‹ Mémoires de la Société historique de Montréal [microforme] (volume 2)Chapitre 55 sur 61 · ENTRE LES FORTS ANNE ET ST FRÉDÉRIC · texte numérisé non relu

ENTRE LES FORTS ANNE ET ST FRÉDÉRIC

quelconque ne nous vint pas un seul instant à l'esprit. Ces vestiges, ainsi que nous l’apprimes des militaires français, n'étaient autres que les empreintes des pas des sauvages qui avaient campé pendant la nuit à l'endroit même où nous trouvâmes, cette avant-midi, des tisons encore fumants. Si, dans le but d’abréger leur course, ils n’eussent laissé le chemin qui conduit au Fort Anne, et qui est la route la plus ordinaire, pour suivre un sentier peu fréquenté, 1ls nous auraient rencontrés infailliblement, et nous prenant pour des Anglais, ils nous auraient attaqués à l’improviste, et peut-être tous massacrés, s'évitant ainsi la peine d’ailer plus loin pour assouvir leur cruauté. La nouvelle du danger térrible que nous avions couru sans nous en douter nous causa une grande souleur.”

Kalm passa la nuit en cet endroit avec Les militaires français, qui lui conseillèrent fortement de ne pas se risquer plus loin, mais de les suivre jusqu'au premier établissement anglais, promettant de les escorter ensuite jusqu'au Fort St Frédéric. Mais il ne voulut pas se rendre à leurs avis, et résolut, comptant sur la protection du Tout-Puissant, de se remettre en route pour le Canada

Ils virent d'immenses volées de pigeons sauvages s'abattre sur les arbres de la forêt pour y faire leurs nids. Un Français en tua quelques-uns, et les apporta au professeur, qui, trouvant dans leurs fales une grande quantité de graines d’orme, admira la sollicitude de la Providence pour tous les êtres créés ; il se rappela sans doute cette parole que le Christ adressait à ses Apôtres : “ Regardez les oiseaux du ciel, ils ne sèment ni ne moissonnent, ni n’amassent dans des greniers, et Votre Père

céleste les nourrit." En effet, dans le mois de Mai, les pigeons sauvages trouvent une subsistance abondante dans les graines de l’érable rouge, qui sont si mûres

alors, qu'elles tombent d’ellessmêmes sur la terre; en Juin, les graines de l'orme viennent à maturité, et ces oiseaux sen nourrissent jusqu'à ce qu'une autre espèce d'arbre ou de plante soit prête à leur offrir ses semences.

Presque toutes les nuits, Kalm entendait dans les bois —même par le temps le plus serein—des craquements sinistres, suivis d’un bruit sourd ; il savait alors qu'un arbre verait de se rompre, et de s'affaisser sur le sol comme un géant terrassé. Mais quant à la cause du phénomène, il avoue qu'il l'ignorait. Est-ce que la rosée relâcherait les racines des grands végétaux pendant la nuit ? Une disproportion excessive dans le nombte ou l’arrangement général des branches latérales peut-elle produire ces accidents ? Ne sont-ils pas plutôt l'œuvre des pigeons sauvages qui s'abattent sur les arbres en assez grande quantité pour causer leur chüte immédiate ou prochaine en déplaçant leur centre de gravité (1).

Kalm, malgré ses préventions contre l'usage du thé, finit par admettre qu'il a ses avantages, surtout quand on voyage dans le désert, et qu'on a épuisé sa provision de vin et d'eau-de-vie, Cela ne l'empêche pas de dire “ que si nous n'avions ni thé ni café, nous n'en serions pas plus mal, du côté de la bourse surtout.”

La route par eau, étant impraticable à cause du grand nombre d'arbres que les Français avaient jetés en travers de la rivière pendant la œuerre, Kalm laissa son canot d'écorce aux militaires, qui en avaient besoin pour le transport de leurs provisions, et ceux-ci, en retour, lui permirent de se servir de l'une de leurs embarcations, qu'ils avaient laissées à quelques milles de là. En conséquence, parti de bonne heure le 30 Juin, il fit, avec

(1) Ces craquements ne proviennent-ils pas d'arbres tordus par le vent, et dont les fibres se relächent, peu à peu, chaque jour, jusqu'à rupture plus ou moins complète du tronc? (M;

alé aut pa ] dir mil née for S10] mo tèr inc cou

chi

Page 1