dans la nuit.

12 Ocrogre.—Cette journée et les suivantes furent consacrées à des excursions sur les bords de la rivière Nkulkill. Passant dans un champ, Kalm remarqua plusieurs petites galeries souterraines, habitées par une espèce de taupes, à laquelle Linné a donné le nom de Sorexz Crislalus, mais qui est maintenant désignée par les naturalistes sous celui de Condylura Cristata, et qui est propre à l'Amérique Septentrionale.

Kalm a donné une description détaillée de ce petit mammifère carnassier de la famille des insectivores. Cette description est citée dans “ The Treasury of Natural History,” par Samuel Maunders, Londres, 1870, qui en reproduit la partie suivante :

Ayant réussi à m'emparer d'une de ces taupes, j'ai remarqué qu'elle avait plus de force et de vigueur dans les pattes qu'aucun autre animal en proportion de sa taille... Lui ayant présenté un mouchoir, elle le perça de trous en moins d'un instant... [lle était très-irascible, et se jetait avec fureur sur tout ce qu'on mettait à sa portée... .. Cette espèce de taupes ne vit pas sous des monticules comme celles d'Europe, mais dans des retraites souterraines.”

On rencontre dans les bois un arbrisseau dont les baies fournissent de la cire, et que pour cette raison les Suédois appellent Tullow shrub, les Anglais Candle-berrytree où Bay berry-bush. Linué lui a donné le nom de Myrica cerifera (Myricées) (1). Les bougies faites avec cet-

(1) Nous avons remarqué cette plante à Rustico, Ile du Prince-Edouard, en juillet 1876, M.

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te cire sont plus durables que les chandelles de suif; elles brülent mieux et ne fument pas quand on les soufile, au contraire, elles répandent une odeur agréable. On fait aussi avec ce produit un savon excellent pour la barbe. Cette cire est, en outre, un vulnéraire efficace pour les blessures et un remède contre le mal de dents. Un marchand de Philadelphie s'imagina faire une bonne spéculation en expédiant aux pays catholiques de l'Amérique des cierges faits avec les baies du cirier ; mais il fut trompé dans son attente, car le clergé ne voulut pas les recevoir.

Avec le Faux-Pouliot, Penny Royal, Cunila pulegioides, (Labiées), plante qui a une odeur particulière trèsforte, on faisait un breuvage aussi bon que le thé, et qui

se donnait pour exciter la transpiration dans les cas de rhume.

L'écorce de l'aune bouillie est excellente pour la guérison des plaies. On en tire aussi une teinture rouge et brune.

Les feuilles du phytolaque décandre, lorsqu'il est jeune, peuvent se manger en guise d'épinards. Mais lorsque la plante a atteint sa pleine croissance, il faut se garder d'en faire usage, si l'on ne veut se donner une attaque de dyssenterie. Il doit en être autrement de ses baies, appelées raisins d'Amérique, qui ont une saveur particulière, et dont les enfants sont si friands en automne.

L'écorce du noyer teint les lainages en jaune ; il en est de même de celle du chêne noir, Quercus nigra, et du

Quercus marilandica.

Les fleurs et les feuilles de la balsamine, /mpatiens noli tangere (Balsaminées), donnent la même couleur.

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La Collinsonia Canadensis (Labiées) a ét6 découverte par Bartram, qui l'aenvoyée en Europe. Jussieu, pendant son séjour à Londres, et Linné, ensuite, l'ont ainsi nommée d'après Peter Collinson, marchand de Londres et membre des Sociétés Royales d'Angleterre et de Suède. L'odeur de cette plante est agréable, mais très-forte. Kalm se plaint qu'elle lui donnait des maux de tête, Suivant les sauvages, elle guérit de la morsure des serpents-à-sonnettes. Ailleurs, on l'appelle Æerbe-auxchevaux.

D'après plusieurs observations qui lui ont été communiquées par Franklin, Kalm pense qu'une grande partie du pays était autrefois couverte par la mer. Parmi ces observations noas remarquons les deux suivantes :

10. La présence de quantités immenses de coquilles dans le Sud, au pied des montagnes.

20. Il n'était pas rare de trouver, à 14 pieds sous terre, des pierres rondes à surface polie, comme celles qui ont longtemps été exposées à l’action des eaux, et, à 18 pieds de profondeur, après avoir percé un lit de sable, une épaisse couche de vase remplie d'arbres, de feuilles, de branches, de jones et de charbon de bois.

18 OCTOBRE.-—Kalm note une dizaine de plantes qui étaient en fleurs ce jour-là, et sur ce nombre six appartenaient à la famille des Composées: deux espèces d’astères, la verge-d'or commune, Solidago Virga Aurea, l'épervière, Hieracium, la millefeuille, ou herbe-à-dindes, Millefolium Achillæa, et la dent-de-lion, Leontodon Taraxacum ; 1 y avait une plante de la famille des Gentianées, une de celle des Oxalidées, l’oseille jaune des bois, Oralis Corniculata, une de celle des Scrofularinées, la digitale pourprée ou gœant-de-Notre-Dame, Digitalis

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