‹ Mémoires de la Société historique de Montréal [microforme]Chapitre 10 sur 52 · ENTRE TROIS-RIVIÈRES ET QUÉBEC · texte numérisé non relu

ENTRE TROIS-RIVIÈRES ET QUÉBEC

ment peuplés de chaque côté, J'ai fait la remarque, qu'en Canada, les terres défrichées sont toutes sur le long de la rivière St. Laurent et des autres rivières du pays, à l'exception des environs des villes, autour desquelles la campagne est complétement cultivée et habitée dans un rayon de douze à dix-huit milles. Les grandes îles du St. Laurent sont également peuplées.

Les bords du fleuve, coupés en pleine terre, s'élèvent graduellement, tantôt en pente oblique, tantôt en péhte escarpée. (Cà et là, quelques rivières, ou grands ruisseaux, viennent se jeter dans le fleuve, entre autres la Rivière Puante, qui s'unit, au sud-est, avec la rivière St, Laurent, à environ deux liéues audessous de Trois-Rivières. Sur les bords de la Riviere Puante, à quelque distance de son embouchure, il y a une ville appelée Becancourt, dont toute la population

se compose d'Indiens Abénakis, convertis à la religion

catholique romaine, et qui ont des Jésuites pour pasteurs. À une grande distance sur la côte nord-ouest, nous vimes une chaîne de hautes montagnes, courant du nord au sud, dominant tout le pays, qui est généralement plat et dépourvu de collines.

Le long de la rivière, il y plusieurs fours à chaux; la pierre calcaire qu'on y fait cuire est extraite des hauteurs voisines; elle est grise, compacte, et la chaux qui en provient est très blanche.

Les champs sont généralement semés de blé, d'avoine, de maïs et de pois. Les citrouilles et les melons se disputent le terrain dans les jardins des fermes.

Ayant mis pied à terre en un certain endroit de la côte, nous eùmes le plaisir d'y voir un colibri (Trochillus Colubris) bourdonnant dans les buissons. Les Français donnent le nom d’oëseau-mouche à ce petit favori

10 AOUTT 1749

de la nature , et disent qu'il est fort commun en Canada J'en ai vu plusieurs fois à Québec.

Vers cinq heures de l'après-midi, un fort vent debout, accompagné de pluie, nous força d'aller chercher un refuge et un gite pour la nuit, sur le rivage, Plus on approche de Québec, plus le pays est déboisé et ouvert. L'endroit où nous avons passé la nuit est éloigné de Québec d'environ douze lieues.

On se sert d'un curieux engin de pèche ici; ce st des haies d'osier entrelacées, et si serrées qu'aucun poisson ne peut passer à travers, disposées sur la plage à une hauteur variant d'un à trois pieds, suivant la profondeur de l’eau, et toujours en un endroit d’où la mer se retire au reflux. Dans l’enclos formé par les haies, on place des verveux, où trappes-à-poisson, en forme d'entonnoir, évasés par le bas, posés perpendiculairement, trois pieds de haut sur deux et demi de large. Les poissons entrent par une ouverture pratiquée au rez de terre sur un des côtés, et faite de petites branches, ou de fil de caret, en forme de réseau. Vis-à-vis cette entrée, de l'autre côté du verveux, ou celui d'aval, il y a une seconde ouverture, disposée comme la première, et conduisant à une boite en planches, longue de quatre pieds, haute et large de deux pieds. De chaque verveux, une clôture part et va rejoindre, en suivant une ligne oblique, la longue haie, avec laquelle elle fait un angle aigu. Ces clôtures, ainsi placées aux extrémités de la longue haie, qui donne sur le haut de la rivière, conduisent le poisson dans la trappe, voici comment: lorsque la marée monte, le poisson, et principalement l’anguille, monte avec elle, le long de la rivière ; lorsque la marée se retire, le poisson descend, et rencontrant les haies, il les longe, passe dans

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