MARS
La variole avait presqu'entièrement détruit les Indiens du New-Jersey. Et cependant cette maladie était inconnue chez eux avant leur commerce avec? les Européens. ‘“ Avec le traitement qu'ils suivent,” dit Kalm, “il n’est pas étonnant que la petite-vérole fasse tant de victimes parmi eux. Dès qu'ils se sentent atteints de la picote, ils se plongent dans l'eau froide.” Le digne professeur ne se doutait pas que le traitement qu’il condamne—le régime du froid—ne fût bientôt adopté presque généralement. Forster pense que si les sauvages succombent si facilement dans les épidémies, c'est à cause de leur malpropreté naturelle et de l'usage si fréquent parmi eux de s’enduire le corps de substances onctueuses qui ferment les pores de la peau et arrêtent la transpiration. D'un autre côté, l'abus des bains chauds n’est pas moins pernicieux que l'abstention complète d'ablutions, parce qu’il a l'effet de tenir les pores dans un état constant de dilatation excessive. Mais l’eau-de-vie—ce funeste présent de la civilisation aux sauvages— en a encore plus tué que la variole.
Les Indiens, avant l'arrivée des Européens en Amérique, ne connaissaient la culture ni du blé, ni du seigle, ni de l'orge, ni même de l'avoine, Toute leur science agronomique se bornait à faire produire à la terre du maïs en petite quantité, quelques espèces de fèves et des melons, récolte tout au plus suffisante pour les nourrir pendant deux mois. Le reste de l’année, ils vivaient de chasse ou de pêche et de racines.
Parmi ces racines, Kalm mentionne les suivantes :
Le Hopniss ou Hapniss, plante à rhizomes tubéreux, de la famille des Légumineuses, à laquelle Linné a donné le nom de Glycine Apios. ‘“ Ses tubercules, appelés Penacs en Canada, sont très féculents et d’une saveur assez agréable.” (Flore Canadienne).
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Le Æalniss ou Flèche-d’'eau, Sagittaria (Alismacées), dont les rhizomes sont charnus et farineux,
Le Taw-Ho où Taw-him ou encore Tuckah—Kalm pense que la plante désignée par ces divers noms indiens est une espèce de gouet, Arum Virginicum (1) (Aroidées), dont les tubercules ont une saveur trèspiquante ; les Nauvages ne les mangeaient qu'après les avoir fait sécher dans une fosse au-dessus de laquelle ils allamaient un grand feu. Les paysans du Nord de l'Europe remplacent le pain, quand il est rare, avec la racine de la calle des marais, calla palustris. Celle de la calle d'Ethiopie, Richardia Ethiopica, rend le même service aux habitants pauvres de l'Egypte et de l'Asie dans les temps de disette. Les Sauvages de l'Amérique du Sud et des Indes Occidentales savent utiliser aussi les rhizomes de plusieurs espèces de gouet. Ainsi, les aroïdées, malgré les principes âcres et caustiques qu'elles contiennent, contribuent à l'alimentation de nombreuses peuplades disséminées sur tous les points du globe. Qui a enseigné à tous ces hommes de races différentes le secret de convertir, par la dessication, en une nourriture fortifiante et agréable au goût, des plantes délétères de leur nature ? La nécessité, qui, comme l’a dit Montaigne est une bonne maitresse d'école. Kalm pense que le Taw-ho et le Tuckahoo des Indiens de la Caroline sontidentiques. Nous trouvons dans le Trésor de Botanique—dictionnaire du règne végétal, publié à Londres en 1870—un article intéressant sur cette dernière substance. Nous en donnons une traduction (2).
(1) Peltandra Virginica. M.
(?) << Tuckahoo—nom Americo-Indien d'une curieuse production tubéreuse qu'on trouve dans la terre, en certaines parties des Etats-Unis, et que Fries a rapportée au genre Pachyma” (gros champignons souterrains). Comme les selérotions, cependant, le Pachyma n'a pas de fruit, et il y a
lieu de douter s'il devrait être rangé parmi les champignons. Le Tuckahoo est composé presqu’entièrement d'acide pectique, et il est très probable
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106 Mars 1749.
Les Indiens mangeaient aussi en guise de lentilles les graines de l’oronce aquatique, orontium aquaticum (aroïdées), séchées ou bouillies. 1ls appelaient ce mets Taw- Kee ou Taw-Kim.
Les baies d'un arbrisseau de la famille des Vacciniées, appelées Æuckle-berries par les colons anglais, étaient un mets favori des Indiens. Kalm dit que dans ses voyages au pays des Iroquois, quand le sauvage auquel il avait demandé l'hospitalité voulait le régaler, il mettait devant lui un pain de maïs de forme oblongue, tout frais sorti du four, et la mie aussi bourrée de baïes d’airelle que l’intérieur d'un plum-pudding l’est de pruneaux ou raisins de Corinthe.
L'érable rouge et l’orme commencèrent à fleurir le 21 Mars ; la noble hépatique, anemone hepatica (Renonculacées), était en pleine floraison le 24 du même mois.
Kalm regrette de voir que les colons de Raccoon suivent l'exemple des cultivateurs anglais et qu’ils négligent d'égoutter leurs terres. Dans une excursion qu'il fit à la campagne, il ne vit pas un seul fossé dans les champs, et les pluies récentes avaient abîmé de grandes pièces de terrain ensemencées de blé et de seigle.
que c’est une racine à sou état naturel, mais de quelle plante ? on l'ignore encore, Une semblable production découverte en Chine contient, à ce qu'on s’imagine, des propriétés médecinales ; et il y a lieu de croire qu'il y en existe une autre atteignant un diamètre de plusieurs pouces coinmele Tackahoo d'Amérique. Comme le donne à supposer sa constilution chimique, le Tuckahoo renferme une substance nutritive bien appréciée par les faliens, qui le délerrent pour le manger; ainsi, font les nations de la Tasmanie de la Mylil'a, avec laquelle cependant le Tuckahoo diffère de nature L'acide pectique qu'il coutient en si grande abondance le rend éminemment propre, comme les grosvilles, à êtr? converti en gelée, La principale objection qu'on apporte contre la supposition que la production est la racine d’une plante phénogame est l'absence de toute trace de tissus cellulaires ou vasculaires et d’écorce; en effet elle n’a pas d'autre épiderme qu'une eroûte formée par son contact avec la terre. Mais la dissemblance entre sa Structure et celle des champignons est tout aussi grande, et la conversion d’un champignon en une masse d'acide pectique serait encore plus surprenante.” M,
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Le meloe majalis (1), une espèce de scarabée onctueux rampait le long des collines.
Le Papillon antiopa ou papillon à saule (2) voltigeait dans les bois. C’est le premier insecte lépidoptère que le naturaliste voyait cette année.
Le papillon Ewphrosyne, ou papillon d'Avril, se rencontrait rarement.
Les colons suédois donnaient à leurs meules de foin la forme conique et ne les couvraient pas. Mais dans les environs de Philadelphie, les cultivateurs érigeaient au-dessus de leurs tas de fourrage un toit mobile, qui servait en même temps d’abri à leurs bestiaux dans les grands froids.
Le 27 Murs, Kalm alla passer la journée chez un de ses compatriotes du nom de Nils Gustasson, vieillard encore alerte et vigoureux malgré ses 91 ans, et qui se rappelait parfaitement l’état dans lequel était la Nouvelle-Suède lorsque les Hollandais en prirent violemment possession pour la céder si peu de temps après aux Anglais; il se rappelait aussi avoir vu le terrain occupé par Philadelphie couvert d’une épaisse forêt.
Le père de ce patriarche avait fait partie de la première colonie envoyée de Suéde pour cultiver et établir ce territoire. Ces pionniers de la civilisation apportèrent, avec eux des grains de semence, des arbres fruitiers de toutes espèces et des herbes potagères ou leurs graines, et amenèrent aussi des couples de tous les animaux de ferme et oiseaux de basse-cour. Le Maryland, New- York, la Nouvelle-Angleterre et la Virginie étaient déjà habités par des Anglais. .
(1) Meloe Proscarabœus, genre d'insecte coleoptère appartenant à la famille des Cantharidae M.
(2) Papillon de jour du gnre Vanesse, qui comprend les espèces à chenilles épineuses M.
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